2011, le palmarès discographique de NosEnchanteurs. Et le vôtre ?

En ces dernières heures de l’année, il est tentant de faire comme tout le monde (et comme me le suggère mon collègue et ami québécois Francis Hébert), d’établir son classement discographique de l’année. Même si ni moi ni personne ne peuvent avoir la prétention de connaître tous les albums de l’année…  Je vous invite à faire de même, à tenter votre palmarès. Si beaucoup de lecteurs jouent ce jeu, ça nous donnera un portrait intéressant de NosEnchanteurs et de son lectorat.

Attention à ne faire figurer dans votre liste que des albums effectivement parus cette année 2011. La règle est cruelle qui prive de ce classement des albums qui viennent de sortir, que vous n’avez peut-être pas encore écoutés (comme le dernier cédé d’Hervé Lapalud, bien trop neuf…) ou des disques d’avant 2011 (parfois de peu) que vous n’avez découvert que cette année. Mais c’est ainsi… Il n’y a rien à gagner, si ce n’est la considération et les remerciements du taulier.

Voici mon classement, forcément subjectif, mais quand même… Pas de compilation ni de disque en public, si ce n’est ce Malicorne, de fait exceptionnel. Chacun de ces cédés a fait l’objet d’un billet dans NosEnchanteurs (il suffit de cliquer sur le nom de l’artiste).

  1. Béa Tristan (photo ci-dessus), « Mr Meccano », autoproduit
  2. Lola Lafon, « Une vie de voleuse », Le Chant du monde/Harmonia mundi
  3. Sylvain Giro, « Le batteur de grève », autoproduit/Coop Breizh
  4. Florent Marchet, « Courchevel », f2fmusic/ Pias
  5. Wladimir Anselme, « Les heures courtes », Klaxon/L’Autre distribution
  6. Pascal Rinaldi, « Passé le zénith », autoproduit/Disques Office
  7. Camel Arioui, « La java des anges », Samedi 14/L’Autre distribution
  8. Evelyne Girardon, « La fontaine troublée », Compagnie Beline/L’Autre distribution
  9. Clément Bertrand, « Le salut d’un poisson », Interférences/La malle d’Octave
  10. Malicorne, « Concert exceptionnel aux Francofolies de La Rochelle », Sony music/Productions Sterne

Pour que cet appel à contribution soit intéressant en terme de résultats, faites tourner ce billet, partagez-le amplement. Merci. En vidéos, Béa Tristan et Malicorne.

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29 décembre 2011. Étiquettes : , , , , , , , , , . Divers, Lancer de disque, Les événements. 21 commentaires.

Interview : la genèse de Malicorne (4)

Résumé : Nous sommes en 1981, sortie de l’album Balançoire en feu et ultime tournée pour Malicorne qui a décidé d’arrêter…

Gabriel Yacoub (photo DR)

