Rencontre à Genève, lors du Salon du livre

A nouveau sur la route. Cette fois à Genève, chez nos amis helvètes, à l’occasion du Salon du livre et de la presse. Où je participe ce dimanche à un débat sur « Les mots des chanteurs romands » avec, réunis autour du micro, une belle brochette de chanteurs du cru : Zedrus et Denys Surdez, père et fils chanteurs et poètes, Thierry Romanens et Blandine Robin. Et Michel Kemper, votre serviteur l’enchanteur, qui y dédicacera tant Mes nuits critiques que Les Vies liées de Lavilliers. Débat animé par Pascal Schouwey.

Ce débat aura lieu dimanche de 15 h 30 à 17 h sur le stand de la scène du Cercle i1145 (le Cercle est facile à repérer, c’est le stand avec les immenses rideaux rouges, la scène est juste derrière, devant le Café Livresse).

J’ai souvent consacré des lignes à Thierry Romanens (notre photo), comme celles-ci : « Thierry Romanens, suisse encore inédit en France, est à Sarclo ce que Dupont est à Dupond. Avec un look à la Tintin. Lumineux ! Il nous vient du pays des banques, fait le mariole, pas le branque. Il est direct, franc, jovial, gueule de Tintin picaresque et pittoresque : Heureux comme un cochon dans la fange / Je ne suis qu’un rieur aux anges. Ravis, en tous cas, de faire connaissance avec un petit suisse de la chanson, qui partage avec l’autre helvète qu’est Sarclo un goût consommé de l’impertinence, du caustique, de l’humour radical, que contrecarre une poésie urgente, qui se fout pas mal des rimes. » (suite ici)

Nous reviendrons sur Zédrus, cette semaine, à l’occasion de la sortie de son nouvel album, Dans la différence générale.

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24 avril 2012. Étiquettes : , , , , , . Festivals, Les événements. 1 commentaire.

Se rendant à Randan (la route aux quatre chansons)

Rémo Gary, Michel Bülher, Isabelle Aubret, Charles Dumont, Michèle Bernard et Yves-Ferdinand Bouvier (photo Roland Moulin /La Montagne).

Dimanche des Rameaux. Les vieux marchent à pas précautionneux mais décidés vers l’église, tous avec leur bouquet dans la main, plus qu’il ne leur en faut, largement de quoi se protéger dans un futur indécis. Le parking est à guichets fermés. Il est tôt ce dimanche mais la petite commune de Randan vit sa foi en une rare communion. En face, la salle de l’ancien marché ne s’est pas encore réveillée. Se fêtent ici tant le livre que la chanson, le livre de chanson. Les artistes sont lève-tard. Hier au soir, une partie d’entre eux sont allé se produire à La Capitainerie, très belle salle dans la petite commune de Joze. Michel Bühler, Rémo Gary, Sabine Drabowitch, Anne Sylvestre et Michèle Bernard (ainsi que Nathalie Fortin et Arnaud Lauras, le commandant de cette capitainerie, au piano) ont donné le meilleur d’eux-mêmes et c’est peu de le dire. Puis le grand repas, d’un raffinement exquis…

Michèle Bernard et Ane Barrier (photo Laurent Balandras)

Ils auront du mal d’être à l’heure ce matin. Edda, en bonne organisatrice en chef, est la première arrivée, à ouvrir la salle. A la réveiller, à préparer le café. Leny Escudéro est à l’heure, prêt à jouer du stylo et dédicacer disques et livres. Ses livres ? Deux recueils de ses chansons, parus chez Christian-Pirot éditeur. Pirot était un fidèle de La Chanson des livres de Randan, avec chaque fois son étal de livres pas comme les autres, fait avec l’amour de la chanson, avec l’amour du livre, du vrai, dont l’encre et le papier se hument longtemps, pages qu’on palpe, qu’on tourne avec précaution et respect. Pirot est mort et tous ses bouquins sont passés au pilon, sans autre forme de procès. Ne reste qu’un site désespérément figé dans un flamboyant passé.

