Ewen, Delahaye, Favennec : EDF électrise !

L’un est conteur. Et musicien, à jouer tant du banjo que de la mandoline, de l’accordéon que du violon et d’encore plein d’autres choses. L’autre est chanteur qui, dans le mitan des années quatre-vingt, a déserté quelque peu son public adulte pour le jeune public. Le troisième est chanteur. Et même personnage de bédé, dans « Les Yeux d’étain de la ville glauque », de son copain François Bourgeon. (Patrik) Ewen, (Gérard) Delahaye, (Mélaine) Favennec. Si on ne prend que les initiales, ça fait EDF. Drôle d’initiales pour ce trio de presque papys qui n’a rien à voir avec l’énergie fossile, mais visiblement tout avec celle renouvelable. Ces trois là sont de vieilles connaissances. Dans les années soixante-dix, ils firent partie de la même coopérative, à féconder chacun l’art de l’autre. Puis chacun est allé de son côté, à mener sa barque sur les flots de la culture bretonne. Il y a douze ans, à l’occasion d’un concert, ils ont fondé ce trio qui, depuis, investit régulièrement les scènes et nous laisse de jolies traces discographiques. Kan tri men est leur troisième opus. C’est devenu une des plus solides formations de Bretagne, des plus appréciées aussi. C’est de la chanson estampillée bretonne, purs accents celtes, encore que le gospel (Hallelujah, de Léonard Cohen) soit surprenant à l’ombre des dolmens d’Armorique. S’ils puisent leur inspiration musicale en grande partie dans la tradition, leurs propos ne sont pas pour autant à conjuguer au passé. Car quitte à prendre le micro, c’est pour dire le présent, le chanter. Une chanson consacrée au winner Kerviel, prétexte à nous parler d’économie (« Regardez comme ils dansent / Les requins d’la finance les banquiers les vautours ») d’une manière quelque peu différente des pages saumons du Figaro. D’ailleurs, EDF insiste : « Je salue les enfants de l’an 2100 / Qu’ils nous pardonnent notre lâcheté / Devant le pouvoir et l’argent / Et qu’ils ne crachent pas par terre en se souvenant. » Bon, ils sont celtes et s’ils regardent parfois le passé, c’est pour évoquer les « jolis seins de soleil » dans le corsage de Viviane (Viviane et Merlin), brossant Brocéliande en des mots jolis.
Deux reprises à signaler. D’abord la la célèbre « Réponse de Seattle » (le discours du chef indien au blanc venu négocier l’achat de ses terres) dont jadis Michel Bühler avait tiré son « Ainsi parlait un vieil indien ». Et Torrey Canyon, un titre oublié de Serge Gainsbourg, mâtiné pour l’occasion d’effluves stiveliennes (le Pop plinn d’anthologie) de toute beauté.
Il n’y a pas besoin de connaître son Barzaz breizh par cœur et de faire chaque année le pèlerinage à Lorient pour apprécier un tel disque. C’est du beau, du bon, du solide, trois « vieux » qui nous en apprendront longtemps encore.

Ewen, Delahaye, Favennec, Ken tri men, 2011 Dylie/Coop Breizh. Le myspace du trio EDF, c’est ici.

22 septembre 2011. Étiquettes : , , , . Lancer de disque. 2 commentaires.

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