Lettre de Philippe Torreton à Jean Ferrat

Jean,

J’aimerais te laisser tranquille, au repos dans cette terre choisie. J’aurais aimé que ta voix chaude ne serve maintenant qu’à faire éclore les jeunes pousses plus tôt au printemps, la preuve, j’étais à Antraigues il n’y a pas si longtemps et je n’ai pas souhaité faire le pèlerinage. Le repos c’est sacré !
Pardon te t’emmerder, mais l’heure est grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es tu ne reçois que le Figaro comme dans les hôtels qui ne connaissent pas le débat d’idées, je ne sais pas si tu vois tout, de là haut, ou si tu n’as que les titres d’une presse vendue aux argentiers proche du pouvoir pour te tenir au parfum, mais l’heure est grave !
Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si bien chantée, écoute-la craquer, écoute la gémir, cette France qui travaille dur et rentre crevée le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des puissants par son sang et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui s’abîme les poumons, celle qui se blesse, qui subit les méthodes de management, celle qui s’immole devant ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux psychotropes, celle à qui on demande sans cesse de faire des efforts alors que ses nerfs sont déjà élimés comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à coups de charters, celle que l’on traque comme d’autres en d’autres temps que tu as chantés, celle qu’on fait circuler à coups de circulaires, celle de ces étudiants affamés ou prostitués, celle de ceux-là qui savent déjà que le meilleur n’est pas pour eux, celle à qui on demande plusieurs fois par jour ses papiers, celle de ces vieux pauvres alors que leurs corps témoignent encore du labeur, celles de ces réfugiés dans leurs propre pays qui vivent dehors et à qui l’on demande par grand froid de ne pas sortir de chez eux, de cette France qui a mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la rougeole, cette France de bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette France qui pleure quand le ticket de métro augmente, celle qui par manque de superflu arrête l’essentiel…
Jean, rechante quelque chose je t’en prie, toi, qui en voulais à D’Ormesson de déclarer, déjà dans le Figaro, qu’un air de liberté flottait sur Saïgon, entends-tu dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui ose déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas? Qui pourrait le chanter maintenant ? Pas le rock français qui s’est vendu à la Première dame de France. Ecris-nous quelque chose à la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire devant le peuple français à quelle famille de pensée appartenait Guéant et tous ceux qui le soutiennent !
Jean, l’huma ne se vend plus aux bouches des métros, c’est Bolloré qui a remporté le marché avec ses gratuits. Maintenant, pour avoir l’info juste, on fait comme les poilus de 14/18 qui ne croyaient plus la propagande, il faut remonter aux sources soi-même, il nous faut fouiller dans les blogs… Tu l’aurais chanté même chez Drucker cette presse insipide, ces journalistes fantoches qui se font mandater par l’Elysée pour avoir l’honneur de poser des questions préparées au Président, tu leurs aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu…
Jean, l’argent est sale, toujours, tu le sais, il est taché entre autre du sang de ces ingénieurs français. Lajustice avance péniblement grâce au courage de quelques-uns, et l’on ose donner des leçons de civilisation au monde…
Jean, l’Allemagne n’est plus qu’à un euro de l’heure du STO, et le chômeur est visé, insulté, soupçonné. La Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées par l’haleine fétide des renvois populistes de cette droite « décomplexée ».
Jean, les montagnes saignent, son or blanc dégouline en torrents de boue, l’homme meurt de sa fiente carbonée et irradiée, le poulet n’est plus aux hormones mais aux antibiotiques et nourri au maïs transgénique. Et les écologistes n’en finissent tellement pas de ne pas savoir faire de la politique. Le paysan est mort et ce n’est pas les numéros de cirque du Salon de l’Agriculture qui vont nous prouver le contraire.
Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans les cirques. Le paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l’industrie agroalimentaire. On lui dit de couper il coupe, on lui dit de tuer son cheptel il le tue, on lui dit de s’endetter il s’endette, on lui dit de pulvériser il pulvérise, on lui dit de voter à droite il vote à droite… Finies les jacqueries !
Jean, la Commune n’en finit pas de se faire massacrer chaque jour qui passe. Quand chanterons-nous « le Temps des Cerises » ? Elle voulait le peuple instruit, ici et maintenant on le veut soumis, corvéable, vilipendé quand il perd son emploi, bafoué quand il veut prendre sa retraite, carencé quand il tombe malade… Ici on massacre l’Ecole laïque, on lui préfère le curé, on cherche l’excellence comme on chercherait des pépites de hasards, on traque la délinquance dès la petite enfance mais on se moque du savoir et de la culture partagés…
Jean, je te quitte, pardon de t’avoir dérangé, mais mon pays se perd et comme toi j’aime cette France, je l’aime ruisselante de rage et de fatigue, j’aime sa voix rauque de trop de luttes, je l’aime intransigeante, exigeante, je l’aime quand elle prend la rue ou les armes, quand elle se rend compte de son exploitation, quand elle sent la vérité comme on sent la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour soutenir son frère ibérique, quand elle donne d’elle même pour le plus pauvre qu’elle, quand elle s’appelle en 54 par temps d’hiver, ou en 40 à l’approche de l’été. Je l’aime quand elle devient universelle, quand elle bouge avant tout le monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu’à elle-même et puise sa morale et ses valeurs dans le sacrifice de ses morts…

Jean, je voudrais tellement t’annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai…
Je t’embrasse.

Philippe Torreton

Les commentaires en bas d’un article ne sont pas, au moins sur NosEnchanteurs, une carte blanche, une tribune libre pour des propos dignes de l’UMP ou du FN. Y’a d’autres sites pour ça, on ne souille pas celui-là. D’autre part, l’usage des pseudos n’est pas ici la pratique : on commente à visage découvert, on a le courage de ses dires. Merci. Le responsable du blog, Michel Kemper.

