Loïc Lantoine : « J’ai toujours forcément des petites bêtises en tête »

Le nouvel album de Loïc Lantoine était semble-t-il prévu pour cet automne : il faudra attendre 2012 pour le savourer. L’entretien qui suit remonte à début avril 2011, lors du festival « Des chansons, pas des poissons ! » d’Annonay, en Ardèche. La version intégrale a été alors publiée dans le webzine Le Thou’Chant.

Résumons : au début c’était de la « chanson pas chantée », ça a un peu changé…
Oui, forcément… De toute façon, on s’est fait piégés nous-mêmes parce que c’est une blague cette histoire de « chanson pas chantée » : c’était de la chanson, comment dire… bricolée ! On s’est amusés avec ça, à poser des mots sur une esthétique, et on s’est fait un peu dépassés par le truc. On croyait maîtriser alors qu’on ne maîtrisait rien du tout. On faisait avec les moyens du bord. Quand on a enregistré le premier album, on s’est amusé à dire ça, cette « chanson pas chantée », mais c’est pas un étendard et si, aujourd’hui, j’ai la possibilité de ne pas me faire jeter des cailloux par les gens quand je chante un peu plus, c’est que le temps a passé, que j’ai appris mon boulot. J’ai toujours eu envie d’aller vers ça. C’est bizarre. J’étais peut-être trop amoureux des chanteurs avant de faire chanteur pour pas avoir ce sentiment d’être rentré dedans à coups de boules. C’est pas un hold-up, cette histoire-là ; au bout de douze ans, on ne peut plus parler de bluff, mais y’a toujours ce petit truc où je ne suis pas bien sûr de moi.
Hier, durant le spectacle, peut-être parce que c’était la deuxième ou troisième chanson qui se situait dans un bar, je t’ai vraiment vu là au croisement de Couté, de Dimey et de Leprest…
Ce ne sont que des belles références, alors je ne sais pas quoi dire… Tu sais bien, on a des références communes. Ce sont des références fortes. Dimey c’est ma découverte de la chanson, dans un petit bistrot à Wasem, à Lille, avec des gens qui animent des bistrots et m’ont fait découvrir la chanson. Gaston Couté, lui, c’est important pour moi, parce que Gérard Pierron, le père de François et repreneur de Couté, c’est aussi lui qui a mis le pied à l’étrier d’Allain Leprest, qui est pour moi la référence ultime. Allain, c’est le mec qui m’a poussé à faire ce boulot-là, alors que je faisais le zouave.
Tu écris comment, toi ?
Maintenant, de plus en plus, j’écris quand il faut. Quand on est un peu fatigué des chansons qu’on a, on s’y remet, avec grand plaisir. Mais je ne suis pas du genre à me soulager par l’écriture. J’ai eu un grand plaisir d’écriture au tout début, quand j’ai découvert ce truc-là, mais mon métier je le situe avec la musique et sur scène, vraiment dans le spectacle. Quand il faut je m’y remets ! A ce moment-là, j’ai toujours forcément des petites bêtises en tête, et les copains des petites musiques en partance. Et pis on fracasse un peu tout ça. Le seul truc qui est sûr, c’est que c’est toujours guidé par l’émotion. Ce ne sont pas les thèmes qui m’intéressent le plus : avant de démarrer une séance d’écriture, je suis guidé par une émotion. Je ne sais pas ce qu’elle veut dire. Pour moi il faut qu’elle soit intacte, une fois qu’il y a un point final à ça. Peut importe ce qu’elle raconte. L’idée, c’est qu’une fois que je relie le papier, l’émotion qui m’a guidé là est toujours là. Si je la retrouve, je présente aux copains et on en fait quelque chose. C’est un thermomètre pour voir si c’est digne d’être présenté aux gens qui viennent nous voir, il faut, avant de le mettre encore plus en chantier, que cette émotion soit toujours là.
Comment as-tu vu évoluer la chanson, depuis 12 ans que tu y es ?
J’y suis arrivé dans une période assez favorable. La chanson des années 80 c’était quand même pas franchement… on était ringardisé ! On est arrivé dans les années 90 avec un goût des jeunes pour la chanson. On a démarré, on était une bande zouave ; on s’est tenu ensemble, on s’est filé des plans, y’avait une putain de vraie solidarité avec des gens qui se lançaient là-dedans ! On a bien rigolé. Aujourd’hui j’ai parfois l’impression que y’a d’la resucée sur ce qui a pu se passer il y a quinze ans : rien que d’entendre le nombre de gens qui ressentent la nécessité d’aller sur le rock’n’roll ou de revenir à l’anglais… Peut-être en a-t’on fatigué certains, je ne sais pas, en tous cas chez les jeunes. C’est cyclique ça, il y a peut-être des moments plus faciles que d’autres… Je pense que j’ai commencé à un moment où c’était plus facile. Je recommencerais aujourd’hui que je ferais comme avant, sauf que personne comprendrait, ça s’rait rigolo.

