Se rendant à Randan (la route aux quatre chansons)

Rémo Gary, Michel Bülher, Isabelle Aubret, Charles Dumont, Michèle Bernard et Yves-Ferdinand Bouvier (photo Roland Moulin /La Montagne).

Dimanche des Rameaux. Les vieux marchent à pas précautionneux mais décidés vers l’église, tous avec leur bouquet dans la main, plus qu’il ne leur en faut, largement de quoi se protéger dans un futur indécis. Le parking est à guichets fermés. Il est tôt ce dimanche mais la petite commune de Randan vit sa foi en une rare communion. En face, la salle de l’ancien marché ne s’est pas encore réveillée. Se fêtent ici tant le livre que la chanson, le livre de chanson. Les artistes sont lève-tard. Hier au soir, une partie d’entre eux sont allé se produire à La Capitainerie, très belle salle dans la petite commune de Joze. Michel Bühler, Rémo Gary, Sabine Drabowitch, Anne Sylvestre et Michèle Bernard (ainsi que Nathalie Fortin et Arnaud Lauras, le commandant de cette capitainerie, au piano) ont donné le meilleur d’eux-mêmes et c’est peu de le dire. Puis le grand repas, d’un raffinement exquis…

Michèle Bernard et Ane Barrier (photo Laurent Balandras)

Ils auront du mal d’être à l’heure ce matin. Edda, en bonne organisatrice en chef, est la première arrivée, à ouvrir la salle. A la réveiller, à préparer le café. Leny Escudéro est à l’heure, prêt à jouer du stylo et dédicacer disques et livres. Ses livres ? Deux recueils de ses chansons, parus chez Christian-Pirot éditeur. Pirot était un fidèle de La Chanson des livres de Randan, avec chaque fois son étal de livres pas comme les autres, fait avec l’amour de la chanson, avec l’amour du livre, du vrai, dont l’encre et le papier se hument longtemps, pages qu’on palpe, qu’on tourne avec précaution et respect. Pirot est mort et tous ses bouquins sont passés au pilon, sans autre forme de procès. Ne reste qu’un site désespérément figé dans un flamboyant passé.

"C'était tout c'qu'elle avait, pauvrette, comme coussin" (photo Serge Féchet)

Hormis Lény, les deux vedettes de cette dixième édition sont sans conteste Isabelle Aubret et Charles Dumont, les deux seuls d’ailleurs à s’affranchir de la vie de groupe, de cette confraternité d’artistes, englués dans leur statut, dans leur image, dans une grande solitude qui contraste tant avec cette foule d’admirateurs qui attendent leur précieuse et sainte dédicace. Dumont qui ne regrette toujours rien, Aubret pour qui c’est toujours beau la vie, sont stars pour deux jours. Il y a là, outre les artistes déjà cités, l’ami Bertin qui fait le Jacques, très pince sans rire d’un humour fou. A ses côtés, Ane Barrier, la veuve au Ricet, qui prolonge la fidélité de son mari à cette fête, toujours présent, sans jamais le moindre mot d’excuse. C’est pas demain que le souvenir du Ricet s’estompera… Il y a aussi Kitty, la veuve au Bécaud, le dessinateur José Corréa, Bruno Théol… Et Jean Dufour, un grand personnage de la chanson s’il en est, un type bon comme le bon pain, un mec bien. Lui, Laurent Balandras, Yves-Ferdinand Bouvier… Patrick Piquet aussi, pour « Le temps d’amour », très beau livre-disque sur Gaston Couté, concocté avec l’ami Pierron il va de soi. Et Kemper, votre serviteur, qui toute la matinée dessine les poissons du premier avril et les colle dans le dos de ses copains. Qu’ils sont beaux Dufour et Escudéro avec leurs poissons ! Isabelle Aubret, elle, se colle le poisson entre ses seins : « C’était tout s’qu’elle avait, pauvrette, comme coussin. » Blagues, rires, ambiance bon enfant et, de temps à autres, un bouquin vendu, une belle dédicace, la fortune qui vient.

Yves Vessiere et Jacques Bertin (au fond, Coline Malice). Photo Christian Valmory©Vinyl

L’après-midi sera rude. Un public nettement plus important, certes, mais aussi la difficile digestion. Du festin de la veille et du cochon de lait de ce midi. Mais cochon qui s’en dédit, nous sommes les forçats de la dédicace. Seule Ane ma sœur Ane, en habituée des lieux, avait prédit le coup, qui dédicace les disques de son défunt mari par l’empreinte de la signature du Ricet qu’elle poinçonne sur le livret. On se rue sur les stars. Franchement, Charles Dumont ne regrette pas d’être venu. Même les fanzines se targuent de leur nouvelle notoriété : « Le Club des années 60 », « Je chante », « Vinyl », que du beau et du solide d’ailleurs, du testé, de l’éprouvé. Mais des chansons qui ne savent que rester dans les livres, c’est un peu triste. Fortiche, la Fortin sort son petit piano autour duquel s’agglutinent nos amis chanteurs : les Sylvestre et Bühler, les Bertin et Bernard, Coline Malice et Sabine Drabowitch, Yves Vessière, Kandid, Rémo Gary… Pas les stakhanovistes de la dédicace, non, qui eux signent à tour de bras, à s’en fouler le poignet.

Leny Escudero, autre chouette type (Photo Christian Valmory©Vinyl)

Belle journée vraiment, belle fête. C’est trop beau, c’est trop bien, on reviendra, Edda. D’ici là, Dumont aura pondu son troisième tome, qu’il ne regrettera toujours pas.

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2 avril 2012. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , . Festivals. 7 commentaires.

Portfolio : Michèle Bernard

par Catherine Cour

Côté artiste ou côté spectateur, côté Cour ou côté jardin, la création d’un spectacle est toujours une grande aventure. Quand de surcroît l’artiste s’appelle Michèle Bernard, c’est un évènement ! Il m’est impossible de séparer son répertoire destiné aux « enfants » de celui pour les « adultes ». Tous ses textes apportent une vision de la vie, une réflexion compréhensible, quel que soit l’âge de l’auditeur.
Ce nouveau spectacle, dont le thème principal est « les cinq sens », est conçu pour être abordable par tous. Chacun y trouvera le niveau de lecture, de compréhension, adapté à son âge ; toutes les générations devraient en ressortir enchantées. La vue fait partie des cinq sens et ce spectacle, vivant et coloré, se prête à merveille à une illustration par la photo… avant de pouvoir aller le découvrir « pour de vrai » !

5 mars 2012. Étiquettes : . Catherine Cour, Portfolio. 2 commentaires.

Randan : ces chanteurs qui se livrent

Ça vaut le coup de l’annoncer un peu en avance, ne serait-ce que pour s’organiser en conséquence. Le Salon La Chanson des Livres de Randan fête cette année 2012 sa dixième édition. Randan ? C’est un petit village de 1500 habitants, dans le Puy-de-Dôme, pas très loin de Vichy. Petit village qui, une fois par an, accueille la crème des chanteurs pour nous parler de chanson certes, mais par l’autre bout de la lorgnette, par ses livres : des autobiographies souvent, des biographies parfois, des recueils de chansons aussi.

Ainsi Nicoletta, Julos Beaucarne, Jean Guidoni, Valérie Lagrange, Maddly Bamy, Fred Mella, Jeanne Cherhal, Hervé Vilard, Olivia Ruiz, Allain Leprest, François Jouffa, Francesca Solleville, Hervé Cristiani, Anne Sylvestre, Leny Escudero, Kent, Serge Utge-Royo, Anne Vanderllove, Pierre Vassiliu, Armande Altaï, Emma Daumas, Gérard Lenorman et bien d’autres sont passés par là ; Ricet Barrier y venait chaque année pour y partager ses incroyables éclats de rire.

L’édition de la décennie s’organisera autour d’Isabelle Aubret et de Charles Dumont, la première pour son autobiographie C’est beau la vie parue chez Michel Lafon, le second pour son autobiographie Non je ne regrette toujours rien parue chez Calman-Lévy. A leurs côtés, pas mal d’autres chanteurs et auteurs : Leny Escudero (photo en haut), Anne Sylvestre, Remo Gary, Michèle Bernard, Michel Bühler, Jacques Bertin (photo ci-contre), ainsi que Kitty Bécaud, Ane Barrier et, entre autres, Michel Kemper, votre serviteur.

Ça se déroule les 31 mars et 1er avril 2012, de 14 à 18 heures le samedi et de 10 à 17 heures le dimanche (entrée à 2€) et c’est l’occasion privilégiée de rencontrer autant d’artistes, de pouvoir converser avec eux. Et de repartir, mine de rien, les bras chargés de livres dédicacés.