22 avril 2012. Étiquettes : , . Merci Collègues !. 109 commentaires.

Pas de timbre pour Ferrat !

Fallait sans doute pas en espérer plus. La Poste a sorti à l’automne dernier une nouvelle planche de six timbres consacrés à la chanson. Six artistes décédés tant il est vrai qu’on ne sort pas en France de timbres sur des personnages encore vivants (l’exception existe cependant par les id-timbres – lire l’article consacré au scandaleux cas Hallyday –). La moisson 2011 (ce bloc est sorti en guichets le 15 octobre dernier) s’étale sur vingt-cinq ans (de la mort de Daniel Balavoine le 14 janvier 1986 à celle de Colette Renard le 6 octobre 2010) : Bécaud, Nougaro, Salvador, Balavoine, Reggiani et… Renard donc, comme pour faire bonne figure, pour y mettre une touche de féminin. La Poste innove rarement, ne précède aucune mutation, n’impulse aucune révolution. On ne va chercher que les plus célèbres, la crème du médiatique, pour les timbrer, les denteller, les oblitérer. Si Renard est là, c’est qu’il manquait de femmes ou que… Car si c’est bien l’alibi médiatique qui est retenu, notons l’absence singulière et inexplicable de Jean Ferrat, mort en mars 2010, un des plus grands de la chanson française ou je me trompe de beaucoup. Pourquoi cette absence ? Les étiquettés « rouge » n’auraient-ils pas le droit de remplir les classeurs de timbres, eux-aussi ? Faut-il élire Mélenchon pour que ce regrettable oubli (en est-ce un vraiment ?) soit réparé ?
Pas de Ricet Barrier ni d’Allain Leprest non plus, la règle postale voulant qu’on n’édite pas de timbre moins d’un an après le trépas de la célébrité (pour autant, qui peut croire qu’un jour ces deux-là seront aussi timbrés ?). Et c’est sur ce délai d’un an que se pose une question. Alors qu’il a fallu un quart de siècle à Daniel Balavoine pour avoir un timbre à son effigie, le délai de canonisation fut plus court pour Colette Renard : un an et neuf jours ! (il faut avoir été Président de la République pour bénéficier d’un tel et si court délai…). Aurait-on vite timbré la Renard pour ne surtout pas avoir à imprimer un timbre Ferrat que ça ne serait pas plus étonnant que ça. Il vaut mieux célébrer la brillante interprète des Nuits d’une demoiselle dont le souvenir, même de son vivant, s’est depuis longtemps estompé (on ne le connaissait plus, ces dernières années, que comme actrice de séries télé), que le chanteur communiste de Nuit et brouillard, La montagne et Ma France dont la disparition fut ressentie par le peuple presque comme un deuil national.
A ce jour, et sauf omission de ma part, ont déjà été célébrés par le timbre : Aristide Bruant, Maurice Chevalier, Tino Rossi, Edith Piaf, Jacques Brel et Georges Brassens en 1990 ; Yvonne Printemps, Fernandel, Joséphine Baker, Bourvil, Yves Montand et Coluche en 1994 ; Claude François, Dalida, Léo Ferré, Serge Gainsbourg, Michel Berger et Barbara en 2001. Ni Mano Solo, ni Alain Bashung ni quelques défunts artistes  du même tonneau : La Poste est d’une frilosité et d’un conservatisme extrêmes dans ses choix… Extrêmes et, j’y reviens, étrangement sélectifs.

Sur ce mp3, on écoutera la chanson « Ma philatélie » d’Alexandre Révérend, 1982 (merci Alain A. Pauwels !) : http://areverend.free.fr/lesite/mp3/3b.mp3

16 janvier 2012. Étiquettes : , , , , , , . Saines humeurs. 6 commentaires.

Les francs-tireurs de France-Inter

Philippe Meyer (photo DR)

Le message de Philippe Meyer, parti de sa page facebook, se propage d’un compte l’autre : « En vue d’un adieu radiophonique à Allain Leprest, merci à celles et ceux qui souhaiteraient apporter un témoignage sur l’homme et sur l’artiste de le faire parvenir à philippe.meyer@radiofrance.com. Vous pouvez également envoyer des mp en pièces jointes. L’idéal serait de recevoir vos envois avant le 5 septembre. Merci. »
Après un silence choquant, mais pas surprenant, de France-Inter (mis à part aux infos), suite à la mort d’Allain Leprest, voici l’un de ses rares francs-tireurs, ou francs-chanteurs c’est comme vous voulez, qui, dès la rentrée, va rendre un peu de son honneur à cette station du domaine public. Et c’est bien.
On se souvient pareillement de l’hommage singulier, merveilleux, de Daniel Mermet, à l’antenne de « Là-bas si j’y suis », à Jean Ferrat, en mars de l’an passé : une heure de Ferrat et le témoignage, non de pleureurs officiels, mais de simples amateurs, d’auditeurs, fidèles et géniaux. Au passage, on peut souhaiter que Mermet suive l’exemple de Meyer et passe à son tour une couche, que par lui aussi Leprest s’insinue, certes un peu tard, sur une antenne nationale.
L’émission de Philippe Meyer sera diffusée le samedi 3 septembre, dans le cadre de l’émission « La prochaine fois je vous le chanterai ».

23 août 2011. Étiquettes : , , , . Saines humeurs. 5 commentaires.

