Crime de lèse-Hallyday

Poï poï ! pauvre Enrico Macias, seul chanteur (avec l’inénarrable Didier Barbelivien et l’immodeste Carla Bruni) à soutenir encore le petit candidat-président lors de son meeting de l’autre dimanche à Villepinte. C’est que, de Doc Gynéco à Faudel, il en manquait de ses collègues depuis la dernière fois… Désenchantés sans doute, déçus du faible retour sur investissement. Il manquait même et surtout l’aqueu Johnny, pharaon de la variétoche et phare de la chanson, qui brillait par son absence. Il valait d’ailleurs sans doute mieux pour lui qu’il soit ailleurs.
Car, souvenez-vous, c’est quand même pour notre idole des jeunes que Sarkozy, fan de chez fan, a cassé de la manière que l’on sait le bouclier fiscal et ainsi tari une source de revenus de l’Etat. Pour le faire revenir en France, lui qui avait quitté l’Hexagone pour la Suisse où on paye (beaucoup) moins d’impôts, surtout si on est riche.
L’ingrat Johnny, à qui Sarko a même offert un concert parisien généreusement payé par les contribuables que nous sommes (deux millions d’euros, une paille), n’est jamais revenu de ce pitoyable exil. Sauf pour faire son beurre dans l’Hexagone. Sa morale est indexée à ses intérêts et le fric est apatride. Chez ces gens-là, monsieur, on n’vit pas, on compte.
Et voilà que, magie électorale ou rédemption divine, Sarkozy, par ailleurs doublure lumière de la Le Pen, se converti au Mélanchisme, rien que pour faire bisquer Hollande et troubler le jeu. Notre président-candidat veut désormais taxer ces exilés fiscaux, qualifiés de tous les maux, qu’il a tout de même choyé cinq ans durant avec grand luxe. Rien que ça. C’est du crime de lèse-Hallyday ! Comment voulez-vous que Johnny il s’en sorte, lui le criblé de dettes, lui qui a déjà bouffé depuis longtemps l’ahurissante avance de sa nouvelle tournée d’adieux de cette année, lui qui entretient à grand frais plusieurs domiciles et autant de maisonnées, lui qui vit dix crans au-dessus de ses moyens et dont le dernier disque, celui concocté avec Matthieu Chédid, a fait un bide amplement mérité : Johnny est dans le -M- (il a même perdu son juteux contrat avec Optic 2000) et Sarko son ami l’enterre plus encore, tout ça pour reconquérir l’électorat populaire qui, en temps normal, idolâtre le chanteur abandonné. Comprenne qui peut. Vote surtout qui peut !

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17 mars 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 6 commentaires.

Faut-il subventionner Noah ?

Un cachet de 130 000 euros ? Vite, une aspirine !

Je lisais il y a peu l’interview du directeur d’un festival d’importance gravement menacé par les baisses de subventions de ses collectivités territoriales. Peu importe ici de quel festival il s’agit. Dans cet entretien à la presse locale, ce directeur n’avait qu’un artiste, un seul, à mettre en avant pour vanter les mérites de son festival : Yannick Noah. Et de marteler que sans manne financière, sans subvention donc, pas de Noah. Là, je m’étouffe. Parce qu’il me semble, sauf à lourdement me tromper, que s’il est un chanteur qui peut se passer de subventions, c’est bien Yannick Noah : si le commerce de l’ex-tennisman n’est pas rentable économiquement, qui l’est ?
C’est comme il y a quelques années, lors de la fameuse tournée des stades de l’aqueu Johnny. Un budget d’enfer et un tour de table financier où les finances des collectivités locales furent lourdement mises à contribution (qu’en est-il de la tournée des stades de cette année 2012, présentée à nouveau comme la tournée d’adieu de l’aqueu ?). S’il faut financer par des fonds publics le train de vie et de scène de ce rocker-là, où va-t-on ?
C’est comme ces festivals où l’essentiel de budget artistique est pompé par des « stars », les autres, les gagnes-petit n’ayant plus que les miettes du festin, les os à ronger. C’est pourtant sur ces derniers qu’on trouve souvent les arguments nécessaires, les phrases magiques (ah ! « l’émergence culturelle » !), les sésames pour les dossiers de demandes de subventions de ces festivals. On me rétorquera que ces stars sont des locomotives pour les plus petits qui peuvent, grâce à elles, gagner un public. J’ai cru longtemps à cet argument ; je n’y crois plus, suffit de voir comment ça se passe… Ou alors, ayez l’audace de me mettre Jacques Bertin en première partie de Bénabar ; Romain Dudek en lever de rideau de Tryo ; Jérémie Bossone, Corentin Coko ou Nico en co-plateau avec Yannick Noah. Et Evelyne Gallet avant Mylène Farmer, où l’on s’apercevra que la plus couillue des deux n’est pas celle que les médias encensent.
Tiens, le Yannick Noah. Savez-vous au moins le montant du cachet (je parle du cachet, pas des frais annexes) de la « personnalité préférée des Français » ? On parle de 130 000 euros ! Moi, je serais financeur, soucieux des deniers publics, je ne financerais pas des plateaux artistiques où sévissent des Noah, des Hallyday, des -M- et autres goinfres du cachet. Moi, je serais financeur, j’irais à la recherche des lieux plus modestes où se tisse la culture, la convivialité, l’éducation populaire, où l’émotion n’est pas indexée à la planche à billets. C’est là où j’investirais.
Je connais – vous aussi -, des organisateurs, petites assocs, qui se battent, sans moyens, pour faire vivre la chanson : pas celle qui truste les médias, non, l’autre. Et qui, au bout du compte, payent de leur poche le manque à gagner. J’en connais d’autres vers qui converge la manne publique au seul prétexte qu’ils font du monde, qu’ils font people, impact médiatique et Zéniths pleins, tout en laissant croire qu’ils font dans l’émergence. Ces gros et gras traitent les autres, les petits, de « ringards » : c’est tout ce qu’ils ont pour vocabulaire. C’est bête, c’est vulgaire, ça casse pas des Noahs.

