Biblio : Dicale questionne Brassens

Actuellement en librairie

J’aime à ce qu’on bouscule un peu, qu’on rudoie même, ce que j’aime, ceux que j’aime.
J’aime Brassens au point de le poser délicatement tout au sommet de la chanson, en son point culminant. Mais pas de l’idolâtrer. Brassens m’est simplement un copain du quotidien, mon Jiminy Cricket à moi, coffre de trésors et catalogue des ressources à la fois. Par bonheur je n’ai pas bien le sens chrétien et ne bave devant personne ni le béatifie, le canonise. Saint et Brassens ne se conjuguent pas en moi, sauf à l’oral, pour parler des petits seins de Margot où va se réfugier son chat : « C’était tout c’qu’elle avait, pauvrette, comm’ coussin… »
Même pas idole païenne le père Brassens, juste un repère important de bon sens, de bonté, de malice, de poésie aussi.
Qui saura me dire tous ces artistes qui, pour une chanson, pour tout un disque ou pour la totale, se sont mis en bouche Brassens, se sont mis à la pipe pour à leur tour faire tabac ? Ils sont quasi innombrables. Pour la plupart avec un respect, une révérence, qui confine au religieux même et surtout quand ils entonnent La Nonne.
Aussi nombreux sont les bouquins de toutes sortes qui fleurissent souvent, et particulièrement aux anniversaires de notre trépassé. Tous aussi révérencieux, tous plus ou moins réussis, avec leur lot, souvent maigre, de révélations qui, chaque fois, font reluire plus encore la statue du commandeur.

« C’était tout c’qu’elle avait, pauvrette, comm' coussin… » Dessins (des seins ?) de Dany (extrait du livre "Brassens", 1989, Éditions Vents d'Ouest)

Là, non. Bertrand Dicale vient à son tour d’écrire son ouvrage sur Brassens. Qui s’intitule simplement Brassens ?, avec un point d’interrogation qui, forcément, change la donne. Dicale va à contre-courant, se donne le mauvais rôle, celui du méchant, s’en va titiller la douteuse sainteté dont on a affublé Brassens et énerver « brassensologues » patentés et docteurs es-brassensologie, confrérie au sein de laquelle mon estimé confrère ne se fera pas que des amis. Passionnant parfois, irritant aussi, ce livre toujours bien écrit (c’est du Dicale) est une respiration bienvenue dans une débauche d’idolâtrie, consensus lassant d’un artiste devenu, malgré lui, le plus officiel qui soit, presque pris la main dans le corsage de notre Marianne nationale. D’où vient Brassens ? Quelles sont ses sources ? Quelle est sa morale ? Est-il vraiment de gauche ? Est-il vraiment si antireligieux ?… Dicale se pose des questions et tente d’y répondre. Et se poser des questions, c’est déjà ça.

Brassens ?, Bertrand Dicale, 2011, 279 pages, Collection Pop culture, Flammarion.

Publicités

5 mars 2011. Étiquettes : , . Biblio. 1 commentaire.

Le Championnat du Monde des Brassens !

Brassens à La Villette : ça l'affiche bien !

À vos reprises et à vos moustaches ! Car nous vient le « Championnat du monde des Brassens ! », rien que ça ! C’est ce qu’organise Joann Sfar, l’allumé dessinateur et scénariste de BD, musicien de surcroît et par ailleurs talentueux réalisateur du film Gainsbourg, vie héroïque, en partenariat avec la Cité de la Villette et le site Dailymotion. Quésaco ? Faites une vidéo de vous reprenant une chanson du père Brassens. Vous avez le choix, il y en a bien plus que deux cent. Mais… Mais n’oubliez surtout pas de vous parer, même vous mesdames, mesdemoiselles, d’une moustache de Brassens, celle « en tablier de sapeur », l’inimitable : c’est obligatoire ! C’est un label, comme un code-barre. Quant à la pipe, rien n’est dit…

Dessin de Jean Solé, extrait de "Mélodimages" (1992, Vents d'Ouest)

Votre œuvre sera dès lors susceptible de participer à l’exposition Brassens ou la liberté à la Cité de la Villette, à Paris, du 15 mars au 21 août : chaque mois, « les dix vidéos les plus plébiscitées » y seront diffusées. Tous renseignements utiles et inscriptions sur Dailymotion.
Rappelons que le père Brassens a cassé sa pipe il y a trente ans cette année (le 29 octobre 1981). Qu’on risque de nous le rappeler souvent dans les mois qui viennent. Et qu’à tout prendre une telle opération est nettement plus joyeuse (et participative) qu’une de ces lugubres commémorations à la Michel Drucker, qui plus est sur son canapé rouge portant encore l’indéfectible trace de pas mal de faux-culs.

