Carrefour Chanson de Clermont-Ferrand : 20 ans déjà ! (2)

par Michel Trihoreau

Ces 14 et 15 avril, Claude Mercier et son équipe de l’ORACLE présentaient le vingtième Carrefour de la Chanson, à Clermont-Ferrand. Vingt années au cours desquelles furent présentés sur scène et récompensés des dizaines de chanteurs, chanteuses et groupes divers. Occasion aussi de voir, la veille, de nombreux artistes confirmés comme Georges Chelon, Le Quatuor, Enrico Macias, William Sheller et bien d’autres. Pour ce vingtième anniversaire, les organisateurs ont dû refuser des entrées, les réservations étaient au complet.

Épisode 2 : La résultante des forces dispersées

Elsa Gelly (photo d'archive Catherine Cour, Prémilhat 2011)

Ainsi, le lendemain, j’étais sur la défensive pour affronter les cinq participants concourant pour le Prix de la Ville de Clermont. Sournoisement agacé a priori sans rien en montrer, mais prêt à me défendre contre la moindre attaque, j’étais intérieurement blindé.
Évidemment, le métier reprend le dessus, je fais taire le démon qui se réveille parfois en moi pour donner priorité à l’innocence de mes sentiments et à un certain sens de l’objectivité ou de l’idée que je m’en fais. Les cinq concurrents étaient les vainqueurs des années précédentes, garantie donc d’une qualité professionnelle peu contestable. Le choix allait se faire essentiellement sur un ressenti du moment.
Henri Léon et les autres sont de bons musiciens, doués d’un sens de l’improvisation incontestable. Ils s’amusent sur scène, parfois de peu et nous amusent de même avec facilité… beaucoup de facilités. On aurait plaisir à les inviter pour les noces et banquets où ils remplaceraient avantageusement le beau-frère qui raconte la dernière blague sous la ceinture. Un bon moment donc si l’on n’est pas trop exigeant sur la subtilité de l’élégance poétique.
A l’inverse, Pascal Rinaldi est inspiré par les muses. Un bel univers musical et une jolie voix portent des textes raffinés, soigneusement cousus à la main, ou la gaudriole n’a pas droit de cité. Errant entre Nerval et Obispo, il assombrit la scène aux antipodes des pitreries des précédents  et l’on a l’impression d’avoir balisé ici et là les repères du vaste domaine de la chanson.
On se trompe. Marion Rouxin nous fait oublier le temps de Paul & Robin en mettant délibérément l’accent sur la forme. La dame se fait attendre : beaucoup de fils à brancher, la technique a ses exigences. Voix puissante, mise en scène sophistiquée, gestuelle ample, elle se fait star, la performance est là, les plumes aussi, il ne manque que TF1.
La rage a failli me reprendre lorsqu’elle demande au public de se lever pour participer à son show ! Mais je me calme et je reste assis ainsi que quelques récalcitrants.

Frédéric Bobin (photo DR)

En revanche, je me serais bien levé spontanément pour saluer une autre performance, là aussi, diamétralement opposée : Elsa Gelly, a capella, sans artifices, la pureté même de la voix et du geste, on ose à peine applaudir pour ne pas casser le charme. Les morceaux de chanson s’enchaînent comme un unique poème sur l’enfant, sur la vie, on reconnaît des passages d’Anne Sylvestre, d’Allain Leprest. Oui, c’est de l’interprétation, mais la création originale est dans la construction et surtout dans l’art de donner de l’émotion en profondeur.
Enfin, Frédéric Bobin ramasse le Grand Prix. Un peu comme s’il était la résultante de toutes les forces dispersées des autres. Bobin écrit sur la vie, sur son siècle, avec des mélodies qui marquent la mémoire et des mots joliment tournés, sans fioritures, mais avec un partage d’authenticité, de vécu qui touche le cœur et l’esprit. Ses chansons ne s’envolent pas aussitôt applaudies, elles restent dans la tête et s’inscrivent dans une longue histoire après les plus grands, après Tachan, Béranger, Leprest.
Alors, ne serait-ce que pour les sommets atteints par Elsa et Frédéric, le vingtième Carrefour  de Clermont-Ferrand fut une réussite. Les moments de bonheur, si forts, si rares, envoient les épines dans l’oubli.
Merci L’ORACLE, merci Claude Mercier, vingt ans de passion et  d’amour au service de la chanson ça vaut bien un coup de projecteur et une ovation debout !