Jean Ferrat : « Chanson française et diversité culturelle »

Voici, pour ceux qui ne la connaissent pas ou ne s’en souviennent plus, une tribune libre de Jean Ferrat, en mai 2004 dans les colonnes du Monde diplomatique. Il me semble que la situation que décrit Ferrat s’est depuis encore détériorée. Et que la gauche devrait effectivement (s’il est encore temps) se pencher sur cette réalité culturelle en tous points désastreuse.

Chanson française et diversité culturelle

« Il ne s’agit pas d’un postulat : la connaissance de la chanson française que j’ai depuis plusieurs années et celle de rapports et d’études de syndicats et d’organisations professionnelles m’ont poussé aux conclusions suivantes.
Tout d’abord j’ai la conviction qu’on ne peut rien comprendre à ce qui se passe dans la chanson française si l’on ne tient pas compte avant tout de quelques données incontestables : d’après un rapport de la Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) paru fin 2002, le nombre d’interprètes français qui sont passés sur les ondes, toutes radios confondues, entre 1996 et 2000 a été divisé par quatre ! Et, pour le quart restant, voici d’après une enquête du Figaro Entreprise du 10 janvier 2003 le nombre de passages radio des cinq premiers pour l’année 2002 :
– Jean-Jacques Goldman : 37 200 passages (plus de 100 par jour) ;
– Gérald de Palmas : 28 700 passages ;
– Pascal Obispo : 14 800 passages sur un titre ;
– Johnny  Hallyday: 12 900 passages ;
– Renaud et Axelle Red : 14 800 passages sur un titre.
Dans la même période, sur les cinquante titres les plus programmés, quarante-deux ont bénéficié de campagnes publicitaires des producteurs atteignant parfois plusieurs millions (en francs).
Le nombre de titres différents diffusés est passé en quatre ans de 56 300 à 24 400, soit une diminution de 60 %. Tous ces chiffres ont une signification : ils traduisent de façon éloquente la mainmise écrasante de cinq multinationales du disque dans les domaines de la production de la diffusion et, en dernier lieu, de la distribution.

Du Gold-man jusqu'à la lie... (photos DR)

« Jamais, écrit l’Union des producteurs phonographiques indépendants (UFPI), le décalage n’a été aussi grand entre la diversité de la production phonographique et la frilosité des médias. »
Mais pour quelles raisons les radios mènent-elles cette politique ? Il y a bien sûr, en premier lieu, l’accélération des phénomènes de concentrations verticales (entente producteur-diffuseur), mais aussi une autre raison : plus les radios « matraquent » le même titre, plus elles font des « tubes ». Plus elles font des « tubes », plus elles ont d’écoute. Plus elles ont d’écoute, plus elles ont de « pub » et plus elles ont de « pub », plus elles font de profit.
C’est ainsi qu’un certain nombre d’artistes, soutenus par ces grands monopoles de production, envahissent les médias avec une telle force (et sans qu’ils soient responsables eux-mêmes de ce phénomène) qu’il n’y a plus de place pour les autres. La « libre entreprise » des marchés dans le domaine de la chanson conduit à un appauvrissement dramatique de la diversité culturelle : elle met en cause l’existence même de la liberté d’expression pour la très grande majorité des artistes français.
Mais je voudrais abandonner un instant l’univers des chiffres pour vous expliquer les motivations qui m’ont poussé, depuis deux ans, à intervenir sur ce sujet. C’est que j’ai découvert des artistes qui chantaient parfois depuis longtemps, des gens magnifiques, au talent remarquable, mais que le grand public ignore totalement car ils ne sont jamais passés régulièrement dans aucun média. J’ai déjà cité le nom de certains : Allain Leprest, Bernard Joyet, Christian Paccoud, Philippe Forcioli, Michel Arbatz, Michèle Bernard, mais il y en a des dizaines d’autres, tous pratiquant ce que j’appellerai la « Chanson de parole » – du nom du festival de Barjac – ou la chanson artisanale, tous victimes d’une injustice inacceptable.
Certains d’entre eux semblent avoir pris leur parti de cette situation. Alors ils œuvrent dans des petits lieux – cafés, restaurants, cabarets, festivals – en touchant un certain public qui les suit, mais qui, le plus souvent, ne leur permet pas de vivre dans des conditions acceptables, sans parler de la frustration éprouvée devant ce manque de reconnaissance.
Il leur arrive aussi d’être dans l’obligation de « passer le chapeau », retrouvant ainsi, dans les conditions d’exercice de leur métier, la situation du XIXe siècle ! Nous nous étions pourtant battus, avec mes amis du Syndicat français des auteurs, pendant des années, pour que les cachets minimaux, en particulier dans les médias, soient appliqués sans contestation. Il paraît qu’aujourd’hui, lorsqu’un artiste est assez téméraire pour oser demander la même chose, on le regarde comme s’il proférait des injures !
De cette situation il résulte que la nouvelle réglementation visant les intermittents est particulièrement injuste, car elle touche en premier les plus défavorisés d’entre eux. Il est juste de mentionner aussi que, même dans ces conditions, un certain nombre d’artistes arrivent malgré tout à atteindre une grande notoriété (souvent provisoire). Des exceptions qui confirment la règle.
Depuis deux ans, je suis donc intervenu à plusieurs reprises dans les médias pour alerter les responsables. L’ancien ministre de la culture, M. Jean-Jacques Aillagon, m’écrivait en mars 2003 : « Cette situation me préoccupe autant que vous. J’ai, à cet effet, engagé l’élaboration d’un code de bonne conduite entre les radios et les producteurs privés et la mise en place d’un observatoire de la diversité musicale… »
A l’heure actuelle, cet « observatoire » doit toujours être en train d’ »observer », car j’attends encore le résultat de ces « observations ». Quant au « code de bonne conduite », il paraît que, sous l’égide du ministère de la culture, un projet d’accord – qui officialiserait la chose – aurait été rédigé, provoquant les réactions immédiates du Syndicat national des auteurs et des compositeurs (SNAC) et de l’Union nationale des auteurs et des compositeurs (UNAC) : « Nous sommes particulièrement choqués qu’un tel accord puisse être signé, entérinant ainsi des pratiques commerciales… que nous contestons absolument. » Il est significatif qu’aucun représentant des artistes, auteurs et interprètes ne participait à ces réunions. Et l’on en comprend les raisons puisqu’il s’agit du phénomène gravissime des ententes verticales entre les grandes industries de production de disques alliées à celles de la communication qui seraient autorisées et porteraient ainsi un coup mortel à la diversité culturelle !
Je n’entrerai pas ici dans le détail des mesures possibles pour remédier à la situation présente. Il en existe de nombreuses, proposées par les organisations professionnelles. Personnellement, je suis persuadé que les législateurs ou leurs représentants sont seuls capables d’établir les réglementations nécessaires pour assurer le pluralisme indispensable à l’exercice de notre démocratie.
Il y a eu à Paris, du 2 au 4 février 2003, une rencontre capitale de cent organisations culturelles internationales sur la nécessité de reconnaître la notion de diversité culturelle en France, mais aussi en Europe et dans tous les autres pays. Cette réunion fera date, car elle a montré que, sur le plan mondial, les professionnels réagissaient de manière très forte. Un comité de suivi a été mis en place, les réponses du ministre français de la culture et du président de la République, M. Jacques Chirac, ont été sans équivoque, totalement favorables à l’établissement, sur le plan légal international, d’une reconnaissance de cette diversité culturelle. C’est ainsi qu’à l’automne 2003 l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) s’est emparée du problème afin d’établir un texte qui, face aux règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), pourrait servir de base légale. Il est réconfortant de voir cette mobilisation des gens de culture pour affirmer que les produits culturels ne sont pas que des marchandises et que la diversité culturelle est un des points fondamentaux des droits humains et de la liberté.
Encore faut-il qu’en France les pouvoirs publics prennent les mesures indispensables pour la rendre possible. Non seulement dans le domaine de la chanson mais aussi dans toute l’étendue du champ culturel. Et c’est là que se posent les questions fondamentales. Quelle est la volonté du ministre de la culture et de l’Etat de mettre un frein à l’appétit dévorant d’une poignée de sociétés multinationales des industries culturelles et de la communication ? Ne nous trouvons-nous pas devant une crise idéologique majeure entre la soumission ou la résistance au marché ? Donc politique.
Je crains qu’à l’heure actuelle la soumission soit plutôt de mise, réduisant à néant les intentions affirmées par nos dirigeants. Je suis persuadé qu’il appartient à la gauche de s’emparer de cette question et d’en faire un point phare de son programme futur. »
Jean Ferrat

