Se rendant à Randan (la route aux quatre chansons)

Rémo Gary, Michel Bülher, Isabelle Aubret, Charles Dumont, Michèle Bernard et Yves-Ferdinand Bouvier (photo Roland Moulin /La Montagne).

Dimanche des Rameaux. Les vieux marchent à pas précautionneux mais décidés vers l’église, tous avec leur bouquet dans la main, plus qu’il ne leur en faut, largement de quoi se protéger dans un futur indécis. Le parking est à guichets fermés. Il est tôt ce dimanche mais la petite commune de Randan vit sa foi en une rare communion. En face, la salle de l’ancien marché ne s’est pas encore réveillée. Se fêtent ici tant le livre que la chanson, le livre de chanson. Les artistes sont lève-tard. Hier au soir, une partie d’entre eux sont allé se produire à La Capitainerie, très belle salle dans la petite commune de Joze. Michel Bühler, Rémo Gary, Sabine Drabowitch, Anne Sylvestre et Michèle Bernard (ainsi que Nathalie Fortin et Arnaud Lauras, le commandant de cette capitainerie, au piano) ont donné le meilleur d’eux-mêmes et c’est peu de le dire. Puis le grand repas, d’un raffinement exquis…

Michèle Bernard et Ane Barrier (photo Laurent Balandras)

Ils auront du mal d’être à l’heure ce matin. Edda, en bonne organisatrice en chef, est la première arrivée, à ouvrir la salle. A la réveiller, à préparer le café. Leny Escudéro est à l’heure, prêt à jouer du stylo et dédicacer disques et livres. Ses livres ? Deux recueils de ses chansons, parus chez Christian-Pirot éditeur. Pirot était un fidèle de La Chanson des livres de Randan, avec chaque fois son étal de livres pas comme les autres, fait avec l’amour de la chanson, avec l’amour du livre, du vrai, dont l’encre et le papier se hument longtemps, pages qu’on palpe, qu’on tourne avec précaution et respect. Pirot est mort et tous ses bouquins sont passés au pilon, sans autre forme de procès. Ne reste qu’un site désespérément figé dans un flamboyant passé.

"C'était tout c'qu'elle avait, pauvrette, comme coussin" (photo Serge Féchet)

Hormis Lény, les deux vedettes de cette dixième édition sont sans conteste Isabelle Aubret et Charles Dumont, les deux seuls d’ailleurs à s’affranchir de la vie de groupe, de cette confraternité d’artistes, englués dans leur statut, dans leur image, dans une grande solitude qui contraste tant avec cette foule d’admirateurs qui attendent leur précieuse et sainte dédicace. Dumont qui ne regrette toujours rien, Aubret pour qui c’est toujours beau la vie, sont stars pour deux jours. Il y a là, outre les artistes déjà cités, l’ami Bertin qui fait le Jacques, très pince sans rire d’un humour fou. A ses côtés, Ane Barrier, la veuve au Ricet, qui prolonge la fidélité de son mari à cette fête, toujours présent, sans jamais le moindre mot d’excuse. C’est pas demain que le souvenir du Ricet s’estompera… Il y a aussi Kitty, la veuve au Bécaud, le dessinateur José Corréa, Bruno Théol… Et Jean Dufour, un grand personnage de la chanson s’il en est, un type bon comme le bon pain, un mec bien. Lui, Laurent Balandras, Yves-Ferdinand Bouvier… Patrick Piquet aussi, pour « Le temps d’amour », très beau livre-disque sur Gaston Couté, concocté avec l’ami Pierron il va de soi. Et Kemper, votre serviteur, qui toute la matinée dessine les poissons du premier avril et les colle dans le dos de ses copains. Qu’ils sont beaux Dufour et Escudéro avec leurs poissons ! Isabelle Aubret, elle, se colle le poisson entre ses seins : « C’était tout s’qu’elle avait, pauvrette, comme coussin. » Blagues, rires, ambiance bon enfant et, de temps à autres, un bouquin vendu, une belle dédicace, la fortune qui vient.