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19 avril 2012. Étiquettes : , , , , , . Festivals, Les événements, Prix. 8 commentaires.

Noah, après avoir croqué la pomme

C’est son deuxième album mais c’est comme si elle recommençait tout au début. Pouf pouf, premier donc. L’autre était celui d’une jeune folk-singer sentimentale qui, de la rencontre à l’échange des alliances, nous chantait les stations de l’amour, disque au demeurant épatant qui peut souvent se poser sur la platine.
« J’me suis bien marrée / J’ai croqué à pleines dents / Mais la pomme était verte / Acide. » La nouvelle Noah Lagoutte est plus ferme, plus femme. Qui, bien sûr, nous chante encore les sentiments, mais c’est nettement plus contrarié. La tonalité est autre, électrique, souvent pop-rock (guitares, basse et batterie par, respectivement, Frédéric Bobin, Arnaud Baleste et Nicolas Delaunay), terriblement efficace. Et le propos nettement plus cru même si « Un poil trop séductrice / Même limite allumeuse / Panthère dominatrice / Enflammant les valseuses / Y faut pas. » Noah met désormais volontiers du tabasco dans des idylles trop menthe à l’eau. Ça fait femme libérée (je sais, c’est facile…), c’est direct et bien envoyé, avec toujours la distance de l’humour à défaut de toujours l’amour, encore que. Noah trempe sa plume résolument ailleurs que dans le vocabulaire du tendre : la pomme devait être vraiment très acide…
On se dit que si les majors disposent de drones espions pour ausculter la chanson, ils vont bien la repérer, la labelliser, la playlister, se faire des sous sur elle, Non seulement elle est dans le bon format, celui qui a grâce, qui ondoie, mais  elle a pour elle une vraie personnalité artistique, un tempérament affirmé. Et, ma foi, le talent. On lira ce billet de NosEnchanteurs de mars 2010, chronique de concert où, déjà, je parlais de cette nouvelle Noah Lagoutte : ça se nomme « Lagoutte se jette à l’eau » et je n’en retire pas un mot.

Noah Lagoutte, Pomme verte, 2012, FMairs A Thou bout d’Chant/ Mosaïc music distribution. Le site de Noah Lagoutte, c’est par là. Hélas pas de vidéo correspondant à ce disque  : pour le son, réfugiez-vous sur son myspace. Concert de sortie d’album, jeudi 15 mars 2012 au Kraspeck myzik, à Lyon.

13 mars 2012. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 2 commentaires.

Bobin « made in France »

Chaussure fabriqué à Romans-sur-Isère, dans la Drôme (DR)

« Quand j’suis arrivé aux aurores
Y’avait plus rien
Plus une machine dans mon décor
Plus de turbin
Ils m’ont pas consulté, pourtant j’étais pas pour
Y’a mon usine qu’a foutu l’camp à Singapour »
Singapour, Frédéric Bobin, 2009

Le « Fabriqué en France » revient en force dans le débat public à la faveur de la prochaine présidentielle. C’est aussi un argument de vente pour qui sait le faire fructifier. Artisanat du jouet en bois, fabricant de béton comme chausseur, chacun essaye de tirer son épingle du jeu en valorisant son savoir-faire hexagonal. Un site de vente par correspondance qui défend l’artisanat français décuple même son chiffre d’affaires à l’occasion des actuelles soldes, par rapport à celles de l’an passé.
Thomas Huriez, un commerçant de Romans-sur-Isère, « capitale de la chaussure » qui a vu ses usines partir les unes après les autres vers un ailleurs aux bas salaires (« Moi mes souliers ont beaucoup voyagé »…), a choisi de rassembler les talents restants sur sa ville. Et a même demandé aux ouvriers de la chaussure de jouer leur rôle dans un clip vantant, sinon le « made in France », au moins le « fabriqué à Romans ». Avec pour trame et drame de fond la saisissante chanson du lyonnais Frédéric Bobin, Singapour, qui fixe un paysage, une situation, un état d’âme après délocalisation. Voir le clip ici.
Ce n’est pas la première fois que la chanson traite des délocalisations. On se rappelle évidemment des Mains d’or de Bernard Lavilliers ; de Poésie des usines aussi, de Romain Dudek, de CRS des Wriggles (« Mais aujourd’hui les adversaires sont des pères de famille / Paraît qu’ils sont plus de cinq cent à occuper l’usine / A nous attendre patiemment armés de barres à mines / De manches de pioche, de boulons et de produits chimiques / C’est l’histoire classique d’une boîte qui délocalise / D’une multinationale qui invoque la crise / Et l’intersyndicale qui se radicalise »), de Parachute doré d’Alain Souchon et de pas mal d’autres encore. La chanson s’est toujours nourrie de l’histoire du travail, pas de raison donc qu’elle n’évoque pas ce travail qui fout l’camp. Mais, autant Les Mains d’or de Lavilliers continuent à donner de la voix aux cortèges d’ouvriers indignés, autant ça semble être la première fois qu’une chanson accompagne une riposte commerciale. Le Singapour de Bobin, déjà remarqué en des termes flatteurs par Philippe Meyer sur France-Inter, a devant lui une belle carrière, à la mesure des dégâts de ce fléau décomplexé et cynique de l’ultra-libéralisme.