4 mars 2011. Étiquettes : . Hommage, Les événements. 2 commentaires.

Censure : ceci n’est pas du Brassens !

Ceci n'est pas une pipe . Et pas du Magritte

Ainsi donc Brassens a encore un héritier. Un seul, demi-neveu mais ayant-droit en entier : le fils de la demi-sœur du chanteur à la pipe. Ce demi donc peut faire ce que bon lui semble de l’œuvre un peu écrasante de son demi-oncle. Qui plus est, il semble avoir une opinion tranchée sur ce qui est bien de ce qui ne l’est pas.
Pardonnez ici ma naïveté mais je pensais que Brassens appartenait à tous. Et surtout à personne. La dimension de son œuvre est telle qu’elle me semble sans attache, sans document de justice, sans acte notarié, sans propriété. Universelle ! Ben non.
Si on ne compte plus le nombre d’artistes qui, pour une chanson ou pour tout un disque (il y en a tellement), ont repris Brassens, on s’intéressera pour le coup à Vitor-Hublot, groupe belge haut en couleur, aussi drôle que mystérieux. Jadis, ses versions revisitées de La P’tite Gayole firent grand bruit dans le royal landerneau : la Belgique en fut toute retournée. Un peu comme le Sttellla de Jean-Luc Fonck, le Vitor-Hublot de Guy Clerbois est un groupe à géométrie variable, avec foule de gens – choristes et musiciens – qui y vont qui viennent. Parmi lequels Jean-Luc Fonck justement mais aussi Jil Caplan, Jacques Duvall, Gilles Verlant et des tonnes d’autres encore. « Vitor Hublot » n’est pas précisément et politiquement correct, ne fait pas obligatoirement où on lui dit de faire. Il est rebelle, rétif à tout.

Le disque retiré de la vente. Il devait y avoir deux autres volumes…

Depuis longtemps, Guy Clerbois nourrit le projet de revisiter Brassens. À sa manière il s’entend. Dans un esprit plutôt rock, à sa sauce électro. « C’est pas dans le créneau » objecteront certains mais il n’est pas sûr que Clerbois ait son permis et sache faire des créneaux.
Du reste, sur la quantité de reprises de Brassens, si la plupart sont lisses, certaines explorent d’autres registres. Et le rock n’y est pas absent. Demandez ainsi aux Étranges étrangers (pour ne citer qu’eux) que nous avons ici même, sur ce blog, présenté il y a peu.
Mais voilà, l’ayant-droit de Brassens s’oppose à au moins deux reprises et le disque doit être séance tenante retiré de la vente. Monsieur l’héritier n’aime pas et ne nous laisse même pas la possibilité de juger à notre tour. C’est non non non ! Non pour Rien à jeter interprété par Jacques Duvall, non pour Le Temps ne fait rien à l’affaire chanté par Gilles Verlant. « Monsieur Serge C. (l’héritier, donc) se trouve tout à fait opposé aux arrangements que vous avez apportés aux œuvres et à l’exploitation et à la promotion que vous en faites et qui lui cause un grave préjudice. » a fait savoir la firme Universal. Qu’on m’explique le grave préjudice…
Anarchiste, un rien provo, totalement incorrect, avant-gardiste, le père Brassens doit se marrer au fond de son trou. Non forcément de l’infortune du groupe ainsi marri, mais de l’absurdité de la situation. Pour sûr il tirerait l’oreille du vague demi-neveu, et lui botterait sans doute le cul.
L’anarchie est à l’opposé de tout dogme. On devine que le sous-neveu n’est pas anar, mais Brassens l’était. Ça se respecte l’idée d’un gisant. Brassens fut de plus assez censuré de son vivant pour ne point en faire une imbécile tradition. Une fois que l’artiste a quitté ce monde, c’est une chance que d’autres, et notamment les jeunes, fassent vivre son œuvre, quelque qu’en soit la forme, en slam comme en rock, à la guitare ou à la flûte de pan. Combien d’entre eux n’ont pas eu cette chance et sont définitivement morts ?

