Les Mouzac tricotent et fricotent avec le père Brassens

Retour à la discothèque raisonnée du brassensologue qui est en nous. Et remarquez que ça rime avec œnologue. Ça tombe bien, je m’en vais vous parler d’un grand cru…
Malgré leur nom, Sale petit bonhomme, qui déjà trahit la source, ces deux-là, Jean-Jacques et Aurélien Mouzac, père et fils, ne cherchent pas à faire du Brassens à tout prix, quand bien même ils consacrent à nouveau (1) un album entier au natif de Cette (2). Le Brassens ils l’ont en eux, depuis le temps qu’ils l’aiment et le chantent. C’est un peu beaucoup de leur respiration, l’addition de leurs globules rouges et de leurs globules blanches.
Je ne vais pas hiérarchiser l’émotion, pas classer les repreneurs du vieux, ce ne serait pas raisonnable et, du reste, il n’y a nulle compétition. Mais, quand même, ce disque-là, je le tiens très près de mon palpitant, plus que d’autres. C’est du Brassens il va de soi et c’est autre chose, d’un peu différent, d’infiniment respectueux mais pas calqué. Y’a même pas le prétexte de transposer tonton dans un autre univers (celui des Mouzac est par essence un peu jazzy, un peu swing), de lui faire subir des outrages pour retrouver le rugueux d’origine. Il n’y a l’enjeu ni du scandale ni de la performance. Les Mouzac tirent simplement la pelote de leur Brassens (jolie pochette soit-dit en passant), avec les instruments qui sont les leurs et le renfort de Thierry Heraud à la contrebasse. Avec ma foi des orchestrations intelligentes, inédites, sensibles, bien vues. Avec un peu d’électrique ici, des petites percussions là, un harmonica… Et on est confondus, le cul par terre, avec l’émotion de cette relecture, d’une belle écoute, d’un sacré coup de chapeau qu’on ne peut que saluer. Avec aussi l’impression de découvrir plus encore Brassens ce qui, convenons-en, est une gageure. Permettez-moi d’extraire trois titres en particulier : d’abord Sale petit bonhomme tant il fallait qu’elle est soit, puisqu’ils en ont fait leur raison sociale ; Pour me rendre à mon bureau ensuite, une chanson de Jean Boyer, de 1945, qui raconte les restrictions et réquisitions des transports en temps de guerre, une des « chansons de jeunesse » de Brassens que tonton gravera finalement en 1980. Et En attendant, la chanson hommage des Mouzac à leur maître et ami Brassens.
C’est du beau, c’est du bon. Bien sûr que ce disque s’impose comme un indispensable pour les amateurs de Brassens. Mais, je vous jure, pas que d’eux !

(1)    Avant de prendre le nom de groupe de « Sale petit bonhomme », les Mouzac avaient sorti, en novembre 2005, sous le nom de « Brassens de père en fils », un cédé de cinq titres : Une petite fleur…
(2)    A la naissance de Brassens, Sète s’écrivait ainsi.

Le site de Sale petit bonhomme, c’est ici ; et Sale petit bonhomme sur NosEnchanteurs, c’est là.

Pas de vidéo sur YouTube de « Sale petit bonhomme » correspondant à ce répertoire Brassens. En voici une autre, en grande formation et sur d’autres chansons, au Local, de Poitiers, en 2009 :

9 avril 2012. Étiquettes : , . Lancer de disque. 3 commentaires.

Brassens version country

Ce n’est évidemment ni le premier ni le dernier à cuisiner Brassens avec ses propres ingrédients, sa propre sauce. C’en est même devenu un grand classique, pour certains un passage obligé, presque un CAP chanson à lui tout seul, option « moustache, guitare et pipe ». Les brassensologues doivent en avoir de pleines étagères. Donc, voici Christian Valmory, par ailleurs rédacteur chez notre estimé confrère Vinyl. Valmory cuisine, lui, le vieux à la sauce country, et c’est agréable même si, question de goût, il aurait pu remuer la sauce plus longtemps encore, façon Nashville. Valmory n’a pas prélevé que les « tubes » de tonton Georges, pas sélectionné que les « inconnues » non plus : seulement ses préférées, celles qu’il aime chanter plus que tout, de La tondue à Oncle Archibald, de L’assassinat au Vieux Léon, du 22 septembre au Gorille… Douze titres et, comme on s’acquitte de dime ou de gabelle, un titre en plus, un cadeau, un hommage au maître : A l’enterrement de Georges Brassens, paroles et musique de Christian Valmory, comme l’exégèse en léger différé de la cérémonie mortuaire à Sète, avec, par ordre d’apparition en scènes, les copains, les copines éplorés, des filles de joie et des hôtesses de l’Olympia aux escargots de Prévert, des gendarmes de Brive-la-Gaillarde à sa bonne Jeanne : « Si au fond du ciel une grosse voix / Fait tonner un merde de l’au-delà / Ne croyez pas que c’est un mot de Dieu / C’est Georges Brassens qui s’amuse un peu. » Discret, un rien timide, Valmory n’a pas fait grand cas de cet opus dans les médias, tant que cet album avait échappé à notre vigilance. Pour l’avoir exposé le week-end dernier à Randan, le voici chamarré, épinglé au tableau de chasse de NosEnchanteurs, où, entre nous, il a toute sa place.

Christian Valmory, La country de Brassens, 2007, autoproduit. Le myspace de Valmory c’est ici.

4 avril 2012. Étiquettes : , . Lancer de disque. 5 commentaires.

Avalon, savourons

Prélever au répertoire quelques de ses perles et baptiser son disque Service public a quelque chose de savoureux dans l’esprit. Car, mises à part les thématiques de Philippe Meyer sur ce dit service public, on n’y entend pas trop ce genre de chansons. Michel Avalon reprend donc Gilbert Laffaille, Georges Brassens, Henri Tachan, Allain Leprest et Léo Ferré (pour chacun deux titres) ainsi que Julos Beaucarne, Bernard Joyet et Jacques Prévert. Et, quitte à faire, Michel Avalon par deux autres titres (Amis et Le tango de Palavas-les-flots). L’enregistrement est public, Avalon est à la guitare et son compère et complice Claude Delrieu à l’accordéon, dont le soufflet donne le la et prédomine avec superbe.