Le site de la Chanson des Livres, c’est ici.

29 février 2012. Étiquettes : , , , , , , , . Biblio, Festivals. 7 commentaires.

Le néant béant de chez Guéant

Sinistre ministre, Claude Guéant est un bon soldat qui drague dans la lie et répand son odieux, pestilentiel et présidentiel fumet, belle fragrance pour flatter le délicat odorat d’un électorat frontiste, narines marines et bouches d’égouts. Selon lui « toutes les civilisations ne se valent pas. » Et Bruno Gollnisch d’applaudir et de surajouter : « Je respecte beaucoup les autres civilisations mais j’ai le droit de penser que l’orchestre symphonique, c’est supérieur au tam-tam, même si le tam-tam c’est entraînant. » Même Luc Ferry, qui a besoin d’exister, renchérit (je le cite de mémoire) que l’opéra est supérieur au tambourin. Y’a bon Banania, nous sommes revenus aux pires heures du colonialisme !
A ces trois tristes individus, à leurs patrons et à leurs électeurs, j’aimerais faire entendre cette chanson de Michèle Bernard, Qui a volé les mots ?, qui prouve à quel point nous avons pillé les autres civilisations (preuve qu’elles ne sont pas si inférieures que ça). Que nous nous les sommes mises en bouche au quotidien, qu’elles nous permettent jour après jour de nous exprimer. Y compris, hélas, pour dire de telles conneries.

10 février 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 7 commentaires.

L’heure de la sortie

Photo d'archives : Michèle Bernard dans une classe de l'Ecole Lucie-Aubrac, à Cournon, en 2010 (photo DR)

Luc Ferry, François Fillon, Gilles de Robien, Xavier Darcos, Luc Chatel. Depuis quelques années, la casse de l’éducation nationale est ahurissante, en direct sous nos yeux, sans susciter trop de réactions, si ce n’est ces parents d’élèves qui rituellement, chaque année, se mobilisent pour lutter contre les fermetures de classe, puis s’en vont voter pour ces tueurs d’école.
Mais il n’y a pas que ces suppressions de postes visibles, loin s’en faut. Il y a tous les autres, qui tous contribuent à la qualité de l’enseignement, à un « plus » qui ne se chiffre que difficilement, ne se quantifie que rarement dans les études et statistiques.
Ainsi ces conseillers pédagogiques en éducation musicale. Le conseiller pédagogique en éducation musicale est un maître formateur spécialisé qui a une mission d’impulsion, d’accompagnement, de conseil, de formation et d’innovation auprès des écoles et des enseignants.
J’en connais quelques-uns, exemplaires, parmi bien d’autres qui ne le sont pas moins. Qui tous ont initié des actions pareillement exemplaires.
J’ai, sous les yeux, ce  livre-cédé de 2006, Chansons en papillotes, sous-titré « 8 titres à déguster » (chansons de et interprétées par Michèle Bernard, Christopher Murray, François Forestier et Rémo Gary, Michel Jacques et Laurent Touche, Bruno Feugère, Pascal Descamps, Gil Chovet, Yves Matrat et Philippe Veau), enregistré grâce au formidable travail de l’équipe des conseillers pédagogiques du département de la Loire : Nadine Maisse, Michel Barret et Sylvie Jambrésic. L’édition de ce cédé, aux éditions Lugdivine, avait donné lieu, les années suivantes, à une foultitude d’actions passionnantes dans tout le département : classes APAC, concerts-rencontres avec les artistes, travaux d’ateliers autour des chansons d’un panel très ouvert. A un partenariat peu commun aussi, associant pour la première fois l’ensemble ou presque des forces musicales de ce département, même les jeunes chanteurs de la Maîtrise de la Loire pour l’interprétation collective des chansons. Une action exemplaire parmi d’autres…

Gil Chovet (photo DR)

Politique de restriction budgétaire oblige, deux de ces conseillers sont renvoyés devant des classes en dépit de l’excellence de leur action et de leur investissement au service de la musique et des élèves (depuis quelques années, même leurs frais d’essence n’étaient plus pris en compte, comme leurs homologues d’autres départements…). Nadine Maisse a été éjectée l’an dernier, un des deux autres devrait l’être cette année. Non pas – j’insiste – parce qu’ils ne donnaient pas toute satisfaction dans leurs missions, bien au contraire, mais parce qu’il fallait reprendre des postes, dégraisser l’éducation nationale : c’est tout un ensemble de partis-pris pour l’école et la culture qui sont anéantis… On ne peut que regretter que, dans ces périodes de restriction et dans un département difficile comme celui de la Loire, ce soient les enseignements artistiques et culturels qui sont visés par les suppressions de postes. Les autorités académiques ont beau jurer pouvoir maintenir toutes les actions conduites par ces trois conseillers, il n’en sera évidement rien. Ces enseignements artistiques ont été portés avec constance et passion par des spécialistes qui n’ont cessé de se former eux-mêmes et de pratiquer la musique afin d’être des formateurs toujours plus exigeants et en évolution constante dans les missions qui leur étaient confiées : missions de  formation et de mise en relation des artistes avec des écoles, des musiciens intervenants et des professeurs. Et surtout pour les élèves. Aucun formateur autre ne pourra remplacer le travail remarquable des conseillers spécialisés en musique pour le développement du chant choral, de l’écoute et de différents types d’expression musicale avec des partenaires choisis.
Un seul conseiller pour un tel département, pour couvrir de Rive-de-Gier à Roanne, de Bourg-Argental à Chazelles-sur-Lyon, c’est pitoyable. Cette suppression d’un des deux derniers postes entraînera fatalement un appauvrissement puis une disparition des rencontres-chorales que ces conseillers avaient mises en place depuis de nombreuses années et qui ont permis à de nombreux enfants de tout le département de chanter sur différentes scènes et de partager de vraies émotions artistiques aux côtés d’artistes tels que Petrek, Bissa Bienvenue, Hervé Lapalud, Patrick di Scala, Gilles Pauget, Edgard Ravahatra, etc.

Alors messieurs Sarkozy et Chatel auront beau faire leurs plus beaux sourires, jurer sur qui ils veulent qu’ils aiment l’éducation nationale, que moins il y aura d’enseignants et plus l’enseignement sera de qualité (si, si !), nous savons le mépris qu’ils affichent constamment, en tous lieux, en toutes écoles, en tous collèges, à tous moments de la vie éducative. C’est zéro sur vingt pour leur misérable copie et direction la porte ! Leur restent soixante-quinze jours pour enfin faire leur cartable.

C’est ainsi dans le département de la Loire, c’est sans doute pareil chez vous. Laissez en commentaires vos témoignages, histoire de se faire une juste idée de cette formidable casse…

7 février 2012. Étiquettes : , , . Chanson sur Rhône-Alpes, Saines humeurs. 17 commentaires.

Une Tranche de Scène pour Michèle Bernard

C’est rien que du beau monde. Que des amis, presque une famille ! Tous regroupés autour de Michèle Bernard, cette grande dame, très grande dame de la chanson. La chanteuse de Saint-Julien-Molin-Molette reçoit chez elle, dans ce coin reculé de la Loire, tout près d’Annonay en Ardèche, pas très loin de Lyon ni de Saint-Etienne. Du beau monde, oui. Marie Zambon, Anne Sylvestre, Véronique Pestel, Jeanne Garraud, Lalo, Claudine Lebègue, Hélène Grange, Sophie Gentils, Katrin Wal(d)teufel, Evasion, Barbara Thalheim, Anne Sila et Michèle Guigon. Et puis Christopher Murray, Frédéric Bobin, Rémo Gary, Entre 2 Caisses, Claude Lieggi, Gilles Chovet. Et Allain Leprest. Du beau et du bon. Beaucoup d’artisans de la chanson sur Rhône-Alpes mais pas que. Et Michèle nous entretenant de cette passion de vie qu’est la chanson, de l’écriture comme de la scène. Et de ses collègues de travail…
Ce dixième volume de Tranches de Scènes est l’émission rêvée. Soyons fous, imaginons que ce soit un programme télé, en « prime time » comme ils disent. Même riche, la télé ne saurait mettre autant d’amour dans une telle production, car ça ne s’achète pas, pas même avec le carnet de chèque de Bouygues. Une soirée télé avec la Bernard, avec ses copines qui se taillent la part de la lionne. Et ses copains. Même avec 300 chaînes, la télé ne sait pas faire ça, ne sait pas capter l’essentiel, l’air du temps, l’indicible, les portées de poésies d’une chanson populaire au sens vrai du terme.
Bon c’est pas l’image léchée de Nagui et de son Taratata, de ses mille caméras, non. Mais ça a l’odeur et la vérité d’un Vagabondage de feu Roger Gicquel. Et le prestige d’un Grand échiquier de Jacques Chancel. C’est Nadot qui l’a fait. Qui a su réunir tout ce beau monde, ce Gil Chovet qui en temps normal fuit la notoriété comme la peste, cette Marie Zambon extraite de ses rangs de vignes, cette Claudine Lebègue toujours bouleversante, ces Gary-Garraud père et fille rassemblés sur le même dévédé… eux et tous les autres.
C’est le Nadot nouveau, dixième volume de ce qui est déjà une vraie collection, anthologie, certes pas de toute la chanson, mais de son plus bel épicentre, de sa chanson de parole comme on dit à Barjac. Vingt et un chanteuses, chanteurs ou groupes, pour plus de deux heures de rencontres.
La collection Tranches de Scènes ne se trouve pas à l’étal de votre supérette. Ça ne se vend même pas à l’unité, c’est dire. C’est sur adhésion à l’Association, adhésion qui courre le temps de quatre dévédés, puis qu’on renouvelle pour les quatre suivants.
Six mois après le précédent (sur Bernard Joyet), cette nouvelle tranche de bonheur nous dit plus encore l’importance de cette collection. Car Tranches de Scènes est peut être l’événement le plus importante de la chanson depuis la création de Chorus.
Le site de Tranches de Scènes, c’est ici. http://www.chanson-net.com/tranchesdescenes/

