Putain de toi !

Ainsi donc, Roselyne Bachelot, ministre de la solidarité et des cohésions sociales, veut taxer quiconque va aux putes, punir les clients et vider leurs bourses (proposition de loi visant à pénaliser les « clients de prostituées » d’une lourde peine s’inspirant du « modèle suédois », c’est à dire une amende plus six mois de prison). Ben voyons ! Je me dis naïvement que si le métier de prostituée est le plus vieux métier du monde, c’est qu’il doit forcément avoir une utilité quelconque, de régulation sociale, de soupape de sécurité, d’hygiène publique aussi. Qu’importe ! Des fois que la démagogie puisse payer électoralement… Qu’importe si, une fois de plus, le petit paiera. Car c’est plutôt l’immigré loin de sa famille qui sera touché, pas vraiment l’homme d’affaires aux bras d’une escort-girl, ni Ribéry dans la couche de Zahia… Faut pas confondre putes des bas-fonds et prostituées de luxe, RMI et Cac 40, camionnette pourrie et suite à l’hôtel Hilton…

"La Dérobade" film de Daniel Duval (1979), avec Maria Schneider et Miou-Miou

Petite anthologie chanson sur cette intéressante et inépuisable thématique…

« Et c’est là, bêtement, dans cette chambre obscure,
Cette chambre sans joie, sans fleurs aux rideaux,
C’est là qu’j’ai reçu ma première blessure,
Laissé mon enfance au porte-manteau
(…)
Mademoiselle de déshonneur
Mon premier amour d’un quart d’heure »
Ma demoiselle de déshonneur – Joe Dassin

« Elle n’a pas le choix
C’est comme ça
C’est la vie
Qui veut ça…
Elle attendait
Le premier
Qui saurait
La tirer…
De ce mauvais pas…
Et dans ces bras
Elle oublie
Que ça ne va pas…
Elle est au bord d’elle
Elle est au bordel…
Au bord des larmes… »
Le bordel – La Mine de Rien

« La conn’rie qu’on a faite en verrouillant les claques,
En balançant du coup tout’s les souris dehors !
Ça méritait d’autor un’ volée d’pair’s de claques,
Mais, comm’ disait papa, tous les cons sont pas morts,
Voilà des pauv’s gamines qui vivaient en famille,
Qui r’cevaient vaill’ que vaille un peu d’éducation
Et qui sont désormais sans soutien, les pauv’s filles.
La conn’rie qu’on a faite en fermant les boxons ! »
Le regret des bordels – Bernard Dimey 

« En une et mille nuits, réduits au chronomètre
A un quart d’heure d’orgie, l’ange naît de la bête
La glace de l’armoire et les miroirs pervers
Aux quatre coins du lit font l’amour à l’envers.
Le travail terminé, elle s’en va la belle
Tirant le coffre-fort de sa croupe en sillage
On ne saura jamais comment elle s’appelle
On n’a même pas osé lui dire : Merci madame »
Les prostituées – Mouloudji

« Posée comme une contrebasse
Dans les bras d’un artiste,
Elle avait l’air de faire des passes
Dans une chanson réaliste
(…)
Passionnément nous y pensions
A la P… points de suspension
Qu’elle était bien !
Qu’elle était bien !
La putain… »
La putain – Serge Reggiani

« Je suis une pute
Si mon papa savait, je crois qu’il me tuerait

Il défoncerait ma petite figure
Chéri, faisons ça dans ta voiture
Si maman savait, je crois qu’elle en mourrait
Son petit bébé…
Chéri, c’est d’abord qu’on paie »
Je suis une pute – Cali

« Quand je fais l’amour  
Je me dis qu’on n’a pas changé les draps depuis longtemps déjà  
Quand je fais l’amour  
Je me demande ce que font les autres pendant ce temps-là  
Quand je fais l’amour  
Je pense à ma femme et comment on était beau autrefois  
Quand je fais l’amour  
J’espère que ça coûtera moins cher que la dernière fois »
Quand je fais la chose – Christophe Miossec  

« Moi j’aurais bien aimé un peu plus de tendresse
Ou alors un sourire ou bien avoir le temps

Mais au suivant au suivant
Ce ne fut pas Waterloo mais ce ne fut pas Arcole
Ce fut l’heure où l’on regrette d’avoir manqué l’école
Au suivant au suivant »
Au suivant– Jacques Brel

« Va rejoindre ta femme, maintenant
Que t’as eu ton plaisir
Que j’ai eu mon argent
Allez, j’vais pas t’retenir
Je sors de ton camion
T’as eu ton aventure
Remonte ton pantalon
Rattache ta ceinture »
Va rejoindre ta femme – Lynda Lemay

« Y’a des clients, y’a des salauds
Qui se trempent jamais dans l’eau
Faut pourtant qu’elles les cajolent
Parole, parole
Faut pourtant qu’elles les cajolent
Qu’elles leur fassent la courte-échelle
Pour monter au septième ciel
Les sous, croyez pas qu’elles les volent
Parole, parole
Les sous, croyez pas qu’elles les volent »
La complainte des filles de joie – Georges Brassens