Rien que pour la plaisir d’imprimer un de ses écrits sur cette page virtuelle qu’est NosEnchanteurs, je laisse la parole à mon estimé confrère Jacques Vassal : « Michel Avalon vous capte, d’abord par sa voix, grave, chaude et singulière. On s’y habitue, puis on l’aime. La confidence s’impose et la confiance s’installe. D’autant que le répertoire (Ferré, Tachan, Laffaille, Brassens et… Avalon lui même) est de belle facture. Une vraie présence en public. » La voix d’Avalon fait rugueuse, bourrue. Et tout autant conviviale. Elle a comme la chaleur d’un feu de bois d’hêtre, le bonheur de l’être, sans fioriture aucune, qui va simplement à l’essentiel, servant avec grand respect des textes d’anthologie.

Michel Avalon, Service public, 2011, Exil prod/E2M audio production. Le site de Michel Avalon, c’est ici. Signalons que Claude Delrieu est aussi le fou chantant poly-instrumentiste de la Reine des Aveugles à qui NosEnchanteurs a consacré un de ces récents articles (lire ici).

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25 février 2012. Étiquettes : , , , , , , , , . Lancer de disque. 1 commentaire.

Il faudra qu’elle aime Brassens…

« Quand j’serai star / Sorti du noir / Affiché sur les grands boulevards / Plus un tocard / Quatre quarts / D’un artiste au sommet d’son art / Pas un smicard / Un phare / Ma vie s’habillera en costard / Plus de nerf dans mon bifteck / Pas d’asticots dans le Pont l’évêque / Chez le boulanger pas de pain rassis / On me fera à nouveau crédit. » La formation se nomme « Sale petit bonhomme », un blaze qui nous dit quelque chose, nous sonne à l’oreille… Sur son précédent opus, une chanson dictait la conduite, donnait le la : « Il faudra qu’elle aime Brassens… » Il faut effectivement aimer et le chanteur et sa guitare, et sa moustache et la pipe, pour apprécier ce duo. Sans ni reprendre (pas ici) ni copier l’ancêtre, les poitevins Jean-Jacques et Aurélien Mouzac (père et fils, ici avec pas mal de musiciens à leurs côtés, à géométrie variable en scène) s’inscrivent dans la veine féconde de Brassens avec, non forcément les mêmes ingrédients (« Chacun sa tambouille / Faut qu’on se débrouille / A chacun sa foi ») mais une façon cousine de fabriquer des chansons, petit artisanat fait d’un constant soucis du verbe, de concision musicale et d’une précision de tous les instants. L’élève a appris du bon maître et, à son tour, ajuste des mots trempés de bon sens et de malice. Une transmission « tout en délicatesse » qu’un renfort d’instruments distingue de la possible matrice. Comme jadis Le Forestier avec La visite, Mouzac fait aussi Voyage à Sète : « J’étais venu pas fanatique / Comprendre d’où venaient ces mots / Qui faisaient chanter la musique / Et guérissaient tant de mes maux. » Mal pour bien, la fidélité à Brassens va au-delà du nom du groupe : elle poursuit l’œuvre à sa façon.

Sale Petit Bonhomme, Ma semaine, 2011. Le site de Sale Petit Bonhomme, c’est ici. Ce billet est la version augmentée d’une chronique parue sur Le Petit format en juillet dernier. Sale Petit Bonhomme enregistre actuellement un album autour des chansons de  Brassens : extraits sur leur site dès janvier.

27 décembre 2011. Étiquettes : , . Lancer de disque. 1 commentaire.

Conjuguer Brassens au présent

Samedi 29 octobre 2011, 5e Rencontre de la Chanson francophone, médiathèque de Domerat,

Michel Grange et Michel Trihoreau, musique et paroles (photo Catherine Cour)

Mon premier se prénomme Michel, il est journaliste, vous l’avez lu fidèlement dans les pages de Chorus, et de Paroles et Musique précédemment. Brillant conférencier, il s’en vient narrer Brassens qui, il y a pile trente ans jour pour jour, cassait sa pipe, à ce qu’on dit. Mon second se prénomme Michel, il est chanteur et se met en bouche, avec rare délectation, avec un talent qui, comme le bon vin, ne cesse de se bonifier, tonton Georges, cette matrice de la chanson que nous aimons. Tous deux vont nous rendre plus familier encore l’homme de Sète, le tendre bourru du Gorille. Michel Trihoreau et Michel Grange (qu’on surnomme Milou, je ne sais pourquoi) font la paire et la visite à Brassens, débusquant ici et là de riches et belles anecdotes, ses substances littéraires, ses exploits, le ramenant à la vie si tant est que ce facétieux-là soit vraiment mort.

Tout à fait mort ? Nuançons le propos...

Mort ? Sans être révisionniste, on peut en douter. Rarement on a vu autant Brassens à la télé. Même à l’hôtel du bout du monde où nous étions, en cet Etap’hôtel surréaliste à quelques galaxies de l’épicentre qu’est Prémilhat. Même chambre 11, c’est dire (la mienne), grouillante de vie (style Les copines d’abord). Brassens de partout, comme s’il en pleuvait, presque autant que Tintin. Capitaine Haddock moins bourru que le vrai, pareil producteur de jurons au point d’en faire une ballade, plus sûrement navigateur que lui et que vous tas de rameurs, le père Brassens naviguait d’une chaîne l’autre, médusant l’écran. Parfois lui, parfois ses survivants tel Joël Favreau, cheveux blancs du plus bel effet et propos sensibles et consistants, de fait incongrus en télé. Du Brassens qu’on bouffe depuis quelques mois, en expo, à l’étal des libraires, dans les bacs des hypers (je dis pas « disquaires » y’en à plus) et, depuis quelques jours, en injection sur les radios, en perfusion à la télé. S’ils aiment tant Brassens, dans les grands médias, faut apprendre à distiller : un p’tit peu chaque semaine, tout au long de l’année. Et l’an prochain aussi, malgré que ses 31 ans n’intéressent alors plus personne. S’ils aiment tant la chanson, qu’ils en diffusent aussi, des autres que le vieux : y’a pléthore, j’en ai des listes pour vos play-listes.
Nous ici, à Prémilhat, en cette Rencontre de la Chanson francophone, si Brassens est là ce n’est pas faire comme tout le monde, pour faire joli, pour commémorer à tous prix. C’est parce qu’il y est à sa place tout simplement, aux côtés de tous ces p’tits jeunes qui ont pour nom Gilles Roucaute, Elsa Gelly, Corentin Coko, Pauline Paris, Anne Sila, Garance, Clémence Chevreau, Caroline Personne, Flavia Perez et bien d’autres. D’ailleurs, on le chante en vrai devant des gens, et c’est bien la preuve qu’il n’est pas mort, qu’il bande encore. Durant tout le festival, le plus discrètement possible, une grande, une très grande de la chanson était présente, pour simplement apporter un  peu de son soutien et pour y découvrir le futur de la chanson. Elle, c’est Anne Sylvestre, qu’on surnomma longtemps, encore maintenant, la « Brassens en jupons ». Pas de commémoration vous dis-je : une simple présence bienveillante.

