NosEnchanteurs dès ce soir en direct de Prémilhat

Corentin Coko, ce soir sur scène avec ses bretelles (photo DR)

Dès ce soir, nous serons à Prémilhat, à cette 5e Rencontre de la Chanson francophone perdue au fin fond de la France profonde, du côté de Montluçon. Je dis nous car c’est, pour la première fois, le « staff » complet de NosEnchanteurs qui se réunit ainsi : Catherine Cour (par laquelle vous avez pu suivre, en léger différé, tout Barjac 2011) et moi-même (si d’autres plumes alertes veulent se joindre à l’équipe de rédaction…). Pourquoi Prémilhat ? Parce que ce petit festival n’en est pas moins important et qu’il correspond surement plus et mieux à l’idée que nous nous faisons de la chanson qu’un Prix Constantin ou qu’un Printemps de Bourges (pour ne citer que ces deux-là…). De là à en faire tout un week-end l’épicentre de la chanson, il n’y a qu’un pas que nous franchissons allègrement. Bien d’autres festivals, à la botte des maisons de disques et des médias dominants, s’arrogent indument tant de vertus (dont le sens de la découverte qu’ils n’ont plus) que d’aller puiser notre substance chanson dans la pure modestie de Prémilhat nous fait le plus grand bien.
Le défi de NosEnchanteurs sera de rendre compte de tout ce qui se vit, se chante, se dit à Prémilhat, quatre jours durant, en quasi direct. Là où le GPS déclare forfait, nos modem (même au Centre de la France, je ne parle pas des centristes) tiendront-ils la rampe ? Nous verrons… A tout à l’heure, donc.

Ce soir, jeudi 27 octobre à 20 h 30 : « Chansons à bretelles » avec Coko, Emilie Cadiou, François Fabre, Gabrielle, Nicolas Ducron, Reno Bistan et Thierry Svahn, accompagnés par Noémie Lamour à la contrebasse.

27 octobre 2011. Étiquettes : . Festivals, Rencontre de Prémilhat. 2 commentaires.

Prémilhat : le futur féminin de la chanson

Pauline Paris (photos DR)

Elle, Francesca Solleville, la fidèle, la combattante, porte en son cœur deux récentes et infinies tristesses. Elle réside pour moitié près de Paris, pour le reste à Antraigues-sur-Volane, le village de Ferrat. C’est là où Leprest a choisi de quitter la vie. C’est dire si son récital de Prémilhat se partagera entre Jean et Allain…
Bien entendu que ce sera un moment fort de cette rencontre, cinquième édition. Même si le père Brassens sera évoqué, le jour même du trentième anniversaire de son trépas ; même si Barbara y fait l’objet d’une (superbe) soirée, ce n’est pas une chanson perdue, à conjuguer à l’imparfait, que célèbre Prémilhat mais bien cette sève vigoureuse qui nous parcoure l’échine et se régénère chaque jour. Comment d’ailleurs parler autrement de Pauline Paris, de Caroline Personne ou de Flavia Perez, d’Elsa Gelly, de Noémie Lamour (quel joli blaze pour inspirer les sentiments…) et de Gabrielle, de Clémence Chevreau et d’Anne Sila ? (la délégation féminine est assez impressionnante comme si elle profilait le futur de la chanson…). De Gilles Roucaute et d’Yvan Cujous, de Coko et de Reno Bistan aussi ? Et j’en oublie, parmi cette dense programmation.

Anne Sila

C’est au centre de la France, en un lieu improbable mais bien réel, que réside ce festival de Prémilhat. NosEnchanteurs en a fait un de ses étendards. Car nous sommes loin ici  de ces programmations âprement négociées, de chiffres d’affaires imposants, d’égos surdimensionnés tant d’artistes que d’organisateurs, de justificatifs vaseux et de débats douteux sur ce qui est « in » et ce qui est « out », ce qui est moderne et ce qui est ringard, vocable qui du reste n’appartient qu’aux cons.

