Alexis HK rattrapé par les Ronchonchon

Conte pour enfants ? Euh… pour tous !

« T’es ronchonchon, t’es ronchonchon
Toi t’es fâché, toi t’es grincheux, toi t’es ronchon
Si t’es chafouin, fais attention
Ou je t’emmène dans la maison des Ronchonchon »

Tout droit sortie des Affranchis, le dernier album en date d’Alexis HK, voici une drôle de famille qui désormais vit sa vie autonome. Qui ça ? Les Ronchonchon, ceux du bourg de La Grognardière, qui sont à l’Hexagone ce que les Simpson sont aux States, aussi insupportables qu’ils nous sont finalement importants. À partir de La Maison Ronchonchon, Alexis HK et Liz Cherhal (chanteuse, il y a peu encore, du groupe Uztaglotte et, comme son blaze peut y faire songer, sœur de la Jeanne) ont écrit ce conte musical mouvementé mettant en scène les trois râleurs de la chanson d’origine (Bernard Vénère, Jean-Pierre Ronchonchon qui a les nerfs et Marie-Pierre Grognon) avec cette fois-ci d’autres personnages : l’oncle Abélard certes mais aussi la famille Fonky qui, à tous les sens du terme, descend du ciel. Quitte à faire, Alexis HK et Liz Cherhal ont appelé leurs copains pour mieux encore faire la fête aux Ronchonchon : Juliette, Loïc Lantoine, Jehan, Laurent Deschamps et Mathieu Ballet. Du beau monde assurément pour une aventure riche en rebondissements dont je me garderai bien de vous instruire ici. Plus que jamais en tous cas, un disque réputé « pour enfants » sème le doute car, plus que cette étiquette un peu réductrice, il fera la bonheur des familles chez qui on écoutera ça ensemble, enfants et parents, comme quand dans le temps on collait collectivement son oreille devant la tsf. C’est même plaisir je crois.

Alexis HK et Liz Cherhal, Ronchonchon et compagnie, 2010, Formulette production/La Familia/L’Autre distribution. Paraît aussi en fin de ce mois en livre-cédé.

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20 octobre 2010. Étiquettes : , , , , . Pour les mômes. 1 commentaire.

Les Weepers sonnent l’heure de la récré

Ça doit être tendance, le temps d’un cédé, d’offrir son art aux mômes, un peu comme un dû à sa propre enfance, donner aux tout petits ce qu’on n’a peut-être pas eu nous mêmes. Après entre autres les Ogres de Barback (coutumiers du fait) et Dan ar Braz… voici nos alsaciens des Weepers Circus. Si Dan ar Braz fait sonner celte et folk ses reprises de chansons enfantines, les Weepers y trouvent un indiscutable son à dominante rock qui leur va si bien et alimente leur commerce. Avec un répertoire puisé lui-aussi dans les cours d’écoles, tant que ça s’appelle A la récré. Les Weepers aiment bien inviter en temps normal sur leurs disques des tas des gens. Là, ils ne s’en privent pas. Ainsi Didier Lockwood y secoue l’archet sur Trois p’tits chats : c’est pour le moins dansant, virevoltant ! Roger Siffer y offre tant une de ses chansons que sa voix. Olivia Ruiz, qui a son rond de serviette chez les Weeepers, y chante, en VO, Petites boîtes, célébrées chez nous par Graeme Allwright. Juliette, la divine et diva, héliconne Boby Lapointe comme pas deux, et c’en est d’un drôle ! Y’a pas qu’eux : citons Caroline Loeb, Christine Ott, Isabelle Lux, Sabrina Rauch, Frédérique Bel, Agnès Bonfillon, Emma Daumas… Chacun, chacune y apportant sa touche, son timbre qu’oblitère la musique des Weepers qui sait aussi se faire folk ou rockabilly.
Des chansons du répertoire certes (Lundi matin, Au clair de la lune…) mais aussi de pures créations weepériennes qui méritent tout autant leur entrée dans les écoles. Comme Mes p’tits indiens, qui secoue sa squaw et vaut son pesant de scalps.
Reste que l’invité principal est le dessinateur Tomi Ungerer. Pas directement mais les Weepers ont eu son accord pour puiser dans ses (innombrables) réserves de dessins et en tirer les images qu’ils voulaient. De la poule ou de l’œuf, des chansons ou de ces images, qui a influé sur qui, on ne sait, toujours est il qu’il y a osmose entre les deux. Car, j’allais presque oublier de le dire, ce disque est un bouquin, un beau livre comme on dit, un album d’images avec les textes des chansons et, bien sûr, le cédé qui va avec. Si vraiment vous êtes en panne d’imagination pour le proche Noël, il n’y a guère mieux sur le marché des cadeaux,des vrais de chez vrai.

