Gilles Roucaute, sans conformisme aucun

Gilles Roucaute, samedi 29 octobre 2011, 5e Rencontre de la Chanson francophone, ferme de la Ganne

Gilles Roucaute, crucifié (photo Catherine Cour)

Roucaute fait son cirque et son cirque « est tout autant le vôtre. » Psychopathe, crucifié, Gilles Roucaute questionne la norme, les ressemblances, les dissemblances, la « malfaçon qui vous fascine ». Le cirque qu’il chante se veut conforme, qu’il dit, et il traque les faux-semblants. Conforme à quoi, à qui, à quel modèle ? « Je n’ai qu’un vœu : être conforme / Être dans les formes / Bien dans les normes / Dans cet univers uniforme. » Se couler dans le moule, sans relief aucun. Un monde où Y a rien qui s’passe… D’apparences non trompeuses, pas comme ces flics qui sont là pour te protéger et te font peur, « le doigt sur la couture des codes. » Peur, le mot est lâché qui reviendra, omniprésent, et trahit l’époque. S’en protège-t-on en taisant toute singularité, tout relief ? En faisant ce qu’on attend de vous ? « C’est comme vous voulez, où vous irez j’irai » chantait jadis Souchon ? Pas plus contrariant, sexuellement improbable, Roucaute affirme « J’ai le sexe que l’on me donne / Garçon, garçonne. » Comme on veut. L’amour s’en vient en fin de concert alimenter la thématique première, l’amplifier. Croustillant ajout quand il s’agit de la séduction, pas plus conforme que le reste, au protocole contrarié, qui n’appelle que le « Pardon ! » pour leitmotiv. Beau sujet vraiment, où Roucaute se joue des apparences. À ses propres textes, il en convoque d’autres, de Leprest et de Gainsbourg (Hôtel particulier), qui, loin de tout hommage, trouvent simplement, logiquement, leur place ici.
On applaudira sans mal un tel concert, même s’il reste à roder : c’est hier à la ferme de la Ganne qu’il se jouait pour la première fois. Aussi sûrement qu’on saluera les arrangements somptueux, et qu’on distinguera les trois complices de Gilles Roucaute, variation de guitares sensibles, réactives : François et Matthieu Verguet, aux guitares sèches et électriques, et Danijel Puhel à la basse, tous brillants. Ce petit festival de Prémilhat peut s’enorgueillir d’une telle avant-première, du haut de gamme, très haut vraiment.

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30 octobre 2011. Étiquettes : . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Rencontre de Prémilhat. 5 commentaires.

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