Biblio : le Thiéfaine de Théfaine

Aux éditions Fayard, 437 pages

Les fans d’Hubert-Félix Thiéfaine se délecteront (en quasi simultanée de la sortie de Suppléments de mensonge, seizième album du chanteur) de la réédition, revue et (bien) augmentée, de la biographie de référence qu’est Jours d’orage, de son presque homonyme Jean Théfaine, dès aujourd’hui sur les étals des libraires.
Il faut être d’une complicité sans pareille entre biographe et biographé pour accoucher d’un tel livre, qui va fouiller dans la mémoire de l’artiste pour retracer fidèlement, avec une rare précision, un tel itinéraire. On est dans la totale confidence ; on frôle souvent l’intime. On le savait, bien sûr, depuis la parution de la prime version de cet ouvrage, en 2005, à l’époque dans une coédition Chorus-Fayard : ce luxe de détails qui ne s’inventent pas, ces précisions quasi millimétrées qui posent les balises, avant mutation, d’une œuvre rare en chanson, constante, cohérente, singulière, sans trop de racines (quoique…), sans avant et sans apprêt. L’Hubert-Félix n’est pas homme de grande confession et ne se livre bien souvent que par ses silences et ses chansons, labyrinthes et jungles à la fois, quasi surréalistes. Là, tout y est, ou peu s’en faut, trousseau de clefs pour entrer dedans, mieux comprendre encore l’artiste, nos pas pile dans les siens, dans la galère comme dans la (recon)naissance, en cet itinéraire unique du plus célèbre inconnu de la chanson, « l’exemple même de l’artiste qui s’est imposé au sommet sur la durée, en dépit du silence des médias, télévisés notamment, qui l’ont toujours trouvé trop décalé. »
Rien à dire sur la qualité de l’ouvrage : c’est du Théfaine à la cime de son art, ancien de Ouest-France et pilier de Chorus, plume respectée du métier. À lire cet ouvrage, on sait plus encore pourquoi. Rien à voir avec les stakhanovistes de la bio : lui à pris le temps, et d’abord et avant tout celui de la confiance et de l’amitié, pour tirer les vers et le portrait de l’HFT. Le résultat est impressionnant.

Le journaliste et biographe Jean Théfaine, quasi homonyme de son sujet (photo DR)

On sera notamment stupéfait par ce chapitre, forcément nouveau, délicat et douloureux entre tous, sur cette récente période où Thiéfaine fut à deux doigts de nous jouer définitivement la fille de l’air, à défaut de celle du coupeur de joints : cette tentative de suicide, cette cure de désintoxication relatée ici dans son plus simple vécu, la volonté de guérir, de se reconstruire, de s’affranchir à tout jamais de tout alcool, Entre trois grammes et cinq heures du matin.
L’ouvrage touchera les fans mais pas qu’eux. Il nous rend proche un chanteur qui, dans le dédale de ses mots, la luxuriance et la folie de son verbe, peut nous sembler lointain. D’un autre planète presque. Là, dans ces quatre cent et quelques pages, c’est l’humain qui s’invite.

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23 février 2011. Étiquettes : , . Biblio. 3 commentaires.

Des nouvelles de Thiéfaine…

Hubert-Félix Thiéfaine (photo DR)

Les amateurs d’Hubert-Félix Thiéfaine – ils sont nombreux – seront ravis de savoir la prochaine réédition de Jour d’orage, la biographie événement de Thiéfaine par (Jean) Théfaine, parue initialement en 2005, chez Fayard/Chorus. C’est ce que l’auteur, mon collègue journaliste et ami Jean Théfaine, annonce sur son blog : « En 330 pages, je tentais un portrait de cet artiste monumental auquel, jusque-là, hormis une monographie de Pascale Bigot, publiée en 1988 chez Seghers, peu d’ouvrages avaient été consacrés. Essentiellement parce que l’ombrageux Jurassien n’a jamais aimé ce genre d’exercice. Pour moi, il avait fait exception (…). Cinq ans ont passé. Il était temps de reprendre la bio de HFT et de la compléter. Sous le même titre, mais avec une couverture nettement plus conforme à l’image qu’on se fait de l’hombre, elle paraîtra au premier trimestre 2011, toujours chez Fayard, augmentée d’une centaine de pages. De nouveaux témoins ont accepté de venir à la barre et, surtout, Hubert lui-même m’a de nouveau ouvert sa porte. C’est à livre ouvert qu’il raconte notamment comment sa vie a basculé un soir d’août 2008, comment il s’est reconstruit, comment il repart de plus belle. »

Pour mémoire, le dernier album de l’Hubert-Félix, Amicalement blues (textes de Thiéfaine sur des musiques de Paul Personne) remonte à 2007. Il y a tout juste un an est sorti le coffret 78-88, composé des 10 albums de cette période (de Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir à Eros Über alles), en « vynil replica » (CD noir), avec un livre de 80 pages fait de documents personnels et exclusifs de Thiéfaine.

24 octobre 2010. Étiquettes : , . Biblio. 2 commentaires.

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