Portfolio : Gérard Morel

Lucien Soyere est altiligérien et grand amateur de chanson. Altiligérien car résident de la Haute-Loire. De temps à autres, Lucien illustre quelques de mes billets sur NosEnchanteurs. Là, il nous fait parvenir une série de clichés, prise cet été au festival de Fay-sur-Lignon, clichés dont Gérard Morel est le héros. Rappelons que m’sieur Morel a son rond de serviette à la table de NosEnchanteurs. Et qu’il vient de sortir coup sur coup un dévédé, « Gérard Morel & toute la clique qui l’accompagne en concert » ainsi que son nouvel et double album, « Le régime de l’amour » (le nouvel opus plus un disque un public). A propos du dévédé, j’en disais il y a peu sur Le Petit Format du Centre de la Chanson : « Voici donc la captation d’un concert ardéchois (et parfois d’ailleurs) au cœur fidèle, le chœur étant sa clique et le public la claque. C’est du Morel tout craquant qui déjà déflorait (ce saint homme aime déflorer…) une partie de son nouvel album à venir (depuis largement venu), avec la complicité d’une grande formation (il a d’autres formules : quartet et solo) et de l’intempestif clairon de son beauf qui fait bœuf. Derrière la caméra, l’ami Eric Nadot qui, il y a peu, découpait déjà le Gégé en fines Tranches (de Scènes) : y’a récidive de sa part, sévère addiction. (…) On peut penser que l’image n’apporte que peu à la chanson, mais là non : Morel crève l’écran. » Les superbes clichés de Lucien Soyère rendent pareil. www.gerardmorel.com


Publicités

12 octobre 2011. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lucien Soyère, Portfolio. Laisser un commentaire.

Barjac (8) : le sacre de l’étonnant Gérard Morel

Suite et fin de la soirée de mardi, avec Gérard Morel et La Clique qui l’accompagne. Signalons au passage le numéro de Francofans actuellement en kiosque qui voit la rencontre au sommet entre Wally et notre Gégé. Barjac n’est ni Bourges ni La Rochelle et bien peu de nos collègues nationaux se mobilisent pour relater ce festival. Raison de plus pour signaler et saluer le suivi du site de Témoignage Chrétien. Consacrer un papier à Evelyne Gallet, chanteuse qui inlassablement cherche des morpions dans les bas-quartiers du clergé, ça doit ébranler la chrétienté… Bravo collègues ! MK

De notre envoyée spéciale sur le front sismique de Barjac, Catherine Cour,

Morel, précis et efficace jusqu'aux moindres détails (photos Catherine Cour)

Bon, le compte-rendu arrive plus tard que prévu ! Je dois dire, à ma décharge, que ça n’est pas entièrement de ma faute : y a des chanteurs qu’ont pas arrêté de m’ennuyer ! Je me suis fait, depuis le début du festival, une série de petites habitudes, dont celle de terminer la rédaction du « sujet » de fin de la journée précédente en écoutant les chanteurs de la scène ouverte. Je m’installe tout en haut des gradins, pour que la lumière de l’écran ne dérange personne, et je tape mon texte tout en écoutant les chanteurs qui se succèdent au rythme de deux chansons par personne.
Et là, mercredi soir, y a plein de chanteurs qui m’en ont empêchée ! Que voulez-vous, je suis incapable de me concentrer sur ma page d’écriture quand se succèdent sur la scène, accompagnés par Nathalie Fortin, Laurent Berger, Anne Sylvestre, puis sans Nathalie Fortin : Martine Scozzesi (une chanteuse du Sud-est que je connais un peu et avec qui je correspond), Michel Boutet ou Marie d’Epizon, qui, en plus, choisit d’interpréter une de mes chansons favorites : Maria Szusanna de Michèle Bernard !!!
C’est donc leur faute si je suis en retard pour rendre ma copie !