25 janvier 2012. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 17 commentaires.

La chanson, toute la chanson, à la radio ? Pas de quoi devenir fou…

Un peu de Michèle Bernard sur les antennes de service public, est-ce pure folie ? (photo DR)

J’aime ces commentaires qui, autant que certains articles, peuvent faire débat. Et suis honoré quand d’estimables confrères les lancent sur NosEnchanteurs. Ainsi le québécois Francis Hébert (dont je vous recommande le blogue). Hébert écrivait, ici, il y a peu : « Je pense qu’il faut se faire une raison : cette chanson poétique que nous aimons, les Louis Capart, Gérard Pierron, Anne Sylvestre, ça n’intéresse plus personne de nos jours et, même s’ils tournaient sur France Inter, ça ne marcherait pas davantage. Et puis, honnêtement, vous aimeriez ça que France Inter diffuse toute la journée du Allain Leprest, Francesca Solleville, Romain Didier, Dick Annegarn ? On deviendrait fou. »
Sans nullement sortir de mes gonds, j’ai quand même envie de répondre.
Répondre, d’abord, que je vis cette chanson (mais pas que celle-là), celle des « Capart, Pierron, Sylvestre, Leprest, Solleville, Didier ou Annegarn » au plus près, dans les salles, en ces festivals (de plus en plus rares, cause à l’air du temps, air vicié il s’entend), qui daignent les programmer. Que je sache, le public est là, bien présent. Certes, ce ne sont pas des Zéniths bondés. Et heureusement, ces grandes salles n’étant pas faites pour la chanson, ne sachant rien restituer de l’émotion. « Ça n’intéresse plus personne de nos jours » ? dit Francis Hébert. Et bien si : je le constate de visu, et ne suis pas le seul. Personne ne demande d’ailleurs à ce qu’Inter diffuse ces artistes en permanence. Des artistes qui sont nombreux, des centaines, des milliers, trop peut-être. Et ceux-là, les Romain Dudek ou Gérard Morel, Eric Vincent ou Claudine Lebègue, Jean Humenry ou Batlik, Hervé Lapalud ou Sophie Térol, n’interdisent en rien la diffusion des Voulzy et Souchon, Camille et Berry. C’est pas les petits labels contre les gros, simplement le bon sens, la nécessité que le service public diffuse un large panorama de la chanson, de notre patrimoine vivant. Ça devrait être écrit noir sur blanc dans son cahier des charges, sa feuille de route.
Pourquoi Inter (et les autres radios, bien sûr) nous imposent un « format » précis, en niant de fait tout le reste, en nous interdisant d’en prendre connaissance. Est-ce cela la démocratie ? Surtout (là, j’insiste) quand ce format ne correspond (comme par hasard) qu’à de gros labels, de gros intérêts financiers…
Retournons l’argument premier de l’ami Hébert. Ça peut donner ça : « Et puis, honnêtement, vous aimeriez ça que France Inter diffuse toute la journée du Keren Ann, Jean-Louis Aubert, Zaza Fournier, Julien Clerc, Julien Doré, Benjamin Biolay, Thomas Dutronc, Camille, Bjork ? On deviendrait fou. » Bah, c’est exactement ce que nous vivons : je ne cite que des noms extraits de l’actuelle play-liste de France-Inter, la liste officielle des artistes accrédités, ce qu’on entend à longueur d’antenne.

Un peu de Romain Didier, c'est trop demander ?

Si Michèle Bernard ou Véronique Pestel, si Manu Galure ou Gérard Delahaye, si Entre 2 Caisses ou Sylvain Giro (etc.) étaient diffusés autant que le sont ceux qui squattent les actuelles play-listes, ce ne serait que justice. Les auditeurs sauraient alors qu’ils existent et pourraient faire leur choix (mais « on nous cache tout, on nous dit rien » chante le père Dutronc). On ne devient pas plus fou à écouter du Claudine Lebègue qu’à écouter du Camille. De plus ce n’est pas (surtout pas) au service public de nier le pan le plus important de la chanson. La play-liste d’Inter (je n’ose même pas parler de celles des radios privées) n’est que la partie émergente de la chanson, sa dimension éminemment commerciale. Moi je parle de toute la chanson, des 99% restants qui n’ont pas droit d’antenne, comme une censure de fait. Ou alors, pour certains, entre 2 heures et 5 heures du matin, chez Levaillant. Ou chez Meyer, le samedi midi.
Dimanche dernier, alors branché sur France-Info, j’ai entendu la voix de Michèle Bernard : putain ça fait du bien ! C’était un court extrait dans la chronique dominicale de Dicale. Un court extrait de service public et c’était bien. Pas de quoi devenir fou.

En vidéo, Véronique Pestel et Evelyne Gallet, deux artistes que j’imagine bien en play-liste. A tout prendre, elles valent bien Daphné et Camélia Jordana. Est-ce pure folie de ma part ?

15 décembre 2011. Étiquettes : , , , . Saines humeurs. 54 commentaires.

Les mille et une nuits de Michèle Bernard

Par Catherine Cour

Ça se nomme « Les nuits de la chanson » et se déroule tous les ans, en fin novembre au Domaine d’O, à Montpellier.
Cette année, les deux nuits étaient programmées le vendredi 25 et le samedi 26 novembre, début à 19h30, tellement le plateau était fourni ! Depuis trois ans que Michèle Bernard y invite des artistes à l’accompagner dans ses « Cartes blanches », les heureux habitants de Montpellier et de sa région avaient déjà pu (re)découvrir, sur scène, Entre 2 Caisses, Évasion, Jeanne Garraud, Rémo Gary, Juliette, Allain Leprest, Katrin’ Wal(d)teufel. Il y avait même eu la visite-surprise d’Anne Sylvestre, un soir d’émotions partagées, de bonheur et de larmes aux yeux…
Cette année, la dernière de ces « Cartes blanches » (chacun espère que le contrat amical liant le Domaine d’O à Michèle Bernard sera renouvelé) fut un feu d’artifice de jeunes chanteurs. « La relève » selon Michèle. Ces jeunes pousses de la famille de la chanson vivante, celle qui s’exprime en bon français, qui aime, rit ou pleure, revendique, conteste, proteste, chante ses rêves… Il y avait du monde sur scène, du talent, des talents multiples. Et la joie d’être là, ensemble. De partager un moment de bonheur collectif, si rare dans ce métier de solitaires. Les atomes crochus se sont crochetés, les voix accordées, des personnalités complétées : la « mayonnaise » a pris, osmose partagée.
C’est Michèle Bernard, discrète mais présente tout au long de la soirée, qui présentait chacun de ses invités. Elle était le fil rouge de cette nuit magique, accompagnée par les deux musiciens-chanteurs que sont Sandrine de Rosa et Michel Sanlaville (Michèle travaille avec eux sur un nouveau spectacle, concept « multi-générations », qu’elle va créer pendant tout février 2012 au théâtre Antoine Vitez à Ivry). Plus tard dans la nuit, nous allions même avoir la primeur de deux de ses nouvelles chansons.