6 janvier 2012. Étiquettes : , . Saines humeurs. 65 commentaires.

Michel Sardou : bientôt l’arme à gauche ?

Michel Sardou, en Hollande pour 2012 ? (photo DR)

« J’ai mis mon costume, ma cravate, ma Légion d’honneur. L’huissier m’a conduit dans les jardins où m’attendait le président. Et là j’ai vu Nicolas Sarkozy, en short et en chemisette, avec un jus d’orange à la main. Et tout de suite il m’a dit : Mon mimi qu’est-ce que t’es allé dire ? » Mimi, c’est notre Michel Sardou à nous, celui des Bals populaires et des Lacs du Connemara, et c’est lui qui raconte au Parisien libéré sa « convocation », un lundi de Pentecôte, à l’Elysée, par un président marri que notre chanteur national ne le soutienne plus (dans un entretien au même Parisien, Sardou avait auparavant désavoué quelque peu son ami Nicolas en déclarant « Quand on vous promet quatorze réformes et que l’on n’en fait pas une… Je suis déçu »). Mimi assure avoir répondu à Nico qu’il « attendait autre chose de lui. » Et de poursuivre : « Je suis reparti et il me fait toujours la gueule. Il est très rancunier. »
Sardou ne sera donc plus sur la photo. Encore un de moins ! Déjà qu’il y a notoirement de l’eau dans le gaz entre Sarko et Johnny, depuis que notre petit Président s’était fait porter pâle au concert de Johnny du 14 juillet 2009 sous la Tour Eiffel (concert pourtant voulu par Sarko et ayant coûté 1,9 million d’euros aux contribuables que nous sommes). On avait dit à l’époque de notre rockeur soupçonnait Carla d’avoir conseillé à son époux de s’afficher avec des stars plus intellos que lui (on ne sait si elle parlait alors d’Enrico Macias, de Mireille Mathieu, de Didier Barbelivien ou de Grégoire). Et comme Jojo est, lui aussi, très rancunier… Exit aussi Cheb Mami, autre soutien de Sarko, condamné à la prison ferme pour gynécologie sauvage, et Faudel, déçu du sarkozysme, qui vient de se reconvertir dans la restauration rapide (du raï-burger ?), exit Doc Gynéco qui, malgré son titre (de gloire), n’a même pas ausculté Carla le moment venu. Ne restera-t-il plus, comme visiteurs, que Jean Réno et Christian Clavier ? Okéééé !
Quand même, c’est pas la peine d’avoir recruté sur casting la belle Bruni si les chanteurs et autres gens de culture abandonnent tous Nicolas. L’orchestre du Titanic resta, lui, fièrement à son poste, jusqu’à plus soif. Eux quittent le navire. Sardou envisage même de voter socialiste à la prochaine… (comme on lui demande « Vous ne voterez pas à gauche tout de même ? », il répond « Pourquoi pas ? » – in Libération et Le Parisien)
On imagine alors Sarkozy fredonner de colère « Ne m’appelez plus jamais France / La France elle m’a laissé tomber / Ne m’appelez plus jamais France / C’est ma dernière volonté. » Et Carla de soupirer, tout en berçant sa gamine : « Douce France… »


25 octobre 2011. Étiquettes : , , . Saines humeurs. 5 commentaires.