GABRIEL YACOUB : « Tout ce courant d’idées qui nous avait porté, aidé, auquel nous avions contribué d’une certaine façon, nous pesait à présent. Pour nous, c’était un peu révolu, on avait vraiment envie de passer à autre chose, d’écrire et de chanter d’autres choses. On ne s’est pas arrêté parce que ça ne marchait plus : on aurait pu persévérer comme Tri Yann l’a fait. Mais on ne voulait pas se lasser. Et donc finir sur cet album qui fut une sorte de révérence. Pas trad’. »
MK : Sous Malicorne perçait un peu Yacoub. Ce ne t’était pas frustrant de déléguer le soin, en l’occurrence à Roda-Gil, d’écrire des chansons ?
« Non, j’étais ravi. J’en avais envie, certes, mais je savais pertinemment que je n’en n’était pas capable. Et même après il m’a fallu six ans encore pour sortir les premières chansons. J’étais un tel amoureux des vieilles chansons que tout ce que je pouvais écrire moi-même je trouvais ça nul. Je comparais tout le temps puis je jetais mes textes à la poubelle. J’ai attendu cinq ans, non pour être meilleur mais pour cesser de faire une telle comparaison. »
Fin 81, début 82, Malicorne s’arrête. Tu te retrouves libre comme l’air mais sans rien.
« Oui, mais avec beaucoup d’ambition. Chacun d’entre nous avait des envies différentes. Marie avait envie d’arrêter ; elle était fatiguée de tourner et s’est trouvé une occupation sédentaire, plus stable. Moi, j’avais envie d’écrire. Je continuais à tourner, en solo, mais pas beaucoup, très en marge. Et j’écrivais, j’écrivais. Petit à petit, j’ai commencé à garder des bribes de chansons, des morceaux, des entières. »
Tu arrives à en vivre ?
« Très difficilement, je dois dire. J’ai fait des petits boulots, des trucs pour subsister. C’est à cette époque-là que je suis aller m’inscrire aux assedics et que je me suis aperçu que je n’y avait pas droit. Car, sous Malicorne, ça marchait bien et je n’ai jamais pensé ni cotiser ni pointer ni me manifester : je n’existais pas ! »
Tu avais quand même diverses collaborations…
« Très peu de choses. C’était le début des années quatre-vingt. Au niveau musical, les choses allaient totalement à l’encontre de notre famille artistique : nous étions (car je n’étais pas le seul dans ce cas) dans les choux. Peu de gens étaient intéressés par mes concerts. C’est l’époque où j’ai commencé à tourner aux Etats-Unis et au Canada. Alors qu’en France je n’avais que trois concerts par an. »
Tu avais un agent aux Etats-Unis ?
« Oui. J’ai commencé à y tourner en 82 et je n’ai jamais arrêté depuis. Je faisais une tournée magnifique de trente dates là-bas ; je revenais en France et n’avais rien durant six mois. »

Un "Malicorne" (au demeurant excellent) qui n'en est pas un

Au fur et à mesure que l’écriture te viens, il y a de quoi faire un album. Et ce sont Les Cathédrales de l’industrie
« Il y avait de quoi faire deux albums ! En même temps que j’étais en négociation aux Etats-Unis pour faire ELF (Elementary Level of Faith), en France j’étais en conversation avec une maison de disque que je ne nommerais pas – je ne les aime pas ! – pour faire un album. C’étaient deux projets distincts, pas imbriqués l’un dans l’autre. Et les deux se sont concrétisés à peu près au même moment. Le disque que je faisais en France était censé être mon premier disque d’auteur. La maison de disque a décidé, un peu contre notre gré, d’appeler ça « Malicorne » plutôt que d’appeler ça « Yacoub », en espérant en vendre plus. Ce qui était une erreur tactique et commerciale totale ! Et ça a bouleversé tous mes projets. Je ne pouvais faire Malicorne sans Marie qui n’avait pas envie et ne voulait surtout pas tourner. Je lui ai dit « tu es juste invitée ». Ça a été un fiasco total : les gens ne comprenaient plus rien. Ressortir Malicorne six ans après avec une musique qui n’a plus rien à voir… »
Mais quand même toujours avec ce timbre, cette empreinte Malicorne…
« Y’avait moi, Marie, des cornemuses, un peu les ingrédients parce que c’est ce que j’aime, que je mets dans mes disques. Mais c’était complètement différent. Ça frisait l’escroquerie pour les gens qui croyaient acheter du « Malicorne ». »
Si tu en avais récupéré les droits, tu aurais redonné à ce disque sa vraie paternité ?
« Le patron de ce label n’a jamais voulu céder les droits. »
Il s’en est suivi une courte tournée sous le nom de Malicorne…
« On est allé partout, en Angleterre, aux États-Unis, en Belgique, partout. Mais avec un groupe bidon, fait de bric et de broc. De Malicorne, il n’y avait que moi. Si, Marie est venue sur une partie de la tournée pour nous rendre service. C’était ridicule, ce groupe bancal. Mais ça m’a permis de rencontrer Yannick Ardouin, avec qui je travaille depuis. »

Épilogue : Gabriel Yacoub est à la hauteur d’une importante et superbe discographie à son nom. Il importe de découvrir cet auteur et chanteur de premier plan. Quant à Malicorne, définitivement disparu, il a fait une réapparition par nature exceptionnelle au dernières Francofolies de la Rochelle, « à l’invitation de Gabriel Yacoub », en juillet 2010.