Ane Sila et Michèle Bernard (photos Catherine Cour)

La nuit a débuté avec la lumineuse présence d’Anne Sila. Cette jeune femme rayonne littéralement de joie et de chaleur humaine. Nous l’avions déjà admirée à Prémilhat. Elle cumule les talents de chanteuse, d’auteur-compositeur et de violoncelliste. Et possède une voix d’une rare pureté, un rythme qui s’exprime aussi bien sur le jazz que sur les chansons « classiques », en français. Elle ose scatter sur le Göttingen de Barbara d’une façon telle qu’on se demande pourquoi diantre Barbara ne l’avait pas fait avant ! Et puis ses propres compositions sont à découvrir absolument. « En live » pour l’instant… en espérant qu’un disque voie bientôt le jour…
Coko lui succède. Il reprend des chansons de son premier cédé mais il en interprète aussi de son tout nouveau, Vivant spectacle. Il y prouve son éclectisme de chanteur « écolo-engagé » et de tendre poète, comme dans Le papillon et ma sœur :
Un papillon s’est posé
Moi, je n’ai jamais osé
Sur ton visage arrosé
De larmes
Jeune fille de quinze ans
Accepte un peu ce présent
Qui nous dit, en se taisant
Tes charmes
Liz Cherhal vient, elle aussi, de publier un nouvel album. J’ai adoré l’humour (noir) des Panneaux blancs et des autres chansons qu’elle a interprétées avec une présence, sur scène, un aplomb qui attire la sympathie et l’adhésion du public… et pas que du public ! Nous avons vécu, à Montpellier, la naissance de quelques duos (peut-être éphémères, mais qui sait ?). Le premier composé de Liz Cherhal et de Thibaud Defever (Presque Oui). Ces deux-là se sont complétés à merveille. Sketches improvisés, évidente complicité dans l’humour et le dialogue musical. Tous les spectateurs ont visiblement apprécié le spectacle, si j’ai pu en croire les applaudissements nourris ! Un autre « couple » qui m’a semblé bien fonctionner, c’est celui composé par Lily Luca et la même Liz Cherhal. Les chœurs assurés par Liz et Anne sur une ou deux chansons des chansons de Lily étaient ébouriffants !
L’entracte est venu ensuite. Trop vite, à mon goût. Jusqu’à ce qu’en sortant de la salle, je voie, déjà installés sur un petit podium monté dans le hall d’entrée, Michèle Bernard elle-même et ses deux musiciens. Ils nous ont offert quelques chansons, dont deux nouveautés extraites du prochain spectacle de Michèle, Sens dessus dessous, qu’elle va créer au théâtre Antoine Vitez d’Ivry en février 2012. Pendant ce temps, la direction du Domaine d’O nous régalait de châtaignes grillées et d’une dégustation de vins du pays. Que demander de plus ? Ragaillardis par cette collation, nous étions prêts à continuer pour la deuxième partie une nuit si bien commencée
De retour dans la salle, c’est Elsa Gelly qui nous attendait sur scène pour nous offrir une partie de son prochain spectacle, comme à Prémilhat : voix seule, a capela. La chanson dépouillée, réduite à l’essentiel mais la voix d’Elsa lui insuffle une telle richesse, une telle vie, une telle intensité qu’elle en rend superflus les accompagnements musicaux habituels. Il faut oser ce tête-à-tête entre le texte et la voix. L’exercice ne tolère aucune faute, aucune approximation, aucun fléchissement dans la concentration. C’est comme une gravure, une aquarelle peinte en direct : pas de repentir possible, pas de correction, pas d’appui sur la musique. Ici, chaque note est forgée devant nous, chaque mot, chaque geste, chaque regard devient dialogue entre le spectateur et l’artiste. Elsa a tenu et gagné son pari une nouvelle fois. Et, pour une fois, je ne dirai pas que j’attends le CD avec impatience. J’espère qu’il existera, bien sûr ! Mais je sais qu’il ne pourra pas rendre la présence et l’intensité de ce spectacle « vivant », ô combien ! Il fait partie à mon sens, des spectacles à admirer en direct et en live…
Le suivant sur scène était Presque Oui, et il a su faire preuve d’une belle maestria avec sa guitare pour nous ramener du monde enchanté d’Elsa. Il y est parvenu, avec ses chansons poétiques ou pleines d’humour et de dérision (et même les trois à la fois !). Pour lui aussi, son dernier CD, Ma bande originale, sorti début 2011, a déjà été chroniqué ici. Je ne vais pas recommencer : je suis tout à fait d’accord avec ce qui en a été dit ! Il se produit trop rarement dans le Sud, mais pour l’avoir déjà croisé à quelques reprises (dont un mémorable co-plateau autour des chansons de Boris Vian, à Vauvert, en compagnie de Clarika, Kent, Yves Jamait, Agnès Bihl, Serge Utgé-Royo, Bernard Joyet, Anne Sylvestre…) je sais déjà que je vais me régaler le 7 avril, quand il se produira à Venelles (ou le 14 avril, à Lambesc) !
Pour nous mener au bout de la nuit, c’est Lily Luca qui avait été choisie. J’imagine que c’était elle, la benjamine de la soirée… mais je n’en suis pas vraiment sûre ! Et puis, qui s’en soucie, quand le talent est partout au rendez-vous ? Pour elle aussi, un nouveau CD est en vente depuis peu… Je l’avais déjà entendue à deux reprises (dont une sous le chapiteau de Barjac en 2010, où elle avait également suivi l’atelier d’écriture d’Anne Sylvestre) et sa présence dans l’association des « Zondits » me laisse à penser que cette jeune femme va monter haut ! Elle n’est pas aussi Fragile qu’un de ses titres semble le dire. Je la sens plutôt solidaire de La Margot, qui fait baver tous les nigauds en ondulant devant eux… et ça, « Faut faire avec ! » Il faut d’ailleurs la voir et l’écouter, même sans les chœurs de Liz Cherhal et d’Anne Sila (mais ça sera peut-être moins rigolo… encore que… ?)
Et puis toute la troupe des invités est revenue nous chanter en chœur quelques chansons dont un très émouvant Le temps de finir la bouteille. Michèle, visiblement émue, a évoqué la présence d’Allain Leprest qui était son invité pour la dernière des nuits de 2010. Et puis les jeunes, « la relève », ont également chanté quelques chansons de Michèle, bouclant la boucle d’une nuit que je recommencerais volontiers pendant quelques années encore, tant le plaisir est grand d’entendre tous ces chanteurs, ces musiciens ! Qu’ils soient talents confirmés ou « jeunes pousses », ils ont (nous avons) tous en commun l’amour de cette chanson d’expression française, l’amour du spectacle vivant et ce sont de telles soirées qui nous confortent dans ces choix. Puissent les responsables du Domaine d’O (et ceux d’autres lieux qui pourraient proposer de telles programmations) entendre mon vœu… Comme c’est bientôt Noël, puissent-ils l’exaucer !

PS : Oui ! Je sais ! Ce texte est beaucoup trop long et le rédac’chef doit encore être furieux… mais, comprenez, ils se sont mis à sept pour nous enchanter ! Je ne pouvais pas faire plus cour(t)… Lisez-le en sept fois, s’il le faut… Cat.

6 décembre 2011. Étiquettes : , , , , , , . Catherine Cour, En scène. 3 commentaires.

Une journée au Machez’Arts…

De notre envoyée spéciale Catherine Cour, le 26 août au « Machez’Arts » de Machézal (42)

