Petit Noof deviendra grand (il l’est déjà !)

Vous le connaissez, Noof, ne serait-ce pour l’avoir applaudi, sous son vrai nom de Stéphane Gourdon, au sein des Wriggles, ce groupe tout rouge, tout déjanté et si vrai à la fois. Les Wriggles n’existent plus et ses cinq membres d’origine se sont dispersés dans la galaxie chanson. Frédéric Volovitch, dit Frédo (1), a créé Volo avec son frangin ; Franck Zerbib et Antoine Réjasse font D.U.O. pour le meilleur et pas que pour le rire ; Christophe Gendreau met en scène, sous le blaze de Kristof, nombre d’artistes, d’Idir à Féloche, de Karimouche au Chantier des Francos. Et Noof, le plus petit, celui à la tignasse impossible, aux grimaces improbables, aux postures démoniaques. Noof fait désormais Noof, orchestre vocal à lui tout seul. Si vous l’avez vu en scène ou avez ouï un de ses deux cédés solo, à plus forte raison les deux, vous le savez. Noof est un ouragan, un monument, un truc pas possible qui, par lui, hasard ou destinée de la génétique chantée, l’est. Noof a l’incroyable faculté d’imiter le son d’un grand nombre d’instruments de musique, et les enregistre en direct, jusqu’à nous donner la sensation qu’un véritable orchestre est présent sur scène… alors qu’il n’y en a pas !
Comme naguère Spirou a engendré le Petit Spirou, Noof à créé de lui-même Petit Noof, « le musicien le plus extraordinaire de l’univers », histoire sans doute de se faire la tirelire des gosses, de devenir millionnaire. « Tout en partageant les rires et les émotions du personnage Petit Noof, les enfants ont le plaisir de voir et d’entendre les morceaux se construire. Le tout emporté par une énergie sans limites ! » dit le communiqué de presse. Petit Noof existe donc, pour les… euh… de 3 à 103 ans ! plus si affinités. Il y a donc le spectacle. Et désormais le disque ! Eh ben, allez-y. Achetez-le pour vos mioches, la belle excuse ! Et dès qu’ils ont les yeux clos, écoutez-le rien que pour vous, pour le plaisir, pour ne pas tout à fait quitter l’écarlate tenue des Wriggles, pour vous croire encore gosse, en tous cas pas tout à fait adulte (ça fait du bien).

Noof, Petit Noff, 2011, autoproduit. Le site de Noof, c’est ici.

(1) Frédo, seul en scène, se produit également dans Est ce qu’il y a des morts ? les 5 et 6 décembre 2011 à L’Européen, à Paris, ainsi que le 9 décembre à Chartres-de-Bretagne (35). Vidéo ci-dessous :

2 décembre 2011. Étiquettes : , , . Lancer de disque, Pour les mômes. Laisser un commentaire.

D.U.O, le retour de deux Wriggles

Zerbib et Réjasse, efficace et probant duo (photo DR)

D.U.O, 3 juin 2011, festival Paroles et musiques à Saint-Etienne,

On les a connu revêtus de la rouge tenue des Wriggles, paraître de clowns pour chanson alors étonnamment nouvelle, dans le fond comme dans la forme, d’une efficacité dont on n’a pas encore fini de mesurer toutes les conséquences telluriques. Il y a six ans, Franck Zerbib et Antoine Réjasse ont quitté les copains pour la promesse de nouvelles aventures. Franck s’est essayé longtemps à la carrière de chanteur, sous son propre nom, avec, parmi ses musiciens, le fidèle Antoine. Pas mal de maquettes, un cd (A un poil près, où il pose nu sur la pochette) et l’amorce d’un fan-club. Mais la formule ne fut jamais tout à fait convaincante. Et nos deux amis, Antoine et Franck, remettent l’outil sur l’établi en créant D.U.O, tout simplement, comme une évidence longtemps cachée, additionnant leurs voix et leur expérience de la scène. Ils ont, là, visiblement trouvé la bonne formule, le juste dosage, l’élégante posologie.
Habitué sans doute à ce qui flashe, Zerbib est sapé comme un prince, chemise et veste d’un même tissu, larges marguerites que les filles effeuilleront plus tard, à la dédicace. Ah Le goût des filles !, ouï jadis chez les rouges, seule reprise de ce spectacle : « Une reprise de nous ! » « Elle a bon goût la peau des filles / De l’épaule aux genoux des genoux aux chevilles / On croque dans la chair de leurs fesses / Elles ont bon goût les filles et leurs caresses. » Tantôt l’un, tantôt l’autre, notre duo alterne : tous deux sont chanteurs, tous deux sont guitaristes. Qui plus est captivants, même si on sait, on sent que c’est encore perfectible.
On tentera – juste pour l’avoir fait – le parallèle entre Volo, lui aussi né de la cuisse des Wriggles, et ce D.U.O. L’un est plus cérébral, plus intérieur sans doute ; l’autre à l’évidence plus direct, plus accessible, qui plus est souvent drôle. Mais chacun des deux explore un univers proche, celui du quotidien et de ses menus et grands tracas, déprimes et amours inclus. Au quotidien, Franck nous chante ce gosse teigneux, haïssable, qui ne voit en sa mère que celle qui va lui payer ses caprices : « Je ne veux plus qu’on me gronde parce que tu n’as pas d’argent ». Il chante l’amour (« Elise a la bouche sucrée / Je m’y caramélise ») et déshabille ses actrices. Antoine et Franck nous entretiennent de l’amnésie par une chanson habile qui renverse les rôles, comme un alzheimer à l’envers. De vacances à la Grande Motte (« Si ça vous botte nous ça nous broute »). Et du temps qui passe, des repères de nos vies, de la séparation aussi… : « Toi tu veux tout qu’on garde / Et moi j’veux tout qu’on jette / Tu vois regardes / On n’arrête pas d’se prendre la tête ». C’est peut-être là le sommet de ce répertoire, des mots bouleversants de justesse, une grande chanson.
Les deux font constante promotion de la-chanson-française-à-texte-authentiquement-en-couleurs, tant que ça un devient un leitmotiv, un gimmick. Au-delà du comique de répétition, c’est quand même une déclaration d’intention, un postulat, leur réalité. Quand Antoine entonne Brassens et ses Oiseaux de passage, quand Franck cite Marc Ogeret, ils actent leur famille et leur devenir. Revers de la médaille, c’est pas demain la veille qu’ils passeront sur Inter ni se liront sur Les Inrocks.