Hallyday inscrit aux Célébrations nationales

Il y a cinquante ans sur la scène de l'Olympia. (photo DR)

Après l’épisode Céline qui l’a fait revoir sa copie, le Recueil des célébrations nationales 2011 est paru. Il est disponible sur le net.
Je voulais y vérifier la scandaleuse absence de l’anar chansonnier Gaston Couté, disparu en 1911 (lire NosEnchanteurs). Il n’y est effectivement pas. L’État oublie ce génial poète qui, au demeurant, l’a conchié si souvent que de ne pas être couché dans ce guide officiel est en lui-même forme de reconnaissance. Couté n’y est donc pas. L’histoire officielle et les beaux-arts ne le retiennent pas.
Mais Hallyday si. Si, si.
L’aqueu Johnny a ceci de fascinant qu’il sait être de partout. Dans l’actualité de tous les jours c’est sûr, le matin parce qu’il va défuncter et que déjà l’État s’active pour le deuil national, le soir parce qu’il bande encore ; le lendemain pour des colères ou des amours, des contrats ahurissants, pour des procès, des chagrins en quadri sur papier glacé, des évasions fiscales, des redressements fiscaux, des amitiés politiques toutes dans le sens du libéralisme, des retrouvailles, des tournées, du théâtre, du cinéma, des émissions télé, des nouvelles collaborations, même un récent plagiat, aaah… Il est de tous les coups, il est de partout, occupant tous les champs (les chants ?) de l’espace médiatique. À-t-il lui aussi plusieurs vies pour en faire tant, l’a-t-on cloné ?
Il n’est pas tout à fait mort que l’État va (quand même) célébrer notre hallydesque Jean-Philippe Smet, l’idole des toujours jeunes : il est sur la liste des célébrations. À quel titre ? Le cinquantième anniversaire de son premier Olympia, le 21 septembre 1961. Ben voyons ! Notre président petit, tout petit, pourra célébrer son copain redressé fiscal et néanmoins contribuable suisse aux frais de la princesse. Promesse de pas mal de passages télé, et ça c’est bon pour l’opinion.

C’est par un papier (refusé ailleurs) sur Hallyday qu’est né ce blog. Qui collectionne bien d’autres articles sur notre héros national. C’est ici.

8 février 2011. Étiquettes : , . Saines humeurs. 1 commentaire.

Johnny : ah que le fric d’abord !

M'arrêtez là ? Vous rigolez, on continue ! Pas pour le public, non : pour le fric, rien que pour le fric !

Son copain Nico, le petit petit président, a beau lui avoir inventé le bouclier fiscal rien que pour lui, il paye désormais ses impôts en Suisse où c’est bien moins cher. Malgré ça, Johnny est en manque de fraîche, d’oseille, de picaillons, de flouze, d’avoine et de beurre, de tintins et de taffetas, de trèfle et de talbins, de grisbi, de carbure et de candélabre, de galetouse et de boulange, d’artiche et de kopecks. Il a besoin urgent de disponibilités pour maintenir son pouvoir d’achat. Plaignez-le.
Certainement aussi que le proche verdict sur la responsabilité de l’arrêt de son ultime tournée, de son tour d’adieux, va le priver de beaucoup de sous, cause à son hygiène de vie entre toutes particulière. Il doit savoir des choses que nous ne savons pas encore…
Alors il se défait d’une promesse, d’un serment. Oubliée la tournée d’adieux, la « route 66 » dont il n’a pu voir les dernières bornes, l’aqueuse idole remet ça : la prochaine tournée c’est pour 2012 !
Avec, dès maintenant, hier, aujourd’hui, là tout de suite, une colossale avance de huit millions d’euros (il en demandait entre dix et vingt) pour éviter d’être dans le rouge. Et c’est qui ce Cofino-gas-là qui lui avance ? Pas Jean-Claude Camus, pas fou, non. Pas lui, que Johnny congédie comme un malpropre après bien vingt ans de bons et loyaux services. Non. Ce sera Coullier, plus coulant, l’ancien adjoint puis associé de Camus. Coullier lui fait le chèque avec deux ans d’avance. A ce stade, ce n’est plus Johnny Hallyday, c’est Johnny cash !
Sans trop savoir d’ailleurs si les assurances assureront à nouveau l’Hallyday et à quel taux (d’hémoglobine ?), sans trop savoir si l’aqueu Johnny sera encore en état, s’il sera déjà vivant ou encore mort à l’arrivée.
Il y a deux ans, j’avais assisté, lors de l’inauguration du Zénith de Saint-Étienne, à la conférence de presse de notre national Jojo, avec Camus à se côtés. Johnny y avait tenu des propos censés, disait vouloir mettre un terme à la scène avant qu’il ne puisse plus se tenir debout, pendant qu’il était encore en forme, présentable. C’était juste, c’était vrai. Et la tournée qui allait suivre, cette « Route 66 » était la dernière, juré.
Johnny n’est pas homme de parole. C’est d’ailleurs pas lui qui écrit ses textes, c’est dire. « J’ai décidé d’arrêter de tourner parce qu’à 65 ans je ne veux plus prendre des trains, des avions, dormir dans des chambres d’hôtel. J’ai commencé la scène à 15 ans et demi. C’est un demi-siècle. Je souhaite voir Jade grandir » avait-il encore dit. Jade grandira sans trop voir son papa. Car papa occupe l’espace médiatique et ça prend du temps. Pas un jour ne se passe sans qu’il n’y soit scotché. Et papa mourra en scène. On dira de lui qu’il fut le Molière de la chanson. Ce qui, entre nous, sera franchement exagéré.