10 juillet 2011. Étiquettes : . Saines humeurs. 2 commentaires.

Ferrat, quatre saisons à Antraigues…

Désormais sans lui… les boules ! (photo DR)

De partout s’agite une chanson aux abois, qui miaule aux radios et que seules l’habitude et la médiocrité justifient. Les ondes vomissent de banalité.
La chanson, la vraie, a depuis longtemps fui la modulation de fréquences qui ne module plus rien. Leprest, Gary, Solleville, Sylvestre, Bernard, Paccoud, Desjardins, Léa, Lacouture, Didier, Lantoine et bien d’autres sont ailleurs, dans le cœur des gens à défaut de l’être dans le poste.
Ferrat a quitté la troupe, sans tout à fait la déserter. Il est en nous, en nos tripes, en nos émotions, nos souvenirs. Nos bonheurs autant que nos indignations. Le sage est allé aux truffes, à fouiner dans le dedans de la terre, s’y reposer. C’était il y a quatre saisons déjà.
Un an sans Ferrat. Mermet rediffuse son bel et sensible hommage, France3 tente la commémoration, l’ami Pantchenko dédicace à tours de bras. Et nos lèvres de se surprendre à toujours murmurer Ma Môme, Ma France, La Montagne, Que serais-je sans toi, Sacré Félicien

On lira l’hommage d’il y a pile un an, sur NosEnchanteurs. C’est ici.

13 mars 2011. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Hommage, Les événements. 2 commentaires.

Biblio : le Ferrat de Pantchenko

On a tous son propre Ferrat, au sens où nous avons tous une histoire, un souvenir, une émotion qui nous relie à Jean Ferrat, bien souvent à l’une ou l’autre de ses chansons.
Mon plus lointain souvenir à moi, le plus fort aussi, c’est ma maman à moi, qui aimait plus que tout entendre La Montagne parce que ça parlait d’un HLM : « il faut savoir ce que l’on aime / et rentrer dans son HLM… » Comprenez que c’était son rêve, pour quitter le taudis pourri de la rue des fossés où elle et ses six gosses vivaient entassés, où les jours d’orage elle installait de ci de là casseroles et seaux pour recueillir cette pluie qui tombait chez nous, sur nous, sur la table comme dans nos lits. Un jour, Colette, ma sœur aînée, est venu nous chercher à l’école – je devais être en grande section maternelle je crois – et, étrangement, nous n’avons pas pris le même chemin pour rentrer à la maison. La route, forcément à pied, me semblait longue. Arrivés, nous sommes entrés dans ce grand et bel immeuble, cet appartement tout nu, qui serait pour longtemps notre maison, place du 8-mai 1945 à Bar-sur-Seine. L’eau y coulait chaude dans le lavabo, les vitres sentaient encore le mastic, les plinthes la peinture. Tout était à meubler et la vie à ré-inventer. C’était notre HLM, comme celui de la chanson. Maman n’a jamais voulu entendre, comprendre les propos de Ferrat, elle ne pouvait pas : elle l’avait tant rêvée « son » HLM, tant économisé, sous après sou, pour la caution ! Nous y étions. Et des années durant, nous avons mangé, un dimanche sur deux, du poulet aux hormones… C’est dire quand La Montagne passait à la radio, respectueux silence, comme un hymne à notre nouvelle vie !
Il y a plus de cinq ans, sur son lit de mort, j’ai chanté à Maman cette chanson-là. C’était la sienne, même pas un malentendu. Qui plus est Ferrat était le chanteur de ces petites gens, de cette môme de Saint-Ouen, de tous les sacrés Félicien… Et de ma maman. De tous ces gens qui en ont eu, comme vous, comme moi, le cœur gros quand Ferrat, à son tour, s’en est allé.