Caroline Personne

Ici, à Prémilhat, on ne programme que ce qu’on aime, que ce qu’on désire partager. Ce n’est pas la play-liste des radios nationales et Universal n’est pour rien dans les choix. Ici, on est simplement cœur battant, à se tâter le pouls pour compter les pulsations, jauger les émotions. A Prémilhat, où tout le monde se prénomme pareil, on fait dans le vrai, on ne triche pas. Et c’est agréable d’y vivre quelques heures, quelques jours dans cette étonnante dimension chanson. A partager, à discuter avec l’autre, son voisin de travée ou de table, l’artiste qui revient de scène ou qui y va. A interpeller Michel, à biser Michèle, à acheter le disque de Michel, à se faire dédicacer le livre de l’autre Michel… A se faire appeler Michel, même si c’est pas vrai. A ne plus être client, consommateur. A simplement faire partie d’une même famille.

« Rencontres de la Chanson Francophone », Prémilhat (03), du 27 au 30 octobre 2011. Le site du festival, c’est ici. Toute réservation reçue sur ce blog bénéficiera d’un tarif réduit (réservez en envoyant un message en commentaire de ce billet, ce message ne sera alors pas publié). Les tarifs sont de 18 euros (16 en tarif réduit) pour les spectacles à Prémilhat et de 10 euros (8 en tarif réduit) pour ceux à la ferme de la Ganne. Tarifs spéciaux pour les adhérents de l’association organisatrice et pour les mois de 16 ans. A noter la mise en place d’un forfait 9 spectacles + repas + hôtel à 350 euros (500 pour un couple) ; réservations au 04 70 29 16 71.

21 octobre 2011. Étiquettes : , . Festivals, Les événements, Rencontre de Prémilhat. Laisser un commentaire.

Festival de Prémilhat : la chanson au vert

Jean-Michel Tomé cette année au micro de la radio du festival d'Uburik (photo DR)

Prenons une longueur d’avance, cause à la nécessaire organisation. D’abord, prenez une carte, repérez sagement les lieux, il n’est pas dit que votre gps fonctionne là-bas. Dans l’Allier, pas loin de la grand’ville qu’est Montluçon certes, mais loin de tout, loin de vos habituels circuits chanson. Là, réside un fou, un dingue de la chanson, qui collectionne même toutes les affiches des salles et des artistes : mine de rien, sa collection est de loin la plus riche et les commissaires d’exposition savent régulièrement y piocher dedans pour dénicher la perle rare. Lui, c’est Jean-Michel Tomé qui, dans sa folie, a fédéré tous les Michel ou peu s’en faut. Et sa mère, qui ne pouvait se prénommer que Micheline. Tant que les habitués appellent ces rencontres le « festival des Michel » (Michel Grange y est chanteur officiel, à demeure, et on semble m’y apprécier).
Tous les ans Jean-Michel Tomé casse sa tirelire pour nous offrir son festival, ses Rencontres de la Chanson francophone. Lui aime la chanson dans son ensemble, pourvu qu’elle soit bonne, avec son lot d’émotions et de jolis vers bien musiqués. De Guillaume Ledoux à Nicole Rieu (ils y étaient l’an passé), la palette est aussi large que sensible. Le terroir de Prémilhat n’est pas à franchement parler un grand terroir de la chanson. Le public y est rare. Raisons de plus pour chaque saison labourer, ensemencer, ruiner la télé, regarder les chansons lever. Cette année, cinquième édition, Jean-Michel fera la part belle à celles du patrimoine : de Ferrat à Barbara en passant par Brassens. Et puis l’ami Leprest, naturellement soluble dans la voix de Solleville. Mais pas que, Prémilhat ne conjuguant pas la chanson qu’à l’imparfait même si elle touche la perfection.