19 mars 2011. Étiquettes : , . Interviews. 2 commentaires.

Interview : la genèse de Malicorne (3)

Gabriel Yacoub, le fondateur et leader de Malicorne (photo DR)

MK : Le disque « Trad’ Arr », en 1978, c’est la carrière solo qui s’annonce ?
GABRIEL YACOUB : « Pas du tout. En réalité, Malicorne marchait très bien. On tournait beaucoup, on vendait plein de disques. Ce qui est paradoxal, et m’ennuyait beaucoup, c’est qu’un groupe qui marche bien est un groupe qui ne fonctionne plus. C’est une routine qui me déplaisait totalement. C’est-à-dire qu’on travaillait un mois, un mois et demi sur un nouvel album, on l’enregistrait, on faisait une tournée puis on rentrait chez nous. Pendant six mois de l’année on ne faisait rien. Mais rien ! Ou aller chercher des chansons pour un nouvel album. C’était rigide. Ce qui m’ennuyait aussi, c’est qu’on ne jouait plus que dans des grosses salles (des gymnases très vilains, souvent), sans plus de contact avec le public, sans cette convivialité qu’on peut avoir dans des petites salles, des centres socio-culturels, des mjc, des clubs… Je restais chez moi six mois de l’année et je n’étais pas content. Je me suis dit que j’allais me mettre à tourner tout seul. Car, en même temps, comme ça marchait bien, on avait atteint des cachets importants (je ne dis pas que c’était faramineux) qui nous interdisaient de tourner à l’étranger. Comme on ne pouvait pas rogner sur la fiche technique, on ne tournait plus ni en Angleterre ni en Allemagne, ni en Italie ni nulle part. Je me suis que, seul, j’allais reprendre la route pour aller dans ces petits lieux que je fréquentais avant, que j’aimais et qui me manquaient. Comme je ne voulais pas qu’il y ai confusion avec Malicorne, je m’étais fait un répertoire qui certes y ressemblait beaucoup, mais qui n’était pas « Malicorne sans les autres ». Simplement des chansons traditionnelles que j’aimais bien. Au bout d’un an, je me suis dit « Pourquoi ne pas en faire un disque ? » mais c’était vraiment pour en avoir une trace. Et je ne pensais pas faire une carrière solo. »

"Balançoire en feu", en 1981 : du pur Roda-Gil en lieu et place d'un répertoire prélevé à la tradition !

En 1981, « Balançoire en feu », ce sont des textes que tu demandes à Roda-Gil ?
« Un peu avant 81, on a décidé d’arrêter Malicorne. On avait l’impression d’avoir fait le tour de l’expérience. Chacun, à ce moment-là, avait des envies un peu différentes. On s’est dit « on va faire un disque ultime, pour s’arrêter de manière élégante, mais on ne va pas faire ce qu’on n’a plus envie de faire : de la musique trad’. On va essayer de faire de la musique originale. » À l’époque, aucun d’entre nous n’écrivait bien qu’ayant tous, plus ou moins, de petites velléités en ce domaine. Mais personne n’était capable, ni à nous tous, d’écrire un album. On a donc décidé de prendre un auteur et notre choix s’est porté sur Étienne parce qu’on l’aimait bien, on respectait son boulot. »
Parce qu’il travaillait avec Angelo Branduardi ?
« Pas pour ça, non, mais pour son travail en général. On lui a demandé ; il était ravi de le faire. Il se trouve qu’il a fait un super travail : nous en étions tous très contents. On a fait ce disque comme le dernier de Malicorne, avec cependant ce revirement inattendu pour notre public : ce n’était plus traditionnel. »
Ça a été perçu comment ?
« Très mal ! Ce disque n’a pas marché du tout ! Les gens n’ont pas compris. Il faut dire qu’à ce moment-là, il y avait une nette baisse d’intérêt. Tout ce mouvement folk, magnifique, mélangé au courant écolo qui avait porté cette musique, se liquéfiait. »
Creys-Malville était passé par là…
Oui, bien sûr. Et puis le désenchantement. Ce côté baba-cool qui revirait… Ça a été une révolution dans les mœurs, tranquille mais radicale. Non seulement les gens n’avaient plus envie de ça, mais en plus Malicorne sort ce disque avec des choses complètement contemporaines. Les vieux fans étaient déçus et ça ne nous a pas permis non plus de toucher un autre public. »
Ça s’est senti lors de la tournée ?
« Bien sûr. Mais comme on avait décidé d’arrêter, ce n’était pas un problème pour nous. »