"C'était tout c'qu'elle avait, pauvrette, comme coussin" (photo Serge Féchet)

Hormis Lény, les deux vedettes de cette dixième édition sont sans conteste Isabelle Aubret et Charles Dumont, les deux seuls d’ailleurs à s’affranchir de la vie de groupe, de cette confraternité d’artistes, englués dans leur statut, dans leur image, dans une grande solitude qui contraste tant avec cette foule d’admirateurs qui attendent leur précieuse et sainte dédicace. Dumont qui ne regrette toujours rien, Aubret pour qui c’est toujours beau la vie, sont stars pour deux jours. Il y a là, outre les artistes déjà cités, l’ami Bertin qui fait le Jacques, très pince sans rire d’un humour fou. A ses côtés, Ane Barrier, la veuve au Ricet, qui prolonge la fidélité de son mari à cette fête, toujours présent, sans jamais le moindre mot d’excuse. C’est pas demain que le souvenir du Ricet s’estompera… Il y a aussi Kitty, la veuve au Bécaud, le dessinateur José Corréa, Bruno Théol… Et Jean Dufour, un grand personnage de la chanson s’il en est, un type bon comme le bon pain, un mec bien. Lui, Laurent Balandras, Yves-Ferdinand Bouvier… Patrick Piquet aussi, pour « Le temps d’amour », très beau livre-disque sur Gaston Couté, concocté avec l’ami Pierron il va de soi. Et Kemper, votre serviteur, qui toute la matinée dessine les poissons du premier avril et les colle dans le dos de ses copains. Qu’ils sont beaux Dufour et Escudéro avec leurs poissons ! Isabelle Aubret, elle, se colle le poisson entre ses seins : « C’était tout s’qu’elle avait, pauvrette, comme coussin. » Blagues, rires, ambiance bon enfant et, de temps à autres, un bouquin vendu, une belle dédicace, la fortune qui vient.

Yves Vessiere et Jacques Bertin (au fond, Coline Malice). Photo Christian Valmory©Vinyl

L’après-midi sera rude. Un public nettement plus important, certes, mais aussi la difficile digestion. Du festin de la veille et du cochon de lait de ce midi. Mais cochon qui s’en dédit, nous sommes les forçats de la dédicace. Seule Ane ma sœur Ane, en habituée des lieux, avait prédit le coup, qui dédicace les disques de son défunt mari par l’empreinte de la signature du Ricet qu’elle poinçonne sur le livret. On se rue sur les stars. Franchement, Charles Dumont ne regrette pas d’être venu. Même les fanzines se targuent de leur nouvelle notoriété : « Le Club des années 60 », « Je chante », « Vinyl », que du beau et du solide d’ailleurs, du testé, de l’éprouvé. Mais des chansons qui ne savent que rester dans les livres, c’est un peu triste. Fortiche, la Fortin sort son petit piano autour duquel s’agglutinent nos amis chanteurs : les Sylvestre et Bühler, les Bertin et Bernard, Coline Malice et Sabine Drabowitch, Yves Vessière, Kandid, Rémo Gary… Pas les stakhanovistes de la dédicace, non, qui eux signent à tour de bras, à s’en fouler le poignet.

Leny Escudero, autre chouette type (Photo Christian Valmory©Vinyl)

Belle journée vraiment, belle fête. C’est trop beau, c’est trop bien, on reviendra, Edda. D’ici là, Dumont aura pondu son troisième tome, qu’il ne regrettera toujours pas.

2 avril 2012. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , . Festivals. 7 commentaires.