Daniel Pantchenko (ci-dessus, photo Francis Vernhet) doit avoir, lui aussi, des tas d’histoires, passées et récentes, le reliant à Ferrat. Mon collègue de Chorus, qu’on connaît pour sa rigueur, pour son soucis de l’extrême précision, nous fait revivre le chanteur, courir sa vie sur près de six cents pages, de ses premières scènes, notamment celle en 1954 en levée de rideau d’Aznavour à L’Échelle de Jacob, jusqu’à cette fin d’hiver 2010, à Antraigues-sur-Volanne. Une somme, dit-on. C’en est une, livre qui longtemps fera référence. C’est la vie d’un homme, couchée sur papier, nimbée de respect. C’est son œuvre aussi, disséquée, analysée. Un livre utile, pour comprendre plus encore l’importance du bonhomme et ce qu’il nous laisse.
Daniel Pantchenko, Jean Ferrat « Je ne chante pas pour passer le temps », 570 pages, 2010 Fayard.

4 octobre 2010. Étiquettes : , . Biblio, Chorus. 1 commentaire.

Les derniers roms, les derniers tziganes

Sus aux bohémiens, aux roms, aux tziganes, aux manouches, aux gitans, aux romanichels, sus à tous ceux qui ont l’outrecuidance, dans cette France ultra-sarkozyste, de vouloir vivre leur différence ! L’affaire est jugée : ce sont tous des délinquants de pères en fils, voleurs de poules, de cuivre et de ferraille ! Du reste c’est bon pour des sondages d’opinion plombés par les affaires et le sentiment d’injustice, a dû penser le petit Président en écrasant avec plaisir et méthode sa gitane dans le cendrier.

Une sinistre circulaire datée du 5 août 2010 et signée par Michel Bart, directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, rappelle aux préfets les «objectifs précis» fixés par le président Nicolas Sarkozy : « 300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms. » « Il revient donc, dans chaque département, aux préfets d’engager (…) une démarche systématique de démantèlement des camps illicites, en priorité ceux de Roms », selon le texte qui provoque nombre de légitimes réactions indignées. Éric Besson, ministre de l’Immigration, affirmait  encore il y a quelques jours que les Roms n’ont pas été spécialement ciblés par la politique gouvernementale. Mensonge ou ignorance ou incompétence d’un ministre : c’est bien une population précise qui est stigmatisée au seul fait qu’elle est rom. Ce qui est immoral, ce qui est condamnable et nous rappelle une bien sombre époque de notre histoire récente…
Quelques chansons qui nous parlent de ces errants…

Van Gogh

Sorciers, bateleurs ou filous,
Reste immonde
D’un ancien monde,
Sorciers, bateleurs ou filous,
Gais bohémiens, d’où venez-vous ?
D’où nous venons ? L’on n’en sait rien.
L’hirondelle
D’où nous vient-elle ?
D’où nous venons ? L’on n’en sait rien.
Où nous irons, le sait-on bien ?

Pierre-Jean de Béranger, Bohémiens, 1837

J’ai eu l’impression de perdre un ami
Et pourtant ce gars-là ne m’a jamais rien dit
Mais il m’a laissé un coin de sa roulotte
Et dans ma petite tête j’ai du rêve qui trotte
Sa drôle de musique en moi est restée
Quand je pense à lui, m’arrive de chanter
Toi sacré gitan qui sentait le cafard
Au fond ta musique était pleine d’espoir.

Mouloudji, Mon pote le gitan, 1954

Alors, tzigane, joue
Tu es l’eau
et la laine
et le feu
Et puisque tu es aussi le vent
Après, tzigane, va-t-en…

Félix Leclerc, Tzigane, 1967

À tous les bohémiens, les bohémiennes de ma rue
Qui sont pas musiciens, ni comédiens, ni clowns
Ni danseurs, ni chanteurs, ni voyageurs, ni rien
Qui vont chaque matin, bravement, proprement
Dans leur petit manteau sous leur petit chapeau
Gagner en employés le pain quotidien (…)
J’apporte les hommages émus
Les espoirs des villes inconnues
L’entrée au paradis perdu
Par des continents jamais vus

Félix Leclerc, Prière bohémienne, 1959

Bohémienne aux grands yeux noirs
Tes cheveux couleur du soir
Et l’éclat de ta peau brune
Sont plus beaux qu’un clair de lune
Bohémienne aux grands yeux noirs
J’ai vibré d’un tendre espoir
Je voudrais que tu sois mienne
Bohémienne.