31 octobre 2011. Étiquettes : , , , . Festivals, Rencontre de Prémilhat, Saines humeurs. 2 commentaires.

France-Inter, Val qui rit et la chanson qui pleure

Que valent les programmateurs d’Inter ? Rien ! Que connaissent-ils de la chanson ? Rien ! S’ils tentaient une validation de leur acquis professionnels pour obtenir un diplôme chanson, ils seraient recalés. Trop nuls ! Et programment-ils, d’ailleurs ? Ils ne font que mettre en ondes, par leur « play-liste », la production des gros labels. C’est tout. C’est pas une tâche de programmateur, mais de secrétariat.

La mort d’Allain Leprest a réveillé en nous une sainte colère : celle du mépris de France-Inter pour la chanson. « Ecoutez la différence » : non ! Inter c’est « écoutez le formatage et nos p’tits arrangements avec les gros labels », rien de plus. Oh, bien sûr, c’est vrai, depuis le trépas de Lesprest, nous avons entendu une chanson de lui chez Mermet (c’est maigre…), une autre hier chez Morel (bel hommage, soit-dit en passant, et joli coup de griffe à la « play-liste » d’Inter). Une heure nocturne chez Levaillant ; une autre, diurne, chez Meyer. A part ça, y’a rien qui s’passe. Au quotidien, depuis des années, c’est que dalle ! Leprest c’est pas, c’est plus pour Inter, ça l’a jamais été. Y’a pas l’enjeu du fric ! Pas d’Allain Leprest et pas plus d’Anne Sylvestre, de Rémo Gary, de Véronique Pestel, de Xavier Lacouture, Gérard Pierron, Marc Ogeret, Francesca Solleville, Claude Semal, Jean-Michel Piton, Sarcloret, Louis Capart, Catherine Ribeiro, Michèle Bernard, Loïc Lantoine… De Corentin Coko, de Nico, de Manu Gallure, de Frédéric Bobin, de Gérard Delahaye, de Frasiak ou de Coline Malice… La liste est assourdissante de celles et ceux exclus, volontairement oubliés du service public. Z’avaient qu’à signer chez EMI ou chez Universal !

Si encore le taulier de France-Inter était un sinistre crétin qui n’entendait rien à la chanson, la vomissait, je comprendrai ce mépris (mais ne l’excuserai pas, loin s’en faut). Mais non, il est lui-même chanteur, vingt-cinq ans de gauchisme chanté sur toutes les scènes de l’hexagone, en solo, en duo (avec Patrick Font). Oh, Philippe, tu t’en branles de ton passé ? Tu renies ton appartenance à la chanson ? T’as tout oublié à ce point ? C’est vrai que la liberté que tu chantais naguère n’est pas le libéralisme dont tu te fais le chantre aujourd’hui. Pas la peine d’avoir pleuré Brassens à chaudes larmes si c’est pour tuer ses héritiers, les condamner à l’éternel silence.

3 septembre 2011. Étiquettes : , , , . Saines humeurs. 28 commentaires.

Le Brassens selon Vitor Hublot : enfin libre !

Guy Clerbois et Gilles Verlant, deux des Vitor Hublot (photo DR)

Commençons l’année par une belle histoire. Vitor Hublot est un collectif belge d’artistes turbulents, maître de l’underground wallon, mené par Guy Clerbois, à l’art pour le moins décapant, un électro-rock avant-gardiste qui ne sait rien des convenances. Il y a quelques mois, en fin 2010, Vitor Hublot sortait le volume 1 de son travail singulier sur Georges Brassens. Neuf titres insufflant ma foi une douce folie, une insolence particulière. Ceux qui se font de l’auteur des « Copains d’abord » une science précise, exacte, une religion définitivement bouclée dans une esthétique figée pour l’éternité avaient de quoi lever les bras au ciel. Le projet de Vitor Hublot n’était pas nouveau. Dès 88, son leader, Guy Clerbois, l’âme de ce collectif, sa cheville ouvrière, entame un projet d’hommage au cher disparu. Quatre titres sont mis en boîte mais l’éditeur de l’époque refuse. A la suite de quoi, Vitor Hublot était comme rentré en hibernation. Vingt ans de sommeil avant de reprendre le projet Brassens et de sortir ce disque… sans avoir demandé au préalable l’autorisation. Brassens revient donc, en un projet de trois cédés de « relecture libre » des chansons du maître. Le premier sort en fin 2010 et doit, à peine mis dans les bacs, en être retiré dare-dare. L’héritier de Brassens est irrité par deux des titres et en interdit l’exploitation. L’émotion est légitime dans le milieu artistique proche de l’univers de Brassens et pour quelques journalistes qui en font l’écho outragé. Dont NosEnchanteurs, qui n’y va alors pas avec le dos de la cuillère pour dire l’indignation. Et le neveu de Brassens, sans doute sensible à ces avocats de la plume et du bon sens, fait marche arrière cinq mois après. Merci, merci cher neveu !
Prévu en trois cédés, le nouveau tirage sera en deux opus, autrement plus copieux. Sur les treize adaptations libres de ce premier volume, de Marinette à La première fille, du Pornographe à La Chanson pour l’auvergnat, on retrouve les voix de Jeff Bodart, Jil Caplan, Stéphanie Coerten, Philippe d’Avilla, Lou Deprijck, Jacques Duvall, Renaud Janson, Thierry Mondelears, Didier Odieu, Jean-Louis Sbille, Gilles Verlant, Pierre Vervloesem, Isabelle Wery, Yohadane et les Talbot sisters, ces dernières n’étant autres que les choristes de groupe Sttellla.
Ceci dit, avant de vous ruer sur ce disque, sachez bien à quoi vous attendre. Loin de tout consensus, Vitor Hublot fait des chansons du vieux des objets intrigants, bizarres, incongrus, à la musique parfois urticante. Original, il va sans dire, jamais entendu auparavant. Si vous n’acceptez pour repreneur de Brassens que Maxime Le Forestier, Valérie Ambroise, Joël Favreau ou le MEJ trio, fuyez, c’est pas pour vous ! Si la causticité musicale, l’insolence presque, vous ravit, allez-y, l’expérience Vitor Hublot nettoie nos têtes de lecture bien comme il faut.