Facebook Brassens-bande-encore de Vitor Hublot

17 décembre 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 1 commentaire.

Les Amis de Georges chantent Brassens

Pierre Nicolas et Georges Brassens (photo DR)

Puisque nous sommes avec Brassens, restons-y. Pour l’heure avec ce cédé hors-commerce, Les Amis de Georges chantent Brassens, publié par l’ « Association des Amis de Georges. »
Dix-neuf artistes ou groupes se mettent Brassens en bouche, chacun un titre. Tout ne se vaut certes pas mais ce n’est pas un concours de beauté, simplement une photographie de Brassens à un moment donné, sa persistance dans le temps. Un Brassens qui s’insinue de partout, sait se faire folk ici, hip-hop là-bas. Qui, sur ce disque, se chante certes en v.o. mais aussi en provençal, en catalan et en corse. Ça réunit certains noms familiers à nos oreilles : Goun, Joël Favreau, Jacques Yvart, André Chiron ou Valérie Ambroise. Et pas mal d’autres, des Étrangers familiers (lire l’article précédent) à La Rouquiquinante, des rappeurs qui tombent Soul’Sens à plein d’autres encore, dont l’ami Serge Llado, le seul à avoir enregistré spécialement pour ce disque collector, tous les autres titres ayant été puisés sur des disques existants.
Parmi de nombreuses activités, « Les Amis de Georges » publie aussi et surtout un journal destiné aux admirateurs de Brassens. Qui ne se veut pas le bulletin d’un quelconque « fan club » mais un lien amical entre tous ceux, à travers le monde, que le poète passionne. Plus d’une centaine de numéros sont parus à ce jour.

Un cédé collector !

On commande ce disque à l’association « Les Amis de Georges », 13 avenue Pierre-Brossolette 94400 Vitry-sur-Seine. 17 euros, port compris. Le site.

19 octobre 2010. Étiquettes : . Lancer de disque. 2 commentaires.

Brassens : le sourire de Fernande

Fernande doit en sourire : Brassens bande encore et pour longtemps. Témoins ces disques qui, régulièrement, rendent hommage à celui qui disait mieux savoir fumer la pipe que chanter.

Ces Étrangers qui nous sont si familiers… (photo DR)

Il y a ces disques respectueux, trop sans doute, à lustrer le patrimoine, y faire les poussières du gisant.
Il y a ceux qui frottent Brassens à d’autres sons, d’autres cultures : ça a parfois donné des galettes enviables. Le dernier disque de Joël Favreau ainsi que le Brassens l’irlandais sont de ceux-là.
Il y a, cas à part, Le Forestier érigé en Glenn Gould de Brassens pour une œuvre superbe, au-delà de tous les qualificatifs.
Il y en a d’autres, et je les chéri entre tous, qui, par leur interprétation décalée, rocailleuse, écorchée, rendent au tonton un peu de son rugueux d’origine, l’émeri de ses chansons, de son anticonformisme, de sa sève d’anarchie qui s’est quelque peu tarie quand l’institutionnalisation s’en est venue, un peu à la manière d’une insidieuse médaille, pire : d’une légion d’honneur.
C’est dire si on peut être content, ému, troublé à l’écoute de Un salut à Georges Brassens par Les Étrangers familiers. Quésaco ? En fait la Campagnie des musiques à Ouïr, Denis Charolles en tête, flanquée pour l’occasion d’Éric Lareine et de Loïc Lantoine. De Joseph Doherty, Julien Eil, François Pierron et d’Alexandre Authelain.

L'album, le bijou !

À l’origine une commande du théâtre de Sète pour le 25e anniversaire de la disparition du vieux. Au final, un spectacle itinérant, de nombreuses scènes et ce double cédé riche de vingt-sept titres.
Là, on est loin, très loin de tout académisme, c’est du comme ça vient, parfois brut et déchirant, infiniment beau. Qui parfois caresse les textes, parfois les heurte, les cogne à des sons qu’ils ignoraient à ce jour. À l’image, en fait, des deux principaux interprètes que sont Éric Lareine et Loïc Lantoine, ici souvent confondus par leur émotion. Parfois en de nouvelles et parfois surprenantes orchestrations, bluesy, jazzy, country, rock, brésilienne, tribales même, électro… Parfois en anglais, en espagnol même… Il y a Brassens, bien sûr, mais pas que lui : tous les poètes qu’il a « musicalisés », les Villon, Hugo, Pol, Richepin, Valéry, Aragon, Verlaine et Lamartine, ça fait encore plus de monde en scène pour cet hommage, ce spectacle, cette pièce d’exception de toute discothèque.