(d’autres chansons sur les délocalisations dans les commentaires de ce billet)

Le site de Frédéric Bobin, c’est ici. On lira aussi « C’est beau Bobin » et « Bobin, poing et contrepoint«  sur NosEnchanteurs. En vidéo, non le clip de la chanson « Singapour » mais un reportage sur l’album éponyme…

12 janvier 2012. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque, Thématique. 2 commentaires.

Des mains de chômeurs…

Si on tient la chanson pour pure futilité, un tel sujet lui serait étrange, étranger, incongru. Si, par contre, la chanson peut être aussi le reflet de nos vies, de nos préoccupations, le chômage en est alors, en ce libéralisme effréné, absent de toute humanité, de toute dignité, une source d’inspiration hélas de plus en plus féconde.
Tour d’horizon très partiel de ce sujet, dont les propos se passent de commentaires…

"Y'a d'la poésie dans les usines"

« Mon pote yoyo m’a répété hier au soir :
« Vas-y bonhomme, écris nous une chanson d’espoir »
J’ai ouvert la fenêtre, cherché l’inspiration
Mais la grisaille du temps qui court ma refilé le diapason.
J’aimerais que mes thèmes riment avec SACEM
Mais mes lignes mélodiques riment avec ASSEDIC »
Chanteur chômeur, Thomas Pitiot, 2001

« T’es trop vieux, t’es trop encombrant,
Je n’ai plus de travail pour toi.
Mon vieux, il est grand temps
De ranger tes outils et de rentrer chez toi.
Si tu étais plus jeune, j’aurais pu
Te recycler, c’est dommage.
Mais ça ne serait que de l’argent perdu :
On n’apprend plus, à ton âge »
Monsieur Saint-Pierre, Michel Bühler, 1973

« Les hommes de la ville ont vieilli cet été,
Les muscles inutiles, c’est si lourd à porter !
Ils partent le matin aux petites annonces,
Où l’on se retrouve cent quand il faut être deux.
Ils reviennent le soir, et leurs femmes renoncent
A chercher la réponse dans leurs yeux. »
Le chômage, Francis Lemarque, 1973

« Il se décide à traîner
Car il a peur d’annoncer
A sa femme et son banquier
La sinistre vérité.
Etre chômeur à son âge,
C’est pire qu’un mari trompé.
Il ne rentre pas ce soir. »
Il ne rentre pas ce soir, Eddy Mitchell, 1978

Cinquante balais c’est pas vieux
Qu’est-c’qu’y va faire de son bleu
De sa gamelle de sa gapette
C’est toute sa vie qu’était dans sa musette
(…)
De ses bras de travailleur
C’est toute sa vie qu’était dans sa sueur
Son bleu, Renaud, 1994

« Plus besoin de se fatiguer
Quand on adhère à l’ANPE
Quand tout l’monde pointera au chômage
Qu’on s’éclatera comme des sauvages
Les patrons sans leurs ouvriers
Se f’ront une joie d’se licencier – Toujours d’accord !
Et toute la France enfin unie – Et moi aussi chuis d’accord !
F’ra d’l’ANPE son seul parti »
À l’ANPE, Les Charlots, 1979

« J’ai comme des mains sans lendemain
Qui peuvent plus s’en tirer
J’ai comme des mains qu’ont mal aux mains
D’avoir les poings serrés
Des mains de chômeur
J’ai l’impression d’être un malade
Qu’a même plus rien à espérer »
Des mains de chômeur, Francis Lalanne, 1981

