Merlin l’enchanteuse

Par Catherine Cour

Michèle Merlin, la chanson est sa vie (photo Laboratoire Alpi'n)

Profession ? Chanteuse ! Chanteuse « de proximité », chanteuse « de piano-bar », chanteuse « pour noces et banquets », chanteuse « d’animations », chanteuse « d’orchestre »… Mais d’abord et avant tout chanteuse, chanteuse, chanteuse !
Ils et elles sont des centaines, des milliers peut-être, à chanter tous les soirs dans la France entière, encore plus loin des médias que tous les chanteurs « de paroles » dont nous sommes friands. On les croise par hasard, dans un restaurant, une discothèque ou sur un podium de fête de la musique. On ne connaît pas leur nom, on ne sait pas où les revoir si on en a envie… Alors je vais vous parler d’une de ces « anonymes » : mon amie Michèle Merlin.
Elle n’a pas de CD à vous vendre à la fin des deux, trois ou quatre heures de son tour de chant, et pourtant elle peut interpréter plus de six cents titres dans une douzaine de langues. Elle n’écrit pas, ne compose pas : elle « reprend » les succès de maintenant ou d’hier, les chansons de variété, les airs d’opéra, les valse-musette, les airs de jazz… Elle chante tous les répertoires : Édith Piaf, Barbra Streisand, Jean Ferrat, Ella Fitzgerald… comme des chansons de Zaz ou de Juliette (je ne désespère pas de lui faire rajouter un jour Anne Sylvestre ou Michèle Bernard à son répertoire).
Elle chante et c’est tout ce qu’elle aime faire !
Elle est cigale jusqu’au bout de la voix, fille du sud et du soleil, voix chaude et tempérament de feu, pour mettre l’ambiance dans les soirées qu’elle anime. Cigale, vous la rencontrerez surtout l’été (l’hiver, elle est prof de chant) à la terrasse d’un restaurant ou dans le salon d’un casino, sur le podium d’un bal public ou chez des amis qui fêtent le mariage de leur fille. Et vous resterez stupéfaits par la souplesse, la force, la douceur, l’amplitude, la chaleur de sa voix.
Même si vous avez l’habitude d’aller écouter des récitals de chanteuses lyriques (de celles qu’on dit « à voix », comme si celles « à textes » ne chantaient pas bien !), vous serez émus, bouleversés, enthousiasmés par les sensations que peut faire naître la proximité d’une telle interprète, l’impact de sa voix à quelques mètres de vous.
Michèle fait dans la performance d’un soir, dans l’éphémère. Pas de studio d’enregistrement, pas de magnétophone, pas de caméra pour figer l’instant de grâce fugace, la note qu’elle cisèle et qu’elle tient… tient… tient… Vous emporterez juste le souvenir ébloui d’une voix unique et de l’interprétation très personnelle d’airs que vous croyiez connaître et que vous (re)découvrirez, grâce à elle. L’exercice est parfois périlleux : le principe du piano-bar, c’est de répondre immédiatement aux demandes des convives. Ils peuvent donc vous faire passer d’une chanson lyrique du style « Porgy and Bess » à une autre qui déménage dans les graves (genre Zucchero – « Baila morena ») et revenir à un répertoire plus classique comme celui d’Édith Piaf ou de Barbara avant de s’emballer sur « Chasing pavements » d’Adele.

Chanter sur toutes les scènes de l'existence (photo Catherine Cour)

« Mais avec une voix comme la sienne, pourquoi n’est-elle pas davantage connue ? Pourquoi ne la voit-on pas à la télévision, ne l’entend-t-on pas à la radio ? » Parce qu’elle a fait des choix de vie, que son côté « cigale » lui a fait refuser des opportunités lucratives qui l’auraient sûrement fait connaître, mais l’auraient aussi éloignée des siens. Elle assume ses choix sans amertume et partage généreusement avec son public et ses élèves son amour de la chanson sous toutes ses formes.
Elle n’a pas choisi le côté le plus facile du métier de chanteur. Après plus de trente ans de carrière, elle connaît encore, parfois, les galères des jeunes chanteurs pour trouver des contrats fiables lorsque les restaurants de la Côte d’Azur ferment à la fin de la saison, lorsque le bouche-à-oreille l’oublie, quand le propriétaire d’une salle décide de changer ses plans en dernière minute.
Mais elle a un métier : chanteuse ! Et elle réussit à en vivre et à trouver tellement de bonheur dans les applaudissements, le plaisir du partage, les témoignages d’amitié, d’admiration de son public qu’il n’est pas question, pour elle, d’envisager autre chose
Et c’est tant mieux pour ceux qui ont la chance de pouvoir l’apprécier « en vrai » !
Si vos vacances de l’été 2012 vous amènent dans le Sud-est, regardez sur son site, prenez contact avec elle pour savoir où elle se produit et venez apprécier le spectacle !
Vous, au moins, vous saurez qu’elle s’appelle Michèle Merlin et vous ne viendrez pas par hasard l’écouter. Ça lui fera plaisir…
Et puis si vous vous demandez ce que c’est que cette version « étrange » d’Aguas de marços que vous pouvez entendre sur son site, je vous explique : c’est un texte écrit par Juliette et qu’elle chantait dans son précédent spectacle « Bijoux et babioles », mais qui ne figure sur aucun CD. Il n’y a que les spectateurs du « live » qui peuvent se souvenir de Juliette entrant sur scène en poussant un caddie bourré de sacs-poubelle (qu’elle balancera petit-à-petit dans le public) en chantant cette version écologiste de la chanson originale. Pour ceux qui ont manqué ça, Michèle vous offre un moyen de faire comme si vous aviez assisté au spectacle.
Et puis mon conseil : sortez ! Allez voir des spectacles « vivants », des chanteurs « pour de vrai ». Petite ou grande salle, chanteur connu ou inconnu. Ça n’est pas parce qu’ils sont inconnus qu’ils n’ont pas de talent : la preuve !

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15 septembre 2011. Étiquettes : . Catherine Cour, En scène. 3 commentaires.

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