Ça a débuté il y a deux ans par une fête entre copains. Qui ont remis ça l’année suivante et, comme ils sont tous artistes (plasticiens, sculpteurs, chanteurs, danseurs, régisseurs…), ont décidé de l’ouvrir au grand public. Un public qu’il faut savoir motiver… Avec Michel Grange (tout droit venu de sa Bourgogne voisine) et Michèle Bernard au programme, ma motivation était assez forte pour me faire braver la pluie diluvienne et les bouchons d’un vendredi de grands retours de vacances…
C’est un festival qui dure toute une journée, ponctuée d’activités. L’atelier « Brico-fleurs » de Maryse Comtet et Séverine Marin, où la créativité des enfants peut librement s’exprimer, une expo de tableaux dans le hangar, une autre de sculptures mises « en situation » dans le verger… Et puis les évènements : on calme les plus impatients avec « Fusée spatiale » par Daniela Bastos-Cruz, conte chanté, dansé et mimé, qui soulève l’enthousiasme des petits et des plus grands. Jean-Jacques Charliot et l’accordéoniste Frank Lincio interprètent ensuite des chansons de Brassens, Dimey, Morel ou Leprest…
C’est ensuite Bernard Cupillard qui récite des fables de La Fontaine, nous prouvant que les grands auteurs sont immortels et que la nature humaine n’a pas beaucoup changé en plus de trois cents ans !
Les bancs qu’on avait rentrés le matin sous le hangar, lorsque quelques gouttes de pluie étaient tombées, sont ressortis pour laisser place à la danse et aux performances plastiques de Claire Charliot : « Réminaissance » et de Daniela Bastos-Cruz & Adrien Herda.
Puis c’est le récital de la lyonnaise Sophie Gentils. Ses textes ironiques et tendres soulèvent l’admiration du public et la mienne. Elle a vraiment une écriture très personnelle et son interprétation est bluffante d’autodérision et d’humanité mêlées. C’est une découverte que je suis ravie d’avoir faite au détour de ce festival impromptu.
Migration en direction du verger pour un concert de musique irlandaise du duo Zora-Jeanne & Trevor Lane. C’est très bien joué, très entrainant. Le terrain en pente n’autorise pas la danse, mais le cœur y est. Même si les pieds ne suivent pas, les mains battent en rythme.
Puis c’est le moment attendu par tous, grands et petits, de l’envol des toiles réalisées par Fabien Harel. Il a gonflé à l’hélium une centaine de ballons blancs, les a accrochés à des toiles peintes et roulées. Des volontaires les portent en procession jusqu’au pré voisin. Chaque toile est lâchée tour à tour et grimpe dans les airs pour rejoindre celles qui l’ont précédée. En trois minutes tout est dit ! C’est une procession d’animaux fantastiques qui prend ainsi son envol. Le léger vent qui souffle les emporte rapidement au loin. C’est beau, très poétique… comme tout acte « gratuit ». Où vont-ils atterrir, quelles régions, quels paysages vont-ils survoler, que penseront ceux qui les trouveront… à moins que ces œuvres ne s’abîment en mer ?
L’organisateur avait dit « pensez à prendre une petite laine ». Vu la météo, c’est d’anoraks qu’il fallait s’équiper ! La salle de spectacle est un pré pentu à l’herbe fraîche et humide. Couvertures et coussins sont appelés à la rescousse. Ça rappelle un peu les veillées des colonies de vacances… et justement, le copain à la guitare arrive pour nous chanter quelques chansons de sa composition ! Que ce copain s’appelle Michel Grange et que ses textes soient écrits d’une plume classique autant qu’ironique ou tendre, ça n’en est que meilleur ! Il les distille, les détaille, de sa voix douce et précise. Ses yeux malicieux scrutent le public, à la recherche de rires qui ne se font pas attendre lorsqu’il nous présente « la grande joufflue, la p’tite fragile, les deux copines du centre-ville ». Et puis c’est la tendresse du Marin tranquille qui nous emporte : « Ne serai pas marin de Loire / Alors que j’en suis un enfant / Petit pêcheur inconséquent / Qui ferrait trop tôt ou trop tard / Au bercement des clapotis / Au dodelinement des heures / Jetterai mes gants de haleur / Pour mieux caresser ma chérie. »
Et « sa chérie », ou plutôt sa copine de rimes, de musique et de chansons depuis leurs débuts communs sur les scènes lyonnaises, elle arrive ! C’est Michèle Bernard. Grande, très grande auteur de textes intemporels, incontournables, essentiels, dans la lignée de ceux qu’écrit sa sœur en chansons : Anne Sylvestre. Compositrice de musiques pour habiller ses textes, ceux de ses amis ou  parfois des poèmes qu’elle choisit de mettre en musique. Interprète à la voix souple, douce et puissante, pure, limpide et déliée. Je l’écoute depuis son premier disque, primé au printemps de Bourges 1978… eh bien maintenant encore sa voix « en direct » est capable de me couper le souffle et de me faire naître dans le creux de l’estomac cette même sensation qu’on ressent lorsqu’un ascenseur démarre trop vite ! Je sais qu’il y a d’autres moyens de s’envoyer en l’air, mais celui-là fait partie de ceux que je préfère.
Ce samedi soir, Michèle, accompagnée au clavier par Jean-Luc Michel, offre son récital « Duo » dans lequel elle reprend d’anciennes chansons comme des plus récentes. Les « incontournables » : Nomade, Les petits cailloux, Maria Szusanna, Je t’aime, Qui a volé les mots ?, Maintenant ou jamais… Oui, bon, d’accord ! TOUTES les chansons de Michèle Bernard sont des incontournables… C’est pour ça qu’il faut aller l’écouter ! Et acheter ses CD, bourrés de chansons toutes aussi belles les unes que les autres.
Et puis, cerise sur le gâteau, grande première mondiale, nous avons eu droit, sous les étoiles de Machézal, nous avons eu droit au duo tant attendu entre Michel et Michèle : « Aimons-nous, amis » (paroles : Michel Grange, musique : Michèle Bernard). J’ai bien cru voir qu’il y en avait un de très ému pour l’occasion !
Et c’était déjà fini ! Le temps de déguster un vin chaud et une roborative soupe à l’oignon, nous sommes repartis chacun dans son chez-soi. J’emportais du bonheur dans ma musette !
Merci à Marie-Hélène, Jean-Michel et tous les amis, les bénévoles de Machézal, d’avoir pensé à partager ces bons moments avec nous ! Longue vie à Machez’Arts et à 2012, j’espère…

1 septembre 2011. Étiquettes : , , . Catherine Cour, En scène. 1 commentaire.

Bernard Michèle, Louise, pour l’état civil

C’était en mars 2004 au théâtre municipal de Bourg-en-Bresse. Michèle Bernard y célébrait, à sa manière, le centenaire de la disparition de Louise Michel, ravivant les braises d’un idéal de progrès social.

Michèle Bernard (photo Jean-Louis Gonterre)

Archive. Seules deux chansons (Au cimetière de Levallois et Sous les Niaoulis) avaient été « protégées », gravées, en 2002, sur le disque Une fois qu’on s’est tout dit, des fois que ce formidable spectacle, L’Oiseau noir du champ fauve / Cantate pour Louise Michel, n’eut pas connu d’avenir… Car les créations ne vivent vraiment que si des programmateurs autrement plus couillus que la normale les font venir. Et cette cantate-là, créée en 2001, n’avait connu à ce jour que cinq exploitations. Du gâchis pour un tel événement, pour un tel résultat. « Au cimetière de Levallois / Drôle de belle au bois / Depuis cent ans tu dors c’est fou / Comme le temps creuse son trou. » Le centenaire de la mort de Louise Michel, en 2005, donnera peut-être nouvelle chance à ce spectacle. Pour l’heure recréé à Bourg-en-Bresse. Et, surtout, enregistré en live, comme un utile investissement, un vrai pari pour l’avenir. Le disque devrait sortir dans les mois à venir… Que Michèle Bernard se vête des noirs habits et des rouges aspirations de Louise Michel n’a rien d’étonnant pour qui connaît l’œuvre de la chanteuse. Du Temps des crises à celui des cerises, elle n’a vraiment rien chanté d’autre. Son répertoire est de ce seul trait, simplement de crayonnés différents, en pleins comme en déliés, qui nous parle d’amours et de révoltes. Sa Vieille chèvre d’antan peut encore nourrir pas mal de défilés outragés. « Si je chante aujourd’hui, c’est parce que des gens comme Louise Michel ont su taper du poing sur la table » dit l’artiste dont, troublant hasard, le deuxième prénom est Louise.

Louise Michel (photo DR)

Là, Michèle Bernard s’en est allée, en reporter émue, retrouver la piste, l’itinéraire de la «Vierge rouge», de son enfance sauvageonne à son métier d’institutrice « aux méthodes mouvementées » (« Je vois Louise au tableau / Qui secoue comme il faut / La vie comme un prunier »), des barricades de l’éphémère Gouvernement du Peuple au bannissement de Louise Sous les Niaoulis, en Nouvelle-Calédonie. Et aux autres et coutumières geôles où l’impétueuse dame fut régulièrement embastillée. « Dans le champ fauve / Un bel oiseau chantait… » Comme jadis avec Des nuits noires de monde, il y a du peuple sur scène. Entre chanteuse et musiciens, chœur de femmes (l’ensemble vocal de Résonance contemporaine) et Percussions de Treffort (ensemble professionnel formé d’handicapés mentaux), c’est un plateau rare qui s’en vient évoquer autant la vie d’une femme courageuse entre toutes qu’une idée révolutionnaire nourrie du terreau de la totale injustice. Le parallèle avec le k.o. social d’aujourd’hui serait des plus tentant. Qu’on mettra cependant en relation avec cette chanson de Michèle Bernard, issue d’un autre et récent récital, où la chanteuse s’indigne : « Alors c’est fini / On change plus la vie / On descend les calicots / On rentre chez soi illico / On pose les pavés / Bien assez rêvé / Et nos slogans de blaireaux / Ils sont bons pour l’caniveau. » Reste qu’en cette année 1871, il est encore possible d’espérer un avenir meilleur : « Ça branle dans le manche / Les mauvais jours finiront / Quand les pauvres s’y mettront. » Le fond de scène est vaste ciel où de noirs nuages signent le proche orage. Premières chansons, et déjà des emprunts, pas innocents, à Brassens et au vieil Hugo. À Gastibelza, « l’homme à la carabine »… Assemblée paysanne, agraires gestes aux rudimentaires instruments, possibles barricades : rien n’est vraiment reconstitué, tout est fortement suggéré. Même la nouvelle mais lointaine Calédonie, par chants, danses et rituelles percussions. « Maman, maman, je rentrerai tard / Je suis si bien, je joue / Avec mon amie la mort. » Le ton monte, les tambours grondent : bel ensemble que ces onze percussionnistes dans un majestueux et terrible crescendo qui annonce l’arrivée des Versaillais ! Et la lutte, pas finale… Les textes sont, pour beaucoup, signés de Louise Michel, qui aurait aimé se voir chanteuse. De Michèle Bernard aussi, si crédible sur les barricades. Et quelques autres, puisés dans la mémoire des chants de lutte… C’est un spectacle émouvant car le plaisir que chacun y prend est contagieux, car on frôle le destin d’une dame d’exception, car – j’y reviens – la comparaison avec ce que nous vivons actuellement n’est pas forcément grande audace de notre part. Le souvenir de Louise Michel pourrait un jour réveiller nos lendemains qui, pour l’heure, déchantent.

