Barjac (3) : Marianne Aya-Omac, Jofroi

Dimanche 31 juillet, le château

Après une rapide migration vers le château, une longue attente devant les grilles obstinément fermées (mais ça permet d’intéressantes conversations avec d’autres fondus de chansons), Jofroi nous communique le nom des lauréats du prix Jacques Douai 2011. Il s’agit de Nathalie Fortin, la pianiste attitrée de Gilbert Laffaille et de Francesca Solleville… mais pas que !

Le deuxième lauréat est Gilbert Laffaille lui-même. Le hasard fait bien les choses… et il paraît que c’est vraiment un hasard !
Et puis un hommage sera fait à Marc Chevalier, du duo « Marc et André »… mais pas que !

Marianne, le triomphe faite femme !

Il est pratiquement 22 heures quand nous pouvons enfin écouter la première partie du spectacle du soir : Marianne Aya Omac.
Une Montpelliéraine (en fait, l’ex chanteuse du groupe Ginkobiloba) qui emballe tous les spectateurs, pourtant blasés, de Barjac. Longues minutes d’applaudissements à la fin de chaque chanson, rappels, ovation debout : la belle met le feu et est adoubée « vedette » par un public réputé « difficile » ! J’ai peu d’infos sur son parcours, à part ce qu’elle en dit pendant le spectacle et ce qui figure sur son site, mais je peux dire que c’est dans ce qu’elle propose que se trouve un des futurs de la chanson « populaire » : rythmes, voix, textes… tout est innovant et plaisant et entraînant. Elle me fait penser, dans un registre différent, à Karimouche, une autre jeune chanteuse qui explore des voies (des voix) différentes. La voix, les textes (en français, en anglais, en espagnol, en « trompette ») de Marianne sont davantage formés par le gospell et le spectacle de rue, les rythmes tziganes que ceux de Karimouche. Mais son charisme réunit toutes ces influences et les fédère sous la bannière d’un message humaniste de paix et de fraternité. La « femme-trompette » a encore des surprises pour nous… c’est du moins tout le mal que je nous souhaite !
Et là, Joëlle est d’accord avec moi : « En entendant Marianne, on se demande comment elle peut gérer cette extraordinaire puissance vocale… Puis on renonce à s’interroger, tant elle sait nous embarquer avec elle. »
Tout ce qu’on peut lui souhaiter, c’est de trouver d’aussi bons auteurs que cette « Françoise », une habitante de son village, qui a écrit le texte d’une des dernières chansons que Marianne nous a interprété. Comme le dit Bernard Joyet : « Là, j’ai eu les poils des bras qui se sont hérissés… et ça n’était pas parce que j’étais trop près de l’écran de la télé ! »
Un autre texte, « Homme Femme », paroles et musique Marianne Aya Omac : « Derrière chaque couleur / Derrière chaque apparence / Derrière toutes nos différences / Se cache une vérité / Nous sommes tous et toutes / Les perles d’un même collier / Toutes unies par le même fil / Le fil de la vie / Nous avons tous et toutes / La même responsabilité / De choisir, d’agir / Pour l’avenir / Et pour la paix / Nous avons tous et toutes / Le même rêve secret / Le même rêve sacré / De nous réaliser en toute dignité. » (NosEnchanteurs avait déjà parlé de Marianne : lire « Que Marianne était jolie »)

Jofroi, maître des lieux et vedette en son chez-lui

Après l’entracte, place au maître de la programmation du festival : Jofroi, qui crée là une dizaine des chansons de son nouvel album. Beaux textes, belles musiques, musiciens très pros, éclairages un peu trop « rouges » à mon goût, et qui ne mettaient pas en valeur la belle chemise rouge de Jofroi… et pour une fois qu’un chanteur ne s’habille pas en noir, c’était dommage de ne pas en profiter !
Le temps s’était mis de la partie : mes deux pulls sont restés sur mon sac !
Bon… puisque mon challenge, c’est de donner mon ressenti, je dirais que Jofroi continue sur le sentier qu’il s’est tracé, et que ses mots, ses textes, sont la continuation de ceux de ses précédents albums. Il reste fidèle à lui-même, dans ses images, sa poésie. C’est bien, c’est « de la belle ouvrage »… mais ça m’a laissée sur ma faim ! J’aime bien être un peu surprise, un peu déstabilisée ou un peu amusée et là, je n’ai pas trouvé cette palette d’émotions. J’ai entendu de la belle poésie, un fleuve calme et puissant qui roule des mots bien policés, alors que j’aurais aimé être aussi vivifiée par un petit ruisseau de montagne, un peu roulée et écorchée sur ses cailloux… surtout avec le torrent d’émotions qui venait de nous secouer un quart d’heure auparavant !
Jofroi a commencé sa prestation en disant « Ça ne va pas être facile ». Je pensais qu’il faisait référence à : prendre la suite de Marianne, mais je crois maintenant qu’il pensait plutôt à son propre spectacle, qu’il créait là, à Barjac, chez lui, devant « son » public. Il s’en est bien sorti, mais le vainqueur du jour du public, ça a été Marianne Maya Omac… que Jofroi lui-même avait découverte avant nous, puisque c’est lui qui l’a programmée ! Tu quoque mi fili !