Elsa Gelly (photo Guillaume Bonnefont)

Les Rencontres se déroulent dans la salle communale de Prémilhat ainsi que dans d’autres communes limitrophes. Dont une (exemplaire) ferme pédagogique, entre poules et dindons, moutons bizarres et bœufs aux drôles de cornes tirebouchonnées. Ça fait « meuh », ça émeut. L’endroit idéal pour La petite fuge des animaux de la formidable Chantal Grimm.
C’est un festival pas comme les autres, cause à l’ambiance particulière. Artistes, organisateurs, Michels et spectateurs sont tous d’une même famille, chaleureuse et solidaire. Plus précieux que Barjac, c’est dire…
On en reparle le mois prochain. NosEnchanteurs suivra cet événement en direct de là-bas, faisant de Prémilhat, le temps d’un long week-end, l’épicentre de la chanson.

Au programme :

En avant-première, le 30 septembre à 20 h 30, salle Germinal à Désertines (03) : « L’ami Ferrat », hommage à l’homme d’Antraigues-sur-Volane, interprété par Patrice Bourgeon, Jean-Pierre Chauvet, Laurent Desforges, Dominique Fissore, Yves Vessière et Les Mots qui réveillent (après le spectacle, une dégustation de produits ardéchois est offert à chaque participant).
Et, le 2 octobre à 15 heures, Eric Frasiak à la ferme de la Ganne.

Jeudi 27 octobre, 20 h 30 : « Chansons à bretelles » avec, à l’accordéon, Coko, Emilie Cadiou, François Fabre, Gabrielle, Nicolas Ducron, Reno Bistan et Thierry Svahn, accompagnés par Noémie Lamour à la contrebasse ;
Vendredi 28 à 14 et 15 h : Chantal Grimm dans La petite fugue des animaux (jeune public) à la ferme de la Ganne ;
Vendredi 28 à 17 h 30 : Elsa Gelly (nouvelle création) à la ferme de la Ganne ;
Vendredi 28 à 20 h 30 : Francesca Solleville (avec, en première partie, Clémence Chevreau) ;

Emilie Cadiou (photo DR)

Dédicaces de livres (Michel Grange, Michel Trihoreau, Michel Kemper, Michel Janvier et Francesca Solleville) le samedi 29 à 11 heures : Conférence autour de Brassens par Michel Thihoreau et Michel Grange le  samedi 29 à 15 heures ;
Samedi 29 à 17 h 30 : Gilles Roucaute dans « Cirque conforme » à la ferme de la Ganne ;
Samedi 29 à 20 h 30 : « Intimement Barbara » (hommage à Barbara)
Dimanche 30, à 15 h : Co-plateau avec Audrey Antonini, Clémence Chevreau, Yvan Coujus, Garance, Michel Grange, Caroline Personne, Flavia Perez, Anne Sila et Eric Guilleton.

« Rencontres de la Chanson Francophone », Prémilhat (03), du 27 au 30 octobre 2011. Le site du festival, c’est ici. Toute réservation reçue sur ce blog bénéficiera d’un tarif réduit (réservez en envoyant un message en commentaire de ce billet, ce message ne sera alors pas publié). Les tarifs sont de 18 euros (16 en tarif réduit) pour les spectacles à Prémilhat et de 10 euros (8 en tarif réduit) pour ceux à la ferme de la Ganne. Tarifs spéciaux pour les adhérents de l’association organisatrice et pour les mois de 16 ans.

17 septembre 2011. Étiquettes : . Festivals. 2 commentaires.