Un salut à Georges Brassens, double cédé, 2010, distribution Anticraft. Le site des Étrangers familiers.

18 octobre 2010. Étiquettes : , , . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

Biblio : Trihoreau se peuple de Brassens

Dans cette nouvelle rubrique, nous explorerons la bibliothèque de la chanson, au gré des nouveautés. Et particulièrement la production de mes collègues de Chorus. Avec aujourd’hui l’ami Michel Trihoreau.

Michel Trihoreau, journaliste (Paroles & Musique, Chorus, Les Cahiers Léo-Ferré…)

Tout au long de ses chansons, Georges Brassens a fait naître une faune de personnages tous plus attachants les uns que les autres. Margot, Mireille, Jeanne, Jeanne Martin, Marinette, Mélanie, Hélène, Bécassine, la fille à cent sous, la femme d’Hector, les filles de joie, la nymphomane et l’épouse modèle, la première fille, bien sûr, et cette autre qui, dans l’eau de la claire fontaine, se baignait toute nue … Et Fernande, à laquelle, excusez-moi, je ne pensais plus. Et Bonhomme et Martin, Archibald, tonton Nestor, le vieux Léon et des tas d’autres… tout un monde en fait, qui nous est si proche, si familier, si attachant. Tant qu’il nous serait agréable de mieux connaître ces personnages entraperçus trois minutes durant, comme ces Passantes d’Antoine Pol, enfouis l’instant d’après dans les sillons de ses chansons. C’est ce qu’a voulu faire Michel Trihoreau en de telles « renCONTrES » : prolonger l’instant et faire plus ample connaissance. Voici un livre où tous les personnages sont authentiques : tous se sont échappés, le temps d’une nouvelle, d’une chanson de Brassens et vivent un bout de leur vie. On s’amusera forcément à la reconnaître, qui à leur histoire, leur comportement, à deux ou trois indices cachés dans le replis du texte. L’idée était séduisante qui chemine ici sous la plume alerte de Trihoreau en vingt-cinq nouvelles illustrées par le pinceau tout aussi agile de Cathy Beauvallet. Des tas de livres, plus ou moins savants, existent sur l’homme à la pipe, des biographies à foison, des tranches d’histoires de témoins privilégiés qui chacun vous narrent leur Brassens… Là, toute autre focale, ce sont ses personnages qui, non se racontent, mais simplement vivent devant nous. Parfois Brassens lui-même traverse ces histoires comme Hitchcock traverse ses propres films, en modeste figurant. Vingt-cinq nouvelles, une somme d’émotions, de retrouvailles, casting aussi flamboyant que tout à fait modeste. Et une liberté de ton qui nous fait découvrir un autre Trihoreau, en tous cas dans une autre écriture que celle de journaliste. Et qui lui va comme un gant.

Michel Trihoreau est par ailleurs l’auteur de La Chanson de Prévert (Éditions du petit véhicule, 2006) et de La Chanson de proximité (L’Harmattan, 2010), ce dernier sur lequel nous reviendrons.

Michel Trihoreau & Cathy Beauvallet, renCONTrES, collection Le Carré de l’imaginaire, livre relié à la chinoise, 90 pages, 21,4 x 21,4 cm, 18 euros, 2010 Éditions du petit véhicule

1 septembre 2010. Étiquettes : , . Biblio, Chorus. Laisser un commentaire.

La légion d’honneur

Qu'est-ce qui fait tourner les têtes ?