Un week-end stéphanois sur les traces de Nanar (2)

26e fête du Livre de Saint-Etienne, grand chapiteau, 15 et 16 octobre 2011. Je m’étonnerais toujours de l’intelligence, du QI calamiteux, du manque de cohérence de cette Fête du livre à laquelle, du reste, je n’étais pas vraiment invité, encore moins désiré, juste admis du bout des doigts, sans invitation dans le cénacle des auteurs, ni au pince-fesses en soirée ni même aux repas du midi. Le vendredi soir, au Fil, la salle de musiques actuelles, une soirée dansante s’est déroulée dans le cadre de cet événement. En fait un spectacle pour partie littéraire pour partie musical, sur… Etonnez-vous ! Lavilliers semble-t-il. Ses aventures, son histoire ! Et moi de ne pas en avoir été informé… Ce sont les gens, au stand, qui m’en parleront tout au long du week-end !
Qu’importe, j’y dédicace au (vraiment sympathique) stand de Chapitre.com et épuise petit à petit l’imposante pile de livres. Dans mon dos, l’illustre Piem, le visage flanqué de son indispensable pipe. Et l’inénarrable Thierry Roland, le « tout à fait Thierry ! » du poste. Il dédicace lui-aussi, je ne savais pas qu’il savait écrire. Dans le même stand, un peu à part, presque isolé, Roland Dumas, politicien et avocat, celui du prix à la pompe, des pompes hors de prix et des amitiés douteuses. A mes côtés, Pierre Lunel, un de Perpignan, auteur prolifique et réactif, qui écrit sur les Grimaldi, sur Mère Thérèsa, désormais sur les Borgia… Je fais dans la pop, lui dans le pape. Tels des gamins hilares, nous rivalisons de slogans pour attirer le chaland. Pierre est un type bien.
A croire que tous mes lecteurs s’y sont donné rendez-vous. On me parle sans cesse des « Vies liées de Lavilliers », on me remercie. Pas un reproche, pas une insulte. Et ce sont, bien souvent, des fans du chanteur qui sont devant moi.
A quelques mètres de là, sur un autre stand, signe Jean-Claude Oulion, l’ainé, le frère de qui vous savez, un peu auteur lui-même. Il passe devant moi, s’arrête, me fixe. Si ces yeux pouvaient décocher des flèches trempées de curare, je serais depuis lors au chapitre posthume.
Ceux qui m’abordent cherchent des compléments d’information, de croustillantes anecdotes, quelques plagiats de plus, pour la route. Et tous de me questionner sur l’omerta, le grand silence sur ce livre. Tous choqués, indignés. Tant que ça en devient presque pour certains un mobile d’achat. L’un d’eux a entendu parler de ce livre avec insistance par une association pour la liberté de la presse : joli paradoxe tant il est vrai que justement la presse a fait grand silence !
Reste que c’est invité par le Club de la presse de la Loire que je me retrouve derrière un micro, dans une salle de l’hôtel de ville, interviewé par Jean-Pierre Jusselme, un journaliste qui a pris le temps de me rencontrer auparavant, et celui de lire mon livre. On n’y parle surtout pas des sujets qui fâchent, du reste ces Vies liées comportent tant de facettes que la conversation va bon train (on peut écouter cet entretien sur la présente vidéo). Retour au stand et dédicaces presque à tour de bras. La journée s’épuise et je referme le livre. Peu de temps d’ailleurs, car deux jours plus tard je suis au bistrot des Tilleuls, à Annecy, invité pour parler des « Vies liées de Lavilliers ». Formidable soirée d’ailleurs : si j’ai le temps j’y reviendrai. Avec plaisir.

L’entretien avec Michel Kemper, sur l’éphémère « Radio-Liberté » du Club de la presse de Saint-Etienne : http://www.saint-etienne.fr/videotheque/entretien-michel-kemper-vies-liees-lavilliers-flammarion

23 octobre 2011. Étiquettes : , . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 3 commentaires.

