Pierre Perret gagne son procès

Pierre Perret (photo DR)

Résumons : Pierre Perret a déposé plainte en diffamation contre Sophie Delassein, jour­na­liste culturelle au Nouvel Obs qui, en jan­vier 2009, a mis sérieusement en doute la réa­lité de ses rela­tions avec l’écrivain Paul Léautaud. La 17e chambre cor­rec­tion­nelle avait jugé l’affaire en fin mars et mis sa déci­sion en délibéré. La repré­sen­tante du par­quet avait requis la condam­na­tion de l’imprudente jour­na­liste, esti­mant qu’elle avait « man­qué de pru­dence », en se mon­trant pour le moins « péremp­toire » et en ne don­nant pas la parole au chanteur. Grosso modo, Delassein affirmait que Perret n’avait jamais ren­con­tré le poète Paul Léautaud, mort en 1956, à plu­sieurs reprises à son domi­cile de Fontenay-aux-Roses, qu’il aurait inventé cette histoire de toutes pièces « pour briller aux yeux de Brassens », listant les incohérences dans les souvenirs de l’auteur du Zizi et de Blanche. Cerise sur le gâteau, la journaliste accusait sans véritable preuve Pierre Perret d’avoir pillé tant Brassens que d’autres auteurs, inconnus, pour ses propres chansons.
Lors de l’audience des 22 et 23 mars derniers, Pierre Perret avait dénoncé une « entreprise de démolition » à son encontre et réclamait près de 215.000 euros de dommages et intérêts.

Le tribunal vient de rendre son jugement, donnant raison au chanteur. Il a considéré que, bien qu’elle n’ait pas témoigné à l’encontre de Perret d’une « animosité personnelle », elle n’a pas fait pour autant preuve de prudence et manqué à l’obligation du contradictoire, l’article publié ne donnant pas la parole au chanteur. Si l’enquête était « légitime », souligne le tribunal, madame Delassein ne pouvait « affirmer de manière aussi péremptoire » que Perret n’a jamais rencontré Léautaud.
Le jugement estime que Sophie Delassein a dressé « un réquisitoire d’une singulière violence, insoucieuse du contradictoire, portée par une coalition d’intérêts dont elle s’est fait imprudemment le porte-parole à seule fin d’abattre, non sans une âcre jubilation, dont témoignent le style et le registre de vocabulaire, la réputation d’un homme tenu pour aimable et jusqu’à lors respecté qu’elle n’a même pas eu à cœur de contacter utilement, alors qu’elle ne pouvait ignorer qu’elle le touchait au plus sensible. »
Sophie Delassein est condamnée à une amende de 2000 euros ; son directeur de publication à 1000 euros. Tous deux paieront solidairement 10000 euros de dommages et intérêts au chanteur ainsi que 8000 euros de frais d’avocat. Enfin, les passages incriminés de l’article, encore en ligne, doivent être supprimés.

Le tribunal ne s’est donc pas risqué à refaire ou non l’Histoire, à valider ou non la supposée amitié de Pierre Perret et de Paul Léautaud. Comment du reste aurait-il pu ? Il sanctionne non l’enquête en soi de Sophie Delassein mais son imprudence et, de fait, son absence de preuves qui rend ses propos un rien péremptoires. Si le doute peut toujours subsister après coup quant au Pierrot de la chanson et à un éventuel passé enjolivé, la justice renvoie clairement la presse à ses propres règles de déontologie, malmenées il est vrai par ce papier rédigé un peu vite.

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13 mai 2011. Étiquettes : . Divers, Les événements. 3 commentaires.