(suite et fin prochainement)

15 mars 2011. Étiquettes : , . Interviews. Laisser un commentaire.

Interview : la genèse de Malicorne (2)

Gabriel Yacoub, 1980, festival folk de Bar-sur-Seine (photo MK)

Résumé de l’épisode précédent : Après le succès du disque Pierre de Grenoble vient la constitution d’un groupe : Malicorne. Et la sortie du premier album, en 1974.

On lira la première partie de cet entretien ici.
À lire aussi sur NosEnchanteurs Le retour de Malicorne et Malicorne : les amis de trente ans.

Gabriel Yacoub : « Il ne faut pas en faire une montagne, mais c’est vrai que ce premier disque de Malicorne a marché tout de suite. Un vrai succès populaire même si on peut compter sur les doigts de la main les passages télé et radio. On jouait dans des salles importantes, pleines. Il y avait ce bouche-à-oreilles, le côté sympa de la marge. À cette époque, beaucoup de groupes fonctionnaient ainsi sans support médiatique : Ange, Gong… qui remplissaient les salles, tous ignorés qu’ils étaient des radios. Ça a été pareil pour Malicorne. On a été catalogué « marginal » d’office. Sans que ce soit un problème d’ailleurs : c’était comme ça, les gens du métier en avaient décidé ainsi. Ce n’était pas notre choix, bien sûr. Mais ça a tout de suite bien marché. »
Michel Kemper : Vous étiez une référence, en bien ou en mal, dans le folk…
« Il y avait une petite guerre amusante, à l’époque. Les puristes étaient encore plus passionnés que nous : ils avaient des idées préconçues sur la façon dont il fallait faire les choses. Ou ne pas les faire. Choix subjectifs, bien évidemment. Nous, ce qu’on faisait, c’était une proposition : on n’avait pas ces limites-là, on s’en foutait complètement. C’est peut-être aussi ce qui a fait le succès du groupe : on pouvait toucher des gens de sensibilités différentes. J’ai déjà entendu des gens dire : « Je déteste le folk, sauf Malicorne », ce que je trouve flatteur. Parce qu’il n’y avait pas de limites, et pas ce côté « On va reproduire ce qu’on faisait au 19e siècle. » Ce qui était grotesque d’ailleurs, car pourquoi le 19e plutôt que le 16e ? Là, on était au 20e siècle, on faisait avec notre petite sensibilité. Avec la sincérité et l’enthousiasme de la jeunesse : on ne pouvait pas se tromper, c’était notre proposition, pas la vérité ! »
Très rapidement on en vient à des disques thématiques…
« C’est un truc qu’on aimait bien. »

Malicorne, Laurent Vercambre, 1978 (photo MK)

