Joan-Pau Verdier, le r(Oc)k fait chanson

Joan-Pau Verdier, de retour (photo DR)


Etrange cette voix qui me revient après si longtemps… une voix belle, ferme, puissante, inchangée…
Parce que depuis trois décennies ses disques vont de petits labels à l’autoproduction, que la presse – vieux refrain… – n’est plus ce qu’elle était et ne daigne déballer un disque s’il n’est griffé d’une grosse major, nous ne savons plus rien de Joan-Pau Verdier, l’occitan, qu’on a dit jadis, dans sa décade prodigieuse des années soixante-dix, être l’égal d’un Lavilliers. Il n’y a vraiment que Chorus qui en faisait régulièrement l’écho (mais ne remuons pas le cédé dans le play ; c’est du passé, n’en parlons plus…). Dix ans après son Léo domani (chansons de Léo Ferré dont il est à l’évidence et depuis longtemps l’un des héritiers), Joan-Pau Verdier nous revient, par la réédition de deux de ses plus grands albums (Tabou le chat et Chantepleure de 1977 et 1979), avec aussi et surtout la sortie de son nouvel opus, Les rêves gigognes : toute une heure avec lui, entre chanson française et rock d’Oc, pure poésie en deux langues, un disque qu’on oserait presque qualifier de majeur dans la production hexagonale s’il n’était confiné au total silence médiatique. C’est un travail d’artisan, qui peaufine textes et musiques et n’en livre que le meilleur. Rock ? oui, quoique. Constamment contrarié par d’autres sonorités (on y perçoit ici et là un vieux fond trad), d’autres instruments tels la contrebasse, l’accordéon, le saxophone, le rebec et l’oud. Et le velouté des cordes… Chaque son est important, autant que chacun de ses mots, écriture « littéraire » qui sonne comme fine calligraphie, comme pleins et déliés. On ne sait jamais comment vieillira une chanson, un disque, mais il y a ici une belle intemporalité. Car hors modes, hors tocades du moment. Un disque d’auteur aux notes amples et mesurées à la fois, au verbe de presque anthologie, avec des vers qu’on lui envie, comme dans cette chanson de calme colère qu’est Miséricordes : « Pitié pour la chance / Souffrez que souffrances / Ailleurs c’est Byzance : / Chiens de complaisance / A vingt heures. » Ou ce Chant de l’heure : « Aujourd’hui je te dis les mots d’un siècle aphone / Qui communique tant et nous parle si peu / Tu me souris pourtant d’un sourire d’automne (alors) / Avant que les hivers ne deviennent frileux / Aimons-nous, nom de Dieu ! »Ou… seize titres excellents, pour moitié français, pour moitié occitans. La belle occasion de retrouver ou de faire connaissance avec cet artiste important qui existe encore, qui existe toujours.

Joan-Pau Verdier, Les rêves gigognes. Qu’on trouve sur le site de l’artiste ; et son myspace.

25 mai 2011. Étiquettes : . Lancer de disque. 2 commentaires.

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