Radix troque la chanson pour l’humour

Humoriste chanteur, le Radix (photo DR)

Fred Radix, 14 mai 2011, Le Pax à Saint-Etienne,

Qu’était donc notre Radix devenu ? Le chanteur de Saint-Julien-Molin-Molette s’était fait rare ces derniers temps. Même son dernier album, Mélodynamic show, en 2009, sorti dans une grande discrétion, sans promo, sans presse. Que nous préparait-il donc ? Une mue ! De chanteur humoriste, Fred Radix vient de passer à humoriste chanteur. La différence est de taille. Les salles pour l’accueillir ne seront plus franchement les mêmes, le public en partie non plus. Bon, notre natif d’Annonay a débuté sa carrière dans la rue, par le théâtre de rue précisément. Et s’est singularisé longtemps par ses spectacles à domicile, précurseur qu’il fut en cette relation aussi directe qu’étonnante entre créateur et consommateur.
Son nouveau spectacle, Are you Radix ?, est un one-man-show où, justement, Fred va vous narrer ses mille péripéties, son curriculum vitae, ses cent métiers. Enfin, ceux qui l’arrangent, ceux prétextes à ample démonstration… et à chansons. Car, chassez le naturel qu’il nous revient au galop, avec guitare et ukulele. Il a ainsi été siffleur. Et envoyé spécial. Champion du monde chanson rapide (vingt-cinq chansons en une minute trente, là, devant nous, il bat son propre record), animateur de vente (« Aujourd’hui, dans votre supermarché, c’est la journée de la tête de veau »), chanteur de balloches et même chanteur de rock. En fait plein de prétextes pour pousser la chansonnette, montrer son érudition chanson, faire le beau, la star. Et mettre dans sa poche le public. Qu’il sollicite chaque fois, pour un oui, pour un prénom. Pour gonfler des ballons même. Radix est étonnant, épatant, même si ça se sent que ce spectacle est en rodage, qu’il sent le neuf, qu’il doit se peaufiner. Notre Radix est aussi beau que le plus beau des humoristes, comme un Tex en classe supérieure. Qui plus est enviable imitateur. Ses sketches sont aussi, parfois, l’occasion de disserter brièvement sur le monde. En deux trois mots il se culpabilise sur le prix de son costume, acheté à prix d’or et fabriqué à vil prix à l’autre bout du monde. Furtivement ça pourrait faire songer à un directeur du fmi que les médias aiment à brocarder ces temps-ci. Si on savait…
On s’y fera, c’est comme ça, Radix est perdu pour la chanson, pour les concerts, au moins pour un temps. Implacable loi des vases communiquants, ce que la chanson y a perdu, c’est l’humour qui l’a gagné. Are-you Radix ? Yes !

Ce billet a été préalablement publié, à la mi-mai, sur le Thou’Chant. Le site de Fred Radix, c’est ici.

29 août 2011. Étiquettes : . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Fred Radix et le chant du bistanclaque

Archive. Ce fut en août 2004, lors de l’ultime festival Les Oiseaux rares, à Saint-Julien-Molin-Molette. Une pièce musicale qui rêve de lendemains qui chantent. Avec Fred Radix jouant à domicile et, entre autres, Amélie-les-Crayons.

Radix en inflexible contremaître à l'époque, pas si lointaine, où existaient encore des usines… (archives DR)

Nous sommes dans l’usine-atelier d’Olga et de Wilfried, parqués à attendre on ne sait quoi. Tout à l’heure, quinze femmes ont quitté le groupe ; puis, longtemps après, une quinzaine de gars. Là, c’est de nouveau un groupe de femmes qu’on a embarqué… On nous appelle enfin, sans ménagement aucun. On a beau être des festivaliers, tout est confus déjà, les repères se font la malle. Et on en mène pas large…
Toise, ou presque. C’est Rouillère, Baptiste Rouillère, le contremaître de l’usine Saint-Victor, strict col cassé, barbe en étroit collier aussi droit qu’on compte en T, un pète-sec qui nous met au pli tout de suite. Et au pieu, en ce dortoir où seule cette nuit nous protège encore du boulot : «Six heures au lever, sept heures au travail !» On est les bleus, qu’on blouse un peu. Là, des ouvrières (Amélie sans ses crayons, Réjanne Bajard et Laura Tejeda) dans leur lit, chemise de nuit en gros draps, qui peinent à dormir. Et parlent du boulot, harassant et répétitif. De la sueur, de la peur, du tout petit salaire : « On rit, on pleure / Sur notre labeur ». Félicie est là depuis trois jours et pratique déjà dix métiers ; Marie, la bobineuse, a quelques semaines d’activité ; Rosalie caracole de longévité : cinq ans et seize métiers. Toutes s’épuisent à la tâche dans l’infernal « bis-tan-claque » (*). Et filent mauvais coton. On les écoute quasi pleurer sur elles. Nous, les larmes sont pour demain, dès notre entrée en enfer. Elles nous découvrent : « Oh, il y a des femmes et des enfants ! Et des hommes, aussi ! » Gourmandise… Il y a aussi l’Étienne et le Jacques, deux gars d’Annonay qui, prétexte à la révolution qu’ils disent fomenter, s’en viennent plus sûrement visiter les filles… « Eh, tu m’en laisses, hein ! » Rappels à l’ordre du contremaître, raide comme un Radix. Ça conspire tout de même : «Dans les usines / Où l’on turbine / Ça va changer !». C’est un rêve les yeux ouverts que de saboter les usines : «Notre machine de guerre, c’est le bruit qu’on peut faire») et congédier les patrons. Mais lesquels ? Et jusqu’où ? L’Ernest-Antoine ? Et que fera-t-on demain sans ce travail, sans les usines ? Déjà que « L’atelier ne fait plus la maille / Le bistanclaque est à Shangaï »
C’est une p’tite comédie musicale qui, l’air de rien, à les atours d’une grande. Dans mon coin de chambrée, dans mon pieu, y’avait des hommes du village, des vrais, autochtones et pas touristes,qui plus est anciens. Qui ont peut-être plus applaudi encore que nous autres. « C’est tout à fait ça ! » a dit l’un. « Pour sûr, on l’a vécu. Et, en plus, c’est drôl’ment bien fait » a dit l’autre, ému, vraiment ému.
(*) Bis-tan-claque est l’onomatopée du bruit des métiers à tisser.

Ce papier est le 200e de NosEnchanteurs, ce qui, sauf erreur ou omission, en fait tout de même le blog chanson le plus fourni du paysage web francophone. Avec, ma foi, une audience qui ne faiblit pas, bien au contraire. Merci à vous, lecteurs, pour cette belle confiance. A vous cependant d’aller plus loin et de faire connaître ce blog. D’être partageurs de passions pour aider la chanson. Petite nouveauté, enfin, la possibilité pour vous de vous abonner à ce blog : vous recevrez en temps réel la notification de tout nouvel article sur NosEnchanteurs. Si c’est pas encore tout à fait le bonheur, ça y ressemble…

16 avril 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts, Chanson sur Rhône-Alpes. Laisser un commentaire.

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