Le site de Vitor Hublot, c’est là. Sortie du disque le 26 septembre.

2 septembre 2011. Étiquettes : , . Lancer de disque. 4 commentaires.

Biblio : Le Brassens de Jacques Vassal

Nouveauté littéraire, parmi d’autres, sur le plus célèbre fumeur de pipe de la chanson que ce Brassens, homme libre de mon ami et excellent confrère Jacques Vassal. De tous les livres parus à ce jour sur Brassens (je suis loin de les avoir tous lus), ce travail monumental semble être le plus complet, un peu comme la biographie idéale, la somme totale. Tout, donc, sur sa jeunesse sétoise, ses frasques adolescentes (qu’on retrouvera dans Les Quatre bacheliers) et sa montée à Paris, la guerre et le STO à Basdorf, ses premiers poèmes, ses premières chansons, ses romans et le rêve qu’il nourrit d’être écrivain, ses rencontres féminines, Patachou qui le pousse sur scène à Montmartre, son succès qui le réjouit et sa notoriété qui l’accable…
L’argumentaire de quatrième de couverture tient en ces lignes :
« Histoire d’un artiste et de son oeuvre, Brassens, homme libre est riche d’éléments inédits qui viennent s’ajouter à tous ceux que l’auteur avait déjà rassemblés depuis plusieurs décennies. Témoignages à l’appui – notamment ceux de ses proches, d’amis d’enfance, de Serge Gainsbourg, d’Alain Souchon, de Maxime Le Forestier -, c’est toute l’existence de Brassens que raconte Jacques Vassal. Une vie qui tient en quelques mots essentiels : poésie et chanson, musique et écriture, amour et amitié, fraternité et liberté. Chanson, d’abord. Liberté, toujours. « Ma vraie place, disait-il, c’est quand je suis à ma table avec ma guitare et que j’écris une chanson. » De fait, sa vie a été une «oeuvre-vie», entièrement vouée à la chanson. La vie s’est en allée, l’œuvre est restée. Et plus vivante que jamais !

Jacques Vassal (photo DR)

Partout on la célèbre et on l’étudie, on la traduit et on l’interprète. Voilà Brassens chanté sur tous les continents. Dans toute la francophonie, bien sûr, mais aussi en Espagne et en Italie, en Grèce et en Suède, en Pologne et en Russie, en Allemagne et en Israël, en Algérie et au Chili, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, aux Pays-Bas et aux Antilles, en Argentine et au Japon, etc. C’est le dernier pied de nez de Brassens : grâce à lui, désormais, tous les chemins mènent à Sète ! Du moins, les libres chemins de la chanson. »

Jacques Vassal, Brassens, homme libre, 2011, Le Cherche Midi, collection « Brassens d’abord », 633 pages, 22 euros.

22 août 2011. Étiquettes : , . Biblio. 2 commentaires.

Les Brassens de Jacques Yvart et de Claude Besson

Quand on aime on ne compte pas ! Et puis ça fait trente ans qu’il a cassé sa pipe, occasion, s’il en est, s’il en faut, d’encore plus l’interpréter, en fanfaronnant devant un commissariat comme en composant un bouquet de ses chansons. Donc, encore et toujours Brassens ! Qu’on se met tellement en bouche qu’on peut même douter de la disparition, et c’est bien.
Après vous avoir entretenu de pas mal de p’tits jeunes (Trio Job, Etranges familiers ou encore cette bande composée des Weepers Circus, Ogres de Barback, Debout sur le Zinc, Aldebert, Agnès Bihl et Yves Jamait, des gamins quoi), en attendant l’opus d’Alcaz, voici, non la vieille garde, mais deux chanteurs d’expérience, qui tous deux trimballent leurs propres chansons depuis des lustres. Jacques Yvart et Claude Besson s’offrent la joie, chacun dans son coin, de rendre visite à leur copain Sétois. Et si sétois, ils en sont frères…
Maintenant qu’il n’y a plus aucun support ‘ou si peu) pour parler de chanteurs et de chanson, que la seule presse existante fluctue au gré des modes que façonne le showbiz, qu’eux-mêmes sont passés de mode si tant est qu’ils aient connu ça, on ne risque pas de prendre des nouvelles de ces artistes-là. Ils existent cependant et poursuivent leur parcours d’humbles artisans de la chanson. Et, là, se joignent au concert Brassens, non avec plus de légitimité (tout individu bien intentionné peut chanter Brassens) mais comme on salue un ancien compagnon de route, de scène. Et puis quand on aime on ne compte pas !
Le bouquet de chacun des deux est composé de chansons pour la plupart très connues (Les passantes, L’orage ou La non demande en mariage pour Besson ; Le vieux Léon, Les amoureux des bancs publics ou La marine pour Yvart), sans qu’aucun titre des répertoires par eux adoptés ne se recoupe. Yvart y chante cependant un inédit de Brassens ainsi que Jehan l’advenu, texte de Norge qu’Yvart eut l’honneur de musiquer à la demande justement de Brassens. Deux disques, deux amitiés, deux fidélités.

