Une chanson qui améliore ce monde…

« Salut à la compagnie de cette maison
Je vous souhaite une bonne année
Du bien à foison » (Malicorne)

Il nous faut améliorer ce monde, couvrir de goudron et de plumes cette finance qui ne produit plus que de la misère et de l’injustice. Et la chasser. Revenir à l’humain. Conspuer ces politiques qui ne se soucient que d’eux-mêmes, ces démagogues dont le discours fluctue et se durcit au fil des sondages d’opinion, jusqu’à épouser l’extrême. Il nous faut nous indigner et relever les manches, bâtir un autre monde, respectueux de l’Homme et de son cadre de vie, infiniment conscient de ce qu’il laissera à nos enfants.
NosEnchanteurs n’est qu’un blog de chanson. Mais une chanson qui n’est pas forcément cette aimable bluette qui coule des insipides robinets radiophoniques. Pas forcément et pas tout le temps Gavroche non plus, mais qui ne nous anesthésie pas. Qui nous élève au rang d’Hommes, pas à celui de disc-jockey. C’est cette chanson–là qui sera notre lien tout au long de cette année de tous les dangers. En avant ! (pour le grand bond en arrière ?)

1 janvier 2012. Étiquettes : . Divers, Les événements. 2 commentaires.

Regarder la lune…

Regarder la lune…

Je réécoutais ce disque de Xavier Lacouture, Envies d’ailes, qui me semble être l’un des plus beaux albums de cette décennie. Un disque qui nous instruit des charmes de cet astre… De là à rêver de lunes… La lune est source inépuisable d’inspiration, entre autres pour la chanson. Tant qu’il est vain ici de tenter d’exposer toutes les chansons qui y font référence. Encore faut-il s’entendre sur les significations de la lune (des lunes), mot qui, sans être lunatique, épouse bien des situations et états d’esprit bien différents. La lune est féminine, le soleil est masculin. Ici, j’ai surtout retenu cette lune chère à Lacouture, fasciné comme lui par « les charmes de sa circonférence. »

Grand classique s’il en est, rendez-vous d’abord avec Trenet :
« Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n’est pas là et le soleil l’attend
Ici-bas souvent chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, la lune est là
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
Pour la trouver il faut la nuit
Il faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit »
Charles Trenet, Le soleil et la lune, 1939

De là à aller la voir de plus près, cette lune…

« Ce s’rait chouette d’aller sur la lune
Dans le scaphandre de Pierrot,
J’y emporterais bien ma plume
Pour vous écrire quelques mots »
Henri Tachan, Les jeux olympiques, 1973

« J’ai besoin de la lune
Pour lui parler la nuit
Tant besoin du soleil
Pour me chauffer la vie
J’ai besoin de la mer
Pour regarder au loin
J’ai tant besoin de toi
Tout à côté de moi »
Manu Chao, J’ai besoin de la lune, 2004

Alunissage par ce désormais classique des maternelles où, derrière la lune, s’en cache une autre :
« Au clair de la lune,
On n’y voit qu’un peu :
On chercha la plume,
On chercha le feu.
En cherchant d’la sorte
Je n’sais c’qu’on trouva,
Mais j’sais que la porte
Sur eux se ferma »
Traditionnel, Au clair de la lune

« Un toit où la mousse mousse, mousse
Un clair de lune qui se dévoue
Une lune rousse, rousse, rousse
Une rousse, rousse comme vous »
Serge Reggiani, La longue attente, 1979

« Comme je t’imagine
En jupe ou en jean
Te jetant dans mes bras
Se dessinent au loin
Les nuits qui n’en finissent pas
J’aimerais tant te promettre la lune
Mais la lune est déjà prise »
Debout sur le zinc, Te promettre la lune, 2005

S'ils filent tous dans la lune…

« Et s’ils filent tous dans la lune
Qui restera garder
Notre Terre avec ses dunes
Ses mers, ses vergers ?
Et s’ils cultivent les planètes
Qui gardera les yeux
Sur les blés, les pâquerettes
Les forêts de nos aïeux ? »
Anne Sylvestre, S’ils filent tous dans la lune, 1963-1964

« Désolée d’avoir tiré, bel oiseau rare
Vous m’aviez le premier fusillée vingt fois du regard…
Désolée, votre arme était posée sur la table…
Quelle idée! On ne devrait jamais tenter le diable…
On ne devrait jamais tailler des costumes ni montrer les dents
Aux fiancées présumées quand la pleine lune fait tourner les sangs… »
François Hardy, La pleine lune, 2004