3 septembre 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 1 commentaire.

Fais-toi mal, Johnny, fais-toi mal

A notre Johnny, les viticulteurs reconnaissants (photo DR)

Alors là, vin sur vin pour l’aqueu Johnny ! Juré, on a cru notre idole victime d’un complot, aux mains d’un maniaque du bistouri, toubib véreux alors accusé de tous les maux, aux diplômes trouvés dans un paquet de Bonux. Puis aux portes de je ne sais quel paradis, quel enfer, purgatoire au centre duquel se livre un âpre combat d’hommes affairés et d’assureurs suite à cette ultime et onéreuse tournée qui a tourné court. Bah non, c’était pas ça ! L’est simplement bien français notre exilé fiscal, le pote au mari de Carla, si vrai, cirrhose même qu’on le tiendrait pour socialiste. Certes ni le whisky ni la vodka ne sont de chez nous, mais je vous jure que le Pastis l’est, et les grands crus et les champagnes pareils. On savait bien qu’Hallyday ne faisait que boire aux vers des autres, qu’on lui distille même des chansons rien que pour lui, de la vinasse parfois qu’il transforme en nectar, fabuleuse alchimie d’une voix légendaire enivrée de rock n’roll. On ne savait pas qu’il carburait à ce point. L’idole cuve… Et dire que not’ Johnny a échappé de justesse à des obsèques nationales alors qu’il n’appelle finalement que le modeste destin des apéros géants Facebook.

27 mai 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 1 commentaire.

Johnny, la fin du fin

En fin mai 2009, il y a bientôt un an, pour une colère, un trop-plein, la nausée d’une hallydaymania excessive, je créais ce blog, du reste sans annonce et sans lecteur. Trois articles sur l’idole puis j’oubliais jusqu’au nom de ce site. Il m’a fallu la mort de Chorus pour le réactiver. Johnny est donc l’artiste qui nous vaut ce blog. Raison de plus pour, de temps à autres, continuer de le chouchouter comme il se doit.

Se dire quand même que derrière les guignolades se cache un artiste… (DR)

Ainsi donc, il y eu « l’affaire ». Késaco ? Les électeurs de Tibéri ? Les commissions de Pasqua ? Les pompes de Roland Dumas ? Les diplômes de Rachida Dati ? Les promesses de l’homme à la Rolex ? Les mensonges de Chirac ? Non, bien pire. Il y eu cent jours où notre pays vacilla, tragique suspense qui mit nos nerfs à l’épreuve. La crise donc, celle qui vient de ruiner des millions de gens et voir s’enrichir d’autres ? Non, vous n’y êtes pas. C’est de Johnny dont je vous parle. De l’effet papillon, un petit, tout petit cancer, polype pas bien malin qui est à l’origine. Puis le début d’une septicémie au pronostic réservé. Le malade qui fanfaronne et re-chute, à tous les sens du terme, badaboum dans l’escalier. Intervention chirurgicale en France, puis hospitalisation d’urgence aux States, coma artificiel… vous connaissez la suite. Chacun à cru le moment venu de pavoiser les rues, de bientôt les rebaptiser : « Boulevard Johnny-Hallyday, aqueu chanteur national, 1943-2009 » ça en jette d’y crécher, vaut mieux ça qu’une impasse Gilbert-Bécaud ou qu’un square Georges-Brassens. Chacun y a cru, vraiment. Même et surtout les têtes pensantes du Palais de l’Élysée. C’est ce que nous apprend un instructif livre, Johnny, les 100 jours où tout a basculé, de Renaud Revel et Catherine Rambert, qui sort ce jeudi aux éditions First et dont nous connaissons, via la presse quotidienne, les morceaux de choix. Ainsi L’Elysée préparait les obsèques du dit Johnny. Car « Tandis que la France retient son souffle et prie pour que Johnny s’en sorte » (dixit France-Soir), on se prépare au pire au sommet de l’Etat. Suivent d’informelles réunions où on échafaude des scénarios, on liste des hypothèses. « Parmi les pistes retenues mais non validées par le chef de l’Etat on évoque un rapatriement du corps dans l’avion présidentiel, des obsèques nationales et même une descente du cercueil le long des Champs-Elysées » lit-on en ce bouquin. Aurait-on demandé une participation financière de la Suisse pour enterrer ce digne et libéral contribuable (1), lui aurait-on ouvert grandes les portes du Panthéon, aurait-on fait Laetitia co-princesse de Monaco, aurait-on levé un impôt en lieu et place de lever nos verres, nul ne le sait. Ça s’est pas fait, Johnny il est pas mort, pas maintenant. Car ça va venir… Mettons d’urgence des sous de côté.