Plaignez ce pauvre Woerth qui médaille et bataille à tout va. Un petit chèque pour son micro-parti petit et c’est la Légion d’honneur assurée ; un job bien payé pour sa douce moitié et c’est encore une Rosette. Ce ministre à la mine sinistre est comme le petit Poucet : il pave son chemin de gratitudes trébuchantes pour mieux s’y retrouver. La Légion d’honneur est de loin la plus convoitée : c’est celle-ci qu’il distribue sans compter. Un hochet du reste même pas beau, qui sert d’appât et d’appeau aux lêches-culs de tous poils à la langue trop chargée. N’est-ce pas son créateur, l’empereur Napoléon 1er, qui en disait : « Vous les appelez les hochets, eh bien c’est avec des hochets que l’on mène les hommes. »
Éric Woerth mène donc les hommes. Et les hommes jappent et lapent à l’idée d’une telle décoration, d’une telle considération.
Rappelons-nous que la Légion d’honneur n’est accordée qu’« en récompense de mérites éminents rendus à la nation. » A ce titre, c’est vrai qu’embaucher l’épouse d’un ministre vaut l’affreux pendentif.
Ils furent néanmoins légion ceux qui le refusèrent : La Fayette, Gérard de Nerval, Nadar, George Sand, Honoré Daumier, Émile Littré, Gustave Courbet, Guy de Maupassant, Maurice Ravel, Pierre et Marie Curie, Claude Monet, Erik Satie, Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Marcel Aymé, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Catherine Deneuve, Claudia Cardinale et quelques autres encore. Gloire à eux.
Léo Ferré brocarda jadis « ce ruban malheureux et rouge comme la honte. » Brassens aussi la refusa, le signifiant d‘ailleurs en chanson :

« Un brave auteur de chansons malotru
Avait une tendance à parler cru,
Bordel de dieu, con, pute, et caetera
Ornaient ses moindres tradéridéras.
Sa muse un soir d’un derrière distrait
Pondit, elle ne le fit pas exprès,
Une rengaine sans gros mots dedans,
On vous le chamarra tambour battant.
Et maintenant qu’il porte cette croix,
Proférer : « Merde », il n’en a plus le droit.
Car ça la fout mal de mettre à ses lèvres
De grand commandeur des termes trop bas,
D’ chanter l’ grand vicaire et les trois orfèvres.
La légion d’honneur ça pardonne pas ».
Georges Brassens, La Légion d’honneur

28 août 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 1 commentaire.

Les Quatre bacheliers

Sans doute l’Association Les Amis de Georges tient-elle ses comptes et sait, à l’opuscule près, combien de livres ont été édités à ce jour sur Brassens. Il m’est avis qu’il faut avoir de solides étagères pour tous les mettre en rayonnage.

Détail de la couverture du livre de Bernard Lonjon (photo Fournier/Sygma/Corbis DR)

En voici un de plus, qui se surajoute aux précédents sans nullement faire de l’ombre d’ailleurs, ne s’intéressant vraiment qu’aux années de jeunesse, dans la bonne ville de Cette. De Sète. Donnant ainsi un nouvel et utile éclairage au bonhomme, notamment sur la chanson Les Quatre bacheliers. « Pour offrir aux filles des fleurs / Sans vergogne / Nous nous fîmes un peu voleurs / Un peu voleurs » Pour leur offrir des grenadines, des fleurs, les inviter au restaurant et au bistrot, la fine équipe de garçons subtilisent moult bijoux. Mobilisation policière, enquête, quadrillage du quartier, barrages. Et interpellation. « Et l’on vit quatre bacheliers / Sans vergogne / Qu’on emmène, les mains liées / Les mains liées. » On s’aperçoit à le lecture du récit fort documenté (et palpitant) de Bernard Lonjon, que non seulement la chanson de Brassens est autobiographique mais qu’elle est fidèle, à la virgule près, aux événements : « Fous de rage, les pères de Bestiou, Bayle et Virillon accusent leurs fils de tous les maux de la terre, qu’ils sont déshonorés, qu’ils vont perdre leur travail, qu’ils vont être obligés de quitter la ville. Ils sortent de leurs gonds et certains vont même jusqu’à renier leurs enfants ! De son côté le père Brassens, fidèle à lui-même, pardonne à son fils en lui portant à manger. Le procès aura lieu fin juin (1938). Le juge Balési sera plutôt sévère. De la prison avec sursis pour tous. Six mois pour Georges. De trois mois à deux ans pour les autres. Certains iront en maison de correction ». Jeunesse mouvementée donc, premières amours et autres rencontres… ce livre nous instruit plus encore sur le passé de l’homme qui disait savoir mieux fumer que chanter. Forcément utile.

Bernard Lonjon, J’aurais pu virer malhonnête (La jeunesse tumultueuse de Georges Brassens), 2009, Éditions du Moment.

Le site des Amis de Georges.