« Dans l’océan de la nuit,
Au clair de notre nuit,
Des fleurs de lune,
Lunes de nuit, sont posées
Au clair de notre nuit,
Au clair de nous,
Au clair de toi, mon amour,
Au tendre de tes yeux
Presque endormis »
Barbara, Clair de nuit, 1972

« La lune trop blême
Pose un diadème
Sur tes cheveux roux
La lune trop rousse
De gloire éclabousse
Ton jupon plein d’trous »
Mouloudji, Complainte de la butte, 1955

« Soudain le soleil devient lune
Et la légère plume enclume
Oh oh hé hé hi hi ha ha !
Comme c’est original tout ça »
François Béranger, Chanson d’amour, 1976

« En arrivant elle m’a dit viens
Tu es en retard je suis dans mon bain
Attrape le gant d’crin et frotte-moi fort le dos
Moi j’ai du savon plein les calots
Et pour mieux lui chercher les poux
Dans l’eau j’l’ai fait mettre à genoux
J’avais vu Pampelune j’avais vu Waterloo
Mais jamais la lune dans l’eau »
Pierre Perret, Gourrance, 1966

Qu'elle soit blonde, rousse ou brune…

« Je peux rester des heures à regarder la lune
Qu’il fasse jour ou bien nuit, ça n’a pas d’importance
Curieux, contemplatif, qu’elle soit blonde, rousse ou brune
Fasciné par les charmes de sa circonférence
Je prends la dimension de l’Homme dans l’univers
Face à une telle splendeur, on se sent tout petit
Je laisse les mauvaises langues s’escrimer par derrière
Aux portes de l’envers, je suis au paradis
A regarder la lune »
Xavier Lacouture, Regarder la lune, 2001

« On dit que Lazare et Cécile
Se sont enfuis cette nuit
Et que la Lune docile
Jusqu’au matin n’a pas lui
On dit qu’un foulard de brume
Fit pour elle un voile blanc
Fit à Lazare un costume
Tissé de nacre et d’argent »
Anne Sylvestre, Lazare et Cécile, 1965

« Cendre de lune, petite bulle d’écume
Poussée par le vent je brûle et je m’enrhume
Entre mes dunes, reposent mes infortunes
C’est nue que j’apprends la vertu
Je je, suis libertine
Je suis une catin »
Mylène Farmer, Libertine, 1986

30 décembre 2010. Étiquettes : , , , , , , , , , , , . Thématique. 8 commentaires.

François Béranger, l’interview

Archive. Longue absence déjà que celle du père François, mort en octobre 2003. Vieille nostalgie, tristesse… Béranger détestait les interviews. En voici pourtant une, réalisée pour Le Progrès le 1er novembre 1999. Par gentillesse envers moi, il s’était acquitté de cette tâche. Je me rappellerais toujours son visage qui s’est enfin illuminé dès que je lui ai parlé de Félix Leclerc…

François Béranger (photo DR)

François Béranger : « Tout le monde a chanté un jour ou l’autre pour soi ou pour les autres. C’est vrai que la chanson a des hauts et des bas, surtout quand on envisage le problème sur le plan strictement commercial. Y’a des périodes où elle marche mieux que d’autres. Et puis ça revient. Depuis quelques temps y’a un renouveau, un regain d’intérêt. De plus en plus de jeunes redécouvrent des types comme Ferré, Brassens, Brel et se rendent compte que la chanson ça mérite d’être écoutée. C’est une forme d’expression qui ne peut pas mourir. Même s’il fallait un jour la défendre clandestinement dans les caves, poursuivis par la police culturelle… »

Vous rejetez le terme de « chanson engagée » ? « Je récuse le mot, l’appellation et l’étiquette parce que je trouve que ça ne veut rien dire. Je fais des chansons parce que j’ai envie de les faire. Faut que ça sorte ! L’engagement est un truc social et politique. C’est un acte qu’on pose, qui doit être relativement discret. C’est trop facile de s’emparer d’un micro pour dire « Je suis quelqu’un d’engagé. » On peut faire des chansons signifiantes, des chansons qui protestent, qui dénoncent, mais c’est pas un engagement. C’est trop facile. Un engagement c’est un truc plus prosaïque, quotidien, au niveau de son quartier, de son boulot… Je n’ai jamais eu l’impression de faire des chansons engagées. Je fais simplement des chansons que j’ai envie de faire. Si ça plaît aux autres, tant mieux… »

