Scène de crimes

« Demandez la chanson du crime », 20 novembre 2011, Chok-Théâtre à Saint-Etienne.

 « Il n’y a pas qu’à Paris que le crime fleurit / Nous au village aussi on a de beaux assassinat. » La chanson, quand elle se faisait gazette, nous relatait en long et en large, en intégral, en sang pour sang, les crimes, les coupe-gorges, les bois de justice… Ce n’est rien qu’une thématique de la chanson. Et, par elle, c’est un pan notre de Histoire, qui nous exècre ou nous attire. Attention, c’est l’heure du crime.
Ils se sont mis à dix pour remuer le couteau dans la plaie, faire anthologie. Pas forcément d’ailleurs en allant très loin dans le passé, pas en épousant le répertoire des gouailleuses réalistes de l’entre-deux guerres. Non, en appelant à eux la crème des auteurs contemporains : les Trénet, Causssimon, Brassens, Lemarque, Leclerc, Béart et Prévert ; les Fersen, Leprest, Joyet, Renaud, Rivard et autres Malpolis. Même Gil Chovet, dans un répertoire adulte que quasi personne ne lui connaît, et qui est là, sur scène, en cette dizaine. Ça surine, ça assassine dans tous les coins. D’ailleurs c’est tous morts, allongés sur la scène (du crime) que le public les a découvert en entrant dans la salle : « Il coulait à ses pieds / Une rivière de sang. » De l’art de trouer le lard, de nettoyer ses instruments, de s’armer ensuite de compassion : « Quand il tuait un marmot / Il s’assurait bien que les parents / Soient pour la peine de mort. » Ici, tout le monde est assassin. Cet écolier que jadis chanta Malicorne, ce mime mis en voix par Leprest, le patron du domestique de Fersen, ce grand nègre dans le noir qui tranche la gorge de Monsieur Williams« Chantant la peine des âmes un aveugle en gémissant / Sans le savoir a marché dans le sang / Puis dans la nuit a disparu / C’était p’t’être le destin qui marchait. » Quoique, nous rappelle cette estimable assemblée, il y a d’autres façons de tuer un homme, de le détruire : « La plus belle façon de tuer un homme / C’est de le payer / Pour être chômeur. » Ou qu’il aille courir le guilledou : « J’ai pas tué, j’ai pas volé / Mais j’ai pas cru ma mère / Et je m’souviens qu’ell’ m’aimait /Pendant qu’je rame aux galères. »
Mes amis du Grac (Groupement régional d’action culturelle) se sont mis en tête de faire collection de crimes par la chanson et ont ouvert le grand livre des faits divers que paroles et musiques ont consigné parfois avec passion, parfois avec colère, avec faste ou indignation, avec le sang chaud et le froid dans le dos. C’est joliment restitué. Avec soin, avec goût et talent. Avec cœur même : « Si on disait qu’il avait le cœur sur la main / C’était pas le sien. »
Citons les dix : Annie Chaperon, Gil Chovet, Christopher Murray, Guillaume Poty, Stéphane Moscato, Djamila Zeghbab, Mireille Courbon, Jean Navrot, Florence Niccoli et l’accordéoniste Roger Blanchet. Tous sont excellents !

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22 novembre 2011. Étiquettes : , , , , . Chanson sur Rhône-Alpes, En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 3 commentaires.

Un week-end stéphanois sur les traces de Nanar (1)

Didier Hominal, dit "Monsieur Bidon". L'histoire retiendra que c'est qui qui, 46 ans après, à réveillé les chansons endormies de Lavilliers (photo DR)

Amicale laïque de la Terrasse, à Saint-Etienne, ce samedi 15 octobre 2011. Le public est sagement assis, les artistes aiment se faire attendre. Fred, le caméraman, est en position depuis longtemps. Didier et moi arrivons, lui chargé de sa guitare, moi d’un carton de bouquins. Accueil par Jean Navrot. Navrot est un de ces agitateurs culturels comme on ne sait plus en faire. Il fut ami d’Odouard et de Dupperay : Jean Dupperay, le fameux instit’ du jeune Bernard Oulion, et Marcel Odouard, l’anarcho-syndicaliste qui incita Bernard à se lancer dans la chanson. Au départ de Lavilliers, Navrot fut de la distribution de la pièce Mourir, cette chance ! C’est dire le bonhomme…
L’assistance est faite pour partie d’anciens de la Manu, la Manufacture nationale d’armes de Saint-Etienne. Quelques dizaines de personnes pour découvrir ou retrouver Lavilliers, le leur.
On ne connaît vraiment Didier Hominal que sous son nom d’artiste de Monsieur Bidon. Didier a relevé cet étonnant défi qui lui a été lancé quelques jours plus tôt, au déboté : réveiller des chansons endormies et oubliées de Bernard Lavilliers, celles, stéphanoises, d’il y a quarante-six ans, jamais gravées sur disques. Bidon s’en mettra trois en bouche : L’homme en bleu où Nanar se chante en ouvrier tourneur, à la Manu, rêvant d’Eve et de « cet homme qui a nom Adam » ; Ça en fait des croix où notre jeune fabricant d’armes parle de la guerre ; et Moi, j’aime pas les flics qui se passe de tout commentaire. Le cadeau est sympathique, l’émotion palpable. Navrot y retrouve la trace presque d’une école stéphanoise de la chanson, quant aux thèmes abordés et la façon de le faire, dans laquelle s’inscrivent aussi des André Meillier et Claude Lyonnaz, comparses d’époque du sieur Lavilliers.
A moi de faire causette sur le livre ; au public d’intervenir. La contradiction est portée par une dame blonde, très respectueuse et attentive, pas tout à fait convaincue de ma démarche, réticente. On saura plus tard qu’elle est cousine de Bernard. C’est vrai que si Saint-Etienne est terre de houille, elle l’est tout autant de Oulion. Le week-end en sera pavé. Les questions sont ici comme partout, avec toutefois la précision d’un scalpel : « Doit-on investiguer la chanson ? », « Peut-on biographer sans l’accord de l’intéressé ? », « Pourquoi révéler le vrai Lavilliers ? », « Pourquoi et comment une telle omerta ? »… Aux gars de la Manu, je n’apprends rien sur la légende. Ils savent le bonhomme et on ne la leur fait pas. Ils nourrissent simplement de détails. Et disent leur franc respect, leur admiration même, au papa Oulion, le paternel de Bernard : « Bien sûr qu’il avait sa carte du Parti, c’est moi qui lui vendais le timbre chaque début du mois ! » dit fièrement l’un d’eux, ajoutant : « Vu ses responsabilités administratives à la Manu, être communiste lui valait d’être mal vu. » Après la « conférence », on se retrouve au bar de l’Amicale, qui devant un muscat, qui à siroter un communard, à poursuivre l’étonnant Bernard Oulion devenu Lavilliers, à fouiller les souvenirs. C’est franc, direct, intelligent. Et sensible. On est à Sainté et Bernard est un des nôtres. Ou le fut. Et de parler de lui, sans effets de manches, sans légende à dormir debout, ça fait du bien. Pour eux c’est parler d’un copain parti il y a longtemps. Mais étonnement présent.

(Suite bientôt. Dès que les images vidéo seront prêtes, nous en diffuserons sur You Tube, sur NosEnchanteurs et sur le site Voleurdefeu).

17 octobre 2011. Étiquettes : , , , . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 3 commentaires.

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