Grands chanteurs et demi-dieux

Un commentaire récent de Christian P. sur ce blog : « Pourquoi toujours aller fouiller la merde chez nos chanteurs ? Laissez-nous écouter les chansons de Perret et de Lavilliers tranquille, leur talent n’a pas besoin d’artifices pour exister. » Là, je réponds…

Robert Allen Zimmerman, dit Bob Dylan, qu'on dit notoire mythomane : s'intéresser à lui est-il possible sans passer pour un indécrottable "fouille-merde" ? (photo DR)

On peut effectivement se contenter de ce que nos amis artistes nous chantent, escomptant notre ration de satisfaction, notre pesant d’émotion. Aller d’une chanson l’autre, d’un chanteur l’autre, sans rien d’autre que ce plaisir immédiat. Et suffisant.
Sachant que l’essentiel de ces artistes (au moins ceux qui sont auteurs) ne parlent vraiment que d’eux-mêmes, en une forme d’autobiographie chantée, il me semble dommage – sans toutefois être indispensable – de ne pas aller plus loin dans la connaissance du chanteur. Je suis toujours étonné de savoir à quel point Brel ou Brassens ont pu mettre leur vie en vers. Les bourgeois, Mon enfance, Ne me quitte pas, Les fenêtres… Brel n’a rien fait qu’à puiser dans sa vie pour nourrir ses vers. Les quatre bacheliers, Jeanne Martin, L’Auvergnat, Trompettes de la renommée… Brassens fit pareil, comme bien d’autres. Aller plus loin en Barbara, fouiller ses portées, c’est lire une vie, la sienne, qu’elle nous a chanté avec juste la pudeur de mots qu’il faut savoir décoder.
Sans nuire nullement au plaisir d’écouter, de réécouter de telles chansons, en savoir un peu plus sur leur a.d.n. me semble intéressant. Ça peut changer l’éclairage d’une œuvre, nous instruire utilement.
Je tiens Pierre Perret pour un des grands de la chanson, loin de l’image réductrice de l’amuseur qu’hélas certains retiendront. Raison de plus pour, au-delà des autobiographies forcément complaisantes du Pierrot, des (possibles) petits arrangements entre lui et sa mémoire (la tentation est grande quant on écrit soi-même), on daigne s’intéresser à qui il est vraiment, à son histoire, donc à la genèse de son œuvre. Dans ce qu’elle a de meilleur, dans ce qu’elle a de moins bon aussi. On le fait bien à propos d’écrivains, d’acteurs, d’hommes politiques et autres personnalités : un chanteur, qui plus est populaire, ne démérite pas d’un tel intérêt.
On peut questionner aussi les chansons et s’interroger quand les ressemblances avec d’autres sont parfois fortes. Ainsi, et sans forcément juger, on peut s’étonner de la proximité de la chanson de Louki et des fameuses Jolies colonies de vacances. On peut être aussi surpris à l’écoute de Blanche par deux vers (« Que ses cuisses fuyaient comme deux truites vives (…) J’ai chevauché ainsi ma plus belle pouliche ») qui semblent s’être égarés d’un poème de Federico Garcia Lorca (« Ses cuisses s’enfuyaient sous moi / Comme des truites effrayées (…) De ma plus belle chevauchée / Sur une pouliche nacrée » in La Femme adultère). Réminiscence sans doute… Quant on sait que Perret vient de jurer mordicus, dans l’enceinte d’un tribunal, avoir « toujours bu dans (sa) tasse » (ce qui, dans son langage joliment imagé, veut dire clairement qu’il n’a jamais piqué à autrui), on est en droit de se poser tout de même quelques questions.
Je dis que, sauf à considérer que nos amis les chanteurs sont de droit divin, dispensés de rendre des comptes, on a le droit (le devoir ?) de s’intéresser à leur vie et à leur œuvre, d’aller plus loin, de gratter le vernis. Et le cas échéant de (leur) poser des questions. C’est ce qu’à fait Sophie Delassein concernant Perret dans les colonnes du Nouvel Obs, par une enquête qui me semble toutefois un peu légère, où à l’évidence la charge est énorme et les preuves légères.
C’est ce que j’ai fait avec Lavilliers. Ce travail sur Le Stéphanois n’est pas une entreprise de démolition et ne fouille aucune merde (ou alors il faut m’expliquer ce qu’est cette merde) : c’est un regard public et critique (et tendre à la fois) porté sur un artiste dans sa dimension publique. Encore heureux qu’on puisse exercer un tel regard critique sur ces personnages. Et parfois rectifier le tir quand, manifestement, la mémoire s’égare et fabule quelque peu.
Ça ne m’empêche pas, moi, d’écouter et de faire découvrir Lavilliers et Perret, deux artistes que je tiens pour grands. Car jamais je ne confonds grands chanteurs et demi-dieux.