« T’aimais pas un sous vaillant
Sauf ton corps
Mais ton corps c’était payant
Un trésor
Un trésor que tu donnais
Comme on vide son port’-monnaie
Dans la main d’un plus paumé
Ça va ça vient »
Ça va ça vient – Merlot

« A Amsterdam, il y a Dieu, il y a les dames.
J’ai vu les dames de mes yeux, j’ai pas vu Dieu à Amsterdam.
A Amsterdam, voici des pigeons qui s’enflamment
Devant les belles qui ruminent dans les vitrines à Amsterdam »
A Amsterdam – Guy Béart

« Parce que ma mère est tellement belle
Que les voisins font la queue
Pour coucher avec elle
Plutôt que de rentrer chez eux
Ils viennent claquer leurs salaires
Dans les bras de ma mère
Pour la douceur d’une caresse
Et la chaleur de ses fesses
Et tous mes copains
Qui me traitent de fils de putain
Sont jaloux, c’est certain,
Eux qui sont des fils de boudins »
Ma mère la pute – Monsieur Roux

« Mon blues a déjanté sur ton corps animal
Dans cette chambre où les nuits durent pas plus d’un quart d’heure
Juste après le péage assurer l’extra-ball
Et remettre à zéro l’aiguille sur le compteur.
Ton blues a dérapé sur mon corps de chacal
Dans cet hôtel paumé aux murs glacés d’ennui
Et pendant que le lit croise l’aéropostale
Tu me dis « Reprends ton fric. Aujourd’hui c’est gratuit »
Lorelei Sebasto Cha – Hubert-Félix Thiéfaine

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19 avril 2011. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , . Thématique. 5 commentaires.

L’émoi Lemay au mois d’avril

Archive encore. C’était en avril 2002, dans un Palais des Spectacles stéphanois plein et aux anges devant Lynda Lemay, sa vie, son pieu et les soins qu’elle prodigue à ceux qui ont le mal de mère… Je ne regrette pas ce papier, loin s’en faut, même si, disque après disque (pas loin d’un par an), Lynda semble se répéter, un peu bégayer, à toujours ouvrir à la même page le même livre de recettes.

Lynda Lemay (photo Martin Alarie)

Lynda Lemay (photo Martin Alarie)

Un an après, même lieu, même pieu. Même collec’ de doudous, mêmes coussins sur la couette, même femme chanteuse. Et nous qui venons quand même constater si les mots de la dame, réputés pour soigner les nôtres (nos maux), sont toujours les mêmes, si ce docteur de l’âme vend encore ses mêmes et jaunes cachous, ses identiques pastilles roses, ses pareils Souliers verts.
C’est Lynda Lemay et sa pharmacopée utile, ses euphorisants bienvenus pour «les frustrées du monde entier». On va à Lemay comme on va à confesse, pour y avouer ce qu’on ne dit pas. Ou alors pas souvent. D’ailleurs on ne dit rien : c’est elle qui tient le micro et chante nos vies. Et la vie par elle, on s’y reconnaît forcément (bien qu’il est entendu que tous les hommes ne ronflent pas forcément…), on frissonne de fièvre et d’émoi, on applaudit. On y va pour toucher l’émotion, côtoyer la tendresse, être touché(e) y compris et surtout dans ses propres blessures, là où ça saigne, où c’est gravé «play» et que le disque tourne.
Au risque de la faire rire (son québécois de rire est plus beau encore que tous nos applaudissements), osons la fonction : Lynda Lemay est l’assistante sociale de la chanson, un peu Lalanne dans ses sujets pleurés, un peu Mannick dans ses côtés cathos, Berthe Sylva dans son côté pathos, un peu beaucoup Sylvestre dans sa provoc’ qui est tout sauf cul bénit.
Quête de sens et temps qui passe, enfantement, incompétence, jalousie, l’amour dû au père, celui dû à la mère, solitude… Lemay est un catalogue, non de solutions, non d’un quelconque engagement, non… Disons de situations, inventaire dont elle nourrit récital, dont elle fait carrière, rente de situation si vous voulez. Quinze chansons y sont nouvellement référencées, avec en bonus un cours de québécois qui nous laisse coi. De fait ça fait nouveauté dans un récital déjà vu. Qu’importe d’ailleurs. On aime Lemay. Qui a du tempérament comme on dit, une persuasion peu commune et une voix frottée de chaleur, l’accent de chez elle qui cousine avec le pâle notre et le bon sens qui fait de chacune de ses chansons comme une évidence, comme une idée de soi, une préoccupation intime, une intuition du moment, une obsession de toujours. Dit comme ça, Lynda Lemay est unique et indispensable. C’est presque ça. Vous qui ne pensiez la chanson que futile, jetez vos disques des aut’ québécoises dupliquées à l’infini. Et réservez de suite vos places pour le prochain tour de Lemay.

15 octobre 2009. Étiquettes : . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

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