Écrire sur la prestation d’un chanteur qu’on aime et respecte profondément est difficile ! Il m’est impossible de faire abstraction de tout le vécu antérieur… et après tout, qui l’exige ?
Il faut dire aussi que Gérard Morel est un auteur-compositeur multi-registres ! J’avais beaucoup apprécié sa création, l’été dernier, d’un spectacle consacré à Victor Hugo, dans la cour du splendide château de Grignan, fief de la Marquise de Sévigné. C’était un spectacle d’un sérieux absolu. Et puis il y a eu le touchant « Leprestissimo » que j’ai eu le bonheur de pouvoir aller voir à Saint-Martin d’Herres. Leprest était dans la salle et est même monté sur scène. C’était d’une émotion rare !
Maintenant, son nouveau spectacle est plutôt dans le registre des trois « J » : « joyeux, jouissif et jubilatoire ». Il vient le créer à Barjac, haut lieu de la chanson « pas con »… ce qui n’est vraiment pas con ! Si ça marche à Barjac, ça marchera n’importe où ailleurs.
Le spectacle scénarise les chansons de son dernier (double) CD. Quand je dis « scénarise », ça n’est pas juste une image ! Le décor, d’abord : des estrades qui mettent la scène sur deux niveaux, des claustras qui découpent plusieurs espaces et donnent à la scène un petit air bucolique, un énorme lustre qui concurrence les étoiles du ciel, et puis un joli petit banc de bois peint en vert, en premier plan, qui s’avèrera abriter un piano en son sein.
Les interprètes, ensuite… Michel Kemper vous en a indiqué les noms. Je peux vous dire qu’ils semblent constituer une bande de joyeux lurons et luronnes ! ils n’hésitent pas à chambrer Gérard, mais ils nous proposent un spectacle haut en couleurs et riche en instruments variés : deux cornemuses, une scie musicale s’ajoutent aux instruments plus traditionnels : piano, batterie, cuivres, accordéon etc.
Les costumes sont étudiés jusque dans les moindres détails : la couleur des chaussures est assortie à celle de la veste de chaque instrumentiste et lorsqu’à un moment on distribue un « missel », la couverture en est, elle aussi, à la couleur de son propriétaire ! C’est à des petits détails comme ça qu’on admire les professionnels !

Gérard et Anne, comme pour un photoroman de "Nous Deux"...

Le spectacle lui-même est un petit chef-d’œuvre de drôlerie et de délicatesse, mêlées d’humour et de tendresse. Il y a, bien sûr, de nouvelles chansons. Mais il y a aussi les incontournables qu’on ne se lasse pas d’entendre Gérard chanter.
Je suis admirative devant la qualité de la plume et de l’imagination de cet homme ! pour moi, c’est bien lui le fils spirituel (aux deux sens du terme) de Boby Lapointe, de Francis Blanche ou de Raymond Devos et le frangin de Bernard Joyet, de Michèle Bernard ou de Juliette. Il cache sous des textes foisonnants et pleins de drôlerie des trésors de finesse et de douceur. Il est à la fois chanteur et acteur
Il a un humour que j’adore, pratique l’autodérision, les blagues à la pince-sans-rire et fait des réflexions improvisées qui me plient en deux de rire. Un exemple ? S’adressant au public : « Est-ce que je parle trop vite ? »… Le public : « Euh… non ! ? ! »… Lui : « Non, mais je pense que je dois avoir dépassé le nombre de mots-minute autorisé : je viens de me faire flasher à trois reprises ! Je ne vais bientôt plus avoir de points sur mon permis ! »… Huées du public contre les photographes amateurs qui ne savent (ou ne veulent, because matériel incapable de faire des photos sans éclairage… comme si un flash aidait à plus de 5 mètres !) pas débrayer leur flash et nous pourrissent le spectacle ! C’est très pénible. Ça et ceux qui filment ou photographient avec les écrans lumineux à l’arrière des téléphones portables ou des petits appareils photos. La lueur de la douzaine d’écrans qu’on a constamment dans le champ de vision détourne l’attention du spectacle. On finit par ne plus voir que ce ballet d’écrans lumineux et plus le spectacle ! Alors que je mets au défi quiconque de remarquer quand un des « vrais » photographe présent dans la salle fait une photo ! Ils ont le matériel indispensable à la prise de vues avec une lumière restreinte et n’utilisent jamais de flash ni d’écran de contrôle. Le seul indice de leur présence est le léger « chlik » de l’obturateur de l’objectif qui ne doit pas s’entendre à plus de deux mètres et se noie souvent dans la musique de la chanson…
Sinon, de moments de tendresse en minutes de franche rigolade, le spectacle finit par s’achever, trop vite à mon gré…
Je ne peux que vous recommander d’aller le voir lorsque l’occasion s’en présentera : il est si rare actuellement de pouvoir se divertir comme ça !

4 août 2011. Étiquettes : , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 1 commentaire.