25 mars 2011. Étiquettes : , , . Saines humeurs. 10 commentaires.

Pierre Perret, de la scène au prétoire

Effets de manches et tirs à vue, depuis hier et jusqu’à ce soir au tribunal où Pierre Perret veut laver son honneur, ternis par un papier au vitriol de la journaliste Sophie Delassein, du Nouvel Obs. Ce ne serait pas une question d’argent pour notre Pierrot (« Les dédommagements, ce n’est pas mon problème. C’est l’affaire de mes avocats. À eux de savoir ce qu’ils doivent demander » déclare-t-il à La Dépêche) qui, en conséquence, réclame 215 000 euros de dommages et intérêts et « trouve que ce n’est pas assez » (nous rapporte Sud-Ouest). Les témoins défilent à la barre, ainsi Guy Béart, eau vive et rancune pareille envers un Pierrot des mauvaises lunes. Dans cette salle d’audience, on parle de Léautaud et de Brassens, de possibles plagiats (« Les chansons de corps de garde sont à tout le monde » soutient Perret ; « Les Jolies colonies de vacances, par exemple, c’est un texte de Pierre Louki » souligne Béart…) et de vérités oubliées que ni les moins de vingt ans ni leurs parents ne peuvent connaître… C’est sans cadeau, ça saigne.

Ce vieux papier (septembre 2001, à La Forge, au Chambon-Feugerolles) tiré de mes classeurs, me renvoie au Perret que je veux et préfère garder, loin de ce prétoire malsain où les vérités ne sont pas toujours que de vilains mensonges.

 

Les cordes vocales de Perret sont salutaires à qui veut les entendre (photo DR)

Archive. Vu la verdeur de certaines chansons du Pierrot, vu ce qu’obstinément trouve La Corinne, ce sont peut-être les enfants présents à La Forge qui ont dû être étonnés, intrigués, un peu déphasés. Encore que. S’ils étaient venus n’entendre que Vaisselle cassée, Comment c’est la Chine ou Quoi de plus sympa qu’un œuf, c’est râpé. Il n’y eut pour eux qu’un peu de Tonton Cristobal et que La cage aux oiseaux. Que Le zizi, dans toutes les bouches. Et Ma p’tite Julia. Pierre Perret n’a jamais été de ceux qui passent une nuit sur scène. Quatre-vingt dix minutes maximum, mécanique à rappels lancée depuis longtemps déjà. Il est comme ça : il nous fait rêver, devenir tout rouge de confusion puis Vert de colère, il nous fait chanter puis s’en va. Et nous laisse frustrés car on y va aussi pour entendre Le petit potier et La sieste, pour applaudir Y’a cinquante gosses dans l’escalier, Bercy Madeleine ou Ma nouvelle adresse… Y’en a pas eu pour tout le monde, trop de chansons à son répertoire, trop peu de temps pour les chanter. Et, de toutes façons, en raison « de ce qui nous plane sur la théière », une inspiration pleine de tristesse comme faite un peu de la poussière de Manhattan, de la mort qui rode en territoires afghans, du bronzé qui, plus que jamais, peut changer de trottoir. Et de toujours l’évidente Lily qui « lève aussi un poing rageur / au milieu de tous ces autobus / interdits aux gens de couleur. » La salle n’était pas pleine comme un œuf et c’est dommage. Dans un discours ambiant monocorde, les cordes vocales de Perret sont salutaires à qui veut les entendre. Simples comme bonjour, respectueuses. Et inquiètes du monde présent. Mon p’tit loup ou l’outrage fait à l’enfant, Au nom de Dieu comme la confirmation d’une lourde tendance fin de siècle début de l’autre, ce quelle que soit sa confession, quel que soit son port d’attache, Nos amis les bêtes souvent moins bêtes d’ailleurs que le moindre des humains… c’est le ton grave que nous devons retenir de ce spectacle. Reste que l’épicurien Perret est aussi l’auteur interprète du Tord-boyaux, d’Au Café du canal, de Ma femme, du Plombier et d’Olga, de Blanche aussi. Rires et tendresse, c’est peut-être, on l’espère, ce qui sauvera le monde. Pierre Perret est un îlot de bonheur et de sagesse. À sa source on peut boire des mots sages, des messages. Pas les faire siens comme on idolâtre « au nom de Dieu » mais comme ceux d’un homme digne qui vit sa vie, regarde la planète et tente ce qu’il peut. Par des mots repris en couplets et en refrains, des propos qu’on fredonne chez soi ou qu’on reprend au passant. Des chansons qu’on aimerait dire subversives, si toutefois elles pouvaient encore changer le monde.