Weepers Circus, A la récré, livre-cd, 2009, Éditions Éveil & découvertes, EPM.

3 décembre 2009. Étiquettes : , , . Lancer de disque, Pour les mômes. Laisser un commentaire.

Les ailes du désir

Voici revenue l’époque des festivités sur catalogues, ceux des programmations culturelles des communes alentours. On fait son choix, son programme, noircissant par anticipation et avec fébrilité son agenda.Tiens, pas loin de chez moi, la diva, la Juliette nous revient. Souvenirs, souvenirs… La première fois que je l’ai vu, c’était en février 1997 – une paille – au cinéma-théâtre Le Majestic de Firminy. J’en avais tiré ce papier, repris depuis dans Mes nuits de concerts sont plus belles que vos soirées télé.

Les ailes du désir
Avant de devenir ange, Juliette s’est incarnée en des tas de femmes. Même si elle est d’abord et avant tout l’incarnation-même du plus pur talent
juliette Sans intro musicale elle déboule sur scène, bustier agressif en avant, seins dressés comme des obus. Elle donne la règle du jeu et prend commande de sa mission : se réincarner moult fois pour enfin, au terme de son récital, devenir ange. Et d’égrener d’emblée soixante figures féminines, soixante vies exceptionnelles pour en conclure qu’il ne lui déplairait pas de se retrouver, en bout de course, dans la peau de Juliette Nourredine.
Là voilà donc, notre Juliette, éternelle nominée aux Victoires de la Musique, catégorie espoirs. Laissons ces espoirs aux piètres programmateurs télé et consommons toute entière cette déesse, cette diva, ce futur ange rédempteur qui nous console tant de la soupe FM.
Juliette devient pocharde ou patronne d’un bar à putes (comment écrit-on putes au masculin, d’ailleurs ?) ; elle nous sera petite fille au piano (vrai teigne derrière ses affreux sol-fa-miré-do). Elle sera Géante pour se livrer, allongée sur la scène, à nos désirs, aux siens : «Je suis ouverte à tous / Il suffit que l’on use de mon ventre / Comme d’un luxurieux toboggan».
Elle fera la revue de détails d’une armée au pouvoir féminin qui inspecte les dimensions des «nouveaux recrus» ; elle sera tueuse et sera abbesse ; elle sera aussi modèle, dans un atelier où «Il n’y avait du chevalet au pieu / Qu’un pas à faire / Et quoi faire de mieux ?», modèle tragique, délaissée un peintre pointilliste qui vend en dessous de sa valeur son tas de petits points de couleur, pour se retrouver enfin aux cimaises d’un grand musée de Londres.
Pathétique, comique, vulgaire parfois, athée toujours, brusque, insolente, tendre, très tendre Juliette qui nous a offert deux heures pleines d’un spectacle maîtrisé, qui alterne toutes les chansons de Rimes féminines par de longs apartés, des parlotes interminables parfois, qui lui donnent l’occasion de nous dire quelques bonnes vérités. Son public ? Elle l’aime et le cartonne, affectueusement, par Télérama interposé, magazine censé être la bible de son auditoire.
Servie par un piano, des orgues et toute une collection de percussions, par quelques intermittents «aux métiers de merde, tel souleveur de piano», Juliette rend bien l’amour qu’on lui prête, même si elle nous secoue. Ses chansons (textes de Pierre Philippe) sont de purs joyaux et Juliette est un écrin, de forte taille certes, aussi précieux que ces rimes particulières qui resteront longtemps en nous.
«Dans un corps vide entre mon âme / Tout-à-coup être une autre femme…». Juliette s’est parée de la vie exaltante de centaines de femmes, célèbres ou non. Elle a gagné le paradis où elle sera ange avec de petits angelots qui graviteront autour.
De larges ailes sont venues la récompenser sur scène, ce petit coin de paradis d’un soir à Firminy. L’athée Juliette n’avait pas pour mission de nous faire croire en quelque chose, fut-il dieu.

21 septembre 2009. Étiquettes : . Archives de concerts. 1 commentaire.

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