Barjac (7) : Gallet et Morel, politiquement incorrects

De Cat (là, je fais Cour !),

Mardi soir au château : c’est la soirée des « grands talents, grandes gueules et gros mots ».

Arnaud Jouffroy et Évelyne Gallet : ça dépote ! (photos Catherine Cour)

La première à s’exprimer est la haute-savoyarde et néanmoins lyonnaise Évelyne Gallet. Elle, c’est pas le genre de nana à mâcher ses mots ! (ni ceux de Patrick Font, auteur de 90 % de ses textes, le restant étant du regretté Matthieu Côte). Elle, ce sont les musiques qui la branchent.
Ça ne l’empêche pas de dire haut et fort ce qu’elle a choisi de chanter. Bien qu’elle sache aussi être douce et tendre, le restant du temps, c’est plutôt l’amour vache et son « gallet » (en forme de boulet de canon), elle a plutôt tendance à l’envoyer loin dans la mare de notre conformisme. Tant pis s’il éclabousse et fait quelques taches sur les beaux esprits bien propres sur eux… Même édentée, sa « Vieille » réussit à mordre. Son prince charmant se fait attendre ? Qu’à cela ne tienne : le jardinier fera bien l’affaire… Elle met de son côté toutes les femmes un peu « rondes » et ressort sa tendresse en évoquant « Les confitures » de sa mamy (titre de son premier CD).
Encore une qui n’ira pas à la garden-party de l’Élysée : « Monsieur le président, quand vous dites que la France / A décidé ceci, a décidé cela / Je ne suis pas d’accord, vous n’êtes pas la France / C’est déjà pas trop mal d’être chef d’État / Voyez-vous, ça me rend presque soixante-huitarde / Quand je vous vois vous prendre pour tout un pays / C’est un peu comme si moi, qui suis savoyarde / Je disais à mon mec « Appelle-moi Chambéry […] Tôt ou tard, la statue se déboulonne et croule / Les mômes et les piafs se réunissent et font / Pipi, caca dessus car une statue, ma poule / Ça fait de l’ombre au peuple et c’est le phare des cons / Monsieur le président, vous n’êtes pas la France / Mais loin de moi l’envie de vous faire la leçon / Vu que ce que je chante n’a pas plus d’importance Qu’une promesse faite avant les élections. » Gros succès pour Évelyne, qui sort sous un tonnerre d’applaudissements.

La fameuse Clique qui l'accompagne. Qui ? Morel, mais ça, c'est pour demain sur NosEnchanteurs...

Puis c’est le tour de Gérard Morel et de sa troupe (dans laquelle on reconnaîtra Hervé Peyrard, du groupe Chtriky… mais pas que !). Je n’ai malheureusement pas pu noter les noms ! (1) Mais je suis quand-même au festival pour :
1°) profiter des spectacles et en discuter avec mes collègues festivaliers ;
2°) faire quelques photos ;
3°) en faire plus que prévu pour illustrer mes comptes-rendus (il faut que mon rédac’ chef ait un large choix) ;
4°) rédiger les dits comptes-rendus ;
5°) envoyer tout ça par mail, en essayant de ne pas prendre de retard, mon challenge étant de poster à J+1 (heureusement que mes logeurs ont une connexion wifi, sinon, je me rends compte maintenant que je n’aurais jamais réussi à tenir les délais !)
6°) et, de temps en temps… manger un peu, dormir quelques heures…
Alors il m’est impossible de faire tout ça. Et de noter les noms des musiciens (par exemple).
Je ne me plains surtout pas que la mariée est trop belle : je m’amuse beaucoup à commencer à rédiger, dans ma tête, le compte-rendu que je ferai tout en écoutant le spectacle… seulement l’interface directe cerveau-fichier n’existe pas encore et l’étape dactylographique est longue et pénible !

Le récit du dernier spectacle de mardi… un peu plus tard ! Cat

(1) Le mot du rédac’chef : Suite de ce billet tard dans la nuit ou au petit matin, ce n’est pas bien grave. Quant aux ingrédients de « La Clique qui accompagne » Gérard Morel, il s’agit de, outre Hervé Peyrard déjà nommé : Françoise Chaffois, Ludovic Chamblas, Stéphane Méjean, Delphine Paquier et Alice Waring. Evelyne Gallet et Gérard Morel sont des habitués de ce blog : cherchez leur nom sur NosEnchanteurs et vous trouverez des trésors de délicatesse à leur égard. MK

3 août 2011. Étiquettes : , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 1 commentaire.