Sarclo se réclame de la « branche armée de la chanson française de qualité. » Vous êtes du même bataillon ? « Si j’avais à me ranger dans une famille, ce serait plutôt dans celle de Sarclo. Mais chanson armée non ! J’ai une grande tendresse pour Woody Guthrie qui a arpenté les Etats-Unis avec sa petite guitare sur les chantiers du Président Roosevelt. Sur sa guitare, il avait écrit Cette machine est faite pour tuer les fascistes. Mais on ne tue pas les fascistes avec une guitare. Avec une kalachnikov, oui ! C’est sûr qu’une chanson bien faite ça peut faire très mal aux adversaires, mais faut pas non plus rêver… Je ne pense pas que les chansons changent le monde. »

Vous avez l’intention de faire un album sur Félix Leclerc… « Il est enregistré. Toutes les chansons sont faites, mais on va le retravailler encore un peu. Ça sort quand ? Je ne sais pas. Ça fait onze ans que Félix Leclerc est mort et que tout le monde l’a oublié. Alors faut pas se presser. Parce que c’est difficile de chanter un mec comme ça. Leclerc ça doit rester brut. Comme les chansons de Brassens. »

Vos chansons restent toutes d’une actualité brûlante… « Oui, malheureusement. Sauf certaines qui étaient trop marquées par l’actualité. Comme Magouille blues que j’avais conçu, à la manière des chansonniers, pour en tirer une nouvelle version tous les mois. Je l’ai fait deux trois fois et j’ai laissé tomber. »

C’est dommage, il y aurait matière avec les événements de ces temps-ci… « Vous savez, y’a hélas toujours matière quand on décrit la merde ! »

Le cédé 19 chansons de Félix, son 16e album, est finalement sorti en 2003, peu avant le décès de Béranger. Et je ne saurais que trop vous conseiller le coffret (3 cédés + 1 dévédé) Le vrai changement, c’est quand ? paru en 2004 chez Futur Acoustic.

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30 avril 2010. Étiquettes : . Interviews. 2 commentaires.

Michel Bühler, tendresse et poings serrés

Quarante ans qu’il trimballe ses chansons sans concessions à la marge d’un métier qui, au moins à son sommet, doit au mieux l’ignorer, au pire totalement le mépriser. Ce qui est bien en Bühler, c’est qu’on ne peut l’acheter : les labels diront qu’il n’a aucune valeur marchande, moi je dis qu’il est inestimable. Sans rire, certains diront aussi qu’il chante toujours le même air, la même chanson, évidemment engagée, militante, forcément chiante. Qu’il manque singulièrement de variété. Il a simplement de la constance dans sa tendresse comme dans ses colères. Dans son bon sens. Et convenons que le monde est tel que, sauf à être légume, on ne peut que réagir, question de dignité. Michel Bühler parle mieux que quiconque des gens, des petites gens, englués de fatigue et de solitude, de résignations et de pleurs, de ceux sur lesquels les « bienfaits » de la société sont tombés dessus comme vérole sur le bas-clergé. Bühler sait trouver les mots pour nous dire tout ça, comme jadis son collègue et ami François Béranger nous chantait Le Vieux ou Département 26… Pareilles émotions, pareils poings serrés. Si je me tourne vers Béranger, c’est sans doute parce que Bühler vient de sortir un disque en public, où il nous semble faire bilan intermédiaire, coup d’œil dans le rétro avant d’aller plus loin, de guerroyer avec d’autres moulins, Don Quichotte d’un pays trop sage, trop propre, trop libéral, trop tenté, comme son voisin français, par de vieux démons d’exclusion. D’Helvétiquement vôtre (1969) à Café arabe (2008), ce live-là fait sinon anthologie au moins survol. Il fait du bien. Quarante ans que notre Suisse observe le monde d’en haut de sa montagne, de ses alpages, comme le ferait un indien, et tente, de temps à autres, de percer l’ahurissant silence : « Wallah ! Je dis la vérité / Ici le temps s’est arrêté ». A consommer sans trop de modération.

Michel Bühler, Voyageur (enregistrement public), 2010, EPM (distr. France), Disques office (distr. Suisse). Le site de Michel Bühler.

19 février 2010. Étiquettes : , . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

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