Chant en champs (et vice-versa)

Prémilhat, donc. Par touches, tout au long de la semaine passée, j’ai tenté de relater cet événement. Retour aujourd’hui sur la matinée du dimanche, pour un « concerts » en basse-cour et mini-récitals dans l’étable…
Une mâtinée dans une ferme exemplaire, pédagogique, au domaine de la Ganne, avec des animaux que, même au salon de l’agriculture, vous ne verrez jamais pareillement : chèvres alpines, chèvres du Rove, boucs nains, moutons mohairs, vaches des Highlands, poules noires du Sussex, coqs Brama… et chanteurs tous terrains, avouez que la scène vous est inédite.
En talons, en baskets, en bottes même, ils sont venus. Y’a le public, de tous âges. Des gamins bien sûrs, des adultes, des aînés aussi. Des animaux, jouant eux à domicile. Et ces autres mammifères, donc, toujours ceints d’une guitare, voire d’un accordéon. Au programme de ce tour de champs, Christopher Murray, Michel Grange, nos deux amis d’Acorps de rue et la jeune et pétillante Pauline Paris. Ainsi qu’Emmanuel Monnet, remarquable prof de musiques traditionnels au Conservatoire de Montluçon, qui fera duo impromptu avec Murray. Un délice faut-il dire. Les animaux (là, je parle des résidents habituels de la ferme) sont tous plus étonnants les uns que les autres, à croire qu’il ont fouillé les malles pour en tirer d’improbables costumes, de lourds manteaux pour les vaches. Et emprunter les cornes à d’incommensurables cocus. Les poules, les coqs rivalisent de beauté en des tenues incroyables, improbables mais réelles. Parmi ces gallinacées, Michel Grange reprend Les Oiseaux de passage et autres succès du père Brassens. A l’étable d’à coté, les Acorps rue ont trouvé un coin dans le foin, avec les chèvres : le public s’agglutine tant bien que mal dans ce lieu étroit et sombre pour mieux chanter avec eux J’veux du soleil ! Y’a vraiment que les chèvres qui ne soient pas gênées. Pauline Paris, elle, prendra l’air face à des ruminants lui disputant la vedette. La vache, c’est qu’elle a de l’aplomb, la parisienne : plus aucune scène ne lui résistera désormais ! (photos Catherine Cour)

8 novembre 2010. Étiquettes : , , , , . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 3 commentaires.

Gainsbourg, eux non plus…

Le petit festival créé par Jean-Michel Tomé ne sait rien respecter des règles du métier. Sa programmation n’obéit qu’à des rencontres, qu’à l’amitié, à ses violents coups de cœur aussi. Ainsi cette « Cie Gevrey-Chambertain » qu’on s’imagine, rien qu’à l’intitulé, être la compagnie amateur de cette gare de triage, de ce nœud viticole. Erreur, ce sont des artistes hors du commun ! Qui pour l’heure se mettent en bouche Gainsbourg, aphorismes et chansons…

Un spectacle musical étonnant ! (photo Catherine Cour)

La ressemblance physique et sans issue est-elle à ce point calculée entre le chanteur (Zoon Besse) et feu notre fumeur de gitanes ? Tronche du même genre, pareille voix ou presque, semblable déglutition… Y’a mimétisme. A trop chanter Gainsbarre…
Ils sont quatre sur scène (Zoon en zoom, en gros plan, et Gaëtan Pantanella, Dany Rizo et Pierre-Marie Braye-Weppe), sous les projos, Sous le soleil exactement. Par touches, par chansons chocs et dessous chics, nous allons à la rencontre de Gainsbourg, pas forcément dans ses titres les plus en vue d’ailleurs, par des bribes de lui aussi, festival de citations et de trouvailles : mise en scène fluide, intelligente, presque chorégraphie. Les arrangements sont sobres, les musiciens en tous points excellents.
On y croise Lola Rastaquouère, Laetitia, Melissa et Marylou, de quoi vous mettre L’Eau à la bouche. Prévert est dans ses p’tits papiers et Gainsbourg dans tous ses états : en SS in Uruguay comme en reggaeman. Il est manifestement sur scène.
Imitateur le Zoon ? Rien ne clone. C’est création originale, pas numéro de cirque. Il y a ici le plaisir, la jouissance oserais-je, des mots, provocs et pitreries du Serge. C’est point et contrepoings, pets et contrepets, basse et contrebasse, faits contrefaits, les hauts de Gainsbourg et les bas de ses femmes, jeu théâtre ludique, set musical on ne peut plus probant. C’est excellent !