Gérard Morel au régime de l’amour…

Gérard Morel (photo d'archives MK)

C’est comme les trains et arrière-trains : un Morel peut toujours en cacher un autre. Il y a ce Deschiens qui se veut être tant acteur, chroniqueur que chanteur. Lui c’est François, le polydorisé, le France-interisé. Et pis il y a l’autre, le savoureux chanteur, le Gégé, le Gérard, par ailleurs metteur et scène et acteur, limitrophe Ardèche et Drôme, et possible doublure lumière de Yul Brynner (et de Fernandel, pour Calvitie, aussi !).
Aaaah, Morel ! Qu’il soit en solo, en duo, en tierce, en quatuor, en quintette ou avec tout un orchestre, que ce Roméo chante ses propres rimes (très féminines, dirait Juliette) ou qu’il nous fasse le coup de l’Hugo en goguette ou du Leprestissimo, il est craquant, croquant, franchement irrésistible !
Morel a lancé ce mois de mai 2011 son quatrième disque – un double album tant il est vrai que Morel ne sait vraiment faire que dans l’absolue générosité, on n’ose dire le don de soi.
Son nouveau disque c’est Le régime de l’amour dont pochette et livrets regorgent de fruits et de légumes (prudent, Morel n’y a pas mis de concombres, quoique pour s’octroyer en solo le paradis divin sur le divan j’en connais que ne disent pas non…). C’est confit de tendresse, de ritournelles virant roucoulades, d’extases (« Ce soutif flambant neuf / Et qu’est plein comme un œuf / Ca t’va comme à personne / Cett’robe polissonne / Montée en amazone… ») : c’est du Morel et sa morale qui, toujours, lorgne la pulpe replète en proférant une « parole qui chatouille / parole fri-frissons / parole fri-frivo
Y’a pas que ça, bien sûr. Tout y est, tout le Morel, la charme et la fronde, les sourires comme les sourcils qui grondent. Tout, et l’amitié, la fidélité. Fidélité à Brassens, qu’il chante ici… en italien. Amitié à Anne Sylvestre, la « Brassens en jupon », qui aime bien chanter sur les disques des autres certes, mais choisit toujours le meilleur… Gérard Morel aime à en rajouter pour faire bon poids. Il aurait pu se contenter de son album tout frais pondu de la veille. Que nenni. Il ajoute un autre disque, un enregistré en public, devant des gens, un peu comme le best’off de sa raison chanson, sa raison sociale. Avec ses tubes à lui : La ballade de CharlotteLes goûts d’OlgaLa java de Claire & Clément et d’autres encore, joli rappel pour qui connaît, indispensable séance de rattrapage pour qui arrive et découvre, ébahi, tant de choses si belles. Peut-être êtes-vous du lot, ignorants du Gégé, du Gérard. Bien entendu, guettez-le, des fois qu’il vienne chanter ses douceurs pas loin de chez vous. Et procurez-vous ce disque d’art dare. L’achat est justifié, qui vous procurera bien deux heures de plaisirs solitaires ou partagés. Bel investissement en vérité.

Gérard Morel, Le régime de l’amour, double cd, 2011, distribué par L’Autre Distribution ; le myspace de Morel.

2 juin 2011. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 1 commentaire.

Gérard, Morel, le bonheur en bouche

Pas le temps d’écrire en ce moment, faut donc se contenter de vieux papiers. En voici un autre sur Morel, LE Morel. Qui d’ailleurs se prépare, le mois prochain, à faire une tournée sur Rhône-Alpes de son Leprestissimo avec son complice Romain Didier et pas mal de (beau) monde. Puis devrait sortir une nouvelle et tendre galette (au beurre) comme il sait si bien les cuisiner. 2011, l’année Morel ? Pas loin en tous cas. Ce papier de janvier 2005 voyait Gérard Morel et Les Garçons qui l’accompagnent porter leurs chants affriolants sur la scène de La Taludière, dans la Loire.