 

23 mars 2011. Étiquettes : . Archives de concerts, En scène. 1 commentaire.

Perret et le pot aux roses, vraiment ?

C’est d’abord une guerre sans politesse et sans merci entre une journaliste du Nouvel Obs’, Sophie Delassein, et un vieux chanteur, Pierre Perret, soixante-dix-sept ans aux fraises, le tendre et rigolo Pierrot, très chatouilleux sur son image et sur ce que l’histoire retiendra de lui.

Pierre Perret et Paul Léautaud (extraits d'une bande dessinée d'Alexis et Gotlib)

C’est l’histoire d’un jeune homme, apprenti chanteur ambitieux, rimailleur jovial et futur grand de son art, fan d’un vieux poète ronchon : Léautaud. Et d’un autre, un géant, que les trompettes de la renommée ne cessent encore et plus que jamais de célébrer : Brassens. Pour lequel les gardiens du temple renâclent à lâcher quoi que ce soit qui ternirait la sainte hagiographie.
Perret – je résume – dit avoir très bien connu Léautaud, tant qu’il fut un de ses familiers, au milieu de ses chats presque. Et dit que Brassens prit ombrage du succès naissant du natif de Castelsarrasin.

Pierre Perret et Georges Brassens (dessin d'Alexis)

Pierre Perret est-il un menteur ? A-t’il vraiment connu Paul Léautaud autrement que pour une dédicace (cette preuve qu’a retrouvé Perret et qu’exhibe complaisamment et sans grande confraternité L’Express). Jalouse-t’il à ce point le père Brassens pour en écorner à présent la mémoire ? A-t-il aussi, comme le suggère Sophie Delassein, pillé, prélevé, ponctionné, chipé, volé à d’obscurs poètes maudits, tous publiés à compte d’auteur et en fort peu d’exemplaires, de quoi nourrir tout ou partie de ses chansons polissonnes ?
Delassein le prétend et on dit qu’il pourrait y avoir des surprises dans son défilé de témoins, lors du procès des 22 et 23 de ce mois. Perret jure ses grands dieux de l’ignominie, de l’offense à ses yeux impardonnable : il est vert de colère !
Convenez que nous sommes loin, très loin du doux chant de l’alexandrin…

Le dernier disque en date de Pierre Perret

Menteur, pilleur ?… Au moins sur l’accusation de plagiats, je n’ai jamais été convaincu de l’argumentaire de ma consoeur Delassein. Car où sont les preuves, si ce n’est des dires de bouquinistes sans, pour l’heure, de titres d’ouvrages et d’auteurs ? (au moins aurait-elle pu lorgner sur les copies respectives de Pierre Louki et de Pierre Perret quant aux Jolies colonies de vacances). En présentera-t-elle d’ailleurs à l’audience ?
Reste que ce procès fera date dans les annales de la chanson. Et Sophie Delassein (deux mois d’enquête, à ce qu’elle dit), si elle gagne, gagnera les galons d’avoir « dénoncé » une légende et une œuvre quelque peu falsifiées, selon elle.
Mémoire fantaisiste, emprunts… Mais pourquoi diantre la justicière Sophie Delassein n’a-t-elle pas écrit un seul mot sur Bernard Lavilliers ? J’aurais pu lui fournir, moi, solidarité simple de notre artisanat, moult preuves (six ans d’enquête, à ce que j’ai vécu), largement de quoi étayer des propos pour le coup nets et sans (possibles) bavures.