Je dois confier ma grande admiration sur ce qu’en a fait le breton Claude Besson. Son disque a la légèreté de chansons qu’on interprète lors d’une veillée, sans autre soucis que de bien les restituer, qui plus est avec une guitare dont Claude Besson, chanteur autant que luthier, est presque virtuose. Il n’y a pas – en tous cas on ne le sent pas – dans son interprétation, le poids d’un auteur référent, presque encombrant tant il prend de la place. C’est simplement fluide, fraternel, sans chichis, sans ambages. Adorable donc. On y retrouve tout ce qui fait Besson, ce troubadour épris de mots et de notes, qu’il cajole comme pas deux, avec ce naturel désarmant. Qui, sur ce disque, sur trois titres, se fait tendrement épauler par sa princesse à lui, sa Françoise, tant il est vrai que quand on aime Brassens on le partage. On retrouve Besson sur son site (c’est ici) ; on peut aussi commander ses cédés ici.

Autre carrière on ne peut plus nourrie, celle du nordiste Jacques Yvart, sans doute plus connu à l’étranger qu’il n’est prophète en son pays, dont Brassens est le bon maître depuis longtemps. Là aussi, la voix est belle. Et chaude. Peut être plus impliquée dans un soucis de bien rendre, d’être à la hauteur de son sujet, de « son » Brassens. Avec un rythme parfois plus lent (Pauvre Martin, La file indienne…) que martèle harmonieusement le verbe. Avec Yvart, la coloration musicale va bien plus loin que la guitare et la contrebasse. Ici piano et accordéon, batterie et clavecin, même violon et harpe celtique viennent en renfort. Seul reproche, cet orgue Hammond sur Les Copains d’abord, mais ça doit être moi qui tient cet instrument pour vulgaire. La curiosité de cet album est cette chanson au rythme belliqueux, La guerre, l’une de Brassens qu’on ne connaissait pas encore à ce jour. Ce trentième anniversaire est intéressant qui nous rassemble peu à peu de petits perles égarées. Le site d’Yvart, c’est par là.

18 juillet 2011. Étiquettes : , , . Lancer de disque. 1 commentaire.

Brassens toujours à la une

Le JDD tirait il y a quelques jours « Avec Brassens, un air de liberté souffle sur Paris ». Il ne faisait en fait que l’utile relation de la très belle expo Brassens ou la liberté actuellement à la Cité de la Musique, à la Villette, et de quelques autres déambulations parisiennes bruissant du souvenir du chanteur à la pipe.

On associe bien Brassens et la liberté. Mais c’est peut-être le côté muséifié du bonhomme. De partout, dans la vraie vie, et encore ce week-end, on interpelle et on coffre des outrecuidants qui ont l’audace, en cette France ultra-sécuritaire, de chanter Hécatombe. Résumons : suite à la condamnation d’un contrevenant qui avait osé chanter cette œuvre impérissable devant des pandores, nombre de citoyens, pas plus chanteurs que vous et moi mais pas moins, entonnent ici et là ce tube, systématiquement devant des commissariats. C’est drôle, ça ne mange pas de pain et ça mesure l’exact état de tolérance des forces publiques : zéro pointé ! C’est d’autant plus surprenant que Brassens et son œuvre se hissent très haut dans l’échelle des commémorations : c’est bien simple, le bon maître Georges est de partout, même en garde à vue.

De partout, oui. Tant que malgré toute ma bonne volonté, je ne saurais faire l’exact inventaire des brassenseries qui nous sont proposées. Je me limiterai donc à ce qui arrive spontanément dans ma boîte aux lettres.

Avec d’abord ce « Brassens chanté par » qui réunit Les Ogres de Barback, Debout sur le Zinc, Aldebert, Agnès Bihl, Yves Jamait et Weepers Circus, paru chez Formulette production et diffusé par L’Autre Distribution, en bac dès ce 20 juin. Que des gens qui ont ou auront leur rond de serviette dans NosEnchanteurs, c’est dire mon ravissement. Avec mention spéciale pour nos alsaciens des Weepers qui, en tous lieux (sur leur prochain opus comme sur leurs contributions ici) ne cessent de se bonifier. A noter que les Weepers Circus et Jamait n’ont sans doute pas réussit à se départager et chantent, chacun dans leur coin, Le parapluie. En pleine canicule, c’est intelligent… Toutes les plages sont ici pareil délice, faut dire aussi qu’ils sont tous bon…

Puis ce disque du Trio Job (Ruben, Julie Rousseau et Olivier Andrys), huit ans d’exercice au service des chansons du vieux, avec pour postulat de proposer un point de vue nouveau, propice à la découverte. Ça le fait. Les titres ici sont parmi les moins en vue de Brassens, encore que. L’interprétation est d’une totale fraîcheur, d’une grande délicatesse, tant que c’en est délice d’écouter ces treize titres. Pour commander, c’est ici.

Et puis ce deuxième volet de Brassens l’irlandais (Totem music/Mosaïc music distribution) qui, l’Eire de rien, pose aux pieds des vers de Brassens quelques effluves irlandaises pour de nouvelles fiançailles. Tout n’est pas réussi dans ce nouvel opus mais ce qui l’est l’est vraiment. Et puis entendre le montpelliérain Georges Nounou entonner Brassens est à mes oreilles grand et constant ravissement… Leur myspace, c’est là. http://www.myspace.com/brassenslirlandais

Enfin, citons encore la réédition bien venue du disque Greame Allwright sings Georges Brassens de 1985, un chef d’ouvre total qui avait disparu des bacs sans trop d’espoir d’y revenir, cause à des histoires, alors, de droits d’auteurs pour le traducteur. Apprendre l’anglais en chantant Quatre-vingt-quinze pour cent est une expérience rare, pire : une invraisemblable émotion.

Et cet album de seulement neuf titres, Pensez à moi : des chansons de jeunesse de Brassens, partagées entre Bertrand Belin, François Morel et Olivier Daviaud. Citons-les ces titres que vous ne connaissez pas encore et que tout raisonnable fou de Brassens se fera un devoir de chanter, fusse devant un cordon de flics : A l’auberge du bon dieu, Quand tu m’auras quittéPensez à moiQuand j’ai rencontré celle que j’aime, La marche des PAF, Son cœur au diableDiscours de fleurs et Oui et non. Une somme de petits bonheurs, bien mis en bouche qui pourraient nous en amener encore d’autres : trente ans après qu’il ait cassé sa pipe, on retrouve des inédits qui feront, c’est sûr, grand tabac. (Télérama/Cité de la Musique)

20 juin 2011. Étiquettes : , , , , , , , , , , , . Lancer de disque. 1 commentaire.