Le myspace de Loïc Lantoine, pas franchement à jour, c’est ici.

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13 décembre 2011. Étiquettes : , . Interviews. 1 commentaire.

Le Thou’Chant du mois est en ligne

Loïc Lantoine et François Pierron, à la "une" du Thou'Chant (photo DR)

Nouvelle livraison – c’est une habitude, le 16 du mois, à 16 heurs pétantes – du webzine chanson Le Thou’Chant, que notre ami Vincent Bonnier ne cesse d’améliorer même si ses casses de caractères jouent parfois les rebelles se sèment la pagaille dans la typographie de l’ensemble.
Au sommaire, cette fois-ci, une rencontre avec le gars de « la chanson pas chantée », Loïc Lantoine, qui nous explique que ce n’était que de la chanson bricolée. Il nous parle de sa nouvelle formule de scène et de la place de son acolyte François Pierron. De Jamait et de la chanson d’aujourd’hui aussi.
Autres vedettes de ce numéro de mai, Gérard Morel, qui vient de sortir son nouveau disque (en fait deux galettes pour le gourmand qu’il est), et Fred Radix, dont le nouveau spectacle le voit s’éloigner de la chanson sans tout à fait la renier. Toute l’actu de la chanson sur Rhône-Alpes, la programmation de la salle lyonnaise A Thou bout d’Chant (Agnès Bihl, Patrick Font & Evelyne Gallet, Les Becs bien Zen, etc), d’autres rubriques encore (l’édito est consacré à la place de la chanson dans les… Smacs) et, bien sûr, un survol de l’actualité discographique du moment : Morel déjà cité et aussi Rémo Gary, Les Yeux des fesses, La Mathilde, Le Pied de la pompe, Mon désert, Pat Kébra, Stéphane Zelten, Sale petit bonhomme, Alain Klingler, Monsieur Melon, Desireless, Boulevard des airs et Faut qu’ça guinche.

Le Thou’Chant, c’est ici !

16 mai 2011. Étiquettes : . Les événements, Thou Chant. Laisser un commentaire.

Lantoine, entre pas moche et vraiment beau

Loïc Lantoine (photo Christine Ruffin)

Loïc Lantoine, 1er avril 2011, festival « Pas de poissons, des chansons ! », théâtre municipal d’Annonay,

« Je ne suis pas funambule, je ne brave pas la mort… » affirme-t-il néanmoins au détour d’une phrase, d’une envolée. Loïc Lantoine est sur la scène du théâtre d’Annonay et déjà ses mots déambulent de partout, se frayant mille passages entre les travées, entre nos oreilles. « Badaboum ! C’est ça la vie, ben ça résonne ! » Est-ce parfois ces vers avinés, et ces bars qui parsèment ses chansons comme les cailloux chez le petit Poucet, de peur de ne pas retrouver son chemin, Lantoine tient tant de Dimey que de Couté et de Leprest. Les trois réunis en un seul bonhomme et des mots qui parfois titubent, funambulent, tombent et fièrement se redressent, font la nique aux convenances, explosent en chemin, en ensemencent d’autres, pissent des histoires où vit la vie, où se niche l’espoir. Bon et mauvais garçon à la fois, qui vous raconte, vous chante aussi, sa vie, la vie et rien d’autre, dans ses désespoirs comme dans ses rêves de Rockfeller. Jadis, Lantoine était ce gars de la « chanson pas chantée », duo étonnant à peine négocié entre ses élucubrations et l’art singulier de son comparse et contrebassiste François Pierron. Pierron s’est trouvé depuis des camarades de jeu, qui à la guitare (Fil, qu’on connu jadis chez La Tordue), qui à la batterie, et c’est un groupe, un quatuor, qui est devant nous, a amplifier plus encore ce désormais plein chant de notre chti. La musique est presque laboratoire, du free-jazz, free-rock, free reggae, fricassée, un rien fracassée.