18 mars 2011. Étiquettes : . Saines humeurs. 4 commentaires.

Regarder la lune…

Regarder la lune…

Je réécoutais ce disque de Xavier Lacouture, Envies d’ailes, qui me semble être l’un des plus beaux albums de cette décennie. Un disque qui nous instruit des charmes de cet astre… De là à rêver de lunes… La lune est source inépuisable d’inspiration, entre autres pour la chanson. Tant qu’il est vain ici de tenter d’exposer toutes les chansons qui y font référence. Encore faut-il s’entendre sur les significations de la lune (des lunes), mot qui, sans être lunatique, épouse bien des situations et états d’esprit bien différents. La lune est féminine, le soleil est masculin. Ici, j’ai surtout retenu cette lune chère à Lacouture, fasciné comme lui par « les charmes de sa circonférence. »

Grand classique s’il en est, rendez-vous d’abord avec Trenet :
« Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n’est pas là et le soleil l’attend
Ici-bas souvent chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, la lune est là
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
Pour la trouver il faut la nuit
Il faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit »
Charles Trenet, Le soleil et la lune, 1939

De là à aller la voir de plus près, cette lune…

« Ce s’rait chouette d’aller sur la lune
Dans le scaphandre de Pierrot,
J’y emporterais bien ma plume
Pour vous écrire quelques mots »
Henri Tachan, Les jeux olympiques, 1973

« J’ai besoin de la lune
Pour lui parler la nuit
Tant besoin du soleil
Pour me chauffer la vie
J’ai besoin de la mer
Pour regarder au loin
J’ai tant besoin de toi
Tout à côté de moi »
Manu Chao, J’ai besoin de la lune, 2004

Alunissage par ce désormais classique des maternelles où, derrière la lune, s’en cache une autre :
« Au clair de la lune,
On n’y voit qu’un peu :
On chercha la plume,
On chercha le feu.
En cherchant d’la sorte
Je n’sais c’qu’on trouva,
Mais j’sais que la porte
Sur eux se ferma »
Traditionnel, Au clair de la lune

« Un toit où la mousse mousse, mousse
Un clair de lune qui se dévoue
Une lune rousse, rousse, rousse
Une rousse, rousse comme vous »
Serge Reggiani, La longue attente, 1979

« Comme je t’imagine
En jupe ou en jean
Te jetant dans mes bras
Se dessinent au loin
Les nuits qui n’en finissent pas
J’aimerais tant te promettre la lune
Mais la lune est déjà prise »
Debout sur le zinc, Te promettre la lune, 2005

S'ils filent tous dans la lune…

« Et s’ils filent tous dans la lune
Qui restera garder
Notre Terre avec ses dunes
Ses mers, ses vergers ?
Et s’ils cultivent les planètes
Qui gardera les yeux
Sur les blés, les pâquerettes
Les forêts de nos aïeux ? »
Anne Sylvestre, S’ils filent tous dans la lune, 1963-1964

« Désolée d’avoir tiré, bel oiseau rare
Vous m’aviez le premier fusillée vingt fois du regard…
Désolée, votre arme était posée sur la table…
Quelle idée! On ne devrait jamais tenter le diable…
On ne devrait jamais tailler des costumes ni montrer les dents
Aux fiancées présumées quand la pleine lune fait tourner les sangs… »
François Hardy, La pleine lune, 2004

« Dans l’océan de la nuit,
Au clair de notre nuit,
Des fleurs de lune,
Lunes de nuit, sont posées
Au clair de notre nuit,
Au clair de nous,
Au clair de toi, mon amour,
Au tendre de tes yeux
Presque endormis »
Barbara, Clair de nuit, 1972