(1) Un chanteur libéral est un chanteur qui tire l’essentiel voire la totalité de ses revenus sur le territoire français (avec bien souvent le concours des collectivités publiques qui participent financièrement à ses shows) mais va résider en Suisse pour ne pas payer d’impôts sur le sol français puis s’en va mourir aux frais du contribuable éploré autant qu’essoré.

Dans ce livre, on apprend aussi, entre autres choses, comment Johnny, insatisfait de son « Tour 66 » est fou de rage à la vue du show de U2 : « Ce show dépasse en tout point le sien. C’est de cela qu’il avait envie pour ses adieux. La dispute qui suivra avec Camus (Jean-Claude Camus, son producteur historique) sera homérique. »

4 mai 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 2 commentaires.

De la difficulté de bien parler chanson

Que n’ai-je donc fait le choix d’écrire dans les colonnes de Voici ou de Gala, d’Ici-Paris, Closer, France-Dimanche ou de toutes ces charmantes publications qui fleurissent à l’étal de mon marchand de journaux. Qui, toutes, nous content, nous comptent aussi, les amours de nos stars, leurs implacables coups du sort. Qui, chaque fois qu’une dame connue expose son poitrail au soleil, est bonne pour la postérité du papier glacé. Quel beau métier !
J’ai fait le choix, je ne sais pourquoi, de me consacrer à d’autres artistes. Qui, tous, semblent rétifs à ce genre d’élémentaire promo. Et se plaignent ensuite du manque d’intérêt que suscite leur carrière. Car, entre nous, c’est dur et lassant de ne parler que de leur œuvre (car, je ne vous l’ai pas dit, mais faut d’abord écouter leurs disques, la barbe !), d’en trouver la substantifique moelle dans le passé composé de la chanson, de la profiler dans le futur antérieur. D’aller, pour en causer, puiser dans le dictionnaire et extirper des mots au-delà des 3 ou 400 en usage dans la profession. Ah, ils ne sont pas faciles mes artistes, jouent pas vraiment le jeu ! Pourtant, Gérard Morel avec ou sans string à Saint-Trop’, je vous jure que ça doperait les ventes de son prochain dévédé. Et Jamait sans sa casquette, le top de la nudité, ferait mouiller les rotatives…
Les miens sont même tous en bonne santé. Ou alors ils font semblant. On me cache tout, on me dit rien. Pas de cancer, pas de prostate apparente. Pas de chirurgien douteux qui est le beau-frère de la fille de l’idole et qui, mince alors, rate l’opération du presque beau-père. Et que même la fifille, vous me suivez, un rien piteuse et confuse, s’en va se presque suicider en léger différé sur une chaîne de télé, sous l’hospice bienveillant des vitraux d’une église. Putain, coco, c’est bon ça, ça fait de l’audience et vendre du disque ! (tu penseras à ma petite enveloppe, hein !) Il y en a, c’est pas juste, qui ont tout pour eux. Des malheurs en veux-tu en voilà, des rebondissements que j’te raconte même pas mais que j’imprime copieusement. Tout. Des vies merveilleuses, des fins de vie baignant dans le suspense, des héritiers qui se déchirent par anticipation, des trahisons… un vrai bonheur de rédacteur en chef.
Comment voulez-vous que je vous parle des miens, les-chanteurs-de-mon-blog-à-moi, s’ils ne font pas un minimum d’efforts, s’il ne comprennent toujours pas qu’une chanson ne vaut rien sans une mise en perspective de l’artiste (une « mise en abîmes », qu’ils disent aussi les intellos) dans le champ médiatique. Et moi ça m’apporterait une fréquentation respectable de ce blog, tant que j’aurais vite mon rond de serviette sur les plateaux télé. On m’appellerait « Monsieur », je serais « le Morandini de la chanson ». Putain la chance ! Que je n’ai pas.

7 janvier 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 7 commentaires.