Un choix collectif ?
« Bien sûr. À l’époque, je crois, les disques avaient un peu plus de valeur qu’aujourd’hui. Pour nous, c’était non seulement un événement mais aussi un objet. Il y avait la notion de durée, et ces deux faces qui, parfois, provoquaient des choix particuliers dans la façon, par exemple, de commencer une face et de la terminer. On trouvait, comme dans un spectacle avec entracte, des progressions, ou une espèce de mouvement dramatique… L’histoire de concept, c’est un peu particulier. C’était dans l’air du temps aussi bien chez les groupes rock que dans d’autres domaines musicaux. Et nous, qui interprétions des chansons traditionnelles existantes, nous avions l’embarras du choix. Plus ça allait – et c’est allé très vite – et plus le choix était immense. On sélectionnait les chansons en fonction de leur esthétisme, de ce qu’on ressentait au niveau du texte, de la musique et des idées d’arrangements qui pouvaient nous donner cette envie de les interpréter. Ça veut dire que ça pouvait être complètement débridé : une chanson d’amour, une autre de soldat qui part en guerre, etc. Très vite, on s’est aperçu qui, si on mettait des chansons ensemble sur un thème commun, on pouvait, sans dire le mot, faire des espèces de mini-symphonies. Le fait de juxtaposer ces œuvres, comme un galeriste va exposer ses toiles, les confronter. Ça donnait une dimension encore différente à ces chansons, plutôt que d’avoir des œuvres jetées, là, par hasard. D’avoir une ambiance. D’où Le Bestiaire, L’extraordinaire Tour de France d’Adélard Rousseau… Ça nous donnait une trame pour le choix des chansons. »
Vous aviez le temps de collecter ou vous aviez des « rabatteurs » ?
« Je ne veux pas raconter d’histoires : nous n’avons jamais fait de collectage. Ou plutôt si : je crois que ça a dû durer deux semaines en tout et pour tout. Il y avait des gens passionnés, plus scientifiques qu’artistes, qui faisaient ce travail. Et très bien. À cette époque et en partie grâce au succès de ce mouvement musical, donc en partie à Malicorne, tout un travail de publication. Quand on s’est aperçu de l’intérêt qu’avaient les gens pour ces musiques-là, on a vu fleurir des publications de partout. Dont beaucoup de collectages effectués en début du siècle, en 1901 précisément, où un ministre, Hippolyte Fortoul, avait ordonné une collecte au niveau national. Collecte qui passait par le biais des écoles, de ces instituteurs qui demandaient à leurs élèves de questionner leurs parents et grands-parents, d’essayer de recueillir des musiques, des chansons, des textes que l’instituteur recopiait et dont le professeur de musique transcrivait les notes. Tout ça était resté dans des archives, très peu avaient fait l’objet de publications. Les trois quarts sont à la Bibliothèque nationale.
Il y avait aussi de ces passionnés qui faisaient un magnifique travail de collectage. Mais c’est un travail à temps plein. Nous on avait vingt ans et on voulait faire du rock n’roll : le choix était vite fait ! C’est pour ça qu’on s’évertuait à chercher plutôt dans les publications, les bouquins. Et des rencontres. À cette époque, j’achetais tout ce que je trouvais : je me suis constitué une documentation conséquente. C’est dans les bouquins qu’on apprenait, contrairement à d’autres gens de l’époque. Je pense notamment à Mélusine : Jean-François Dutertre, Jean-Lou Baly et Yvon Guilcher ont fait, eux, beaucoup de travail sur le terrain. Mais eux, ce n’étaient pas des showmen ; ils ne faisaient pas de rock n’roll mais de la recherche, de la collection. Ils étaient aussi chanteurs mais géraient leur temps d’une autre façon. Notre règle d’or, chez Malicorne, c’était notre plaisir à nous, avant de le communiquer au public. S’éclater, s’amuser à faire la musique qu’on aime. Après, les moyens, c’était notre fantaisie, nos caprices. »

(interview à suivre prochainement sur NosEnchanteurs)

10 mars 2011. Étiquettes : , . Interviews. Laisser un commentaire.

Interview : la genèse de Malicorne (1)

Même si c’est un disque par nature « exceptionnel » qui n’aura pas de suite, force est de reconnaître que la sortie, hier en bac, des CD et DVD en public de Malicorne, ce « Concert exceptionnel aux Francofolies de la Rochelle », est un événement peu commun. Qui peut, avec délectation, nous ramener loin en arrière… Flash-back avec Gabriel Yacoub, lors d’un entretien, resté à ce jour inédit, où le fondateur de Malicorne retrace à grands traits la genèse de ce groupe folk entre tous mythique.

Entretien inédit avec Gabriel Yacoub, Champvoisy, décembre 2003.