Morel et Les Garçons qui l'accompagnent (photo DR)

Archive. On l’attend sur scène, là où trône sa chaise haute. Et c’est a capella et à l’accordéon qu’il déboule dans la salle, à faire l’aubade, à déjà capitaliser un max de sympathie, des fois que « les garçons qui l’accompagnent » lui piquent tout, la recette inclue. Voici Morel, pas le Deschiens, non : le Gérard, quasi sosie de Yul Brunner, en nettement plus rigolo, vachement plus sympa. En bretelles léopard, genre grand fauve d’Amazone. Lui « gazouille des chants primesautiers / Quell’ mistouille / Quel drôle de métier » dans un répertoire qui prolonge presque l’œuvre commune et conjuguée de Brassens et Boby Lapointe.
Seuls les spectateurs présents sauront exactement ce récital pas comme les autres : ces gags en rafales, ces éclats de rire d’un terrain l’autre (salle et scène) comme des patates chaudes qu’on se renvoie pour qu’elles refroidissent. Et cette rivalité entre la star chauve et ses trois acolytes, excellents clowns et musiciens, tas de bruiteurs aussi. Entre ce Bon gars pas dégueu qu’est Morel et ces Pieds Nickelés qui, à eux seuls, font déjà spectacle opulent, succulent : ces gars endimanchés comme s’ils revenaient d’un mariage ou de l’enterrement d’un oncle riche, comme s’ils s’en allaient en boîte, en éternels figurants du Bal d’Ettore Scola. Ils sont impayables : en conséquence, ils sont intermittents. Traiter Morel c’est aussi parler avec équité et quasi révérence de ces pitres : Christophe Monteil, Hervé Peyrard et Luc Chareyron. Que des bons !
Pour explorer le vocabulaire du tendre, Morel potasse et pétrie les p’tits Robert : c’est plein de filles sans culotte qui viennent se frotter au ventricule de l’artiste, chair fraîche et généreuse qui fait d’admirables portées. De notes. Thématiques et situations nous renvoient souvent à Brassens. Et si ce n’est pas au natif de Sète, c’est à celui de Pézenas, voire à l’autre de Castelsarrasin. Belle trinité dont Morel est l’évident héritier, parfois en des performances qui vous chavirent, des sonorités en cascade qui vous tourneboulent, des audaces qui teinteraient les nonnes de pourpre, des inspirations à vous armer en bon gags et réparties pour la vie. Maryse, Olga, Charlotte, Claire… : le festin de Gérard Morel a d’la toque, grande cuisine populaire, salée, poivrée, bien épicée. Le bonheur en bouche, vraiment.

Le site de Gérard Morel.

15 janvier 2011. Étiquettes : . Archives de concerts, Chanson sur Rhône-Alpes, En scène. 1 commentaire.

Chez Leprest, vol.2 : trop bien ! hélas…

« La différence entre Leprest et moi, c’est que Leprest a le talent et moi le succès. Ce serait à refaire que ce serait bien que ce soit l’inverse » m’avait, en substance, dit un jour Renaud.
Renaud n’est pas (encore) du lot de ceux qui interprètent Leprest, mais y’a du monde qui s’y pressent : le source ne tarit pas. Deuxième hommage collectif à l’Allain, deuxième fournée, dans un spectre large qui en dit long sur Leprest et sa place dans la chanson. De Gérard Morel à Adamo, de Clarika à Anne Sylvestre, d’Alexis HK à Gérard Pierron, le générique est, comme sur le premier volume, impressionnant. Et chacun à sa place. Trop peut-être. On ne sait comment se sont adjugés ces titres mais l’impression est que chaque chanson va comme un gant à son nouvel interprète, trop, qu’elle lui était prédestinée. Sylvestre semble faire du Sylvestre avec des mots de Sylvestre, même s’ils sont signés Leprest. Pareil pour Laffaille, Adamo ou Morel. Foulquier le jeune retraité d’Inter y chante La Retraite… Amélie arrose les fleurs qu’on diraient fleuries dans son piano, les Kétanou se la jouent SDF dans la rue. Francesca s’arrache les clous des poings qu’elle lève comme à l’accoutumée. Et Pierron rêvasse comme Pierrot, dans la lune, par l’entremise de Gagarine. Ce disque n’est que satisfactions qui s’empilent. Pile mais jamais face, pas de surprises. Il est juste ce qu’on en attend alors qu’il eut fallu nous surprendre quelque peu, nous secouer le Leprest, distribuer autrement les rôles et partitions, créer les dissonances, prendre des risques, susciter des étincelles surnuméraires, jouer avec ce matériau d’exception qu’est l’œuvre d’Allain.
Déçu ? Non, ce disque est grande galette qu’on usera jusqu’à la corde et bien au-delà du cd, en une magnifique et émouvante piste cachée, qu’on croquera par tous les bouts, d’autant qu’il y en a une deuxième dans le coffret, dvd tiré du premier volume, avec Jehan et Guidoni, Lantoine et Jamait, Ruiz et Lavoie, Bihl et Vilard… Grand luxe qu’on prendra pour cadeau à l’approche des fêtes mais pas que. Cadeau pour la vie !