Faut pas faire du mal à Johnny

Avec plus de deux mille articles référencés sur Google actualités, avec des télés qui comme d’hab’ en font des tonnes, force est de reconnaître que l’hospitalisation, le coma et la non-mort de notre idole sont l’événement le plus marquant de cette fin d’année. L’approche de la fin du monde ne saurait être autrement traitée. La folie s’empare de… De qui au fait ? Des médias qui présupposent encore, anticipent l’émotion, la fabriquent au kilomètre et font chauffer les rotatives. Des fans assurément, persuadés qu’il n’y aura jamais qu’un et qu’un seul chanteur : le leur, déifié de son vivant et promis à la sainte immortalité. Parmi eux son lot conséquent de bourrins aux hallydesques tatouages. Faut voir comment le chirurgien parisien qui vient d’opérer l’aqueu Johnny s’en est pris plein la gueule (à tous les sens du terme) au seul crime (à ce que j’ai cru comprendre) que l’intervention n’a pas tout à fait réussi. Faut dire aussi que comme pousse-au-crime, Jean-Claude Camus, son avisé imprésario, se pose là, par ses déclarations un rien intempestives que tout journaliste qui se respecte (c’est à dire s’étant définitivement brouillé avec la simple idée de déontologie et d’honnêteté intellectuelle) va imprimer sur le champ sans sourciller, sans nuancer, la plume sur la couture du pantalon. Camus est un patron de choc et Johnny sa raison sociale : quand on touche à la tirelire y’a obligation de résultats, faut pas faire bobo à Johnny !

Mon dieu, mais qu’est-ce que ça va être au jour du grand trépas ? Au mieux deuil national et nouveau jour férié. Va-t-on lire les textes de Johnny – qu’il n’a du reste pas écrit – dans les classes comme on le fait de la lettre de Guy Môquet ? Va-t-on ouvrir derechef à ce non-contribuable et néanmoins artiste les portes du Panthéon puisque Camus (l’autre, le vrai, l’écrivain !) n’en a pas voulu ? Va-t-on nous imposer le jeûne ? Ça non, car rien ne saurait entraver le commerce, ce sacro-saint bizness dont Johnny est une des plus fiables icônes, un des meilleurs produits, une tête de gondole. Mickaël Jackson n’était qu’aimable répétition… les vraies festivités sont à venir. Tout n’est que nausée par et autour de cet artiste, tout. On est loin de tout art. Car c’est quand même un comble, quand on parle de Johnny, on parle de fric et d’exode fiscale, de nationalité suisse âprement négociée, de cachets faramineux, d’amitiés chiraquiennes, d’idylle sarkosienne, on parle de femmes et de fastes, de train de vie d’enfer, de faits divers, de prouesses techniques de spectacle, de chiffres de ventes, de produits dérivés, de bagnoles, de motos et d’Optique 2000… Jamais hélas on ne parle de chanson.

13 décembre 2009. Étiquettes : . Saines humeurs. 1 commentaire.

La noire chanson de La Blanche

La Blanche est tant le nom d’un groupe lyonnais que celui de son créateur et chanteur. Enfin, un surnom, à peine un pseudo. Chômeur à trente ans, Éric La Blanche crée alors un groupe et chante les bienfaits du RMI qui lui permet de vivre. Logique donc qu’il baptise son premier opus Michel Rocard en clin d’œil au créateur du revenu minimum d’insertion. Mine de rien, ça fera son raisonnable buzz et lancera le groupe. Le deuxième disque aurait pu faire fortune, non parce qu’il est excellent (il l’est) mais qu’il contient une petite perle, La Mort à Johnny, imaginant avec luxe de détails le jour fatal où l’icône défunctera. Mais aucun programmateur censé ne peut diffuser ça, se permettre un tel crime de lèse-majesté envers Hallyday et la sacro-sainte puissance discographique qui régente et édicte ses lois (la preuve, même les Fatals Picards, creusant le même sillon, se feront taper sur les doigts). Les pleutres remballent le disque. C’est foutu pour la gloire même si, prémonitoire dérision, il se nomme Disque d’or.
Le troisième opus de La Blanche, Imbécile heureux, vient tout juste de sortir. C’est du beau, du bon encore, toujours avec cet humour froid, distancié, pince-sans-rire, qui le caractérise. La Blanche sait vous glacer le sang, vous mettre mal à l’aise, en chantant les froides restructurations industrielles : « Je nettoie je renvoie / je vire je licencie les gens / c’est utile c’est sympa / je m’occupe des encombrants ». Malgré les cuivres, la musique de La Blanche est tout aussi glaciale, accentuant le malaise, remuant le couteau dans le play. Pareil quand il nous chante Un monsieur sans histoire, ou Le Forcené (« Je suis le forcené / je suis votre visage / J’ai pas choisi la haine / toute seule elle est montée ») ou des amours partis qui ne reviendront pas… Avec sa voix qu’on dirait parfois empruntée à Gainsbourg, avec mots et musiques (pop-rock) redoutablement bien écrits, La Blanche est, il me semble, une des valeurs sûres d’une chanson bien plus qu’estimable, somme de mini dramaturgies qui en disent long sur l’état de notre société.