5 novembre 2010. Étiquettes : , , . Catherine Cour, En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Nicole Rieu, beau et impressionnant

Ça remonte à… Les souvenirs sont diffus. Il y eu Je suis, en 1974… Puis l’Eurovision : Et bonjour à toi l’artiste. Puis je ne sais… L’injuste oubli. Dans la boîte à images, un artiste en chasse l’autre, l’industrie en a toujours à promouvoir…
Prémilhat, octobre 2010, Nicole Rieu sur scène. Frêle et petite, les cheveux cendrés, outrages du temps. Mais le même visage. Et ces yeux, cette voix… Retrouvailles.

Indomptable Rieu… (photo Michel Janvier)

D’abord seule en scène, lestée d’une grosse guitare : « Femmes / Grâce aux combats desquelles / Je viens chanter pour vous. » Pour ces femmes, « combien de routes encore et de révolutions ? »
Comme pour mieux se présenter et peut-être solder le passé, Nicole chante « Je suis ruisseau, fleur, rivière / Je suis le vent, la pluie / Je suis l’ombre, la lumière / Je suis la vie / Je suis l’ouragan sur la dune / Je suis une symphonie / Je suis un noyau de prune ./ Je suis l’oubli / C’est peut-être l’automne / C’est peut-être l’hiver… » Vous y êtes ? Entre ces deux chansons « 36 années de bons et loyaux services » commente-t-elle. Nicole Rieu est tant douceur que colère. De « sous le tilleul, place de l’égalité » elle observe. On prêterait à Rieu toute la poésie et l’innocence du monde, la naïveté aussi… pour se tromper lourdement. La dame fait dans le grand, le grave, dans la saine indignation : « J’ai dans les yeux / Tellement de paysages et de visages / Je suis nomade / Dans mon cœur et dans mon âme. » Ça a vingt ans et pas une ride : on dénoncera ça à Besson, à Heurtefeux et à leur patron…
Des sorcières de Salem aux afghanes dévoilées, la chanteuse nous livre des portraits de femmes, de celles résolues, droites, face à la vie, l’amour et la mort. Ça en fait un récital exemplaire, de beauté comme de dignité, toujours sur le fil de l’émotion et sur Le Chemin de la liberté. À ses côtés, Julien Rieu de Pey, jeune guitariste et bassiste. Et, parmi ses chansons, beaucoup de nostalgie, un peu de L’Age d’or qu’elle reprend à Ferré. Et Maria qu’elle reprend à Ferrat. Ainsi que cette très « cabrelienne » chanson : « Et le monde court après les traces d’un passé fugace / C’est l’enfance qui passe. » Ou cette autre, grand succès à l’époque : Je ne suis qu’une goutte. Une goutte, certes madame. Qui s’additionne à d’autres gouttes de la chanson, ça fait eau vive indomptée, ça donne la vie, ça aide à l’existence. Merci.

Le myspace de Nicole Rieu.

4 novembre 2010. Étiquettes : , . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

Cette malicieuse Coline de la chanson…

N’y voyez pas malice (enfin, si…) mais Prémilhat a débuté par un jeu de dames (dans ma relation du festival, je fais dans n’importe quel ordre…). Avec un joli set partagé entre Nicole Rieu et Coline Malice. On s’occupe d’abord de la jeune avant de traiter l’aînée.

