Nico*, le rouge et le noir

Il est vêtu de rouge et de noir, rajoutant singulièrement à l’ambiance, à la dramaturgie. Les musiciens sont impassibles, impliqués mais sans passion apparente, volontairement en retrait, comme un orchestre mécanique au seul service du chanteur, sans tête ni notes qui dépassent. Il y a par ces trois-là (Quentin Lagoutte au piano, Aëla Gourvennec au violoncelle, Jean-Baptiste Cognet à la guitare) un aspect vieillot, tour de chant « traditionnel » comme à l’époque des Montand et des Brel, au temps du métier considéré comme un art et non comme un vulgaire bizness. Brel justement, dont un peu beaucoup de l’adn anime ce tout jeune chanteur, ce lyonnais, ce Nico* (prononcez Nico étoile ; en étasunien : Nico star). De Jacques Brel et de Matthieu Côte, même frénésie, même rentre-dedans aux convenables convenances.
Nico* à déjà tout du classique qu’il pourrait devenir. Car hors modes, sans âge, décalé. D’une qualité d’écriture et d’interprétation qu’on lui envie. Avec, malgré son jeune âge, de vieilles colères, d’amères désillusions : « Avant d’être morose / Avant d’être aigri / J’ai goûté aux roses / Des princesses orties. » Sombres histoires de cœur et de cul, de solitude, Nico* n’inspire la joie que par le bonheur de le voir vivre, trépigner, presque immobile, dans son rond de lumière. Amours sublimés ou vomis, libidineux ou lumineux (« Là où la tendresse / Est féconde / Ses fesses cachent la Source du monde »), Nico* sait sa gamme qu’il courre d’une chanson l’autre, dans une quasi symphonie piano-violoncelle qui épousent des mots jamais là par hasard, qui s’entrechoquent à l’interstice d’un vers, qui trinquent ensemble. « Mes doigts gardent la mémoire / De tes lèvres brûlantes… » chante joliment l’artiste. Tout en nous garde précieusement la mémoire de telles émotions, d’un tel récital. Rare, forcément rare…

Le site de Nico*, c’est ici.

Ce papier remonte à il y a plus d’un an, capté sur la petite scène d’A Thou bout d’Chant, à Lyon. On retrouve Nico* le jeudi 22 mars 2012 DERNIERE MINUTE : CONCERT ANNULE ! à la Maison de Guignol à Lyon, dans le cadre d’un co-plateau avec From & Ziel, épatant duo dont Chorus disait : « La théâtralité de ce chant, limite slam, de cette voix mi-rauque mi cassée, est d’une rare évidence, qui fait fable de tout bois, de tous animaux, des gens, du monde (…) C’est dense au possible, ça ne s’écoute pas distraitement, ça se savoure comme un met rare (…). Le duo est nickel, l’association parfaite. » Hélas pas de vidéo de l’ami Nico*, mais sympathique lot de consolation avec ces images de From & Ziel :

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16 mars 2012. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 3 commentaires.

Cette chanson lyonnaise qui rugit (1)

Balmino, Jeanne Garraud, Noah Lagoutte, François Gaillard, Frédéric Bobin, Carmen Maria Vega et j’en passe des tout aussi bons, il me semble que, depuis pas mal d’années, la chanson venue de Lyon et de ses environs caracole tant en quantité qu’en qualité (vous m’objecterez que je réside dans cette région, certes, mais aux portes de l’Auvergne…). Tant que ce blog nourrit fièrement et en abondance sa partie « Rhône-Alpes ». Manque de temps (et de personnel !) pour tous les traiter individuellement, voici quelques cédés qu’il serait vraiment dommage de passer sous silence. La suite dans la semaine…

King Kong Vahiné (photo DR)

King-kong Vahiné / « Le Village ». Rien qu’à l’intitulé du groupe (trio composé de Denis Rivet, Cécile Poussin et Stéphane Emptaz), on s’imagine la bête et la belle, vêtue d’un simple collier de coquillages… Ben non, c’est pas ça. Y’a erreur sur l’étiquetage. KKV fait dans une pop singulière et soignée, douce à l’oreille, veloutée, où trouvent place accordéon, flûte traversière, bandes son, boites à rythme comme mélodica et piano-jouet. Leur nouveau cédé (un six titres) fait suite au fort intéressant La Ville est tranquille. Ça suinte d’une belle mélancolie, saigne de coups de griffes aux ongles vernis, appelle le désir sans crier gare, noirci le tableau en un élégant feu de paille … Nul n’est besoin d’avoir renié la chanson pour aimer cette pop-là, où tout témoigne d’un grand soin apporté à chaque étape du disque, de l’écriture à la production.

Le site de King Kong Vahiné.

Évelyne Gallet / « Infidèle ». J’ai certes chroniqué ce disque (son deuxième opus) dans les colonnes du défunt Chorus. Mais quand même. Libre à moi de considérer que c’est un des albums les plus jouissifs de l’année, un des indispensables de toute discothèque qui se respecte. D’ailleurs les québécois ne s’y sont pas trompé, à faire à Gallet triomphe sur triomphe, tant qu’on se doute bien qu’elle sera prochainement sur des très grandes scènes de là-bas, Francofolies de Montréal ou autres… Rappelons qu’Évelyne Gallet s’est fait répertoire des chansons de Patrick Font (celui du mythique duo Font et Val), à lui reprendre tant des chansons connues (comme La Vieille) qu’à puiser dans son invraisemblable stock d’inédits. Décontractée comme pas deux, c’est peu dire que ça lui va comme un gant. Évelyne reprend aussi quelques chansons de l’ami Matthieu Côte, histoire de constater qu’il est toujours là.

Le site d’Évelyne Gallet. A noter qu’Évelyne se produit cette semaine à la salle des Rancy, à Lyon, où elle fait résidence.

Nico / « On naît tendre ». On se dit « tiens, encore un p’tit nouveau ! », on baisse la garde et on a tord, car on se prend là, par ce disque, une magistrale baffe. Peut-être, Nico, naît-on tendre mais la carne se durcit au contact de l’air ambiant. Car ce qui est ici brossé l’est de teintes sombres. Y’a pas de coin de ciel bleu dans ces ciels tourmentés, plein de solitude et de mort, de désespérance, de froids constats. Mais tout ici, dans ce disque aux sept titres impressionnants, est d’une maturité confondante, d’un art déjà accompli. Tant qu’on a envie de convoquer les grands, les géants, pour dire le bien qu’on peut penser d’un tel opus, pour tenter les immanquables filiations. On se dit que tout y est, la patte d’un bel artiste en devenir. Textes prenants, interprétation plus que probante, orchestration classique, sobre et efficace, on se dit que tout y est, qu’il y a là la patte d’un bel artiste en devenir.

Le site de Nico.


7 décembre 2009. Étiquettes : , , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 1 commentaire.

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