« Chômage au fond de la vallée
C’est là la vraie fatalité
Voici qu’en la nuit étoilée
Un sans emploi nous est donné
Séraphin Deudroit il se nomme
Il était cadre et respecté
Aujourd’hui pôvre petit homme
Voilà que tu es licencié
Quand la cloche sonne sonne
C’est à l’Armée du Salut
Que se rassemblent les hommes
Les hommes qu’ont tout perdu
Armée froide qui résonne
En haillons et peu vêtus
Plus de trois millions entonnent
Le chant triste et monotone
C’est la chanson du chôm’du »
Chômage au fond de la vallée (parodie de « Les trois cloches »), Chanson plus bifluorée, 1994

« De tous les côtés, tous les côtés, tous les côtés
De tous les côtés chômage, tous les côtés tous les côtés, dommage »
Chômage, Zebda, 1995

« Chômeur c’est le mot qui me colle a la peau depuis deux ans
Chômeur j’l’ai pas choisi
On m’a viré comme un brigand
J’ai peu du temps qui passe
de l’avenir
Et d’mes enfants qui me demandent
Mais papa c’est quoi chômeur ?
C’est quoi chômeur, c’est quoi ?
C’est l’mal du jour
Je m’demande à quoi j’courre »
Chômeur, Clémence Savelli, 2009

« Chez nous le chômage fait partie de la famille
Comme l’amiante, l’oubli, la silicose et les terrils
Quantités négligeables dont la vie ne tient qu’à un fil
Certains soignent la peur du vide à coup de 21 avril
Mais je me connais je lâcherai pas l’affaire
Je vais piquet de grève comme on pique une colère
(…)
Moi j’ai toujours mes mains d’or
Moi je voudrais vivre encore »
Le Combat ordinaire, Les Fatals picards, 2009

« Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminée muettes – portails verrouillés
Wagons immobiles – tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé
(…)
J’voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or »
Les Mains d’or, Bernard Lavilliers, 2001

Travailler encore…

« C’est pas tellement que c’était Noël
Ça fait longtemps qu’on y croit plus
C’est pas tellement qu’elles étaient belles
Nos machines mais elles n’y sont plus
C’est pas tellement que c’était Noël
C’est pas tellement qu’elles étaient belles
Dans les aciéries, au fond des mines
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans les ateliers, dans les cantines
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans le cambouis, dans la calamine
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans les outils, dans les machines
Y’a d’la poésie dans les usines (…) »
La poésie des usines, Romain Dudek, 2007

« Quand j’suis arrivé aux aurores
Y’avait plus rien
Plus une machine dans mon décor
Plus de turbin
Ils m’ont pas consulté, pourtant j’étais pas pour
Y’a mon usine qu’a foutu l’camp à Singapour »
Singapour, Frédéric Bobin, 2009

« Non vraiment je reviens aux sentiments premiers
l’infaillible façon de tuer un homme
C’est de le payer pour être chômeur
Et puis c’est gai dans une ville ça fait des morts qui marchent »
Les 100 000 façons de tuer un homme, Félix Leclerc, 1973

 

21 décembre 2010. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , . Thématique. 7 commentaires.

Viricelles, sur la rive gauche…

Ce blog est tout sauf un site d’annonce de concerts. Je ne m’en sortirai pas… Mais faire la promotion de grands événements est, je crois, de mon ressort. Là, c’est dans une toute, toute petite commune…

Jacques Bertin (photo Norbert Denis)

