Au village sans prétention, chantons

par Claude Fèvre

C’était ce samedi, à Saint-Ybars en Ariège, bourgade perchée sur son promontoire à 40 km au sud de Toulouse. Par beau temps, la salle des fêtes, plantée à quelques mètres de la petite école, vous offre un panorama d’exception sur la chaîne pyrénéenne. Voilà pour le décor.
Fière de ses 500 âmes et quelques dizaines, la municipalité s’offre le luxe d’une commission « culture » qui, sous l’impulsion d’un adjoint comme on en trouve trop peu,  programme des rendez-vous avec le spectacle vivant. Je ne peux éviter de confronter ce lieu, ce public, le duo qui va entrer en scène, avec ces grand messes midi-pyrénéennes que vont nous offrir Albi (Pause Guitare) en Juillet ou Montauban (Alors chante) en mai, programmant pour une part les mêmes vedettes largement médiatisées à grand renfort de subventions aussi titanesques que leur programmation.
Essayons d’oublier un instant que l’on ne manquera pas de justifier par la « crise » la médiocrité de l’aide apportée à notre festival de l’Ariège profonde.
Samedi, c’était une soirée baptisée « cabaret » : quelques tables, des bougies, un petit Vouvray et des pâtisseries  offertes, oui, offertes ! Sur la scène un quart de queue ! Je n’en crois pas mes yeux ! Ce soir, il faudra se passer des éclairages (le budget impose des choix !) mais pour le son, tout y est ! Voici que commence le concert où Marc Maurel alias Garance, devra plonger dans le regard des spectateurs en pleine lumière. Il entre,  lunettes noires, cheveux hérissés sur la tête, en costume noir impeccable, chemise rouge (évidemment !) et pieds nus. Je suis le parcours de Marc depuis de nombreuses années et, chaque fois, j’essaie d’imaginer les pensées des spectateurs qui le découvrent dans ce look improbable… Déroutant, il l’est Marc. On ne sait jamais vraiment où il va nous conduire. « Chansons à voir », c’est le titre de ce duo piano-voix où Jérôme Abadie, compositeur, excelle non seulement comme instrumentiste (on le sentait emporté par ce piano qui était mis à sa disposition !) mais aussi comme  partenaire de jeu. Leur connivence offre à ce concert un sacré clin d’œil au théâtre ! Les textes de Marc et son interprétation, jusqu’à l’outrance parfois, vous promènent dans tous les registres. Je pense à la définition de Barbara dans ses Mémoires Interrompues : « la chanson est dans le quotidien de chacun ; c’est sa fonction, sa force. Sociale, satirique, révolutionnaire, anarchiste, gaie, nostalgique… » Oui, tout y est et je vous avouerais, pour ma part, un léger penchant pour les textes un tantinet érotiques que Marc distille avec une troublante émotion, comme dans Vivement l’hiver en début de concert ou Les bijoux en son milieu… Garance a depuis quelque temps ajouté un troisième instrumentiste, le guitariste Clément Foisseau et c’est en trio que nous le reverrons sur notre festival le 15 Août… Dans le nouveau répertoire de son deuxième album, il est à parier que nous retrouverons l’« homme moderne » changé parfois en « salop ordinaire » qui apparaît déjà au détour des « chansons à voir ». Rendez-vous pris pour l’été avec cet artiste que d’aucuns pourraient trouver trop proches de son public, trop entier, trop passionné, trop…? Moi, je me moque des détracteurs, cet artiste là je souhaite le faire connaître.

Le site de Garance, c’est ici ; son myspace, c’est là. En vidéo, séquence émotion du spectacle “Chansons à voir”extrait du DVD enregistré au Chapeau Rouge, à Toulouse. (Note du Rédac’chef Attention gourance ! Garance est aussi le blaze d’une chanteuse dont nous avons eu l’occasion de parler dans notre relation du festival de Prémilhat)

12 mars 2012. Étiquettes : . Claude Fèvre, En scène. 7 commentaires.

Prémilhat, comme sur un plateau…

Dimanche 30 octobre, 5e Rencontre de la Chanson francophone, Prémilhat,

Eric Guilleton (photos Catherine Cour)

Tout un après-midi, trois heures de concert, neuf artistes qui se succèdent pour chacun cinq chansons. Prémilhat n’est pas un tremplin, seulement un plateau de découvertes. Ça fait drôle de parler « découverte » en désignant Michel Grange. Mais lui est le fidèle d’entre tous, le permanent de Prémilhat, qu’on redécouvre chaque fois. Tout aussi drôle de coller ce terme à Eric Guilleton et ses déjà 28 ans de chanson. L’époque veut ça qu’un (superbe) artiste peut passer entre les (grosses) mailles du filet de la reconnaissance publique. Cet homme est impressionnant de talent et on ne le sait pas.
Deux chanteurs sur cette scène. Et sept chanteuses. Avec à nouveau Clémence Chevreau, mais sans rien de nouveau par rapport à l’avant-veille, quand elle s’était produite en première partie du récital Solleville. Ça, c’est grand dommage, presque faute. Passons, les découvertes ne faisant pas défaut.

