Le retour de Michel-Marie Perraudin

Michel-Marie Perraudin, 1er mai 2010, salle des Rancy à Lyon,

Perraudin, artiste rare et forcément précieux (photo Robert Dubost)

Bien cinq ans au bas mot qu’il n’avait pas foulé les planches d’une scène… Michel-Marie Perraudin est un discret, à toujours, derrière ses consoles, offrir son et lumières et valoriser le travail des autres en taisant le sien, insatisfait notoire. À toujours remettre ses vers, les siens, sur l’établi, à les peaufiner, les envisager autrement, cause au doute. Là, il se (re)lance. Et s’élance sur scène dans l’ombre du souffle d’un accordéon, discrètement, presque par inadvertance. Perraudin ne fait pas dans la distraction, le futile, le joyeux, ça se saurait. Le soufflet ne lance d’abord que des notes poisseuses mais étonnement belles, qu’on dirait tirées d’un Brel éclusant son mal-être : le tragique est pareil. Comme l’art de Perraudin, cousu de mots finement travaillés surpiqués de révoltes, vers sans concessions, qui jamais ne baissent la tête ni n’abdiquent. Des mots frondeurs, des mots mutins. Qui réveillent les consciences, parfois en convoquant l’Histoire, jugeant actes et personnages. Ainsi Jaurès, tenu en grand respect. Ainsi Mitterrand, moins bien traité : « T’avait-on investi que par procuration / À tenir les rênes de nos désillusions ? Le coup du Père… François. » Chez Perraudin, la rancune est comme la mémoire, tenace. « Déjà petit petit / J’aimais à croire en rien. » Sauf à Brassens, à qui il doit beaucoup et dédie une de ses compositions. Sauf à la mer, sauf à la Corse où il trouve sa source : « Ma mer était immense / Et son ciel était corse. » Il y a dans les textes de Michel-Marie une force rare, une évidence des mots qui, même dans leur coutumière noirceur, sont lumineux. Et imposent silence et respect : on entre en des chansons qui valent souvent édito, qui en disent plus long que leur strict format. Les colères du chanteur tranchent avec le velouté de son étrange et douce voix, mélancolique à souhait. Perraudin est au micro, parfois flanqué de sa guitare ; son accordéoniste, Jean-Christophe, souvent au piano. Configuration intime qui sied à un répertoire forcément rare, précieux. Qu’on aimerait pour autant voir gagner d’autres scènes, histoire de partager le plaisir…

Le myspace de Michel-Marie Perraudin.

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3 mai 2010. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

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