Brassens au tribunal…

Brassens, gendarmicide pantenté (DR)

« En voyant ces braves pandores
Etre à deux doigts de succomber
Moi, j’bichais car je les adore
Sous la forme de macchabées
De la mansarde où je réside
J’exitais les farouches bras
Des mégères gendarmicides
En criant: « Hip, hip, hip, hourra! » »
Hécatombe, Georges Brassens

Du marché de Brive-la-Gaillarde au tribunal correctionnel de Rennes la semaine passée, la chanson de Brassens n’a pas le même succès, ni le même auditoire, ni le même sens… C’est un brave et jeune quidam, joyeux plaisantin sans doute qui, en juillet 2009, entonne Brassens à sa fenêtre d’un appartement de Cherbourg. Certes avec quelques grammes de sang dans l’alcool, qui plus est devant trois flics ne semblant pas apprécier l’ode qui leur est ainsi faite. Eh, « Moi, j’bichais car je les adore / Sous la forme de macchabées… » ! Le port de l’uniforme annihilerait-il l’humour et le sens mélomane qui est en chacun de nous ? Le procureur, droit dans sa robe, est formel : « Interpréter cette chanson devant un miroir, pourquoi pas… Devant des policiers, c’est un outrage ! » a-t-il dit de toute l’autorité que lui confère sa charge. Faux derche, l’avocat de la défense a chargé son client : « Tout le monde n’a pas le talent de Brassens. Mon client avait bu. » Le prévenu, qui a eu la prudence de ne pas chanter Le Gorille à la barre, écope de quarante heures de travail d’intérêt général et devra verser 100 € à deux des policiers, bizarrement pas au troisième qui s’est sans doute mis à écouter l’homme à la pipe.

Petit conseil aux organisateurs accueillant des repreneurs de Brassens (ils sont nombreux) : précisez bien au public que l’accès est interdit à qui Brassens fustige. Les pandores et les juges s’entend, mais aussi plein d’autres catégories de gens au premier rang desquels les  cons : il pourrait, va-t-on savoir, y en avoir dans la salle. Quoique chante encore Brassens : « Quand les cons sont braves / Comme moi / Comme toi / Comme nous / Comme vous / Ce n’est pas très grave. »

9 juin 2011. Étiquettes : . Saines humeurs. 1 commentaire.

Putain de toi !

Ainsi donc, Roselyne Bachelot, ministre de la solidarité et des cohésions sociales, veut taxer quiconque va aux putes, punir les clients et vider leurs bourses (proposition de loi visant à pénaliser les « clients de prostituées » d’une lourde peine s’inspirant du « modèle suédois », c’est à dire une amende plus six mois de prison). Ben voyons ! Je me dis naïvement que si le métier de prostituée est le plus vieux métier du monde, c’est qu’il doit forcément avoir une utilité quelconque, de régulation sociale, de soupape de sécurité, d’hygiène publique aussi. Qu’importe ! Des fois que la démagogie puisse payer électoralement… Qu’importe si, une fois de plus, le petit paiera. Car c’est plutôt l’immigré loin de sa famille qui sera touché, pas vraiment l’homme d’affaires aux bras d’une escort-girl, ni Ribéry dans la couche de Zahia… Faut pas confondre putes des bas-fonds et prostituées de luxe, RMI et Cac 40, camionnette pourrie et suite à l’hôtel Hilton…

"La Dérobade" film de Daniel Duval (1979), avec Maria Schneider et Miou-Miou

Petite anthologie chanson sur cette intéressante et inépuisable thématique…

« Et c’est là, bêtement, dans cette chambre obscure,
Cette chambre sans joie, sans fleurs aux rideaux,
C’est là qu’j’ai reçu ma première blessure,
Laissé mon enfance au porte-manteau
(…)
Mademoiselle de déshonneur
Mon premier amour d’un quart d’heure »
Ma demoiselle de déshonneur – Joe Dassin

« Elle n’a pas le choix
C’est comme ça
C’est la vie
Qui veut ça…
Elle attendait
Le premier
Qui saurait
La tirer…
De ce mauvais pas…
Et dans ces bras
Elle oublie
Que ça ne va pas…
Elle est au bord d’elle
Elle est au bordel…
Au bord des larmes… »
Le bordel – La Mine de Rien

« La conn’rie qu’on a faite en verrouillant les claques,
En balançant du coup tout’s les souris dehors !
Ça méritait d’autor un’ volée d’pair’s de claques,
Mais, comm’ disait papa, tous les cons sont pas morts,
Voilà des pauv’s gamines qui vivaient en famille,
Qui r’cevaient vaill’ que vaille un peu d’éducation
Et qui sont désormais sans soutien, les pauv’s filles.
La conn’rie qu’on a faite en fermant les boxons ! »
Le regret des bordels – Bernard Dimey 

« En une et mille nuits, réduits au chronomètre
A un quart d’heure d’orgie, l’ange naît de la bête
La glace de l’armoire et les miroirs pervers
Aux quatre coins du lit font l’amour à l’envers.
Le travail terminé, elle s’en va la belle
Tirant le coffre-fort de sa croupe en sillage
On ne saura jamais comment elle s’appelle
On n’a même pas osé lui dire : Merci madame »
Les prostituées – Mouloudji

« Posée comme une contrebasse
Dans les bras d’un artiste,
Elle avait l’air de faire des passes
Dans une chanson réaliste
(…)
Passionnément nous y pensions
A la P… points de suspension
Qu’elle était bien !
Qu’elle était bien !
La putain… »
La putain – Serge Reggiani

« Je suis une pute
Si mon papa savait, je crois qu’il me tuerait

Il défoncerait ma petite figure
Chéri, faisons ça dans ta voiture
Si maman savait, je crois qu’elle en mourrait
Son petit bébé…
Chéri, c’est d’abord qu’on paie »
Je suis une pute – Cali