Délice que cette Malice… (photo Catherine Cour)

Quand on se prénomme Coline et qu’on vient du plat pays, y’a comme un blème… Alors un beau jour elle a quitté l’ombre portée de Brel et de Beaucarne pour s’installer ailleurs, au mitan du Massif central, là justement où le relief est volcans et les volcans collines : « C’est mon pays tranquille / Où se calment les volcans / D’où s’écoutent les vents / Je l’ai choisi comme île. »
C’est, par elle, avec Yannick, son complice, dialogue d’accordéons. L’un diatonique, l’autre chromatique. Que peut-donc chanter une belge en libre exil chez nous ? Elle ne chante que la vie qu’elle perçoit, qu’elle reçoit. Et vomit, certes en poésie, l’actuelle politique, la sarkozysme en son ensemble. Débuter un récital pour une chanson sur les Roms (« Vous les gens du voyage / Si vous étiez moins rares / Y’aurait p’être moins d’écarts / Entre les pays »), en ces temps contrôlés, bétonnés, bessonnés, heurtfefés, est acte de résistance, de désobéissance civile : « Mi française mi belge / Contre un seul qui dicte / Contre un Sarkozy ! » C’est tout colère, c’est tout Malice, en laquelle on trouvera facilement la (future) relève tant de Michèle Bernard que de Francesca Solleville. Avec un timbre qui parfois rappelle l’autre belge qu’est Mauranne.
Coline fait feu de tous bois : sur la violence, sur l’occupation, sur la société… Sur, et pour le coup avec grande tendresse, les mamans de Lola : « Deux mamans dans la même maison / On s’fout du Quand dira-t-on. » Coline Malice n’a peur de rien, elle fait front, elle fait fronde, bardée de son diato comme on le serait d’un bouclier, elle gavroche gaiement sur ses propres barricades.
Et clos sa prestation par une reprise de Ferré, La Mauvaise graine : « J’suis ni l’œillet ni la verveine / Je en suis que la mauvaise graine / Ils m’ont semée comme un caillou / Sur un chemin à rien du tout. » Ça lui va bien à Coline d’être l’épi rebelle, l’épi phénomène d’une scène par elle régénérée, ardente et, de fait, embellie.

Le site de Coline Malice. Et son myspace.

3 novembre 2010. Étiquettes : , . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Portfolio : Éric Frasiak

Coup de cœur, gros coup d’amitié aussi, pour Éric Frasiak, baroudeur de la chanson, mi rockeur mi folk-singer, un peu dans la lignée d’un François Béranger qu’il admire entre tous. Un type élégant, honnête, qui ne se la pète pas, qui simplement raconte des histoires, de Bar-le-Duc (sa ville) et d’ailleurs, de son fils, de ses potes, qui raille tant la jet-set que l’omniprésent internet… Écoutez-le, vous en redemanderez.
« Dans ce monde animal / Condamné au silence / De nos cordes vocales / Réduisons les distances / Dans ce monde trésor / Ces vies qui nous ressemblent / Des mots comme de l’or / À partager ensemble / Parlons-nous, parlons-nous… / De rien, de tout, un rêve fou / Ça change tout, parlons-nous. » (Éric Frasiak, Parlons-nous, 2009)
Vingt minutes de prestation dans le cadre de cette folle après-midi qui a vu tout de même neuf artistes se succéder sur scène dimanche après-midi, ce n’est peut être pas suffisant pour pondre une juste chronique de concert, encore que. Ça l’est amplement pour saluer le bonhomme qu’il est. Et publier ce magnifique portfolio qu’on doit à une spectatrice, l’amie Catherine Cour (belle rencontre encore…), formidable militante de la chanson, qui plus est photographe douée.

Le site de Frasiak ; et son myspace.

2 novembre 2010. Étiquettes : , . Catherine Cour, Festivals, Portfolio. Laisser un commentaire.

