Le Pinocchio de Romain et Mathieu

Entre le moment de la naissance d’un projet et celui où il vous vient, en écho comme par disque, aux oreilles, il peut se passer du temps. La nouvelle édition du Pinocchio court toujours de Romain Didier et Pascal Mathieu, créée à l’origine en 2001, rattrape quelque peu le temps perdu.
C’est un opéra, pour enfant si on tient que l’enfance est éternelle. Ça rassemble plein de gens, des grands (la casting est sympathique qui réunit tant Enzo Enzo que Pierre Perret, Jean Guidoni de Kent, Sanseverino que Néry ou Mathias Malzieu… et Émile Allain, un garçonnet qui donne sa voix au héros au nez mutin), pas mal de musiciens (de l’Ensemble orchestral des Hauts-de-Seine) et soixante-dix choristes de trois formations distinctes (« Tous en scène », « Curva via » et les enfants du « Conservatoire de Courbevoie »). Ça fait du monde au générique.
L’histoire de ce petit pantin de bois, « né le jour de la sainte-Bétise », à qui la Fée bleue donne vie est célèbre. Le personnage de Collodi court cette fois, un peu comme L’eau vive de la chanson. Et c’est effectivement en chansons qu’il vit ici nombre d’aventures.
Le disque était paru une première fois en 2006, chez EMI. Peut-être que ce gros label l’était trop pour un « produit » si fin, si sensible, opéra tiré de nos enfances qui ne cousine nullement avec les produits manufacturés, calibrés, de l’industrie discographique. Le disque ressort aux éditions Éveil et découvertes, avec pour écrin un grand livre gorgé d’images (jolies images vraiment qu’on doit à la plume inspirée de Flavia Sorrentino).
Romain Didier n’est pas inconnu de ce genre de travail : on lui doit, avec Allain Leprest, le magnifique Pantin Pantine. C’est tout simplement là un autre pantin. Cette fois-ci avec Pascal Matthieu, artiste que le grand public ignore totalement mais que ses pairs reconnaissent comme un possible géant. Leur travail sur Pinocchio est simplement magnifique. Malgré son format, vous devez faire place à ce livre-disque sur vos étagères : c’est une référence. Le disque existe aussi en cédé seul. Paradoxalement votre moteur de recherche vous orientera sur la précédente édition de cette œuvre.

Livre-disque Pinocchio court toujours 2010, Abacaba/Éveil et découvertes

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20 septembre 2010. Étiquettes : , , , , , , , , . Lancer de disque, Pour les mômes. Laisser un commentaire.

Kent en panoramique

Oep.logo09067Retour de Kent, hier soir, aux Oreilles en pointe. C’était sur la scène du Quarto d’Unieux.

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Kent (photo Pierre Durand)

Kent est ici sans apprêts mais pas sans passé. Il est parfois tentant d’un jour se retourner et ainsi de mesurer le chemin parcouru. De réévaluer, exhumer d’un involontaire oubli certaines chansons, quitte à les toiletter un brin, en laisser aussi parce qu’elles ne nous ressemble plus. Combien Kent a-t-il pu d’ailleurs en écrire, de Starshooter à L’Homme de Mars ? Seule comptent l’émotion et ces empreintes qui balisent nos vies. Deux guitares, acoustique, électriques, et voilà un Panorama soucieux et ordonné, trente ans d’itinéraire, rien d’un inventaire à la Prévert, interprété avec une fougue rare, une énergie inventive, festive. Qui d’ailleurs tranchait hier avec ce compagnon de scène, quasi immobile à la guitare, dont seuls les doigts osaient le mouvement. Et le boss, fou et généreux, inspiré, faisant à lui tout seul le spectacle, rockeur de cœur se donnant tout entier, s’offrant sans retenue. Bienvenue au club, Des roses et des ronces, Les Éléphants, Tous les mômes, Je suis un kilomètre, les titres filent et s’emboîtent, revisitant en une autre orchestration ce qui est bien plus que l’esquisse d’une œuvre. Intéressante mise en perspective vraiment qui mesure le chemin, le sien, le nôtre : « Viens, viens / je t’attends dans mon panorama ». Intéressante aussi, autant que frustrante, cette formule scénique où l’artiste est (presque) seul, sans aucune excuse, sans filet, certes avec les ficelles de son métier. Mais avec tout ce qu’on sait et attend de lui : ce talent surnuméraire et cette franche sympathie, la chaleureuse proximité de ce chanteur, juste quelqu’un de bien.

14 novembre 2009. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

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