Claude Vinci, 1932-2012

par Gilles Tcherniak

Salut cher Claude,

En écrivant ces quelques mots, je me remémore beaucoup de choses de toi qui remontent fort loin.
La première fois que je t’ai vu, j’étais enfant, tu chantais chez mon père au cabaret Le Cheval d’Or. J’ai depuis ce temps là le beau son de ta voix gravé dans ma mémoire.
Pour chanter au Cheval d’Or, il fallait être Auteur, Compositeur, Interprète et tu as emporté cet « obstacle » et « l’intransigeance » de mon père. Mais ton talent à chanter les beaux textes, la poésie ont emporté cet obstacle et sauf erreur de ma part, tu as été quasiment le seul avec la grande Christine Sèvres à chanter sur la scène de ce cabaret sans être ACI !
Et puis, j’ai grandi et ai eu la chance de te côtoyer dans la vie militante. Tu étais toujours très modeste, très discret sur tes engagements et pourtant quelle force et courage pour déserter l’armée française en pleine guerre d’Algérie et agir pour une Algérie indépendante. Comme tu le disais avec humour  » Je suis passé à côté de la Légion d’honneur mais j’ai eu droit à un titre dont je suis fier: Moudjahidine d’honneur ».
Tu ne concevais pas la vie d’artiste sans démarche citoyenne et un engagement syndical résolu pour la défense des conditions de travail et de vie des artistes. Tu as  mené en permanence ta vie d’artiste et ton activité syndicale au service de celles et ceux des professions artistiques.
Voilà cher Claude, les quelques mots que je voulais te dire tout simplement. J’aurais pu te les dire de vive voix mais tu n’étais pas un homme aimant les compliments.
La seule chose que je veux encore te dire: merci et bravo Claude, l’artiste, l’homme engagé.

Claude Vinci est décédé dans la nuit de mardi au mercredi 7 mars 2012.  Ses obsèques auront lieu mardi 13 mars 2012 à 14h45, crématorium du Père Lachaise (entrée rue des rondeaux).

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8 mars 2012. Étiquettes : , . Hommage, Les événements. 14 commentaires.

Le petit lit derrière le débit de Boby

Boby Lapointe devant Le Cheval d'or en 1958. On remarquera le nom des artistes figurant alors au programme de ce cabaret, tels Roger Riffard ou Ricet-Barrier (photo DR)

C’est l’histoire d’un gamin dont la maison rétrécit à mesure que la chanson prend de la voix et gagne en public. Nous sommes au cabaret Le Cheval d’Or, dans le quartier Mouffetard, Paris des années soixante, épicentre s’il en est de la chanson rive-gauche, de ses cabarets. Les parents Tcherniak dirigent celui-ci qu’ils réaménagent régulièrement, pour l’adapter aux techniques de la scène, pour gagner en jauge. Tant que l’appartement contigu ne cesse de rétrécir. Une fine paroi sépare la minuscule chambre du petit Gilles de la scène. Et chaque soir il s’endort juste derrière Boby Lapointe, Ricet Barrier ou Anne Sylvestre… Pour faire et parfaire une éducation, il n’y a guère plus original et pertinent. Les parents, eux, attendent en toute fin de soirée le départ du public puis des artistes pour installer leur sommier sur la scène, y tendre les draps pour mieux s’y endormir en artistes qu’ils sont aussi, au moins dans l’âme. Derrière la scène est ce récit de vie, haut en couleurs, cette « tranche de scène » comme dirait Nadot, cette part de rive-gauche qui nous amena tant d’artistes. C’est le regard d’un enfant, qui devient adolescent, puis militant durant la guerre d’Algérie, avant de faire des tas de boulots tels qu’éducateur, restaurateur, agent immobilier ou détective privé. Et boxeur, en amateur. Témoignage sincère, vivant, qui vient rejoindre la somme d’ouvrages sur Mouffetard, qui en écrivent l’histoire. A la différence près du « je ». Ce n’est pas un historien ou un journaliste qui écrit, là, mais bien un de ses acteurs privilégiés qui consigne ses aventures, son émotion, l’oeuvre de ses parents et son parcours. Comme jadis le livre de Georges Bilbille sur La Mouff’, la plume est à l’unisson du palpitant. Ce livre, Derrière la scène (les chansons de la vie), est paru en 2008 chez L’Harmattan, dans la Collection « Graveurs de mémoire ».
Si je parle ici de Gilles Tcherniak, c’est aussi pour parler de ce charmant ouvrage, fac-similé du recueil des premières chansons de Boby Lapointe, Les 12 chants d’1 imbécile heureux, publié par Ticha Lapointe (fille de) et Gilles Tcherniak pour le compte de l’association « Eh ! dis Boby ». Boby se lit aussi sûrement qu’il s’écoute et se chante. Et ce petit opuscule est trésor pour l’amateur qui y puisera des vers encore luisants d’incongruité fruitée.

Derrière la scène, éditions L’Harmattan, c’est ici ; pour commander le livret « Les 12 chants d’1 imbécile heureux » (5 euros + frais de port), s’adresser à : au-pays-de-boby@orange.fr – le site internet de l’association « Eh ! dis Boby » c’est là.

10 février 2012. Étiquettes : , . Biblio. 4 commentaires.

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