« Quand je fais l’amour  
Je me dis qu’on n’a pas changé les draps depuis longtemps déjà  
Quand je fais l’amour  
Je me demande ce que font les autres pendant ce temps-là  
Quand je fais l’amour  
Je pense à ma femme et comment on était beau autrefois  
Quand je fais l’amour  
J’espère que ça coûtera moins cher que la dernière fois »
Quand je fais la chose – Christophe Miossec  

« Moi j’aurais bien aimé un peu plus de tendresse
Ou alors un sourire ou bien avoir le temps

Mais au suivant au suivant
Ce ne fut pas Waterloo mais ce ne fut pas Arcole
Ce fut l’heure où l’on regrette d’avoir manqué l’école
Au suivant au suivant »
Au suivant– Jacques Brel

« Va rejoindre ta femme, maintenant
Que t’as eu ton plaisir
Que j’ai eu mon argent
Allez, j’vais pas t’retenir
Je sors de ton camion
T’as eu ton aventure
Remonte ton pantalon
Rattache ta ceinture »
Va rejoindre ta femme – Lynda Lemay

« Y’a des clients, y’a des salauds
Qui se trempent jamais dans l’eau
Faut pourtant qu’elles les cajolent
Parole, parole
Faut pourtant qu’elles les cajolent
Qu’elles leur fassent la courte-échelle
Pour monter au septième ciel
Les sous, croyez pas qu’elles les volent
Parole, parole
Les sous, croyez pas qu’elles les volent »
La complainte des filles de joie – Georges Brassens

« T’aimais pas un sous vaillant
Sauf ton corps
Mais ton corps c’était payant
Un trésor
Un trésor que tu donnais
Comme on vide son port’-monnaie
Dans la main d’un plus paumé
Ça va ça vient »
Ça va ça vient – Merlot

« A Amsterdam, il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames de mes yeux, j’ai pas vu Dieu à Amsterdam.
A Amsterdam, voici des pigeons qui s’enflamment
Devant les belles qui ruminent dans les vitrines à Amsterdam »
A Amsterdam – Guy Béart

« Parce que ma mère est tellement belle
Que les voisins font la queue
Pour coucher avec elle
Plutôt que de rentrer chez eux
Ils viennent claquer leurs salaires
Dans les bras de ma mère
Pour la douceur d’une caresse
Et la chaleur de ses fesses
Et tous mes copains
Qui me traitent de fils de putain
Sont jaloux, c’est certain,
Eux qui sont des fils de boudins »
Ma mère la pute – Monsieur Roux

« Mon blues a déjanté sur ton corps animal
Dans cette chambre où les nuits durent pas plus d’un quart d’heure
Juste après le péage assurer l’extra-ball
Et remettre à zéro l’aiguille sur le compteur.
Ton blues a dérapé sur mon corps de chacal
Dans cet hôtel paumé aux murs glacés d’ennui
Et pendant que le lit croise l’aéropostale
Tu me dis « Reprends ton fric. Aujourd’hui c’est gratuit »
Lorelei Sebasto Cha – Hubert-Félix Thiéfaine

19 avril 2011. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , . Thématique. 5 commentaires.

Brassens, sous nos yeux ravis

Brassens ou la liberté, 20 mars 2011, Cité de la musique, Paris. De notre envoyé spécial sur le front de la chanson.

Un des multiples dessins de Joann Sfar

Bien sûr la scénographie est des plus sympa, la déambulation de Clémentine Deroudille joyeuse, les dessins de Joann Sfar tendres, drôles et drôlement intelligents, bien sûr ce bois ciselé de partout qui tend ses jolies branches « J’n’aurais jamais dû m’éloigner de mon arbre… » Bien sûr ces photos inconnues prélevées sans doute à des tas de collections privées. Ces objets du bon maître, ses guitares… Et ces manuscrits de partout, comme s’il en pleuvait, comme s’il avait passé toute sa vie à écrire, à travailler ses écrits (vous y verrez nombre de versions de nombre de chansons, que des originaux de la main du chanteur), à correspondre (à ses amis, à ses parents…). Tout est là, sous nos yeux ravis, à étancher notre soif de tout savoir, satisfaire notre appétit de tout voir, de grappiller plus encore du Sétois, d’aller plus encore en fraternelle connaissance, en posthume compagnonnage. C’est réussi, avec de belles trouvailles, un esthétisme simple et sans prétention. Un peu comme Brassens, à l’idée qu’on s’en fait. Aux casques ou aux téléphones, écoute intime, on capte ses propos qu’on boit comme du petit lait, qu’on tête presque ou pis encore. Mais le plus important n’est pas là je crois. Il est sur le visage de ces gens de tous âges, les regards qui se croisent, les sourires qui s’échangent. Le bonheur… Dans ces gosses qui touchent Brassens, s’amusent avec lui au gré des gags et des gadgets disséminés à leur juste hauteur. Par tout ces gens qui peinent à ne pas chanter en même temps que ces bandes son irradiant l’exposition. Il pourrait y avoir de la tristesse pour l’oncle défunt, il peut y avoir quelques larmes de pure émotion, il y a d’abord et avant tout de la joie. Sans être dans un total ailleurs, bunker protégé du monde, isolé du réel, nous sommes en terres de Brassens, terreau du bon sens. Il y a là un peu beaucoup du meilleur de l’homme.

Brassens, sous son arbre… (photo DR)

Comme un refuge singulier, loin de toutes usines à neutrons qui pètent, de tout avion qui large sa piteuse ration de mort, de tout sordide calcul en ce jour de pourtant votation.
Avec cependant ce passage obligé par la case « marchands du temple » où, c’est vrai, tout est bon à acheter, y’a rien à jeter. Du Brassens plein la gueule décliné en tout ce que vous voulez. Le catalogue de l’exposition bien sûr, des livres et des disques, majoritairement. Et des affiches, des cartes postales, des boîtes à musique qui nous chantent Le vieux Léon ou L’Auvergnat. C’est pas que c’est indécent, non… Reste que ça fait drôle de constater un tel et fructueux commerce. Si encore il y avait, sur l’étal, des petites culottes griffées Brassens, pour que l’âme du gaillard poète se mette à chatouiller nos sens…

Jusqu’au 21 août à la Cité de la musique, à la Villette, 221 avenue Jean-Jaurès 75019 Paris. Le site de l’expo, c’est ici.