Pour peu on se croirait dans un de ces cabarets des années soixante, vers Mouffetard, entre la Contrescarpe et l’Écluse, quand la chanson à texte s’époumonait encore face à l’insipide déferlante yéyé. Sauf que ce n’est pas Paris de l’époque mais Viricelles, qui plus est en 2010, 333 habitants au dernier recensement, niché dans les Monts du Lyonnais, entre Lyon et Saint-Étienne, un refuge de la chanson d’auteur, une place forte, active et résolue, quand les autres ne programment plus, peu ou prou, que l’air du temps, s’affranchissant de tous risques, de tout courage. Pour cette saison culturelle-là, pas mal d’artistes font antichambre dans l’espoir d’un jour s’y produire…
En témoignent deux soirées consécutives, presque un mini-festival, avec cinq artistes dont chacun mériterait bien plus qu’une notule, qu’un entrefilet. Frédéric Bobin d’abord dont le dernier album, Singapour, remarqué par Philippe Meyer sur France-Inter, est rare bijou qui touche au fragile, au social : il y a manifestement dans ce disque l’empreinte du Lavilliers des « Mains d’or ».
Jacques Bertin ensuite, qui à lui seul donne le ton de ces deux jours : que dire de lui, de cette plume sûre, avisée, deux fois couronnée par le Grand prix de l’Académie Charles-Cros, auteur intransigeant qui, toujours, suit sa route. Un très grand artiste qui n’a pas besoin d’être moderne pour être contemporain. Un qui poursuit sa trace à l’ombre de médias qui l’ont carrément oublié après l’avoir un temps adulé.
Le lendemain voit le retour de Michel Grange qui, jeune retraité de l’action chanson, retrouve avec bonheur son métier originel de chanteur. Après un très long silence discographique, Grange a sorti l’an passé deux albums en simultanée, dont un capté en public. Du très bon boulot…
Puis Laurent Berger, voix entre toutes particulière, haut-perchée, oblitérée d’un étrange et obsédant accent, envoûtante. Qui tire des cohortes d’émotion des choses du cœur bien sûr mais pas que. D’un presque rien, d’une gare, d’une librairie faisant l’éloge de la lenteur… Superbe !
Rémo Gary, enfin. Qui devrait nous chanter au moins quelques titres de son nouvel album,La Lune entre les dents, à paraître en mars. Lui est alchimiste du mot, tordeur du verbe, poinçonneur de l’idiome, trifouilleur de lexiques. Il fait lit de la langue, où s’y couche tant le corps féminin que la vie en son ensemble dans ce qu’elle a de meilleur, dans ce qu’elle a de pire.
Chanson à texte donc, chanson de paroles dirait-on du côté de Barjac, poignantes poésies à cheval sur deux soirs en tous points d’exception. L’association VibreVanz de Viricelles fait à nouveau très fort. Ce p’tit Bobino de la Loire travaille dans l’excellence !

Vendredi 5 mars Frédéric Bobin + Jacques Bertin ; Samedi 6 mars Michel Grange + Laurent Berger + Rémo Gary. Salle des Tilleuls à Viricelles, 20 h 30. Entrée 13 € ; Pass 2 soirées chanson : 22 € . Réservations 04.77.54.98.86 ou 04.77.54.32.15. Possibilité de repas après spectacle et sur réservation : 10 €. (réservations pas mél à vibrevanz@wanadoo.fr)

24 février 2010. Étiquettes : , , , , . Chanson sur Rhône-Alpes, En scène. Laisser un commentaire.

Lapalud s’offre une bonne tranche de scènes

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Hervé Lapalud, facteur de chansons (photo Francis Vernhet)

Septième livraison de Tranches de scènes, ce magazine vidéo réalisé par Éric Nadot, chaque fois consacré à un nouvel artiste. Et à l’entourage d’icelui, à ses copains. Après Anne Sylvestre puis Xavier Lacouture, après Claude Semal, Serge Utge-Royo, Gérard Morel et Sarclo(ret), l’heureux lauréat est Hervé Lapalud, adepte du slow-bizness et des chemins de traverse, bel artisan de la chanson, à l’éternel et franc sourire. Lapalud est facteur de chansons comme il se plaît à dire, homme de lettres chantées donc, qui plus est souffleur de vers (un peu comme la rousse semant à tous vents sur la devanture de certains dictionnaires). Et agréable comparse si on en croit ses complices qui, tous, viennent pousser la chansonnette sur ce dvd : Laurent Berger, Frédéric Bobin, Cristine, Chtriky, Philippe Forcioli, Cédric, Jehan, Wally, Franck Vent de Val, Aël, Les Frangines et Gérard Morel. Beau monde et programme d’exception, qui pourraient faire une émission remarquable, un Taratata, un tirititi, un turututu mémorable, si ces artistes n’étaient désespérément cantonnés à la marge, à la (mé)connaissance publique. C’est dire si ce dvd-là (et toute la collection) ressemble à une oasis, une revanche, un bon coup que les programmateurs ignares n’auront hélas pas. C’est un peu Le Grand échiquier d’une chanson de paroles.
Ça nous donne aussi et avant tout l’occasion de faire connaissance avec Lapalud. Bribes d’entretien, nombreux extraits de spectacles avec de vrais morceaux de chansons dedans, rires et passion(s) à fleur de peau, tout nous est ici agréable. C’est un bien bel artiste qui se livre là !
Ce dvd n’est disponible que dans le cadre d’un abonnement (en fait une adhésion à l’association Tranches de scènes) couvrant 4 dvd. Les prochains à paraître seront sur Le Centre de la chanson, Bernard Joyet, Michèle Bernard, Hervé Suhuniette, Rémo Gary.
Association Tranches de scènes, 16 allée aux cerfs 94370 Sucy-en-Brie. Le site est ici.