«Y’a toujours mon copain Pierrot / Qui pose une main derrière mon dos… » C’est terrestre, terrien, terre et à terre. Et lunaire à la fois, brillant comme l’astre, la tête dans les étoiles, en cosmonaute du verbe. C’est déferlante de mots qui ne connaissent d’académie que la nudité, celle des sentiments, des émotions toujours à vif. Qu’il se chante ou dise Norge, qu’il chuchote des mots à peine audibles ou s’engouffre en de nouvelles luttes sociales, Lantoine distille une poésie rare, étonnant et permanent feed-back entre l’intime et l’universel, entre le pas moche et le vraiment beau. Lantoine est indispensable !

7 avril 2011. Étiquettes : . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques, Pas des poissons des chansons. Laisser un commentaire.

Alexis HK rattrapé par les Ronchonchon

Conte pour enfants ? Euh… pour tous !

« T’es ronchonchon, t’es ronchonchon
Toi t’es fâché, toi t’es grincheux, toi t’es ronchon
Si t’es chafouin, fais attention
Ou je t’emmène dans la maison des Ronchonchon »

Tout droit sortie des Affranchis, le dernier album en date d’Alexis HK, voici une drôle de famille qui désormais vit sa vie autonome. Qui ça ? Les Ronchonchon, ceux du bourg de La Grognardière, qui sont à l’Hexagone ce que les Simpson sont aux States, aussi insupportables qu’ils nous sont finalement importants. À partir de La Maison Ronchonchon, Alexis HK et Liz Cherhal (chanteuse, il y a peu encore, du groupe Uztaglotte et, comme son blaze peut y faire songer, sœur de la Jeanne) ont écrit ce conte musical mouvementé mettant en scène les trois râleurs de la chanson d’origine (Bernard Vénère, Jean-Pierre Ronchonchon qui a les nerfs et Marie-Pierre Grognon) avec cette fois-ci d’autres personnages : l’oncle Abélard certes mais aussi la famille Fonky qui, à tous les sens du terme, descend du ciel. Quitte à faire, Alexis HK et Liz Cherhal ont appelé leurs copains pour mieux encore faire la fête aux Ronchonchon : Juliette, Loïc Lantoine, Jehan, Laurent Deschamps et Mathieu Ballet. Du beau monde assurément pour une aventure riche en rebondissements dont je me garderai bien de vous instruire ici. Plus que jamais en tous cas, un disque réputé « pour enfants » sème le doute car, plus que cette étiquette un peu réductrice, il fera la bonheur des familles chez qui on écoutera ça ensemble, enfants et parents, comme quand dans le temps on collait collectivement son oreille devant la tsf. C’est même plaisir je crois.

Alexis HK et Liz Cherhal, Ronchonchon et compagnie, 2010, Formulette production/La Familia/L’Autre distribution. Paraît aussi en fin de ce mois en livre-cédé.

20 octobre 2010. Étiquettes : , , , , . Pour les mômes. 1 commentaire.

Portfolio : Paroles et Musiques

Bruno Langevin est arrivé un beau jour à Paroles et Musiques, il y a de longues années, cause à un rendez-vous fixé par un artiste, pour des photos justement. Il y est resté et, fidèlement, est devenu le photographe, sinon officiel au moins officieux, de ce festival stéphanois. Voici une petite, toute petite sélection de son grand art… Dans l’ordre : Éric Toulis, Renan Luce, Imbert Imbert, Jeanne Cherhal, Loïc Lantoine, Soan, Agnès Bihl et Madjo.

23 mai 2010. Étiquettes : , , , , , , , . Portfolio. 1 commentaire.

