Hadji-Lazaro, sa tata et son pingouin

Il fut cet éditeur courageux chez Boucherie-productions, au superbe catalogue : Clarika, Les Elles, Gabriel Yacoub, Mano Negra, Sttellla, Paris-Combo, Les Belles lurettes, Wally, Les Pires, Patrick Bouffard trio… Il fut l’âme et le pilier des groupes Les Garçons bouchers, Los Carayos et Pigalle, ce dernier  qu’il ressuscite périodiquement, pour tout un disque, pour toute une tournée. Il est cet incroyable artiste qui prélève à son tourniquet à musique un instrument, puis un autre, puis… Il joue de tout, de la vielle comme du diatonique, du violon comme de la guitare… Il est aussi cet interprète de Roland Topor, il est ce second rôle au cinoche qui, comme tous les seconds rôles d’antan, impose sa trogne unique, chez Caro et Jeunet, chez Berri, Teulé, Tavernier et autres réalisateurs inspirés. Il est, il est… Sa silhouette imposante hante les champs de la création.
L’ancien instit qu’il fut jadis, bien avant, est maintenant chanteur pour mômes, avec cet album réjouissant : « Ma tata, mon pingouin, Gérard et les autres… »qui sort ces jours-ci en disque chez Naïve, en livre-disque chez Milan. Un disque à sa sauce musicale, entre rock et musette, entre punk et folk, avec des mots faits de poésie et de tendresse, de réalisme et de nostalgie… C’est pour enfants mais les parents peuvent piquer le disque à leur gosse et l’acheter pour eux-mêmes en prétextant que c’est pour leurs rejetons. Car c’est du Hadji-Lazaro, de l’inoxydable. Avec simplement des mots plus drôles, plus curieux aussi. Ça débute par une presque bourrée berrichonne qui liste en détail une visite au zoo, puis la promenade prend l’exacte dimension du monde entier, continent par continent. Promenade au supermarché, traversée à la nage de sa baignoire… et plein de personnages, humains et animaux, même si Maman prédomine et de loin. Chaque chanson est prétexte à une musique différente, gourmandises qui peuvent ouvrir l’oreille à la découverte… Pour pas changer, c’est Hadji-Lazaro qui joue ici de tous les instruments, du dobro à l’ukulélé, de la sanza aux cornemuses, des banjos à la guimbarde : une bonne trentaine en tout. Si tous les chanteurs faisaient comme lui, les musiciens pointeraient tous chez chôm’du. Mais tous les chanteurs ne sont pas aussi doués qu’Hadji-Lazaro.

François Hadji-Lazaro, Ma tata, mon pingouin, Gérard et les autres, 2012, Naïve/Universal. Le site d’Hadji-Lazaro, c’est par là.

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24 mars 2012. Étiquettes : , . Lancer de disque, Pour les mômes. 1 commentaire.

Pigalle : tant de choses à se dire…

Ce papier date un peu (février 1998 à Saint-Étienne) mais pas tant que ça en fait : même blindé de nouveaux titres, Pigalle, chaque fois qu’il se reconstitue, est pareil à lui-même qui, à l’image de François Hadji-Lazaro, marie instruments, publics, ambiances et émotions. Colères aussi…

(photo d'archives. Pierre Terrasson)

Archive. Voici Pigalle et François Hadji-Lazaro, silhouette monobloc, violon et archet dans la main qui d’emblée dessinent d’inquiétantes ombres perçant le rond de lumière. Voici donc ce bonhomme qui, hors l’épate, va nous sortir au gré de ses chroniques chantées tous ses instruments, un panel de rêve qui allie cornemuse et banjo, vielle, guitare et violon… ici une bonne vingtaine d’instruments, sagement disposés sur un tourniquet. Exposés, toutes proportions gardées, comme dans un tarif-album de la Manufacture des armes et cycles dédié à d’autres et musicales portées.
Qu’Hadji-Lazaro n’en prenne pas ombrage, il apparaît en sorte de père moralisateur narrant l’existence, les joies et les coups durs, en tirant des enseignements à l’usage de son public, de ses fils et filles qui composent le parterre. Lazaro ne décrit que la vie, celle de tous les jours, pas forcément belle mais pas noire non plus, loin s’en faut. Réaliste, peuplée de personnages et de scènes à la limite du banal : quartiers de Paris, souvenirs émus, jours épuisés et instants de « grande patate. » Par l’évident amour qu’il lui porte, Hadji-Lazaro nous rend attachant son univers. Et nous de nous identifier et de vivre par procuration ses itinérances, ses rencontres, ses franches colères parfois. Contre le pape notamment, accusé sans détours de crime contre l’humanité : « Le pape a dit plastique tu ne mettras pas / Pendant ce temps roule roule sida. »
Six cents personnes connaissent ici leur Pigalle sur le bout des doigts, en attente de chaque titre, comptables de leurs souvenirs et de ce qu’en fera le groupe sur scène. Le concert prend ses aises dans le temps : il y a tant de choses à se dire… Hadji-Lazaro gratifie son public de longs, très longs rappels et, in fine, deux titres emblématiques de Pigalle : Sophie de Nantes et Dans la salle du bar-tabac de la rue des Martyrs, là où « il y a deux gars tatoués qui racontent leurs souvenirs. » Le père Lazaro nous conte les siens, les nôtres communs. Ses compagnons de scène assurent. « C’est top » diront les gens. La musique rock est forte, teintée de tous ses sons sortis d’autant d’instruments qu’on ne qualifiera plus jamais de ringards.
Repu, le concert achevé, chacun quitte les lieux, va rejoindre sa vie. On doit être stationnés à la première à gauche, là, juste après la rue des Martyrs.

Le myspace de Pigalle.

13 octobre 2010. Étiquettes : . Archives de concerts, En scène. 1 commentaire.

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