"Pierre de Grenoble", sorti en 1973, avec Gabriel et Marie Yacoub, Marc Rapilliard, Dan Ar Braz, Alan Kloatr, Dominique Paris, Gérard Lavigne, Gérard Lhomme et Christian Gour'han

« Avec Alan Stivell, je suis resté deux ans. Mais dans une situation ambiguë, à faire les chœurs et chanter en breton, en gallois, gaélique et écossais. Je me disais que, s’il existe de si belles musiques en Irlande ou en Bretagne, ça devait bien exister chez nous. Ma réflexion a alors commencée. Mais j’étais très jeune, j’avais dix-huit ans. J’ai cherché longtemps, les exemples étaient très pauvres. Et c’était tout ce que nous détestions : Guy Béart chante les belles provinces, Nana Mouskouri… Non seulement ça ne me touchait pas, mais ça me repoussait. Mais j’en avais envie, j’ai persévéré, j’ai trouvé. Et quand j’ai trouvé, c’est là qu’on a fait Pierre de Grenoble, qui était vraiment un disque expérimental : on allait voir ce qu’on pouvait faire avec de la musique folk de chez nous. Nous étions tous heureux du résultat et on s’est dit « On va aller plus loin, on va faire un groupe. » J’ai enregistré Pierre de Grenoble alors que je n’étais pas encore avec Stivell. En, en même temps que j’ai travaillé avec lui, avec beaucoup de bonheur, je pensais à ce que j’avais vraiment envie de faire. »
Pierre de Grenoble c’est en partie avec du personnel vu et connu chez Stivell, justement…
« Bien sûr, c’étaient mes amis musiciens à l’époque. Un disque produit par Hugues de Courson qui allait devenir le producteur historique et membre de Malicorne. La démarche était à peu près logique ; c’était le temps qu’il fallait pour que je digère un peu tout ça et que j’affûte ma curiosité. Parce qu’à l’époque, la manière que j’ai réuni ce répertoire, ça passait essentiellement par les discothèques. Il n’y avait pas de publications alors, ou pas bien : il fallait creuser, fouiller… »
Pas de publications, ou alors très vieilles…
« Oui mais, en musiques traditionnelles, c’était quasiment inexistant. Ou inaccessible. Quand j’ai commencé à gagner ma vie, j’ai pu m’acheter des bouquins, des trucs du 19e qui coûtaient très chers. Maintenant, il y a un répertoire disponible d’une grande richesse mais, à l’époque, il n’y avait rien du tout. Moi je grappillais le moindre recueil de chansons de scouts. Sur deux cents chansons, il y en avait à peu près une de décente, encore fallait-il en changer la musique parce que ringarde ou abâtardie. Il y avait tout ce travail de sélection, souvent un peu frustrant…
Pierre de Grenoble est un disque de plaisir. J’avais envie de faire ça, voir où on pouvait aller avec ça, en combinant… L’idée n’était pas particulièrement originale, c’était un petit peu comparable avec ce que faisait Stivell : mélanger des chansons trads avec des instruments électriques, sans limite ni de territoire ni d’époque. Les anglais avaient commencé bien avant avec Fairport Convention et autres. Nous, on est arrivés après. »
Le disque sort et c’est un succès immédiat…
« Ça a bien marché, et assez vite. Un coup de bol incroyable. Nous étions disque pop de la semaine chez José Arthur avec une chanson du 15e siècle, avec des guitares électriques. C’était complètement étrange. Je me revois encore chantant Le Prince d’Orange avec l’ampli posé sur le bar noir à la Maison de la radio : il n’y avait pas de place, c’était n’importe quoi, drôle… Évidemment, ça nous a donné envie de continuer. Dans la foulée de Pierre de Grenoble, on a tout de suite fait Malicorne… »

Le premier Malicorne, en 1974, avec Gabriel Yacoub, Laurent Vercambre, Hugues de Courson et Marie Yacoub