Ledoux, comme son nom l’indique

Dur dur la culture ! Quand, au milieu des champs ou peu s’en faut, la salle est désespérément vide de tout public. Une poignée de spectateurs tout au plus. A l’affiche, Guillaume Ledoux, un type bon comme le bon pain. Qui plus est doué, ce qui ne gâche rien…

Guillaume Ledoux, un tendre (photo Michel Janvier)

L’avant bras bardé d’un magnifique tatouage, l’est comme un dur le Ledoux. Gamin, il fut un des Zéro de conduite, à se produire sur des scènes mythiques. Il est un des Blankass. Et, pour l’heure, Guillaume Ledoux, formule solo pour un répertoire en propre, un versant intimiste, plus vrai encore.
Ledoux est un sentimental, nostalgique d’un temps qui lentement s’en va, celui des rapports humains. C’est qu’il aime les gens, ce gars. Et nous raconte sa rencontre avec le Dalaï Lama. Et nous parle simplement de gens simples, de « chômeurs heureux, de travailleurs déçus. » Il y a du Souchon en lui, c’est moi qui le dit. C’est lui qui le chante : « Il nous reste Souchon » et, par lui, ça veut tout dire. Ledoux ne nous chante vraiment que ces foules sentimentales…
Putain, c’est beau Ledoux. Des portraits d’en dehors, d’en dedans. (« La clef se trouve à l’intérieur / À l’intérieur de quoi ? / J’ai oublié tout ça »La Clef, chanson dédiée à Mano Solo). C’est un folk-singer, derrière lequel on sent poindre le rockeur qui l’habite (comme pour la chanson Les Miens), aux balades généreuses, inquiètes d’autrui. De jolis propos qui trouvent en eux la musicalité pour s’envoler, prendre du champ. Et des chants de la hauteur. Ainsi À nous la liberté (« Quand nous aurons fini de cacher nos envies… »), utile et agréable chant d’espoir.
Et puis le cadeau d’un titre de Jean Yanne, La Gamberge : « Moi je rêvais d’être un héros / Et voulais m’en aller faire le mirliflore / Connaître la faune et la flore / Faire un arche de mon bateau… »
Piano (par son complice Cédric Milard), guitare et voix, la face plus perso de Ledoux s’étale ainsi par ses compositions. On sent là, plus qu’ailleurs, son indéfectible attache à la chanson, ses racines, ses classiques. Dont visiblement il retient l’émotion, beau carburant pour le moteur de ses chansons.

Ledoux est en studio en décembre (l’album Les à-peu-près devrait sortir à-peu-près au printemps). Profitant d’un moment de répit, il descendra à Montluçon « faire le Père Noël » comme il dit, pour mettre dans la hotte de Jean-Michel Tomé, l’organisateur de cette rencontre de la chanson, un peu de quoi poursuivre ce festival : un concert de soutien pour Prémilhat (avec les Acorps de rue). Oui, Ledoux est un type bien, vraiment. Le premier qui dit du mal de lui, j’lui casse la gueule à la récré : qu’importe si ça me vaut zéro de conduite.

Le site de Guillaume Ledoux.

2 novembre 2010. Étiquettes : , . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

Marie-Claire Gamper, le « je » de l’amour

Toute la semaine, nous suivrons en léger différé l’essentiel de la programmation de la 4e Rencontre de la chanson francophone de Prémilhat, dans l’Allier, qui se déroulait ce week-end. Avec cette fois-ci la niçoise Marie-Claire Gamper, pour le récital qu’elle a donné vendredi 29 octobre à la salle des fêtes de Prémilhat.

Christophe Montant et Marie-Claire Gamper (photo Michel Janvier)