La Blanche, Imbécile heureux, 2009, autoprod distribué par L’Autre Distribution

17 novembre 2009. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. Laisser un commentaire.

Le jour J

Il y a peu, Les Fatals Picards ont fait raisonnable scandale par une chanson consacrée à la mort de l’idole : Le Jour de la mort de Johnny. Les Fatals Picards sont chez Warner, label dont l’hôte principal est Hallyday en personne, « la dernière idole des jeunes devenus vieux ». Qui n’a pas aimé l’idée de cette chanson (ça doit lui rappeler de sombres et stupides rumeurs passées) et Warner en a donc interdit la sortie discographique. Vous la retrouverez donc sur scène ou sur le net :

« On se sentira tous un peu belge / On se sentira tous un peu triste / On se sentira tous un peu suisse / Oh oui, le jour de la mort de Johnny »

La presse y a vu matière à pondre nombre de papiers. Ce qui est toujours bon au moment même de la sortie du nouvel opus des Fatals Picards, Le Sens de la Gravité. Et lisibilité maximum pour ces pourfendeurs de mythes qui, après le Bernard Lavilliers du précédent album, touchaient cette fois-ci au chanteur sacré dieu. Bon, à l’attention de cette presse justement, et des gens qui, de leurs petits doigts sur le clavier, écrivent des trucs dedans, à l’intention de ceux, bien plus nombreux, qui aiment la chanson, rappelons la chanson La Mort à Johnny (2006) écrite et chantée par La Blanche :

« Depuis le temps qu’il accapare les ondes, j’avais fini par croire / Que ce gars était immortel, comme un genre d’organe officiel / Et qu’on était tous condamnés, toute notre vie à l’écouter / Un peu comme en Corée du Nord… sauf qu’aujourd’hui Johnny est mort / Le Président, l’air solennel, décréta le deuil national / Puis l’on fit donner les sirènes pour les défuntes cordes vocales (…) »

Cette chanson, sur un disque autoproduit (distribué par L’Autre distribution), n’a pas eu l’heur de sonner à l’oreille des programmateurs. C’est que, comprenez-vous, on n’allait pas dire du mal de Johnny, justement. Et personne ne semble avoir fait ensuite le lien entre cette chanson de La Blanche et celle des Fatals Picards. Personne sauf Serge Llado dans sa chronique sur Europe 1, y mêlant même d’autres chansons, donc la fameuse car irrésistible « faut pas dire du mal de Johnny » de Loïc Lantoine.

26 mai 2009. Étiquettes : . Saines humeurs. Laisser un commentaire.

Johnny, c’est fini

La sacro-sainte idole (photo d'archives DR)