20 août 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts, Chanson sur Rhône-Alpes. 1 commentaire.

Les derniers roms, les derniers tziganes

Sus aux bohémiens, aux roms, aux tziganes, aux manouches, aux gitans, aux romanichels, sus à tous ceux qui ont l’outrecuidance, dans cette France ultra-sarkozyste, de vouloir vivre leur différence ! L’affaire est jugée : ce sont tous des délinquants de pères en fils, voleurs de poules, de cuivre et de ferraille ! Du reste c’est bon pour des sondages d’opinion plombés par les affaires et le sentiment d’injustice, a dû penser le petit Président en écrasant avec plaisir et méthode sa gitane dans le cendrier.

Une sinistre circulaire datée du 5 août 2010 et signée par Michel Bart, directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, rappelle aux préfets les «objectifs précis» fixés par le président Nicolas Sarkozy : « 300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms. » « Il revient donc, dans chaque département, aux préfets d’engager (…) une démarche systématique de démantèlement des camps illicites, en priorité ceux de Roms », selon le texte qui provoque nombre de légitimes réactions indignées. Éric Besson, ministre de l’Immigration, affirmait  encore il y a quelques jours que les Roms n’ont pas été spécialement ciblés par la politique gouvernementale. Mensonge ou ignorance ou incompétence d’un ministre : c’est bien une population précise qui est stigmatisée au seul fait qu’elle est rom. Ce qui est immoral, ce qui est condamnable et nous rappelle une bien sombre époque de notre histoire récente…
Quelques chansons qui nous parlent de ces errants…

Van Gogh

Sorciers, bateleurs ou filous,
Reste immonde
D’un ancien monde,
Sorciers, bateleurs ou filous,
Gais bohémiens, d’où venez-vous ?
D’où nous venons ? L’on n’en sait rien.
L’hirondelle
D’où nous vient-elle ?
D’où nous venons ? L’on n’en sait rien.
Où nous irons, le sait-on bien ?

Pierre-Jean de Béranger, Bohémiens, 1837

J’ai eu l’impression de perdre un ami
Et pourtant ce gars-là ne m’a jamais rien dit
Mais il m’a laissé un coin de sa roulotte
Et dans ma petite tête j’ai du rêve qui trotte
Sa drôle de musique en moi est restée
Quand je pense à lui, m’arrive de chanter
Toi sacré gitan qui sentait le cafard
Au fond ta musique était pleine d’espoir.

Mouloudji, Mon pote le gitan, 1954

Alors, tzigane, joue
Tu es l’eau
et la laine
et le feu
Et puisque tu es aussi le vent
Après, tzigane, va-t-en…

Félix Leclerc, Tzigane, 1967

À tous les bohémiens, les bohémiennes de ma rue
Qui sont pas musiciens, ni comédiens, ni clowns
Ni danseurs, ni chanteurs, ni voyageurs, ni rien
Qui vont chaque matin, bravement, proprement
Dans leur petit manteau sous leur petit chapeau
Gagner en employés le pain quotidien (…)
J’apporte les hommages émus
Les espoirs des villes inconnues
L’entrée au paradis perdu
Par des continents jamais vus

Félix Leclerc, Prière bohémienne, 1959

Bohémienne aux grands yeux noirs
Tes cheveux couleur du soir
Et l’éclat de ta peau brune
Sont plus beaux qu’un clair de lune
Bohémienne aux grands yeux noirs
J’ai vibré d’un tendre espoir
Je voudrais que tu sois mienne
Bohémienne.

Tino Rossi, Bohémienne aux grands yeux noirs, 1937

Ils ont habité la roulotte
Les quatre planches qui cahotent
De Saint-Ouen aux Saintes-Maries
Mais ils s’en vont encore d’ici
Les Nomades
Ni la couronne d’oranger
Ni la cheminée de faux marbre
Ne leur mettent racine au pied
Ils ne sont pas comme les arbres
Les Nomades

Jean Ferrat, Les Nomades, 1961

Disparus l’enfant
Voleur de cerceaux
Les chevaux piaffants
De tous leurs naseaux
Disparus les ânes
Avec leurs paniers
Les belles gitanes
Sous les marronniers
En ce temps qui va
Qui va dévorant
On n’a plus le droit
D’être différent

Jean Ferrat, Les Derniers tziganes, 1971

Une ville après l’autre et toujours la méfiance
Interdit aux nomades c’est écrit là en gros
Nous voilà repartis pour l’éternelle errance
La roulotte et les chiens la douzaine de marmots
Ce qu’ils sont sales tout de même ils n’ont qu’à travailler
Ils voudraient qu’on les loge et ils paient pas d’impôt
N’écoute pas Romani laisse-les bien gueuler
Et rejoue-moi un peu la ballade de Django
Je suis gitan moi aussi, je suis gitan

Claude Reva, Moi aussi, 1973

C’est un des leurs qui va partir
Et c’est une chance peut-être
Car cette race sans mourir
Va disparaître
Il va mourir le bohémien
Mais, citadins dormez tranquilles !
Sa mort n’est pas sur le chemin
Du centre ville

Leny Escudero, Le Bohémien, 1974

Une môme fagotée comme l’orage
Fille du vent et du voyage…
Oh, Maria Suzanna où es-tu,
Dans quelle nuit t’es-tu perdue,
Reste-t-il pour croquer ta vie manouche
Quelques dents dans ta bouche ?
Ah, de Varsovie à Saragosse,
Roulottes-tu toujours ta bosse
Si belle encore mais comme tes semblables
Toujours indésirable…

Michèle Bernard, Maria Suzanna, 1999

29 juillet 2010. Étiquettes : , , , , , , , . Thématique. 1 commentaire.

Michèle Bernard, l’interview

Archive. Cet entretien remonte à la sortie du disque Le Nez en l’air, en 2006. Il a été publié à l’époque dans les colonnes de Chorus-Les Cahiers de la chanson. Michèle Bernard a depuis sorti les cédés Piano Voix (EPM 2008), Monsieur je m’en fous (Enfance et partage/Harmonia mundi 2008) et Des nuits noires de monde (avec le groupe Évasion, EPM 2010).

Michèle Bernard, "jamais du côté du manche"

Il semble y avoir chez toi une frénésie de productions qui tranche singulièrement avec la période de longue absence qui a précédé… Si je regarde la réalité des chiffres, on va dire que j’ai eu une période creuse au niveau discographique. Ma rencontre avec François Dacla m’a beaucoup aidé depuis. EPM, sa maison, produit désormais tous mes disques. Sans barguiner, comme on dit. C’est une chance que je mesure. Je n’ai eu aucune question sur Le Nez en l’air. Ils me font confiance et n’entendent le disque que pratiquement fini. S’il ne leur plaisait pas, je serais bien embêtée.

Indépendamment des disques, il y a les spectacles : comme celui sur Louise Michel, qui a faillit ne pas sortir en CD… C’est un petit peu à l’arraché qu’on a décidé d’en faire un disque : ça aurait été trop bête de perdre cette trace-là. J’aime faire du spectacle, être sur la scène. J’aime à la fois mon parcours de chanteuse dans une forme récital très simple et les aventures avec toutes sortes d’équipes, de personnes différentes. J’adore ça. Ce sont des cohabitations éphémères, mais importantes, comme doit l’être un tournage de film.