Tino Rossi, Bohémienne aux grands yeux noirs, 1937

Ils ont habité la roulotte
Les quatre planches qui cahotent
De Saint-Ouen aux Saintes-Maries
Mais ils s’en vont encore d’ici
Les Nomades
Ni la couronne d’oranger
Ni la cheminée de faux marbre
Ne leur mettent racine au pied
Ils ne sont pas comme les arbres
Les Nomades

Jean Ferrat, Les Nomades, 1961

Disparus l’enfant
Voleur de cerceaux
Les chevaux piaffants
De tous leurs naseaux
Disparus les ânes
Avec leurs paniers
Les belles gitanes
Sous les marronniers
En ce temps qui va
Qui va dévorant
On n’a plus le droit
D’être différent

Jean Ferrat, Les Derniers tziganes, 1971

Une ville après l’autre et toujours la méfiance
Interdit aux nomades c’est écrit là en gros
Nous voilà repartis pour l’éternelle errance
La roulotte et les chiens la douzaine de marmots
Ce qu’ils sont sales tout de même ils n’ont qu’à travailler
Ils voudraient qu’on les loge et ils paient pas d’impôt
N’écoute pas Romani laisse-les bien gueuler
Et rejoue-moi un peu la ballade de Django
Je suis gitan moi aussi, je suis gitan

Claude Reva, Moi aussi, 1973

C’est un des leurs qui va partir
Et c’est une chance peut-être
Car cette race sans mourir
Va disparaître
Il va mourir le bohémien
Mais, citadins dormez tranquilles !
Sa mort n’est pas sur le chemin
Du centre ville

Leny Escudero, Le Bohémien, 1974

Une môme fagotée comme l’orage
Fille du vent et du voyage…
Oh, Maria Suzanna où es-tu,
Dans quelle nuit t’es-tu perdue,
Reste-t-il pour croquer ta vie manouche
Quelques dents dans ta bouche ?
Ah, de Varsovie à Saragosse,
Roulottes-tu toujours ta bosse
Si belle encore mais comme tes semblables
Toujours indésirable…

Michèle Bernard, Maria Suzanna, 1999

29 juillet 2010. Étiquettes : , , , , , , , . Thématique. 1 commentaire.

La corrida, les deux oreilles et la queue

C’est la cata pour les aficionados amateurs de combats sanguinolents. C’est la Catalogne qui, faisant fi de joutes politiques, des bas calculs électoraux, vient de s’affranchir de la corrida, deuxième région espagnole à bannir cette pratique ancestrale et cruelle qu’on justifie par la tradition. La tradition a bon dos et le taureau le dos large pour y planter nos charmantes banderilles… Petite revue non de presse mais en chansons de ce « sport » en habits de feu qui, parfois, souvent, prélève les deux oreilles et la queue. Ce sont les toreros, bientôt au chômage, qui ont d’ores et déjà la queue en berne. Ça va désormais bander mou dans les arènes…

Corrida, la fin du fin ! (photo DR)

Et quand, pour le suprême effort
Le dernier co
rps à corps
Soudain s ‘ élèvent
Les notes brèves sonnant la mort
Jetant au loin sa montera
Le matador s’en va l’âme virile
D’un pas tranquille
Seul au combat
Et pour mieux souligner ses exploits
Tout le cirque entonne à pleine voix

Luis Mariano, Olé Torero, 1947

Les arènes gonflées d’une foule en délire
Regorgent de couleurs et d’âpre envie de sang
Il y a des soupirs et des éclats de rire
Et des épées pointues comme des cris d’enfants
On y vend des serments, des enjeux et des âmes,
Des cacahuètes, des jus de fruits et des drapeaux,
Des chapeaux de papier dont se parent les dames
On y vend de la mort noire comme un taureau

Gilbert Bécaud, La Corrida, 1956

Est-ce qu’en tombant à terre
Les toros rêvent d’un enfer
Où brûleraient hommes et toreros défunts
Ah!
Ou bien à l’heure du trépas
Ne nous pardonneraient-ils pas
En pensant à Carthage, Waterloo et Verdun, Verdun.

Jacques Brel, Les Toros, 1963

La Corrida, Pablo Picasso, 1959

La bête a eu raison
De ta fière prestance
Elle a sali ton nom
Elle a ruiné ta vie
Ta merveilleuse allure
Et ta fière arrogance
Sont tombés dans la sciure
Et le sable rougi

Charles Aznavour, Le Toréador, 1964

Allons laissez-moi rire
On chasse on tue on mange
On taille dans du cuir
Des chaussures on s’arrange
Et dans les abattoirs
Où l’on traîne les boeufs
La mort ne vaut guère mieux
Qu’aux arènes le soir

Jean Ferrat, Les Belles étrangères, 1965

Et si la reine tue ses amants
Comme l’arène tue ses taureaux,
Je crèverai vaillamment
Avec du miel aux naseaux!
On se souviendra de mon sort
Peut-être, deviendrai-je un mythe
J’ai rêvé d’un taureau mort
Sous une pluie de marguerites…

Claude Nougaro, Petit taureau, 1967

La corrida n’a pas lieu.
Le matador est amoureux
Et l’amour… et l’amour…
{Le taureau n’a pas tort}
Et l’amour… et l’amour…
Ça vaut mieux que la mort.

Michel Sardou, La Corrida n’aura pas lieu, 1970

L’habit de lumière
Dont tu m’as couvert
Tu le souilleras
Mon sang coulera
Et tu me feras
Mordre la poussière
Et tu me verras
Embrasser la terre
D’Andalousia oh oh oh…

Renaud Hantson, Corrida, ?