Loïc Lantoine se met en quatre…

Hier donc, sous les volutes de toile du Magic-Mirrors, nos retrouvailles avec l’ami Loïc, histoire de cogner les vers et de trinquer à l’intelligence des mots…

Loïc Lantoine et François Pierron (photo Yves Le Pape)

C’est du Lantoine en partie tout neuf, pas encore sorti de l’emballage, pas même pressé… on a le temps. Qui s’entiche qui plus est de musique, rompant ainsi l’isolement du complice et frère François Pierron : faut désormais partager la couette des notes avec Fil (Éric Philippon, ex-La Tordue) à la guitare et Joseph Dohery au violon et à pas mal d’autres instruments. Qu’en est-il de cette musique ? Dans domiciliation fixe, grapillant aux genres, du rock au free-jazz, avec cependant des (magnifiques) effluves trad’ plus souvent que d’autres. Et sa chanson-pas-chantée ? Elle prend pas l’eau, simplement l’air, qui parfois fouette ses rimes. Il n’est pas dit que les notes apportent toujours au propos, si ce n’est une tension supplémentaire, un cran au-dessus. Et l’expulsion, badaboum ! La musique est parfois la vaseline du verbe, qui aide au passage. Loïc Lantoine est d’abord et avant tout un fabuleux diseur, un poète de grande rusticité, pas fait pour la belle typographie de La Pléiade mais pour se répandre en nous, directement du producteur qu’il est à nos oreilles, à cogner nos émotions, violemment les bousculer. Il est en cela l’héritier, je crois, de Gaston Couté : Lantoine puise pareillement ses mots dans l’enfance et dans l’amour, dans ses révoltes aussi, ses tempêtes, fussent-elles parfois de fond de verre. Difficile ici, et quelque peu vain, d’extraire deux trois phrases hors leur contexte, de tirer les vers du nez de Lantoine. La poésie est à boire à sa source. Pas mal de titres nouveaux donc, qu’il lui faut désormais polir ou fracasser le long des routes. Et d’autres, tirés du passé, érigés en grands classiques, vers à jamais saillants, au débit saccadé comme un jet hoquetant amoureux de son propre rythme. Avec ces mots superbes, agencés comme pas deux, bouffés, pétris d’émotion. On ne sort jamais indemne de Lantoine, jamais.

Le myspace de Loïc Lantoine

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17 mai 2010. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

Les élucubrations de Lantoine

Archive. Ce papier a plus de six ans et acte un coup de foudre qui depuis perdure. L’art de Loïc Lantoine est en tous points impressionnant et tout amateur de chanson se doit de l’avoir déjà vu en scène, même si Lantoine est de fait un non-chanteur… qui nous enchante.

Loïc Lantoine (photo Bruno Langevin)

Loïc Lantoine est un diseur, un rêveur de haute voix, qui s’est incrusté dans notre horizon chanson (photo Bruno Langevin)

Il a un look à faire la manche dans un tunnel. Et une voix qui vous laisse sans voix, qui vous enivre, grave qu’elle est, gorgée de verbe, de pure poésie. Une voix de la famille de Leprest et de Paccoud, de Bohringer et de Léotard, âcre, râpeuse, de ceux que les rimes, à force d’être charriées, en ont comme brisé le velouté. Car Lantoine, c’est ça : une déferlante de mots, souvent orphelins de portées, nus. Lantoine, c’est aussi François Pierron, son contrebassiste, son alter ego, tous deux unis comme deux socquettes pareilles. Pierron ne met pas en musique les textes, mais fait contrepoint, de ses doigts sur les cordes, de ses poings sur le bois d’un instrument qui va comme autonome. Lantoine est un diseur, un rêveur de haute voix, qui s’est incrusté dans l’horizon chanson. Il est comme la poésie des chemineaux, comme l’était celle de Gaston Couté, élucubrations de purs poètes, nourries, par Lantoine, du quotidien, du travail, de la tâche et des humaines relations, amour inclus. Et si l’artiste n’est pas encore gavé de sa propre parole, il s’en va au fond de ses poches « faire la pêche aux riens, là où j’ai posé du c’est moins-moche » pour en tirer un papier plié imbibé d’autres mots superbes. Superbe, le mot est déjà petit pour qualifier Lantoine : c’est simplement essentiel.

20 octobre 2009. Étiquettes : . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

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