Coffret cd-dvd Chez Leprest, Vol.2, Tacet/L’Autre Distribution. Sortie le 7 décembre 2009. Allain Leprest et ses amis seront sur la scène du Casino de Paris le 8 mars 2010.

29 novembre 2009. Étiquettes : , , , , . Lancer de disque. 2 commentaires.

Chtriky, deuxième donne

Difficile de porter jugement, de faire critique sur un tel album tant l’impression qui s’en dégage est différente d’une plage l’autre. Tentons quand même. Et débutons par la fin, là où c’est plus facile. Il fallait que le tube de Chtriky soit gravé : il l’est. Digne des Frères Jacques, des Victor-Racoin, des Entre 2 Caisses, une histoire de chewing-gum qu’on se refile comme une patate chaude… Hilarant. Et cet autre titre, La Guinguette des fines gueules, que se partagent, outre Chtriky, Entre 2 Caisses justement, Michèle Bernard, Xavier Lacouture et Gérard Morel, que des copains, forcément moment de pure anthologie. Rien que pour ça, votre achat est largement amorti. Les onze autres titres sont bonus, sensible et intelligent cadeau. On connaissait Hervé Peyrard, le parolier chanteur de Chtriky, par sa participation à ces garçons qui ont longuement accompagné Morel. Même caché par la carrure du boss (mais pas pas sa chevelure), on devinait le talent du clarinettiste-chanteur. Peyrard s’est mis à écrire pour Évasion. Et pour les quatre gaillards d’Entre 2 Caisses. Et pour lui, pour Chtriky. C’est leur second album, qu’on a envie de conseiller avant qu’il ne soit introuvable, icône et collector à la fois. Avec trois fois rien, Peyrard vous tricote une chanson qui vous tiendra chaud. Avec des papillons, des coccinelles et des chagrins à bouffer. Avec un paillasson même. Et le « Primal de l’animal ». Puis dans une chambre, drame imminent qui se joue… Chaud et froid, rire et sensibilité, mais même soucis d’une écriture exigeante qui, parfois,toujours, se joue des mots avec habileté et délivre sa propre musicalité. C’est dire si ça doit être confortable pour les musiciens, de se couler en une écriture si parlante, dans des propos à si belles portées.

Chtriky, Jouer des jours, 2009, autoprod. Voir le site.

19 novembre 2009. Étiquettes : , , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. Laisser un commentaire.

Lapalud s’offre une bonne tranche de scènes

Lapalud_HteDef_01

Hervé Lapalud, facteur de chansons (photo Francis Vernhet)

Septième livraison de Tranches de scènes, ce magazine vidéo réalisé par Éric Nadot, chaque fois consacré à un nouvel artiste. Et à l’entourage d’icelui, à ses copains. Après Anne Sylvestre puis Xavier Lacouture, après Claude Semal, Serge Utge-Royo, Gérard Morel et Sarclo(ret), l’heureux lauréat est Hervé Lapalud, adepte du slow-bizness et des chemins de traverse, bel artisan de la chanson, à l’éternel et franc sourire. Lapalud est facteur de chansons comme il se plaît à dire, homme de lettres chantées donc, qui plus est souffleur de vers (un peu comme la rousse semant à tous vents sur la devanture de certains dictionnaires). Et agréable comparse si on en croit ses complices qui, tous, viennent pousser la chansonnette sur ce dvd : Laurent Berger, Frédéric Bobin, Cristine, Chtriky, Philippe Forcioli, Cédric, Jehan, Wally, Franck Vent de Val, Aël, Les Frangines et Gérard Morel. Beau monde et programme d’exception, qui pourraient faire une émission remarquable, un Taratata, un tirititi, un turututu mémorable, si ces artistes n’étaient désespérément cantonnés à la marge, à la (mé)connaissance publique. C’est dire si ce dvd-là (et toute la collection) ressemble à une oasis, une revanche, un bon coup que les programmateurs ignares n’auront hélas pas. C’est un peu Le Grand échiquier d’une chanson de paroles.
Ça nous donne aussi et avant tout l’occasion de faire connaissance avec Lapalud. Bribes d’entretien, nombreux extraits de spectacles avec de vrais morceaux de chansons dedans, rires et passion(s) à fleur de peau, tout nous est ici agréable. C’est un bien bel artiste qui se livre là !
Ce dvd n’est disponible que dans le cadre d’un abonnement (en fait une adhésion à l’association Tranches de scènes) couvrant 4 dvd. Les prochains à paraître seront sur Le Centre de la chanson, Bernard Joyet, Michèle Bernard, Hervé Suhuniette, Rémo Gary.
Association Tranches de scènes, 16 allée aux cerfs 94370 Sucy-en-Brie. Le site est ici.