Je ne vais pas trembler devant
Ce pantin, ce minus !
Je vais l’attraper, lui et son chapeau
Les faire tourner comme un soleil
Ce soir la femme du torero
Dormira sur ses deux oreilles

Francis Cabrel, La Corrida, 1994

28 juillet 2010. Étiquettes : , , , , , , , , . Thématique. 4 commentaires.

Aubret de ma blonde…

Nous parlions ces jours-ci, à propos du « Viel chante Brel », de Stéphane Roux aussi, de la difficulté de reprendre certains artistes qui nous ont tellement marqué. Voici une chanteuse dont la carrière n’est que reprises… J’en disais en chapeau de ce papier paru il y a presque six ans : « Brel et Ferrat au menu d’un récital malmené par une orchestration vieillotte. Reste qu’Isabelle Aubret est belle interprète… »

Ses pairs sont Brel et Ferrat. Doublement orpheline donc… (photo DR)

Archive. Elle est à peine en scène qu’on sait déjà, par intuition autant que par persuasion, que ce sera de la bien belle ouvrage. Même si, d’infinie tendresse à saines colères, ce récital sera tout sauf surprenant, n’explorant, à quelques exceptions près, que Jean Ferrat (Excusez-moi, Deux enfants au soleil, La Montagne, C’est beau la vie…) et Jacques Brel. Surtout Grand Jacques d’ailleurs (Amsterdam, Le Plat pays, La Quête, Les Singes…), Isabelle Aubret se remémorant, entre deux chansons, les souvenirs émus de tournées communes entre elle et le créateur de Ne me quitte pas. Émus, car les larmes de la dame sont tout sauf de crocodile : le cœur à vif, sans autre enjeu que le simple partage, la restitution. C’est, à ce titre, exemplaire. Le répertoire est sans surprise, sans renouvellement non plus : que des textes universels, ou peu s’en faut. Dont beaucoup portent (trop ?) en nos oreilles la matrice d’origine, son timbre, sa façon d’amener les mots. Comment ne pas entendre, en surimpression, la voix du sage d’Antraigues tonnant de son exil ? Comment ne pas entendre ces wagons qui s’entrechoquent en direction de Dachau ? «Il y a quarante ans que je chante Nuit et Brouillard, cette chanson contre l’oubli. Aujourd’hui, comme vous, j’ai peur» nous confie-t-elle alors.
Comment ne pas ouïr avec précision, avec minutie, le tic-tac de « La pendule d’argent / Qui ronronne au salon / Qui dit oui qui dit non / Et puis qui nous attend » des Vieux de Brel ? Aubret nous restitue tout, en une sensibilité identique. Mais rien de plus. Elle transmet.
Estimable ? A l’évidence oui. Convaincant ? On sera nettement plus réservés. Car la qualité de cette interprétation trop fidèle est ruinée par un accompagnement minimum, limite indigent, vieillot et pauvre (sur le Paris-Canaille de Ferré, ça fait poussive musique de manège…), d’un seul orgue électrique, qui cumule les mandats de presque tout un orchestre suggéré. C’est grand tort ! Il n’y a qu’un moment, un seul, quand l’orgue sait être raisonnable et ne se faire que piano, sur Écoutez, vous n’m’écoutez pas, que vous savez ce qu’Aubret pourrait donner avec un digne mais sobre accompagnement, avec des arrangements moins rachitiques, moins poussiéreux.
Reste qu’on ne dédaignera pas le fait d’avoir vu Isabelle Aubret en scène, cette statue de La Fanette érigée en presque statut de la chanson ; une Aubret qui, dans l’humble et le fragile, entretient avec dignité un pan entier de la chanson : le sien.

Le site d’Isabelle Aubret, c’est là.

25 juillet 2010. Étiquettes : , , . Archives de concerts. 2 commentaires.

Ferrat : l’entretien inédit de Thou Chant

Jean Ferrat (photo extraite de Chorus n°10, Francis Vernhet)

En page d’accueil du WebZine Thou Chant, depuis hier, un entretien, à ce jour inédit au grand public, réalisé le 30 avril 2002, chez Jean Ferrat, à Antraigues-sur-Volane, par Frédérique Gagnol, Marc David et Philippe Viallard. De presque 45 minutes, cet entretien fut réalisé en préalable à un débat sur la chanson, quelques jours plus tard, à A Thou bout d’Chant à Lyon. Médias, industrie discographique, artisanat… c’est un état des lieux de la chanson, sans concession.

C’est en exclusivité et c’est ici.

Marc David, Jean Ferrat et Frédérique Gagnol lors de cette interview (photo Ph. Viallard)

Parmi tous les hommages à Ferrat (beaucoup de journalistes, de programmateurs aussi, semblent avoir découvert Ferrat au jour de sa disparition…), on retiendra particulièrement cette émission spéciale de Là-bas si j’y suis, de Daniel Mermet, sur France-Inter. Lettre de « Là-bas hebdo » du 21 mars 2010 : « À notre grande surprise, notre émission hommage à Jean Ferrat du lundi 15 mars a été une des plus suivies de toute l’histoire (modeste et géniale) de notre émission, depuis une vingtaine d’années. Vous avez été nombreux à venir saluer la mémoire de Ferrat sur ce site comme sur le répondeur de Là-bas : il était impossible de diffuser tous vos messages. Pardonnez-nous, mais il aurait fallu plusieurs émissions… Depuis longtemps (1975), Jean Ferrat s’était dégagé de l’emprise du show-biz et de la télé, ce qui ne l’empêchait pas de rester populaire bien au-delà de sa famille politique, sans avoir besoin de s’abaisser au racolage médiatique. Par comparaison, le parcours de Jean Ferrat montre à quel point le système de la culture de masse, condamné à l’insignifiance, empêche le public d’acquérir les moyens de son émancipation. Qu’ils en soient ou non conscients, la plupart des collaborateurs de ce système sont aussi « engagés » que pouvait l’être Jean Ferrat, mais pas tout à fait du même côté de la barricade. Jean Ferrat fut de ceux qui s’adressent à ce que chacun a de meilleur et de plus digne. C’est la raison de cette reconnaissance fraternelle. Rendre hommage à Ferrat c’est continuer cette lutte-là, de ce côté-là. Jusqu’au temps des cerises ». Là-bas, 21 mars 2010.