« La lune trop blême
Pose un diadème
Sur tes cheveux roux
La lune trop rousse
De gloire éclabousse
Ton jupon plein d’trous »
Mouloudji, Complainte de la butte, 1955

« Soudain le soleil devient lune
Et la légère plume enclume
Oh oh hé hé hi hi ha ha !
Comme c’est original tout ça »
François Béranger, Chanson d’amour, 1976

« En arrivant elle m’a dit viens
Tu es en retard je suis dans mon bain
Attrape le gant d’crin et frotte-moi fort le dos
Moi j’ai du savon plein les calots
Et pour mieux lui chercher les poux
Dans l’eau j’l’ai fait mettre à genoux
J’avais vu Pampelune j’avais vu Waterloo
Mais jamais la lune dans l’eau »
Pierre Perret, Gourrance, 1966

Qu'elle soit blonde, rousse ou brune…

« Je peux rester des heures à regarder la lune
Qu’il fasse jour ou bien nuit, ça n’a pas d’importance
Curieux, contemplatif, qu’elle soit blonde, rousse ou brune
Fasciné par les charmes de sa circonférence
Je prends la dimension de l’Homme dans l’univers
Face à une telle splendeur, on se sent tout petit
Je laisse les mauvaises langues s’escrimer par derrière
Aux portes de l’envers, je suis au paradis
A regarder la lune »
Xavier Lacouture, Regarder la lune, 2001

« On dit que Lazare et Cécile
Se sont enfuis cette nuit
Et que la Lune docile
Jusqu’au matin n’a pas lui
On dit qu’un foulard de brume
Fit pour elle un voile blanc
Fit à Lazare un costume
Tissé de nacre et d’argent »
Anne Sylvestre, Lazare et Cécile, 1965

« Cendre de lune, petite bulle d’écume
Poussée par le vent je brûle et je m’enrhume
Entre mes dunes, reposent mes infortunes
C’est nue que j’apprends la vertu
Je je, suis libertine
Je suis une catin »
Mylène Farmer, Libertine, 1986

30 décembre 2010. Étiquettes : , , , , , , , , , , , . Thématique. 8 commentaires.

Le Pinocchio de Romain et Mathieu

Entre le moment de la naissance d’un projet et celui où il vous vient, en écho comme par disque, aux oreilles, il peut se passer du temps. La nouvelle édition du Pinocchio court toujours de Romain Didier et Pascal Mathieu, créée à l’origine en 2001, rattrape quelque peu le temps perdu.
C’est un opéra, pour enfant si on tient que l’enfance est éternelle. Ça rassemble plein de gens, des grands (la casting est sympathique qui réunit tant Enzo Enzo que Pierre Perret, Jean Guidoni de Kent, Sanseverino que Néry ou Mathias Malzieu… et Émile Allain, un garçonnet qui donne sa voix au héros au nez mutin), pas mal de musiciens (de l’Ensemble orchestral des Hauts-de-Seine) et soixante-dix choristes de trois formations distinctes (« Tous en scène », « Curva via » et les enfants du « Conservatoire de Courbevoie »). Ça fait du monde au générique.
L’histoire de ce petit pantin de bois, « né le jour de la sainte-Bétise », à qui la Fée bleue donne vie est célèbre. Le personnage de Collodi court cette fois, un peu comme L’eau vive de la chanson. Et c’est effectivement en chansons qu’il vit ici nombre d’aventures.
Le disque était paru une première fois en 2006, chez EMI. Peut-être que ce gros label l’était trop pour un « produit » si fin, si sensible, opéra tiré de nos enfances qui ne cousine nullement avec les produits manufacturés, calibrés, de l’industrie discographique. Le disque ressort aux éditions Éveil et découvertes, avec pour écrin un grand livre gorgé d’images (jolies images vraiment qu’on doit à la plume inspirée de Flavia Sorrentino).
Romain Didier n’est pas inconnu de ce genre de travail : on lui doit, avec Allain Leprest, le magnifique Pantin Pantine. C’est tout simplement là un autre pantin. Cette fois-ci avec Pascal Matthieu, artiste que le grand public ignore totalement mais que ses pairs reconnaissent comme un possible géant. Leur travail sur Pinocchio est simplement magnifique. Malgré son format, vous devez faire place à ce livre-disque sur vos étagères : c’est une référence. Le disque existe aussi en cédé seul. Paradoxalement votre moteur de recherche vous orientera sur la précédente édition de cette œuvre.