Cette reprise, en 2004 à Bourg-en-Bresse, et ce disque étaient portés par l’opportunité qui s’annonçait alors, du centenaire… 2005 était le centenaire de la mort de Louise Michel. Dans notre innocence, notre romantisme, on s’était dit que ça allait permettre de mettre en valeur… Je ne sais pas si tu as entendu parler de cet anniversaire ?

Euh… un tout petit peu moins que le 250e de Mozart… C’est passé dans une grande indifférence. Mais c’est comme ça. Je suis d’autant plus contente de l’avoir fait. Invités par l’association internationale Louise-Michel, on a joué à Langres. Il y avait une ambiance extraordinaire dans la salle ! Le lendemain, nous nous sommes rendu à Vroncourt, le village natal de Louise Michel. Oh, c’est trois fois rien : deux pierres, une stèle. Mais c’était fort.

(photos Jean-Louis Gonterre)

Un pèlerinage ? Ne mettons pas de terme religieux sur quelqu’un qui prônait la laïcité. Disons qu’il y a une forme de ferveur autour d’elle. Parce c’est quelqu’un d’absolument exceptionnel, d’avant-garde…

Vous vous ressemblez un peu… Tu veux dire dans la forme militante, revendicative ? Oui, sans doute. Mais elle a exploré la militance dans sa chair, elle, contrairement à moi qui n’était qu’à l’arrière-garde des barricades de 68 : je ne me suis pas fait la moindre égratignure. Elle a vécu la Commune, l’exil, le massacre de ses proches… Bon, c’est un autre contexte. Et moi je fais de la chanson. Elle a certes écrit beaucoup de poèmes, elle a fait de la littérature, elle a fait aussi de l’action militante… et magnifiquement. Jamais du côté du manche, toujours du côté des humbles, des réprouvés. Alors, peut-être que, dans mon écriture, j’ai aussi cette démarche. Mais le parallèle s’arrête largement là.

Autre parallèle, entre le contenu de ce spectacle et une de tes chansons, qui n’en fait pas partie mais s’y heurte un peu : Maintenant c’est fini… « On ne change plus la vie », oui. C’est vrai que j’ai écrit cette chanson : je ne vais pas dire le contraire. Nous vivons l’époque du désenchantement, par rapport à celle de ma jeunesse. Alors, si tu tiens absolument à poursuivre le parallèle, Louise Michel a effectivement vu son système de valeurs, tout son idéal, écrasé violemment, et elle n’a jamais renoncé. Contre tout ce que lui renvoyait la réalité, elle est resté fidèle à ça et a poursuivi le développement de ses idées. C’est quelque chose qui est très fort pour moi, cette idée de ne pas se laisser écraser, y compris par l’adversité. Maintenant on est amené à se dire que, quelque soit le côté dérisoire de son action, ce sont des actes qu’on pose, qui ont leur petite importance. On a perdu l’idée de changer la société dans sa globalité, ce qu’on a pu rêver à une certaine époque. Faut digérer ça.

18 titres sur ce Nez en l’air, c’est gourmand, un vrai cadeau… On peut voir ça comme ça. J’ai écrit essentiellement l’été dernier et il y a plein de choses qui sont venues. Dès que les chansons existent, on a envie de les faire vivre toutes.

A un moment donné, tu te bloques en écriture ? Je rentre en période d’écriture, je me consacre à ça. J’ai essentiellement écrit chez des amis, dans le Beaujolais, où j’étais un peu en résidence. Et aussi à Saint-Julien, chez moi. J’ai besoin d’une forme d’enfermement. Il y a sur ce disque des traces d’épreuves personnelles… Je viens de traverser une période un peu noire, liée à des deuils. Forcément ils sont présents dans le disque. De toutes manières je ne contrôle pas : les choses viennent, je ne sais pas de quoi je vais causer quand je me met à écrire.

Ça vient comment. Par le texte, quelques notes ? C’est le texte, la plupart du temps. Et je cherche très vite une musique. Après, ça se bricole ensemble. J’essaye de ne pas avoir une idée intellectuelle au départ, de ne pas me dire : je vais parler de ça. Je laisse venir. Je peux évidemment avoir une idée en tête si je veux parler de mon frangin, de ma frangine : là, je sais que les mots vont venir. La vierge noire est une chanson dure… C’est la réalité qui l’est. Dans cet album, il y a un certain nombre de chansons liées à des réalités concrètes de la ville, dont celle-ci. J’ai un pied-à-terre à Lyon, pas loin de Saint-Paul. Sur la route qui longe la prison, il y a un alignement de camionnettes et de prostituées. En passant devant on voit ces silhouettes de femmes avec des petites bougies devant, comme des images pieuses. Ça m’a marqué. Les appartements vides ? J’avais commencé à écrire cette chanson pour L’Oiseau noir du champ fauve. Si elle vivait aujourd’hui, Louise Michel ferait partie du D.A.L. Elle en parlait déjà de ces endroits vides, inoccupés, dans Paris. J’ai eu envie d’en causer.

Tu causes souvent de choses comme ça… Oui, de celles qui sont dans la vie de tous les jours. Ce réel qu’on côtoie me marque. L’image d’un appartement vide, c’est à dire un endroit fait pour être habité et qui ne l’est pas, alors qu’il y a des gens dans la rue, c’est une chose frappante. Mais sous forme d’image. Parce que je cours après les images, pas après les idées. Les idées sont derrière. Si je voulais en exprimer, je ferais du journalisme.

Y a t-il encore une ou deux chansons qui, pour une anecdote, pour ce que tu as voulu y mettre dedans, te sont plus chères ? Les chansons que tu viens de faire te sont toutes chères. Sur un mode plus léger, je pense à la chanson sur cette grosse pierre. Qui se trouve en bas de ma maison. Je vois des gens de toutes sortes s’y installer, comme si elle les attirait. C’est tout bête mais ça me parle, ça aide à vivre. Je ne sais pas pourquoi. Quant à la chanson qui donne le titre à l’album, Le Nez en l’air, c’est idiot : au-dessus de mon lit, c’est de la frisette à l’envers, avec des nœuds de bois. Je m’amuse à y chercher des dessins, des formes. Et je suis partie de ça. En l’étendant. On fait tous ce truc-là, à chercher derrière les choses du quotidien. Parce qu’on a besoin, absolument, de ne pas être, comme ça, collés au réel, sans qu’il résonne un petit peu autre chose.

Tu es à la hauteur de combien de titres, maintenant ? Je ne sais pas, peut être deux cents… Ça fait un petit pactole de chansons… Oui, mais bon, pour moi c’est un peu une manière de vivre. Écrire des chansons ce n’est certes pas respirer, mais quand même. Je pense à la chanson chaque jour de ma vie. Tant que je peux en faire, tant que j’ai la chance d’enregistrer, de faire du spectacle et de rencontrer un public, d’avoir le goût et l’énergie de faire ça, j’ai encore rien trouvé de plus sympathique et de plus intéressant.

15 juin 2010. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Interviews. 1 commentaire.

Des nuits noires de monde…

Les amateurs de chanson ont parfois leurs médailles. C’est vrai que d’avoir vu Brel en scène, ça en jette. Moi, j’étais trop jeune pour ça, tout gamin, j’y peux rien. J’ai un ami qui repeignait une loge d’artiste en sifflotant Brassens quand l’insigne fredonné est arrivé, avec sa pipe et sa moustache, avec Boby Lapointe aussi. Oh, cet ami n’en tire aucune gloriole, non. N’empêche qu’il a vu le vieux, lui. Et que le vieux était étonné qu’un aussi jeune connaisse par cœur une de ses chansons, toutes même. Je n’ai vu ni Brel ni Brassens. Tout juste, une fois, je suis allé saluer un des deux, compagnon de tous les jours, dans un cimetière sétois. Ni Brel ni Brassens donc, mais j’en ai vu des chanteurs, des Ferré, Mouloudji, Barbara, Leclerc, Montand, Bashung et bien d’autres. Même des qui sont encore vivants. J’en ai même côtoyé pas mal. Et certains artistes m’ont fait l’honneur de se lier d’amitié avec moi…

Évasion, Michèle Bernard et Patrick Mathis à l'orgue de Barbarie (photo Sabine Li)