21 mars 2011. Étiquettes : . Divers, Les événements. 4 commentaires.

L’Helvétie comme une lanterne

Si Thierry Romanens commence à se faire un nom dans l’Hexagone aussi sûrement que dans notre horizon chanson, tel n’était pas encore le cas en fin 2002, date de ce concert au Quarto d’Unieux, lors des Oreilles en pointe. Ce papier exhumé peut faire aussi écho à mes récents articles sur Brassens…

Thierry Romanens : comment, vous ne connaissez pas encore ? (photo Chantal Bou-Hanna)

Archive. Thierry Romanens, suisse encore inédit en France, est à Sarclo ce que Dupont est à Dupond. Avec un look à la Tintin. Lumineux ! Il nous vient du pays des banques, fait le mariole, pas le branque. Il est direct, franc, jovial, gueule de Tintin picaresque et pittoresque : « Heureux comme un cochon dans la fange / Je ne suis qu’un rieur aux anges. » Ravis, en tous cas, de faire connaissance avec un petit suisse de la chanson, qui partage avec l’autre helvète qu’est Sarclo un goût consommé de l’impertinence, du caustique, de l’humour radical, que contrecarre une poésie urgente, qui se fout pas mal des rimes.
Thierry Romanens aime à reprendre Brassens, mais pas n’importe comment. Avec une verdeur et une impertinence bienvenues. Comme s’il souillait tonton Georges, l’acidifiait avec jouissance et sans économie pour mieux retrouver et son côté politiquement incorrect et son rugueux d’origine, que trop d’hommages enterrent sous de suspectes couches de vernis : cette Brave Margot rapée (ou raptée, en tous cas mise en rap) n’est pas perdue.
Reste que, s’il fait le mariole, son commerce s’étend à bien autre chose. A une sorte de blues urbain dont les mots pour le dire, à défaut d’être policés, ont le mérite d’être directs. Le spleen désamoureux teinte fortement un répertoire des plus attachants. Heureusement pour lui que « Tout m’interpelle et tout m’épate / Tout m’éberlue et tout m’étonne » toujours…
Nous ne sommes pas à une surprise près dans ce festival : Romanens ne peut qu’entrer dans le club, très ouvert, de nos désirs chanson. Il est farouchement irrésistible. Précipitez-vous là où le bougre officie, sans vous poser de questions, car elles sont trop précieuses. N’est-ce pas Thierry Romanens qui nous dit et, en dédicace, nous écrit : « À chaque solution qu’on trouve, c’est une question qu’on perd »

Le site de Thierry Romanens ; son myspace aussi.

12 mars 2011. Étiquettes : , . Archives de concerts, Chantal Bou-Hanna, En scène. 2 commentaires.

Brassens rien que pour les riches !

La voix du bon maître éteinte, place au concert des espèces sonnantes et trébuchantes… Un univers pas très propre…

À quelques mois du trentième anniversaire de la disparition du chanteur sétois, l’actualité Brassens est pour le moins fournie.
Nous avons évoqué, souvenez-vous en, la censure assez étonnante et franchement scandaleuse, qui a frappé le disque Brassens selon Vitor Hublot, tout un disque de chansons de Brassens interprétés de manière non conventionnelle, grosso modo entre rock et punk, ligne mélodique quelque peu bousculée, loin en tous cas des grandes orgues et de toute liturgie.
Parce que deux titres n’ont pas eu l’heur de plaire à Monsieur l’héritier de grand-tonton Brassens, le disque fut retiré des bacs. Ce disque devait être le premier d’une série de trois.
Guy Clerbois, l’âme du groupe belge Vitor-Hublot, n’en est pas resté là. Et, puisqu’on lui reprochait, pour le premier disque, de ne pas avoir en temps utiles sollicité les autorisations nécessaires, l’a fait pour le « tome 2 ».
Voici la correspondance relative à se demande de reprendre Fernande, Embrasse les tous, Don Juan et Le pornographe

From: margreet.van.der.worp@umusic.com
To: vitor_hublot@hotmail.com
Date: Mon, 7 Mar 2011 11:56:07 +0000
Subject: RE: Fernande
Dear Mr. Clerbois,
For your information, we do currently only handle (big) commercial requests with an official release through one of the major record companies.
If so in your case, please fill in this form for every title.
Thanks.
Best regards,
Margreet van der Worp
Management Assistant
Universal Music Publishing Group
P.O. Box 23
3740 AA Baarn
The Netherlands

On avait fait comprendre à Clerbois qu’il fallait formuler sa demande en anglais. Pour les non-pratiquants, cette réponse dit à peu près ceci :

Cher Monsieur Clerbois,
Pour votre information, pour le moment nous ne nous occupons seulement que de (grandes) demandes commerciales avec sortie officielle dans une grande compagnie d’enregistrement musical.
Si c’est votre cas, alors veuillez remplir le formulaire pour chaque titre.
Merci,
Bien à vous,

Que dire ? Ou vous êtes du bon côté, soutenu par un gros label et c’est d’accord, le visa pour vous mettre en bouche le bon maître et vous faire des sous sur lui. Ou vous n’êtes rien et passez donc votre chemin : car c’est pas le moment, surtout pas en pleine commémoration qu’on espère juteuse, cette machine à fric qu’on va actionner un maximum, histoire de presser une fois encore le fruit…
Ce milieu-là sent le vomis. Que Brassens, au fond de sa boîte, de son trou, au milieu de ses rimes, au mitan de ses vers, conchie. Universal vous dites ? Très sale…

Commentaire, ou plutôt utile précision, de Guy Clerbois, âme et principal artisan de Vitor-Hublot, ce midi par mél : « Seule petite remarque sur la musique : « rock…punk » me semble un peu réducteur. Pas facile de la définir mais je dirais plutôt sorte d’electro rock avant gardiste… Je m’explique : électro c’est clairement ma manière de travailler, rock car assez « rentre-dedans » et avant-gardiste car outre les musiques de danses, j’utilise des séquences de blues, jazz, classique, contemporain ce qui, à mon avis, me démarque des autres. Gilles Verlant me qualifie de « Résident belge » mais aussi (et j’adore) de « grand maître de l’underground wallon »…) »

9 mars 2011. Étiquettes : , . Divers, Les événements. 4 commentaires.

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