Comment s’est réalisé le casting du groupe ?
« Marie était là, c’était ma femme. Elle était musicienne et chanteuse et avait envie de cette aventure tout autant que moi. J’ai rencontré mon ami Hugues de Courson à l’infirmerie du Mont-Valérien, où on s’est fait réformer deux jours plus tard. C’est là que nous sommes devenus copains, à comparer nos envies, nos projets… Il me dit : « Si tu veux faire un disque comme ça, je le produis. » Il avait produit avant des choses très petites, très simples. Il était dans le métier et avait déjà écrit des chansons, pour Françoise Hardy et pour d’autres. Il a été fasciné par l’idée, n’imaginant pas que ce truc-là, ce concept, puisse exister. On allait prendre de vieilles chansons pour en faire de la musique contemporaine. Hugues m’a dit, sans même m’avoir déjà entendu jouer ni chanter : « On le fait ensemble. » Comme il était lui-même musicien et que le projet le passionnait, ce fut le troisième membre évident du groupe.
Je connaissais Laurent Vercambre de quelques années auparavant, de ces soirées folk, ces hootenanny. Laurent était basé, à cette époque, avec toute une bande de musiciens, dans la banlieue ouest, du côté du Vésinet. Il y avait là une MJC où il y avait régulièrement des soirées folk : j’y avais joué. Laurent est un excellent musicien multi-instrumentiste : il est connu pour le violon mais il joue de tout, extrêmement bien. Il est pianiste, clarinettiste… il touche à toutes les familles d’instruments avec une aisance qui m’a toujours rendu jaloux. C’était idéal pour Malicorne : ce fut le quatrième membre du début. Laurent est maintenant dans Le Quatuor, je le dis pour le lecteur qui ne le saurait pas. Laurent trouvait que Malicorne c’était formidable mais trop triste. Lui est un burlesque, il aime déconner. Le jour où il a quitté Malicorne, il était drôle, plein de pitreries. C’est beau ce que Le Quatuor fait : j’adore. »

(cet entretien avec Gabriel Yacoub est en 4 parties, à lire sur NosEnchanteurs)

8 mars 2011. Étiquettes : , . Interviews. 2 commentaires.

Malicorne : les amis de trente ans

Malicorne : la légende renaît…

« L’aventure Malicorne fut des plus belles. Elle se termina un soir d’après concert par un vote à main levé et à l’unanimité. Il fut décidé en toute amitié que nous arrêtions, des envies nouvelles nous appelaient, le moment était venu. Il fut décidé par la même occasion que jamais nous ne nous reformerions, promis, juré ! Puis un jour, très longtemps après… » Trente après, un coup de fil de Gérard Pont, le directeur des Franco, désirant inviter Malicorne, « situation insolite et incongrue. » Mais Malicorne n’existe plus, c’est lointain souvenir. Sauf que le souvenir est vivant, vibrant, fort. Que le cercle des amis de Malicorne n’a pas désempli, que même des jeunes, encore et toujours, découvrent ce groupe résolument en dehors des clous, hors toute mode. Et que le chant de Malicorne n’est pas près de s’apaiser. « Nous étions chacun dans une autre histoire et, de plus, Hughes habite Kuala Lumpur ! Un petit mail part tout de même, pour rire, intitulé « Gala ! » Et il circule le mail, il revient le mail avec des non ! des pourquoi pas ? des c’est possible » De fait, ce sont les cinq de la période la plus mythique du groupe (Gabriel Yacoub, Marie Sauvet-Yacoub, Laurent Vercambre, Hughes de Courson et Olivier Zdralik-Kowalski) qui se retrouvent sur scène, « à l’invitation de Gabriel Yacoub » et avec d’autres amis qui viennent eux aussi ressusciter Malicorne le temps d’une scène : JP Nataf, Tété, Le Quatuor, Claire Diterzi, Michel Rivard… même Karl Zéro. C’était en juillet derbier, à La Rochelle. La salle était bien trop petite pour contenir tous les amateurs de Malicorne. Nous sommes chanteurs de sornette, Pierre de Grenoble, Le Luneux, Margot, Le Prince d’Orange, L’Écolier assassin, Marions les roses, Les Tristes noces, Quand je menais mes chevaux boire (par un JP Nataf inspiré), La Conduite… la légende renaît. En voici les souvenirs : un cédé, un dévédé. Certes, les peaux se sont ridées, un peu. Pas les chants, plus amples qu’avant. Ni les instruments dont certains ont encore sur eux les cordes d’il y a trois décennies. La magie Malicorne a ceci d’exceptionnel qu’il lui faut peu pour se réveiller, belle endormie qui ne dort vraiment que d’une oreille. En bonus du dévédé, un film de presque une heure sur les retrouvailles des musiciens et des chansons. Ça et le concert, c’est rien que de l’émotion, de la vraie, pas celle manufacturée et lissée par le showbiz. Il y a de nous en Malicorne et c’est ce nous que nous retrouvons. Nous sommes amis depuis bien trente ans. Et le resterons.

