Il y a un an, Mano Solo…

« Un soir dans le vent
Je rejoindrai les partisans
De ceux qui ont de l’amour pour la vie
Un soir dans la nuit
Il suffira d’un instant
Pour comprendre la force d’être unis. »
Mano Solo, Du vent (Les Animals, 2004)

Il y a pile un an, la faux lui a coupé le souffle, le sifflet et le micro, mettant un terme à son désir de vie, à sa folle énergie. À ses colères aussi. La mort a cloué le bec à ce drôle d’oiseau. Le spectacle du monde continue sans lui, avec ses arcs de lumière et ses zones d’ombres, avec parfois sa bravoure, souvent ses désespérances. Lui n’en fait plus partie. Tant que notre mémoire ne faillira pas, tant qu’il nous arrivera de parfois le fredonner, tant que les supports discographiques tiendront le choc à nous restituer au mieux sa voix fragile et forte à la fois, Mano Solo sera là, jamais loin de nous. L’idée est belle et rassurante…

Lire l’article « Mano Solo, 1963-2010 » sur NosEnchanteurs ; le site de Mano Solo.

10 janvier 2011. Étiquettes : . Hommage, Les événements. Laisser un commentaire.

Mano Solo, 1963-2010

Mano Solo (photo tirée de la "une" de Chorus n°35, printemps 2001, photo Francis Vernhet)

« Est-ce que Paris avance / De sa mouvance / Les mots ont-ils toujours leur chance / La pluie coule-t-elle ses ritournelles / Ses adieux de ruisseau / Il faut que je le sache / Il faut que je sorte et que je me lâche / Il faut que je me rassure / Que tout perdure / Que se cravachent les démesures… ». C’est un lundi froid, un hiver rigoureux. La vie s’élance lentement, émergeant de sa gangue poudreuse. La neige sale se ramasse à la pelle, tu vois je n’ai rien oublié. En queue de flash, dans l’ordre d’un protocole honteux mais admis, après le foot, l’info me dit la mort la veille de Mano Solo. La voici donc, la belle promise, celle qui, appelée sans l’être, était toujours fièrement congédiée, remise aux calendes. Dieu seul sait si d’aucuns l’ont prophétisée à longueur de colonnes, ceux-là même qui ne pouvaient voir en une chanson de Mano, à la commissure de ses vers, aux interstices de ses mots, que l’aveu coupable d’un salopard de mal, d’une insidieuse et infamante maladie. L’image restera au prêt-à-porter des idées reçues : à Mano Solo on associera le mot Sida. Ça fera pléonasme et c’est définitivement con. Nous venons de perdre un chic type, un vrai chanteur, un dont les mots sont un constant cri à la vie, une ode à la fois modeste et démesurée. Un artiste protéiforme, en constante recherche, un artisan jamais satisfait, un jardinier chérissant ses vers, cultivant ses dessins, regardant avec tendresse grandir ses fleurs in the garden. Un monsieur d’émotion au verbe déchirant. La mort de Mano Solo est d’importance, qui nous prive d’un artiste d’exception. C’est, le savons-nous, une part de nous qui s’en va, un patrimoine singulier auquel, prématurément, on accole le mot « fin ». Beaucoup de larmes de crocodiles sans doute pour certains, mais un chagrin, un vrai, pour d’autres. Une absence qui débute. Et une œuvre qui, je l’espère, sera un jour redécouverte, sans la morbide obsession de vouloir y trouver référence à la maladie. Une œuvre forte, à remettre dans son contexte politique, social et poétique. Passé le temps du deuil, il faudra s’y employer.

11 janvier 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 3 commentaires.

Mano, septième album Solo

Une fois encore, Mano Solo tutoie l’excellence. Si ce n’était cette voix enivrante, ces trémolos fragiles, charriant parfois le pur bonheur, se cognant souvent au malheur, à la solitude, qui chaque fois nous tirent de notre somnolence, on s’y habituerait presque.
Rentrer au port, son septième opus solo (hors Les Frères misères donc) est, à la première écoute, d’une veine semblable au précédent, cultivé en grande partie à la maison, « in the garden ». Qui plus est avec la même équipe, le même trio : complicité à l’évidence installée, terreau confiant propice plus encore à l’intime, d’où peut germer des chansons qui feront floraison et grandiront en nos oreilles. Le chanteur dit avoir écrit bien la moitié du présent album rien qu’en écoutant jouer ses comparses, y injectant alors ce qui reflète son état d’esprit, des mots jaillis d’une fulgurance, de notes qui font choc et appellent le sens.
A la première écoute seulement. Car cette maison, ce chez-soi, est l’antre d’une dramaturgie d’amour : tout ce qui est chanté en découle. « L’amour c’est pas pour moi / C’est un truc pour les gens qui pleurent / De plaisir ou de bonheur ». Est-ce faute de ne pas avoir assez allumé de feux, ou d’en avoir allumé trop, l’amour s’en est allé. Et lui, plainte déchirante, brûle toujours d’amour, ausculte presque le sentiment, soupèse son absence et le silence. Elle est partie pour un ailleurs meilleur. Et « un ailleurs meilleur / C’est partout où moi je ne suis passé » (Partir ailleurs). Il reste là, avec son petit tas d’amour, à hurler « Au fond de mon bouge / Où rien ne bouge / Sauf le souvenir de toi ».
Rentrer au port est un disque étonnement gai et dansant : c’est musette menée par l’accordéon de Régis Gizavo. C’est tout autant jazz et rock. Et c’est tout triste aussi, mais d’une tristesse belle, paradoxalement joyeuse, nourrie de mots charriant leur part de nostalgie. Le chant de Mano solo pousse en ce sol-là, en ce jardin.

Mano Solo, Rentrer au port, La Marmaille nue/Wagram 2009

6 septembre 2009. Étiquettes : . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

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