6 juin 2011. Étiquettes : , . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Wriggles d’amour

Ces cinq-là resteront dans la mémoire de la chanson (photo DR)

Ils furent cinq (puis trois) diables rouges de la chanson. Les Wriggles, le sait-on, c’est terminé, fini, disloqué, séparé, coulé… Plouf ! Depuis presque un an déjà.
Ce papier est le premier que j’ai signé sur les Wriggles, en mai 2000, à Paroles et Musiques justement. Un peu comme on écrit une sincère déclaration d’amour. Le « chapo » de l’article disait : « Nominés en sélection parallèle, il est évident que les Wriggles concourent pour la palme d’or qu’ils méritent. »

Archive. Jamais sans doute la chanson française n’avait connu ça, n’avait entendu de trucs aussi forts, aussi directs, sans la moindre retenue : les cinq garçons des Wriggles n’ont pas fini d’alimenter nos conversations.
C’est un croisement chansonnier entre Fluide Glacial, Charlie Hebdo, Le Psikopat et Le Canard Enchaîné, un truc efficace qui nous laisse sur le flanc, épuisés que nous sommes par nos rires continus, cloués par une impertinence jamais vulgaire, vaincus mais heureux de l’être par ce groupe qui repousse sans cesse nos limites. Il faut les voir, charge totale, en nationalistes supporters du PSG, il faut les entendre philosopher sur « la vie (qui) parfois fait plouf » : celle du photographe du Rainbow-Warrior, celle d’Éric le grand skipper, celles des passagers du Titanic, celle du petit Grégory qui « apprenait la vie / au bord de la rivière / avec son père »… Il faut les entendre déculpabiliser l’homosexuel, relativiser ses tentations : « C’est pas toi qui as décidé la dissolution / C’est pas toi qui as dessiné les plans de Tchernobyl / T’as jamais affirmé que c’était un détail / T’as pas pris Fabius à l’économie / Tu rentres pas dans les églises à coups de hache… » Bondissant dans tout l’espace scénique du Magic-Mirrors, les Wriggles sont devenus, à coup sûr, le violent coup de cœur du festival. Qu’importe qu’ils aient déboulé sur scène en chantant une Mauvaise réputation à décoiffer Brassens, à lui recoller sa pipe, ce boy’s band est parti pour une réputation qu’on lui envie déjà. Ce fut triomphe sous le baroque chapiteau de la rue Tissot : la grande scène de Jeanne-d’Arc leur est déjà promise. Pour plus rapidement qu’on puisse l’imaginer. A très bientôt !

27 janvier 2011. Étiquettes : . Archives de concerts, En scène. Laisser un commentaire.

Faux nez rouges

Les Wriggles, un boy's band d'une impertinence qui repousse sans cesse nos limites (photo Sylvain Gripoix)

Les Wriggles, un boy's band d'une impertinence qui repousse sans cesse nos limites (photo Sylvain Gripoix)

Ils étaient cinq au textile rougeoyant, en culottes courtes. Par quel étrange phénomène biochimique sont-ils désormais trois aux pantalons rallongés au lavage, toujours est-il que les Wriggles de maintenant sont d’un autre format. Pas d’un art différent, loin s’en faut ; ils sont d’une verve qui maintient le verbe haut et ne négocie rien. S’ils aiment faire les clowns, leur faux nez ne tient pas longtemps : ils sont comme bouffons, à asséner à notre monde ses quatre vérités comme autant de gifles que le monde et nous méritont amplement. Ceux qui ne viennent les applaudir que pour rire ont tout faux, au moins à moitié. Car leur rire est souvent jaune. Et saigne abondamment, gicle parfois. Stéphane Gourdon, Christophe Gendreau et Frédéric Volovitch poursuivent depuis une douzaine d’années cette folle aventure chanson qui n’avait à leur avènement aucun équivalent. Qu’on copie désormais, mais jamais aussi bien. Rien n’est tout à fait innocent dans leur jeu, dans leur set de chansons, même le gratuit ne l’est pas. Notre trio bouscule, cartonne, interroge, nous interpelle. Même dans la pure poésie, quand il impulse la vie à une olive ou à une montgolfière, quand ils donnent des états d’âme aux CRS, quand ils jouent la vie à pile ou faf’. Je les imagine mal en concert lors d’un congrès de l’UMP. Pas plus qu’au PS remarquez. Car eux ne transigent pas, ne tortillent pas du cul pour chiez droit, ne naviguent pas entre deux eaux usées, n’attendent pas les voix des chasseurs. Il sont, dans leur art, un peu de notre dignité perdue, la mise sur scène de ce qu’on pense mais n’ose plus dire. Il sont à la croisée de Tati (pas les magasins, non non) et de Bedos. Ils sont importants ! On les retrouvent sur un nouveau DVD (le troisième). Ça se nomme En tournez, cause à leurs faux pifs en gadgets. Avec, en prime, un CD en live. Ça, ça ne se refuse pas.

23 octobre 2009. Étiquettes : . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

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