Livre-disque Pinocchio court toujours 2010, Abacaba/Éveil et découvertes

20 septembre 2010. Étiquettes : , , , , , , , , . Lancer de disque, Pour les mômes. Laisser un commentaire.

Qui, Louki ? Non, Perret !

La parution, ces jours-ci, du livre Si les chansons m’étaient contées de Frédéric Zeitoun aux éditions Jean-Claude Gawsewitch (livre qui sort à l’occasion d’un spectacle musical sur les secrets des chansons, intitulé Toutes les chansons ont une histoire, au Théâtre Le Trianon à Paris, du 22 septembre au 18 octobre 2009) me donne l’occasion de sortir du tiroir un joli secret lié à une chanson, Les Jolies colonies de vacances, chanson qui n’est pas reprise dans le bouquin de mon confrère Zeitoun.

Lettre de vacances031
La « Lettre de vacances » de Pierre Louki ©1964 by Société anonyme des Éditions Ricordi

C’est Marcel Gotlib qui, lors d’un entretien pour Chorus, me parlait ainsi de l’ami Pierrot : « Chez Pierre Perret, c’est un paradis. Vous y êtes déjà allé ? Sa maison, quand il la montre, il dit : « De là à là, c’est Le Zizi ; de là à là, c’est Ouvrez la cage aux oiseaux… » ». Et cette autre pièce cossue, là, c’est sans aucun doute Les jolies colonies de vacances, tant il est vrai que cette chanson fut, à l’époque de sa sortie, en 1966, et pendant des lustres, comme un hymne national. Et une belle et solide rente pour l’artiste. Je fus colon dans ces années-là et me souviens sans mal de cette chanson reprise à tue-tête, entonnée en d’interminables randonnées, cœurs vaillants et cœurs chantant, un peu comme un constant défi aux monos, une transgression autorisée. Merci Pierrot !
Il y a peu, rumeurs et reportages (Le Nouvel Obs, Le Figaro…) nous ont apportés une autre image, une autre idée de Pierre Perret, nettement moins amusante. Inquiétante même. Sur ses vérités qui n’en seraient peut-être pas. Sur ses rapports avec Léautaud, avec Brassens…
Pas sur Pierre Louki, grand ami de Brassens par ailleurs, et c’est dommage. Ou alors ce n’était dit pas très fort. Et pas relayé par les médias. Voici une chanson de feu Louki (1920-2006), enregistrée à la Sacem en 1964, qui ne connu aucun succès, cause, semble-t-il, à une musique peu appropriée, tirée de La Danse des heures d’Amilcare Ponchielli. Chez Louki, la chanson se nomme Lettres de vacances. Rien que la lecture vous fait penser à une autre et célèbre chanson :

Mes chers parents j’écris ce mot
Depuis le camp du « Bord des flots »
C’est bien situé et puis c’est chouette
On a la mer à moins de trente-cinq kilomètres
Pas besoin de réveil-matin
Tout à côté il pass’ des trains
Quand le train siffle c’est pas gênant
La chef’tain’fait beaucoup plus de bruit en ronflant (…)

Tout est à l’avenant. Sur les monos, l’hygiène, la bouffe, l’air à respirer, sur tous ces menus soucis qui rendent verts les parents à la lecture de la lettre du môme…
Louki, Perret… Pas de commentaires à faire là-dessus, vous êtes bien assez grands. Tout juste émettre l’idée que, sinon une aile, au moins une pièce de la propriété Perret aurait pu s’appeler Pierre-Louki, en évidente reconnaissance du ventre…

11 septembre 2009. Étiquettes : , , . Saines humeurs. 5 commentaires.

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