Malicorne, Concert exceptionnel aux Francofolies de la Rochelle, CD et DVD, 2011, Sterne/Sony music. À paraître tous deux le 7 mars.

À lire aussi à propos de Malicorne sur NosEnchanteurs.

29 janvier 2011. Étiquettes : . En scène, Les événements. 2 commentaires.

Le retour de Malicorne

Malicorne, formation 1979, disque "Le Bestiaire" (photo Sergio Gaudenti)

…et Malicorne aujourd'hui, un instant reconstitué, peu avant son entrée en scène à La Rochelle (photo Xavier Léoty, Sud-Ouest)

L’événement est de taille pour tous les amateurs (je n’ose dire les fans) du groupe folk Malicorne. A l’occasion de son concert aux prochaines Francofolies de La Rochelle, Gabriel Yacoub, son fondateur et chanteur, invitera de nombreux artistes à « rendre hommage à la musique de Malicorne. » En présence, faut-il préciser, des membres du groupe original : Marie Sauvet (ex Marie Yacoub), Laurent Vercambre, Hughes de Courson et Olivier Zdrzalik-Kowalski : à savoir l’exacte formation jusqu’aux disques L’Extraordinaire tour de France… et En public à Montréal (Zdrzalik avait rejoint le groupe en 1977, sur le disque Nous sommes chanteurs de sornettes.) Certes, près de trente ans après, le nom de Malicorne n’évoquera certainement pas grand’ chose aux jeunes. Encore que. Le parental coffre à vinyles est un trésor que certains, plus curieux que d’autres, ont pu visiter, y extirpant de vraies pépites discographiques. De Pierre de Grenoble (sous le nom de Gabriel et Marie Yacoub, en 1973) à Balançoire en feu (1981), la bande à Yacoub nous a ravit de superbes ballades en parties tirées d’un autre temps, constante lutte entre des sonorités peu coutumières les unes aux autres. Malicorne était manifestement le phare du folk français, souvent copié, jamais égalé. Sans doute parce que le travail de Malicorne ne se résumait pas à exhumer le « folklore de nos beaux pays de France » mais de travailler un matériau paradoxalement neuf pour en tirer des perles de poésies d’essence populaire. Le dernier disque, Balançoire en feu est le seul qui ne soit pas tiré de la tradition. Commandé à Étienne Roda-Gil, il s’organise autour du thème du travail. Musicalement encore plus audacieux, annexant d’autres territoires qu’un folk alors trop réducteur, il n’en signera pas moins la fin de l’aventure Malicorne. En 1986 sortira néanmoins Les Cathédrales de l’industrie, autre 33 tours griffé Malicorne. Non le disque de trop (je le tiens pour l’un des meilleurs qui soient) mais usurpé : c’est en effet l’œuvre de Yacoub, en son nom propre, qui monte en puissance. Et la stupide condition d’un producteur de ne sortir cet album que s’il porte le nom du groupe mythique… Histoire sans suite : Malicorne est bel et bien à conjuguer au passé. Se rendre à La Rochelle ne sera pas forcément aller en pèlerinage. Simplement retrouver la force et l’originalité, l’évident talent, d’un des seuls groupes folk de l’époque dont le nom s’inscrit d’évidence dans l’histoire de la chanson française. En lettres capitales.

Yacoub invite Malicorne, jeudi 15 juillet 2010 aux Francofolies de La Rochelle.

Le site de Gabriel Yacoub.

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21 avril 2010. Étiquettes : , . Divers, En scène, Les événements. 4 commentaires.

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