Audrey Antonini

Avec d’emblée un grand bravo pour Audrey Antonini, au piano, petit bout de femme qui vous transporte littéralement par son chant, par son regard qui ne vous quitte pas. Et, hésitante, savourant son succès comme grand cadeau, ne sait vraiment quitter la scène… Ce fut un des très beau moment. Que ce soit par le choix de ses reprises (Maria Szusanna, pour ne citer qu’elle) ou par ses propres chansons, Caroline Personne ne chante pas par hasard. Cette belle personne met sa voix au service de dénonciations, de revendications (comme cette chanson sur les charters d’étrangers, où elle en appelle à Saint-Exupéry). Tout n’est pas toujours convaincant mais la voix est là, forte et sensible. Efficace. Garance, petite chanson qui s’insinue bien en nous, agréable et pétillante, accompagnée d’une seule guitare : un p’tit bonheur en soi qui ne demande qu’à être plus encore travaillé.

Anne Sila

Jean-Michel Tomé (le boss de Prémihat) nous avait présenté Anne Sila avec des qualificatifs rares. On connaît Anne, un peu. Notamment par ses remplacements chaque fois qu’une des dames du groupe vocal Evasion attend un enfant. Là, on va plus loin. Entre piano et violoncelle, Sila est pur brio. Même quand elle reprend Barbara. C’est à l’évidence le choc, sinon de cette Rencontre (encore que) au moins de cet après-midi.

Les cinq titres que Flavia Pérez s’est mis en bouche ont tout de l’humour trempé d’acide, qui vitriole le temps présent et en font ressortir le cynisme, l’absurdité. C’est ma foi impressionnant, qui plus est drôle. Et ce n’est qu’une des facettes de Flavia : vite, on a envie de découvrir le reste.
Et, pour bien finir en bouche, Pauline Paris. Bis repetita pour cette parisienne qui, déjà, l’an passé, était là. Que dire de plus de cette réjouissante gouailleuse sinon qu’elle sait désormais évoluer sur scène, avec une aisance ravissante, jouant de son corps et de celui de son guitariste. Ce fut bon, c’est désormais très très bon !
Bon, on s’en doute, un tel plateau mérite un final. Ou au pire un discours. D’un Jean-Michel Tomé ému, de tous les chanteurs sur scène improvisant un « C’est la mère Michel » pour célébrer et remercier ce « festival des Michel ». Rarement un festival n’a su présenter autant de promesses de chanson à la fois, Le sens de la découverte est ici réalité et nul n’est besoin de s’en convaincre à la lecture d’un dossier : il suffit de le vivre en direct. La plus grande réussite de Prémilhat est là. Une autre serait d’y faire venir un public plus important. L’an prochain si tout va bien ?

3 novembre 2011. Étiquettes : , , , , , , , , . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Rencontre de Prémilhat. 1 commentaire.

Prémilhat : « Mes frères les boeufs il serait temps qu’on meugle ! »

Chanter debout dans la boue, fièrement devant des bœufs, faire le beau devant des paons, croquer à pleines dents la chanson sous un pommier… C’est désormais un rituel que cette déambulation festivalière et chantée à la ferme de la Ganne, pas loin de Prémilhat. Un dimanche matin forcément pas comme un autre où nous suivons, à la manière d’un chemin de croix (sans nulle croix, sans nulle bannière), cette chanson que nous aimons. Cette Rencontre de Prémihat, c’est aussi ça que personne ne saurait louper à présent, grand classique s’il en est de ce festival du bout du monde. Et ce n’est pas Pauline Paris, déjà présente l’an passé (mais pas devant les mêmes vaches) qui dira le contraire. Elle, venait juste d’arriver la veille, les yeux mi clos cause au décalage horaire. Direct d’Ukraine à ici : des radioactivés de Tchernobyl aux bœufs de la Ganne, elle sait séduire tous les publics. Meuh d’honneur donc à Paris la parisienne. Ça se joue de peu d’ailleurs. Car comment qualifier la prestation, tout en profondeur, de Martine Scozzesi ? Ou cet A la claire fontaine d’une lumineuse Flavia Perez ?
Bon, on ne fera pas de palmarès, pas d’élections ni même de primaires : on ne saurait où placer l’audace, le culot (au sens de la culotte) de Fanfan (Françoise Mingot-Tauran), chanteuse de hardiesse, très hard, très osée, qui nous instruit des délices et pratiques de l’amour, devant un public qui, parfois, n’en est encore qu’à Chantal Grimm ou à la Sylvestre des Fabulettes. Et Garance si belle sous l’arbre, et Michel Grange pas loin de l’étable, et d’autres encore, ce fut une nouvelle fois grands et superbes moments. La ferme de la Ganne, c’est trente espèces d’animaux en totale liberté ; c’est autant de chanteurs en totale fraternité.

De haut en bas : Pauline Paris, Garance, Fanfan et Flavia Perez (photos Catherine Cour)

1 novembre 2011. Étiquettes : , , , , . Festivals, Rencontre de Prémilhat. 1 commentaire.

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