Étrange dame que celle-ci. Dès l’entame sur scène, ça donne l’impression d’un spectacle pour enfants. Mêmes ressorts, identique dramaturgie, diction théâtralisée, j’oserais dire « pédagogique »… Drôles d’enfants d’ailleurs que ce public-là, adultes dans des jeux d’adultes, cruels jeux de l’amour : « Je cherche, tu cherches, il cherche / Nous cherchons l’âme sœur / Je surfe, tu surfes, nous surfons tous en chœur. » Marie-Claire Gamper est une obsédée de la souris, qui sans relâche clique sur le possible et prochain amour : « Hommes, hommes, je vous aime / Vous êtes la crème de mes jours, de mes nuits / De ma vie. » Campanule est son pseudo. De lits en lits, elle vit d’amères désillusions, à chaque fois tout recommencer : tout va mâle. Ah ! « ce que je ferais, si j’osais… » Un jour son prince viendra, suggère-t’elle au violon, qu’elle maîtrise à merveille, à ravissement. Conte de fée… et sorcières dans le placard : « Faites attention, fuyez les illusions. »
Hors une insolite parenthèse d’hommages, notamment à Ferrat par un Que serais-je sans toi instrumental, violon-guitare, de toute beauté, étonnement parlant, le récital de Marie-Claire Gamper est tout tourné sur les feux de l’amour, les braises qu’il en reste. Avec une présence forte, d’une réelle intensité dramaturgique. C’est une chanteuse inspirée, habitée, un rien monocorde cependant, amours paradoxalement sans trop de reliefs, dans un répertoire qui sent la colère mais d’où perce l’espoir, comme edelweiss en fin d’hiver quand le temps et le lit se réchauffent.
Ce que nous propose Gamper est probant, inédit, mais pas sans réserve car souvent trop ou trop peu, comme si la chanteuse avait du mal à se situer dans son propre « je », entre actrice ou observatrice. Ça peut gêner. Ça fait parfois froid même à l’évocation de chaudes étreintes. Il suffirait de presque rien…

Le myspace de Marie-Claire Gamper.

1 novembre 2010. Étiquettes : , . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Se ruer sur Acorps de rue !

Nous allons passer toute cette semaine à Prémilhat, petit bourg de l’Allier, pas loin de Montluçon, en rase campagne, en plein chants. Vient de s’y dérouler un grand festival, grand car le cœur qui l’anime est grand, la foi est immense, hors de toute proportion, du raisonnable même. Rarement on n’aura vu tel bonheur. On commence par deux trublions, présents de partout, entre deux vers, entre deux cuites et trois traits de génie. Ce sont Fabrice et Damien. Retenez leur nom de scène : Acorps de rue. Ils enflammeront la vôtre !

Damien et Fabrice, de quoi faire chavirer la chanson (photo Michel Janvier)

Eux ont irrigué ce festival de leurs chants en tous points, entre les étals des marchés et l’étable d’une ferme pour le moins enchantée, dans la rue diurne et dans celle, nocturne, pour faire la sérénade à la lune et au Pierrot qui est juché dessus. Et, le croirez-vous, même sur scène. Comme cet aprèm-là, dans la salle communale de Lignerolles.
L’un est aux guitares, l’autre alternant l’accordéon, la guitare et sa trompette. Leur chanson est immédiate, fraîche et franche, tonique et c’est bien le moins qu’on puisse en dire, d’harangue et de partage, belle euphorie. Et la pêche pour cent et pour mille, même si la salle est, hélas, bien maigre, les rangs épars. Qu’importe, ça ou un zénith, la chanson d’Acorps de rue est coulis qui s’insinue de partout et nappe l’espace. Ça meuble au-delà des mots, ça emplit et réchauffe les corps et les cœurs. Il y a manifestement de la Rue Kétanou en eux, en ce vivre ensemble, en cette tribune qui est tout sauf neutre même si elle traite souvent de petits riens, de n’importe quoi : c’est la posture d’Acorps rue qui est politique, valoriser le vivre ensemble l’est : « Quand j’vais vers les gens / Ma peine parfois fout l’camp / Elle revient si souvent / Alors c’est vers eux qu’je tends. »
Ça tangue, ça chavire, ça valse, guinguette, trompette parfois, en des propos mémorisables sur l’instant, du prêt-à-partager, prêt-à-chanter. C’est boule d’énergie, c’est rayonnant ! Ils ne sont que deux et se débrouillent comme quatre : c’est vrai que, pris dans leur douce ivresse – bien trois grammes –, on entend souvent double ! Qu’ils nous reviennent !

Le myspace d’Acorps de rue.

1 novembre 2010. Étiquettes : , . En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques. 3 commentaires.

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