Hervé Lapalud nous raconte sa tournée à Madagascar en février 2010. A lire sur le WebZine Thou Chant n°2, en pages « Artistes du mois »

4 novembre 2009. Étiquettes : , , , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 8 commentaires.

Gérard Morel, on ne dit pas non !

Archive. C’était mon premier papier sur Gérard Morel, il y en a eu d’autres depuis, à mesure de ses formules scéniques, de ses nouvelles chansons et de ma fascination pour le bonhomme. Là, c’était en août 2002, au festival Les Oiseaux Rares à Saint-Julien-Molin-Molette.

Amour version Gérard Morel. Lui, crâne dégarni et langue fleurie, ne chante que ça. Si les compos, paroles et musiques, sont de son cru, c’est d’une veine autre qu’elles semblent tirées, façon Gabin dans Je ne dis pas non, ambiance Arletty pour la gouaille, accents populaires comme on ne sait plus en faire.

Il ne chante que l'amour dans la verdeur et la crudité du sentiment et de l'acte. Sa riche semence de rimes féconde une chanson des plus onctueuses. (photo Michel Kemper)

Sa riche semence de rimes féconde une chanson des plus onctueuses. (photo Michel Kemper)

Morel est rimailleur mitrailleur, dix rimes à la seconde, mille par chargeur. C’est une sorte de comique-croupier, rivé à l’arrière-train du beau sexe, l’Ouvrard bien portant qui ouvrage les dames en leur fricotant des rimes aussi légères que sérieuses. Il fait, plus que tout autre artiste, dans l’allégorie du bouton de rose, l’amour de la chanson d’amour, celle bien gaillarde, bien couillue. Il «poétise à t’écrire des sonnets» et «s’épuise à t’jouer du cornet» : c’est un poète, un sacré. Un de ceux qui, dans la nudité d’une interprétation (voix, guitare) sans artifice aucun, vous emporte dans ses textes coquins, dans la jouissance d’une chanson bien faite, aux formes désirables, l’œil satisfait de tant d’audaces appréciées, la commissure des lèvres trahissant le bonheur prodigué.
La chanson gaillarde s’est épuisée depuis des lustres : les Colette Renard et autres Frères Jacques sont lointains souvenirs. Ne reste que Pierre Perret pour magnifier tétons et chatouiller toisons. Et Gérard Morel qui nous revigore le genre en bon vivant, épicurien radieux du style «Plaisir d’offrir, joie de recevoir» : «Quand j’la bichote / Ell’ me baisote / Jamais ell’ mégote / On se bécote / On se dorlote / Et on se tripote / Elle est dévote / Quand j’la languotte / Là où ell’ frisotte / Et moi j’fayotte / Quand ell’ suçote / Mes petit’s griottes». L’actuelle autant qu’asexuée chanson à succès pourra longtemps encore chanter l’amour, jamais elle ne le fera aussi bien, aussi profondément que cet homme-là, ce Morel qui crève l’écran des sentiments, qui sublime le vit pour vivre l’amour, le seul, le vrai.

Gérard Morel est la vedette du dvd n°5 de Tranches de scènes. 131 mn avec Morel bien sûr, mais aussi avec Chtriky, Luc Chareyron, Wally, Vincent Gaffet, Michèle Bernard, Yves Jamait, Alcaz, Xavier Lacouture, Nicolas Bacchus, Romain Didier et quelques autres encore.

13 octobre 2009. Étiquettes : , . Archives de concerts, Chanson sur Rhône-Alpes. Laisser un commentaire.

%d blogueurs aiment cette page :