22 février 2010. Étiquettes : . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

La visite à Brassens

La belle et forte fréquentation de ce blog tout neuf me semble, à tord ou à raison, imposer un rythme de parution quasi quotidien. Pas facile à alimenter au jour le jour, sauf à puiser de temps à autres dans des papiers de derrière les fagots, ceux qu’on reprend comme on réécouterait un bon vieux disque. Celui-ci remonte à janvier 1998 et nous parle tant de Brassens que de Le Forestier…

Strip du dessinateur Jean Solé, grand fan de Brassens

Strip du dessinateur Jean Solé, grand fan de Brassens

Que peut-on dire de ce récital offert par Le Forestier à ces sept cents spectateurs du Majestic, en attente depuis plusieurs mois ? Rien. Ici, pas de surprises particulières, sauf à considérer que chaque chanson est un cadeau en soi. Pas d’effets spéciaux, pas d’éclairages sophistiqués, pas de scoop. Rien, vous dis-je. Simplement deux heures à côtoyer plus que l’ombre de Brassens, sa précise présence, son air frondeur et coquin, par Maxime Le Forestier interposé, sensible et respectueux.
«Nous ne sommes pas au concert, mais dans le cadre d’une soirée Brassens, c’est-à-dire entre amis. Et, dans une soirée Brassens, le hasard est très important». Par une forme de loterie désormais largement éventée, Maxime interprète, au hasard des numéros lancés à tue-tête par un public radieux et conquis, des titres de Brassens, sans hiérarchie aucune, sans calcul, sans privilège. Sans durée précise fixée à l’avance, tant il est vrai qu’on ne calibre pas l’amitié.
Allez, l’artiste lance le premier numéro, aussi léger qu’une anisette : cinquante et un ! Et Brassens-Le Forestier de chanter Le Pluriel… Le hasard ravît qui sort de l’ombre des petites perles trop souvent occultées par les écrasants standards de l’homme à la pipe qui disait d’ailleurs savoir mieux fumer que chanter. Hasard qui fait se succéder les titres à ne pas se mettre entre toutes les oreilles et fait rougir ou tordre de rire toute une salle : Le Blason (en votre honneur, mesdames…), La Religieuse, La Fessée, Don Juan, Misogynie à part et quelques autres du même cru, aussi crues.
Pour autant, incontrôlables, d’autres numéros nous amènent de ces «incontournables» gorille et parapluie, et puis, évidente attente d’une salle bondée, de ces «petites nouvelles», les dernières de Brassens, celles sorties en cédé en 1996 (1) sans doute commanditées de tout là-haut par tonton Georges avec à ses côtés Oncle Archibald et Le Vieux Léon
Pour copie conforme Maxime Le Forestier. Et pas vraiment en fait. L’artiste s’est mis en bouche et en guitare (oh le son clair et précis de celle-ci !) l’œuvre de son évident maître. C’est pas du sous-Brassens et ne risque pas de l’être : Le Forestier habite ces chansons, se les approprie, les adapte à sa voix, à ses tempos, à son histoire, à ses désirs et plaisirs musicaux. C’est drôle, coquin, gaulois parfois, puis tendre, prenant, sensible. Oui, sensible. On savait, par son œuvre perso de déjà un quart de siècle, que Le Forestier comptait parmi les grands de la chanson. Avec ce qu’il fait de Brassens, il se hisse à un rang difficilement accessible dans cet art : au dessus de la mêlée, incontournable, définitivement incontestable.
Sept cents personnes viennent de vivre une soirée «entre amis» avec Le Forestier et Brassens, sans risque aucun, qualité et confiance obligent. Par la voix et l’humilité du chanteur de Né quelque part (par aussi de très nombreux autres interprètes), l’œuvre du «vieux» se transmet de bouche à oreille, à travers toutes les générations.
Fut-il gigantesque, Brassens n’est pour autant qu’un pan de la chanson française : tout le reste est et reste à découvrir. Soyons tous vigilants à ce qui vit dans la chanson. Immense loterie, elle aussi, elle est pleine de numéros superbes et insoupçonnés. Tous gagnants !
(1) 12 Nouvelles de Brassens (petits bonheurs posthumes), par Maxime Le Forestier. Polydor.

29 septembre 2009. Étiquettes : , . Archives de concerts. 1 commentaire.

« Page précédente

%d blogueurs aiment cette page :