Ouvrir un blog en se faisant les dents sur un timbre de Johnny augure bien du reste… Restons quand même un instant sur l’aqueu chanteur. Je suis sur Saint-Étienne, mon territoire de chasse, là où j’épie la chanson quand elle passe. Il y a peu, juste avant de se faire pararazzier à Cannes lors du festival, Johnny est venu faire résidence à Sainté, oui oui. Comprenez que son mentor, patron et manager, Jean-Claude Camus, est plus ou moins le « gestionnaire » de notre Zénith flambant neuf, paraît-il le plus beau de France, au moins jusqu’au prochain. Alors Johnny est venu y roder sa tournée des stades, celle qui ira bien plus loin que les stades, sa tournée d’adieu qui n’en finit pas de surajouter des dates et d’améliorer quelques comptes en banque, histoire de voir venir. Johnny pour sept dates stéphanoises, quarante-cinq mille spectateurs en tout (plus la répét publique offerte aux lycéens, beau justificatif social soit-dit en passant). De tout d’ailleurs, le folklore Hallyday, gros bras (pas tous d’ailleurs) et gros bœufs. Et pis toutes les couches de la société, histoire d’un soir côtoyer, tutoyer l’idole, histoire de s’encanailler dans le « phénomène culturel » qu’il est, de tenter d’y comprendre quelque chose. Faut avoir vu. De fait, tout le monde est allé voir, à soixante euros dans la fosse et plus, bien plus, derrière. La presse locale c’est La Tribune-Le Progrès. Jadis j’y étais, à chroniquer les concerts justement, à toujours privilégier les plus petits du reste. Jadis donc, cette presse, sans nullement être folle du « culturel » (rien que le mot…), laissait un peu de place à cette expression. Mais c’est fini. On fait people, on fait télé, on fait potins et c’est tout. Le chanteur qui passe dans le coin n’a plus aucune chance d’être relaté dans ce journal : pas la place, jamais la place ! De toutes façons, c’est pas ce que le lectorat attend. Il veut du foot (ces verts qui passent au rouge…), des chiens écrasés et du people, à ce qu’on dit. Vient le miracle Johnny, celui qui démultiplie les pains et les poissons. Et le tirage sans doute. La Tribune-Le Progrès se redécouvre une vocation culturelle. Et une « Une » ras jusqu’à la gueule de l’idole. Et une autre, et une autre encore, plus une… Et des pages pleines quadri qu’on offre à l’artiste. Analyse de l’œuvre, sociologie de la chanson ? que nenni ! Du futile, du chiffre destiné à épater la galerie, du portrait de fan, du clinquant, du bling-bling. Et du Camus (pas le romancier non, le business-man d’Hallyday) à chaque page, qui se permet même, de sa hauteur, de fustiger ces salles « publiques » qui ont l’outrecuidance de ne pas prendre ses poulains, ses artistes en catalogue, son Grégoire en vogue. On n’offense pas Camus, on achète ce qu’il prescrit. Et la presse fait ce qu’elle estime être désormais son métier, imprimant sans réserve, sans nuance, sans commentaire. Cette presse locale qui imprimera du Johnny jusqu’à la nausée, se prosternant, se vautrant dedans. Sans jamais avoir toutefois la moindre interview, le moindre petit mot de l’artiste. Faire autant de pages avec rien, autant de bruit pour rien. Être servile à ce point et ne rien obtenir, pas la plus petite exclusivité du reste réservée à plus grand qu’elle, aux médias audiovisuels dominants. Piteuse récolte. J’aimerai pas être journaliste « culturel » en ce canard. Etre amené un jour, en baissant la tête, en y rasant les murs, à de nouveau rentrer dans une salle de spectacle pour y faire mon métier. – Que faisiez-vous aux temps chauds ?Nuit et jour à tout venant je célébrais Hallyday, ne vous déplaise.Vous le célébriez ? J’en suis fort aise, eh bien dansez maintenant !

25 mai 2009. Étiquettes : . Saines humeurs. Laisser un commentaire.

La Poste est folle et Johnny carrément timbré

La Poste n’est pas peu fière d’avoir mis sur le marché, en simultanée avec la tournée d’adieu de notre idole nationale, un carnet de timbres représentant Johnny Hallyday. C’est une première, qui pèse son poids de gravité, de conséquences aussi. L’usage veut qu’en France on ne puisse sortir de timbre à l’effigie d’une personne encore en vie. Et, de toutes façons, pas avant un an révolu après sa mort. Le timbre consacré à Aimé Césaire a été publié juste pour l’anniversaire de son décès. Encore a-t-il fallu une dérogation ministérielle car il n’était pas prévu au calendrier des sorties.
Depuis que le timbre existe dans notre pays, en 1849, seuls deux personnalités, toutes deux chefs d’État en exercice, ont fait exception à cette règle absolue : Napoléon III, de 1852 à la chute du Second empire, et Philippe Pétain, sous Vichy.

L'aqueu Johnny : un timbre à pleines dents

L'aqueu Johnny : un timbre à pleines dents

Certes, La Poste peut arguer que tout un chacun peut désormais se faire imprimer le timbre qu’il veut (mon nouveau né, la photo de mon mariage, ma petite entreprise, le salon où j’expose mon activité, même mes doigts de pied en éventail…) : la technique le rend possible, c’est le « ID timbre, timbre personnalisé qui s’adapte à vos besoins et devient un support de communication ». Et se couvrir en disant le précédent de Patrick Bruel où 2000 planches ont été imprimées à l’occasion de sa tournée 2009, commandées et commercialisées par son fan-club. C’est d’ailleurs là où se situe la sincère et notable différence. Bien que ce « Hallyday » soit un ID-timbre, c’est La Poste elle-même qui l’édite, le promeut et le commercialise, sollicitant tous ses services – même les facteurs – pour cette tâche. Il sera donc dit que Johnny est, après Napoléon III et Pétain, la troisième personnalité à transgresser l’usage. C’est un fait et c’est surtout la porte ouverte à toutes les possibles dérives. A quand Nicolas, son copain Président, affranchissant de son implacable sourire toutes nos enveloppes ? Et Carla ?

24 mai 2009. Étiquettes : . Saines humeurs. 3 commentaires.

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