Thomas Pitiot, chansons généreuses et colorées

Le soir, à la « scène ouverte », il y avait de nombreux inscrits dont quelques connaissances : Martine Scossezi (qui a fait la première partie de Marianne Maya Omac, il y a peu, à Sainte-Tulle), Paul Meslet, Thomas Pitiot… et une douzaine d’autres ! (dont un instit qui nous a interprété un jouissif « tango des mogettes »… des fayots, quoi !)

(suite de ce « Barjac en léger différé » demain sur NosEnchanteurs)

1 août 2011. Étiquettes : , , . Barjac, Catherine Cour, En scène, Festivals. 2 commentaires.

Que Marianne était jolie !

Marianne (photo DR)

Archive. Ce papier a à peine trois ans. On y parle de découverte mais ce n’est autre que Marianne, l’ex chanteuse de Ginkobiloba, à savoir l’une des dames les plus impressionnantes qui soient de la chanson. On attend d’elle un permier disque sous son vrai patronyme mais là n’est pas l’essentiel : il faut l’avoir vu en scène !

C’est rare qu’une découverte fasse à ce point l’unanimité, qu’une inconnue se taille un tel et énorme succès. Que dis-je, un tel triomphe ! Relativisons : la belle inconnue ne l’est pas. Ou pas tout à fait. C’est Marianne Cambournac, que nous connaissions par Ginkobiloba, dont elle reprend, un peu, du répertoire. Marianne s’est affranchie du groupe et se lance dans une carrière sous son prénom. Où elle laisse plus encore exploser sa réjouissante personnalité. Par deux fois, une en solo salle Daquin, l’autre avec le trio Zéphir et une seconde chanteuse au Quarto, nous avons eu l’occasion de (re)faire connaissance avec Marianne. En deux formules forcément différentes, nous avons eu la conviction puis l’évidente confirmation que le grand moment du festival était là, en Marianne. La tâche est facile pour les membres du jury appelés à décerner le trophée des « 2 Oreilles » : sans vouloir nullement les influencer, je dis, à l’instar de Delpech et pour de toutes autres raisons, que Marianne était jolie. Et que son chant est un des plus beaux qu’il nous fut donné d’entendre depuis fort longtemps. Marianne est, sans conteste, une folk-singeuse, dont la voix fait caisse de résonance à des propos humains et humanistes qui ne souffrent d’aucune ambiguïté. Une voix majestueuse, forte, claire, à personnalité : dans la cohorte de voix féminines qui abondent sur le marché du disque, Marianne saura sans aucun mal imposer la sienne. Ne chanter qu’en français l’ennuie, ne chanter qu’en espagnol la fatigue, ne chanter qu’en anglais l’énerve. En conséquence elle chante dans ces trois langues. Et trompette de sa bouche tant et si bien qu’elle égale sinon dépasse l’instrument : c’est stupéfiant, c’est incroyable ! Elle a de plus la précision et la technique de la guitare. Elle qui dit avoir tout appris des gitans, n’a visiblement que peu à envier encore des joueurs de flamenco. Belle écriture, voix étonnante, musicienne accomplie, Marianne ne serait toutefois pas elle sans cet étonnant rapport au public, aux gens. D’une simplicité sans égal, d’un charisme étonnant, elle fait total partage. Seule en scène, elle est magique. Pas un moment de répit, ni pour elle ni pour le public. C’est brio. Avec ses musiciennes (Delphine au violon, Marion à l’alto, Claire au violoncelle, Fatine à la voix), on gagne encore en espace, en dimension, en beauté. Il faut les voir et les entendre, ces cordes baignées d’une lumière hologramme, dessiner avec discrétion, sans jamais forcer le trait, en pleins et en déliés, les contours de la pure générosité. Il faut entendre cette autre voix, celle de Fatine (ex-Ginkobiloba aussi), s’ajouter au chant majeur de Marianne, en faire les ombrés, les surligner. « Derrière chaque couleur / Derrière chaque apparence / Derrière toutes nos différences… » Conscience, citoyenneté, infinie tendresse à la mère, à l’amant… « J’aimerais être une mouche / Me poser sur ta bouche / Et comprendre tes mystères », le répertoire est large, toujours prenant, toujours touchant, toujours enthousiasmant. A La Ricamarie un vendredi soir d’avant Souad Massi, à Unieux un dimanche après-midi en vedette : par deux fois le public, unanime et debout, à fait, dans une émotion palpable, une très longue ovation à Marianne.

Le site de Marianne Aya-Omac.

6 mai 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts. 2 commentaires.

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