On peut réécouter l’émission de Là-bas si j’y suis ici.

24 mars 2010. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Les événements, Thou Chant. 3 commentaires.

Quelques Octaves au-dessus…

En janvier 2010, durant l'enregistrement public du disque consacré à Ferrat (photo Jean-Pierre Léger)

Ceux-là sont de mon lointain chez moi, de mon enfance auboise. Et résident toujours dans ce même petit coin de la forêt d’Othe, où l’un d’entre eux fait même grand festival chanson. Ils, ce sont les Octaves, quarante ans désormais que, de créations en reprises, ils font vivre la chanson qu’ils estiment. Mine de rien, quarante ans (en professionnels, car ça fait un peu plus même, leur premier 45 tours remontant à 68) qu’ils parsèment notre horizon de vinyles, de K7 et de cédés, traces fragiles mais tangibles. Certes dans une grande indifférence des médias, c’est le lot commun. Si, naguère, pour point d’orgue, ils eurent droit à une Radioscopie de Jacques Chancel… Ils ont connu tous types de scènes, de celles cantonales à la Super Franco-fête de Montréal… J’ai le souvenir de leurs premières chansons, signées Robert Noël, un type de chez moi, instit’ hors-normes trop tôt disparu. Et justement, écrit par lui, de cet Enfant dans les sables, comédie musicale pour mômes de tous âges, élégant copié-collé du Petit prince de Saint-Exupéry. Les Octaves ne vivent bien que par leurs créations (huit disponibles en ce moment !), celle sur les chansons et pubs de naguère, celles sur Van Gogh ou sur La Fontaine, bien avant Nougaro, cet autre sur Brel, celui, plus récent encore, sur Brassens… En guise de bougies sur leur gâteau d’anniversaire, les Octaves s’offrent le luxe de deux disques qui viennent tout juste d’être captés en public. L’un sur Jean Ferrat (Ferrat à perdre la raison), l’autre sur Mouloudji (Comme un p’tit coquelicot). Deux artistes qu’ils n’ont cessé de croiser durant leur carrière, particulièrement Mouloudji avec qui ils ont jadis débuté, par des disques de chansons révolutionnaires et syndicalistes, avec entre autres Francesca Solleville. Ferrat et Mouloudji, un qui, à l’évidence, restera longtemps dans nos mémoires ; l’autre dont le souvenir hélas s’estompe. Ce n’est pas la moindre des qualités des Octaves que de faire vivre l’œuvre d’autrui, de prolonger l’émotion… Vous pouvez souscrire à ces disques au tarif préférentiel de 11 euros, jusqu’au 30 mai. Le Ferrat sortira à cette date, le Mouloudji en juillet (renseignements au 03.25.42.13.08 ou par mél : les.octaves@wanadoo.fr)

Le site des Octaves.

23 mars 2010. Étiquettes : , , . Lancer de disque. 1 commentaire.

Jean Ferrat, 1930-2010

Jean Ferrat (photo Irmeli Jung, détail de la pochette du cd Ferrat 95 - 16 nouveaux poèmes d'Aragon)

« De plaines en forêts de vallons en collines / Du printemps qui va naître à tes mortes saisons /De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine… » La montagne d’Ardèche a dû un moment frissonner, faisant une courte pause dans cette rituelle lutte entre hiver et printemps. La mer qui baigne Saint-Jean Cap Ferrat a certainement tangué un instant, confus souvenir d’embruns, étrange émotion d’emprunt. A Saint-Ouen, sa môme a tenté de retenir ses larmes, en vain, de vraies larmes qui ne sont ni de starlettes ni de crocodiles, ni télévisuelles ni calculées. Aujourd’hui, comme on vend encore le journal au matin d’un dimanche, la France, sa France, ira voter, avec toujours l’espoir, même maigre, de lendemains qui chantent. Pas avec lui, plus avec lui. Mais pas sans lui, pas avec l’air de rien. Jean Ferrat est mort ce samedi, fatigué de la vie, sans désir de connaître d’autres demains, d’autres printemps. Il faisait silence depuis nombre d’années, largement de quoi nous habituer à sa retraite et conjuguer son œuvre au passé. Un passé présent, un peu en chacun de nous, comme une part de nous. On sait depuis belle lurette la place que l’histoire de la chanson lui réserve, importante, indispensable. Citer quelques de ses chansons c’est les citer presque toutes, des classiques du genre, des chefs d’œuvre souvent, à peine usées par des orchestrations qui parfois accusent les morsures du temps. L’ermite s’en est allé, j’imagine la peine de Francesca et d’Isabelle, de tout plein de modestes gens aussi qu’il réchauffait de ses chansons à la manière d’un feu de bois. La place d’Antraigues est déjà orpheline de ce joueur de pétanque, la vie reprendra avec une absence qui simplement pèsera, comme un pincement au cœur, une tristesse éternelle. On s’y habituera. Car, quand même, que la montagne est belle. Comment peut-on s’imaginer…

14 mars 2010. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Saines humeurs. 4 commentaires.

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