Un week-end stéphanois sur les traces de Nanar (1)

Didier Hominal, dit "Monsieur Bidon". L'histoire retiendra que c'est qui qui, 46 ans après, à réveillé les chansons endormies de Lavilliers (photo DR)

Amicale laïque de la Terrasse, à Saint-Etienne, ce samedi 15 octobre 2011. Le public est sagement assis, les artistes aiment se faire attendre. Fred, le caméraman, est en position depuis longtemps. Didier et moi arrivons, lui chargé de sa guitare, moi d’un carton de bouquins. Accueil par Jean Navrot. Navrot est un de ces agitateurs culturels comme on ne sait plus en faire. Il fut ami d’Odouard et de Dupperay : Jean Dupperay, le fameux instit’ du jeune Bernard Oulion, et Marcel Odouard, l’anarcho-syndicaliste qui incita Bernard à se lancer dans la chanson. Au départ de Lavilliers, Navrot fut de la distribution de la pièce Mourir, cette chance ! C’est dire le bonhomme…
L’assistance est faite pour partie d’anciens de la Manu, la Manufacture nationale d’armes de Saint-Etienne. Quelques dizaines de personnes pour découvrir ou retrouver Lavilliers, le leur.
On ne connaît vraiment Didier Hominal que sous son nom d’artiste de Monsieur Bidon. Didier a relevé cet étonnant défi qui lui a été lancé quelques jours plus tôt, au déboté : réveiller des chansons endormies et oubliées de Bernard Lavilliers, celles, stéphanoises, d’il y a quarante-six ans, jamais gravées sur disques. Bidon s’en mettra trois en bouche : L’homme en bleu où Nanar se chante en ouvrier tourneur, à la Manu, rêvant d’Eve et de « cet homme qui a nom Adam » ; Ça en fait des croix où notre jeune fabricant d’armes parle de la guerre ; et Moi, j’aime pas les flics qui se passe de tout commentaire. Le cadeau est sympathique, l’émotion palpable. Navrot y retrouve la trace presque d’une école stéphanoise de la chanson, quant aux thèmes abordés et la façon de le faire, dans laquelle s’inscrivent aussi des André Meillier et Claude Lyonnaz, comparses d’époque du sieur Lavilliers.
A moi de faire causette sur le livre ; au public d’intervenir. La contradiction est portée par une dame blonde, très respectueuse et attentive, pas tout à fait convaincue de ma démarche, réticente. On saura plus tard qu’elle est cousine de Bernard. C’est vrai que si Saint-Etienne est terre de houille, elle l’est tout autant de Oulion. Le week-end en sera pavé. Les questions sont ici comme partout, avec toutefois la précision d’un scalpel : « Doit-on investiguer la chanson ? », « Peut-on biographer sans l’accord de l’intéressé ? », « Pourquoi révéler le vrai Lavilliers ? », « Pourquoi et comment une telle omerta ? »… Aux gars de la Manu, je n’apprends rien sur la légende. Ils savent le bonhomme et on ne la leur fait pas. Ils nourrissent simplement de détails. Et disent leur franc respect, leur admiration même, au papa Oulion, le paternel de Bernard : « Bien sûr qu’il avait sa carte du Parti, c’est moi qui lui vendais le timbre chaque début du mois ! » dit fièrement l’un d’eux, ajoutant : « Vu ses responsabilités administratives à la Manu, être communiste lui valait d’être mal vu. » Après la « conférence », on se retrouve au bar de l’Amicale, qui devant un muscat, qui à siroter un communard, à poursuivre l’étonnant Bernard Oulion devenu Lavilliers, à fouiller les souvenirs. C’est franc, direct, intelligent. Et sensible. On est à Sainté et Bernard est un des nôtres. Ou le fut. Et de parler de lui, sans effets de manches, sans légende à dormir debout, ça fait du bien. Pour eux c’est parler d’un copain parti il y a longtemps. Mais étonnement présent.

(Suite bientôt. Dès que les images vidéo seront prêtes, nous en diffuserons sur You Tube, sur NosEnchanteurs et sur le site Voleurdefeu).

17 octobre 2011. Étiquettes : , , , . Les événements, Les vies liées de Lavilliers. 3 commentaires.

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