Hervé Lapalud nous raconte sa tournée à Madagascar en février 2010. A lire sur le WebZine Thou Chant n°2, en pages « Artistes du mois »

4 novembre 2009. Étiquettes : , , , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 8 commentaires.

Bobin, poing et contrepoint

(La Talaudière, 3 octobre 2009)

Set resserré, tronqué, mais amplement réussit pour Frédéric Bobin en première partie de Carmen Maria Vega : une demi-heure seulement pour faire connaissance, pour s’imposer… L’artiste se doit alors de déployer d’autres stratégies, tout revoir, même l’orchestration, pour une prestation qui plus est orpheline de batterie. Retour à la case départ presque pour le chanteur et son guitariste, Jonathan Mathis, forcés à retravailler à deux le dernier album, Singapour, dont presque tous les titres étaient extraits. C’est là que se lit plus encore la complicité entre eux, dans ces échanges de notes, dans cette conversation musicale appuyant parfois le propos du chanteur, en prenant aussi souvent l’utile car nécessaire contrepoint : un rien d’ukulélé sur l’ignominie d’une brutale délocalisation, c’est toujours ça de gagné sur le moral.

Jonathan Mathis et Frédéric Bobin (photo Maxime Esnault)

Jonathan Mathis et Frédéric Bobin (photo Maxime Esnault)

Car, de cette impeccable prestation se dégage une étrange impression. On peut ne tirer du répertoire de Bobin que cette persistance de noirceur, de triste nostalgie, ce rien de déprime, parfois d’ennui, qui nimbe l’essentiel de ses textes. Le monde n’est pas beau et il le chante tel quel, sans fioriture ni excès. Ici on se s’évade pas par la chanson, là où la misère serait moins pénible au soleil. Non, le ciel est gris en ce bas monde qui tombe toujours plus bas. C’est colère et désespérance. Et pourtant… Il y a dans l’art de Bobin et de Mathis cette manière d’évoquer le grave en une musique fluide, en une interprétation qui est tout sauf souffreteuse, pleureuse. Il y a une énergie qui nous dit l’espoir, entre les mots, entre les notes. Il y a du bonheur qui pointe, comme perce-neige. Comme l’amour au détour d’une chanson. Comme l’insolite sur les rails de la vie, ces « maisons qui défilent dans les vitres des trains / petits points qui scintillent / dès que le jour s’éteint ». La chanson de Bobin est entre toutes lumineuse.

Sur NosEnchanteurs, on lira aussi l’article C’est beau, Bobin : c’est au bout du bout de ce clic.

4 octobre 2009. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

C’est beau Bobin

Frédéric Bobin

Frédéric Bobin

L’homme, étrange bipède dans un monde incertain… Tous les titres du troisième opus de cet artiste lyonnais explorent ce thème. D’abord par cette chanson-titre, Singapour, sur les délocalisations sauvages (Y’avait plus rien / Plus une machine dans mon décor / Plus de turbin) qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher des Mains d’or de Bernard Lavilliers et de Il ne rentre pas ce soir d’Eddy Mitchell, pas que sur le thème, sur la qualité d’écriture aussi, comme sur l’émotion. Ça, la suffisance de l’argent et du pouvoir, le banal sort d’un noir en Georgie, la révolte à venir des affamés du Monde, la vie de rechange qu’on s’invente pour supporter la réelle… Le parti-pris de légèreté qui fut celui des frères Bobin (Frédéric compose et chante ce que son frère Philippe écrit) appartient désormais au passé. Sans être nullement pesant, loin s’en faut, ce disque suinte de gravité. Que rencontre la nécessaire tendresse. Et toujours l’élégance, décidément marque de fabrique. Ce disque ne peut nous lasser.
(CD Singapour. On peut le commander à F. Bobin, 1 place de la Croix-Rousse 69004 Lyon ; http://www.fredericbobin.com)

27 août 2009. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. Laisser un commentaire.

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