Il y a ceux qui, autre médaille encore, ont vu Des Nuits noires de monde, à sa création, an début des années 90. J’y étais, c’est un de mes plus forts souvenirs de scène. C’était à Givors, dans le Rhône. J’en garde une émotion encore palpable, même pas soluble dans le temps, qu’un cédé live m’aide à prolonger indéfiniment. Pas loin de deux décennies plus tard, j’ai revu ces mêmes Nuits toujours aussi noires de monde. Avec toujours Michèle Bernard, avec un casting cependant différent. Les jeunes femmes du groupe vocal Évasion ont succédé au chœur de jadis, l’orgue de Barbarie de Patrick Mathis remplace le petit orchestre forain de naguère. Au début du spectacle, j’ai tenté bien sûr de rapprocher mes souvenirs de cette nouvelle version, ce nouveau regard. De comparer, de jouer au jeu des dissemblances. Puis j’ai abdiqué pour entrer en ces autres Nuits, si pareilles mais si différentes à la fois. Et ce fut un autre grand moment… Plus fort peut-être parce que le monde s’est encore plus amoché depuis, l’homme plus loup pour l’homme, le pouvoir plus nocif encore. Certes le rideau de fer s’est levé, et le fric s’est hélas engouffré. Les tours sont tombées révélant un monde nouveau où tout est prétexte à amputer nos libertés. On affrète des charters, on invente une quête de l’identité nationale pour se délester de ce qui nous apparaît étranger, satisfaire des pulsions malsaines autant qu’un électorat chagrin… Idées noires, noires de monde… « Nous les baleines ont part dans la lune / Dans la lune y’a des rêves, c’est étrange / On pourra s’y baigner dans les tout premiers temps / Car les rêves humains, leurs élans, leurs mystères / Ont trop peur de finir leur carrière / Sous la terre ». Un nouveau cédé live témoigne de ces nouvelles Nuits. A nouveau précieux, forcément indispensable.

Michèle Bernard, Évasion, Des Nuits noires de monde, 2010, EPM/Universal. En bac le 15 février. Le site de Michèle Bernard ; le site d’Évasion.

9 février 2010. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 2 commentaires.

Véronique Pestel, en ses Babels d’amoureux

Archive. En une même soirée, voir se succéder sur un même plateau et Véronique Pestel et Michèle Bernard est un plaisir rare, un cadeau. Ce sera le 30 janvier prochain, salle François-Mitterrand à Rives, dans l’Isère, à l’initiative de Chansons buissonnières (réservations au 04.76.91.11.66), association qui n’en est pas à son coup d’essai, loin s’en faut. L’occasion m’est ainsi donnée de sortir de mes classeurs ce papier sur Pestel, alors en « grande formation ». C’était en mai 2004, lors du festival Paroles et Musiques, à Saint-Étienne.

Véronique Pestel (photo L. Pasche)

On ne connaissait pas encore, par chez nous, Véronique Pestel en «grande formation», en autres claviers, en violoncelle, en contrebasse, par la crème, s’il en est, des musiciens. Le talent appelle le talent, Pestel appelle le beau, le meilleur, qui donne à son répertoire un relief étrange, comme un son-hologramme, qui dessine de plus amples perspectives, entre effluves jazz et prégnance classique. On la connaissait en tête-à-tête au piano, en un corps à corps avec les mots qui « dans le sable des silences, s’en vont deux par deux » en ses « Babels d’amoureux ». On la découvre libre de ses mouvements, qui arpente la scène, y incrustant les sillons de son chant.« Le temps d’apparaître / De se bien connaître / Le temps de partir / De se bien mourir / Le temps qu’on invente / Entre ces deux pentes / La vie à descendre / La mort à gravir »… Tout est magnifique en Pestel, tout. On ne la connaîtrait pas encore que, déjà, nous serions happés par une irrésistible force, non une magie mais un art, un rapport aux gens, à ceux qui écoutent, à ceux qui hantent ses chansons. Par un titre nouveau, elle nous chante ces Prisons de femmes qu’est le conditionnement des corps. Puis, de toutes les geôles de la mémoire, elle lève l’écrou, libérant des dames écrivaines, poètes qui, telle Albertine Sarrazin, ne squattent pas à outrance les anthologies. En les chantant, Pestel célèbre ses pairs. Hors pair, elle nous chante aussi ceux et celles qui passent, anonymes, dans la vie. Ainsi La Chanson des sans-voix, titre qu’elle reprend à Gilbert Laffaille. Ainsi Vanina en fin de vie, qui traversa le siècle, de Jaurès aux caritatifs d’aujourd’hui : « Vanina s’en va / Vanina s’en va c’est pas grave / L’a bien vécu, va / Son grand siècle de bout en bout / De guerre en paix, de droite à gauche / A rien du tout ». Une chanson pour toute une vie, illuminée du soucis des autres. C’est beau au-delà de tout, plus que touchant, plus que simplement émouvant. Parlée ou chantée, la voix de Pestel est rivage de tendre sagesse, de pure passion de l’autre : tout peut venir s’y échouer, pour mieux reprendre vie. « Le printemps se fera tout clair / Et mon amour ira dehors / Avec ses grâces jardinières / Et sa jeunesse à bras-le-corps »… Véronique Pestel est une des artistes les plus littéraires qui soient : par elle rien n’est gratuit. C’est grand luxe d’une chanteuse on ne peut plus populaire dans l’âme, qui fait de son art pur bijou. Elle vient de passer par ici, elle repassera par là : ne la manquez pas !

25 janvier 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts. 1 commentaire.

L’eau, la Terre et Michèle Bernard

Bien sûr qu’une rondelle laser ne peut seule sauver cette planète malmenée qui est la nôtre. Reste que toute initiative allant dans le sens du respect de l’environnement doit être saluée comme il se doit. Et relayée, surtout si à l’utilité publique elle allie le plaisir, le vrai…

D’abord réticente, de peur d’être étiquetée « chanteuse pour enfants », Michèle Bernard s’est piquée au vif du travail avec et pour les enfants. Souvent sollicitée par les milieux scolaires et associatifs, elle a pris ces invitations comme étant une chance, une bonne nouvelle, comme « si, tout d’un coup, le public s’ouvrait », comme aussi « l’idée d’une chanson qui relie les individus et les générations ». Un premier disque « pour enfants » est né en 2003, dans la collection « Poèmes & Chansons » d’EPM, avec plein de jolis textes, de Cadou et de Richepin, de Desnos et de Gougaud, de Carême, Jammes, Poslaniec et quelques autres de même tonneau. On connaît moins le livre-cédé Chansons en papillotes, huit titres d’un travail partagé entre artistes de la Loire (parmi lesquels Michèle Bernard, Christopher Murray, Pascal Descamps, Gil Chovet et Yves Matrat) et conseillers pédagogiques en éducation musicale de ce département : non seulement une bien belle réalisation mais aussi, pour les fans, un précieux collector. En voici un autre, cette fois-ci fruit d’un atelier d’écriture qui a vu la rencontre entre Michèle Bernard et des enfants de Givors, dans le Rhône, entre Lyon et Saint-Étienne. Le fil conducteur serait plutôt ru. Un filet d’eau que Monsieur-Je-m’en-fous se plaît à entretenir, robinets grands ouverts, pour le joli son qui plaît à son canari. Un ru, un filet qui peut démesurément grossir en un récit fleuve et se faire tsunami, tout engloutir, les corps et les cris. Qui sait être mer réunissant autant qu’elle sépare deux cultures baignées de Méditerranée. Mer charriant à l’occasion ses boat-people… Qui peut être goutte pendant au nez, pluie ou larmes… Des histoires d’eau co-crées par des gosses, avec le renfort en fin de disque de Jules Supervielle et d’Arthur Rimbaud, beaux tutorats. Un petit bijou en soi, aux textes soignés, aux musiques entêtantes, qui peut être support d’autres initiatives scolaires, de projets de centres de loisirs… Car la goutte d’eau peut devenir histoire-fleuve et une rondelle laser effectivement faire son bonhomme et bonheur de chemin…

Poésies pour les enfants chantées par Michèle Bernard, Poètes & Chansons, 2003, EPM.

Chansons en papillotes, 2007, Éditions musicales Lugdivine, tél.04.37.41.10.40 ; ed.lugdivine@wanadoo.fr

Michèle Bernard, Monsieur je m’en fous, 2008, Enfance et Musique/Harmonia Mundi.

Autre cédé des éditions Lugdivine, en soi estimable, dans une même veine verte : Le Secret d’Ekholo, conte musical pop-rock écolo, écrit, composé et réalisé par Bertrand de Saint-Germain, dont l’intrigue tient en cet argument : « Voici l’incroyable aventure vécue par Kooki, sage lapin en peluche, entraîné par une coalition d’animaux déjantés, à la découverte de la terre et du grand secret d’Ekholo : un secret qui pourrait sauver la terre de la pollution ». Sympa et dynamique.

10 janvier 2010. Étiquettes : , , , , , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque, Pour les mômes. Laisser un commentaire.

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