Yves Vessiere et Jacques Bertin (au fond, Coline Malice). Photo Christian Valmory©Vinyl

L’après-midi sera rude. Un public nettement plus important, certes, mais aussi la difficile digestion. Du festin de la veille et du cochon de lait de ce midi. Mais cochon qui s’en dédit, nous sommes les forçats de la dédicace. Seule Ane ma sœur Ane, en habituée des lieux, avait prédit le coup, qui dédicace les disques de son défunt mari par l’empreinte de la signature du Ricet qu’elle poinçonne sur le livret. On se rue sur les stars. Franchement, Charles Dumont ne regrette pas d’être venu. Même les fanzines se targuent de leur nouvelle notoriété : « Le Club des années 60 », « Je chante », « Vinyl », que du beau et du solide d’ailleurs, du testé, de l’éprouvé. Mais des chansons qui ne savent que rester dans les livres, c’est un peu triste. Fortiche, la Fortin sort son petit piano autour duquel s’agglutinent nos amis chanteurs : les Sylvestre et Bühler, les Bertin et Bernard, Coline Malice et Sabine Drabowitch, Yves Vessière, Kandid, Rémo Gary… Pas les stakhanovistes de la dédicace, non, qui eux signent à tour de bras, à s’en fouler le poignet.

Leny Escudero, autre chouette type (Photo Christian Valmory©Vinyl)

Belle journée vraiment, belle fête. C’est trop beau, c’est trop bien, on reviendra, Edda. D’ici là, Dumont aura pondu son troisième tome, qu’il ne regrettera toujours pas.

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2 avril 2012. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , , . Festivals. 7 commentaires.

Randan : ces chanteurs qui se livrent

Ça vaut le coup de l’annoncer un peu en avance, ne serait-ce que pour s’organiser en conséquence. Le Salon La Chanson des Livres de Randan fête cette année 2012 sa dixième édition. Randan ? C’est un petit village de 1500 habitants, dans le Puy-de-Dôme, pas très loin de Vichy. Petit village qui, une fois par an, accueille la crème des chanteurs pour nous parler de chanson certes, mais par l’autre bout de la lorgnette, par ses livres : des autobiographies souvent, des biographies parfois, des recueils de chansons aussi.

Ainsi Nicoletta, Julos Beaucarne, Jean Guidoni, Valérie Lagrange, Maddly Bamy, Fred Mella, Jeanne Cherhal, Hervé Vilard, Olivia Ruiz, Allain Leprest, François Jouffa, Francesca Solleville, Hervé Cristiani, Anne Sylvestre, Leny Escudero, Kent, Serge Utge-Royo, Anne Vanderllove, Pierre Vassiliu, Armande Altaï, Emma Daumas, Gérard Lenorman et bien d’autres sont passés par là ; Ricet Barrier y venait chaque année pour y partager ses incroyables éclats de rire.

L’édition de la décennie s’organisera autour d’Isabelle Aubret et de Charles Dumont, la première pour son autobiographie C’est beau la vie parue chez Michel Lafon, le second pour son autobiographie Non je ne regrette toujours rien parue chez Calman-Lévy. A leurs côtés, pas mal d’autres chanteurs et auteurs : Leny Escudero (photo en haut), Anne Sylvestre, Remo Gary, Michèle Bernard, Michel Bühler, Jacques Bertin (photo ci-contre), ainsi que Kitty Bécaud, Ane Barrier et, entre autres, Michel Kemper, votre serviteur.

Ça se déroule les 31 mars et 1er avril 2012, de 14 à 18 heures le samedi et de 10 à 17 heures le dimanche (entrée à 2€) et c’est l’occasion privilégiée de rencontrer autant d’artistes, de pouvoir converser avec eux. Et de repartir, mine de rien, les bras chargés de livres dédicacés.

Le site de la Chanson des Livres, c’est ici.

29 février 2012. Étiquettes : , , , , , , , . Biblio, Festivals. 7 commentaires.

Portfolio : Jeanne Garraud au Limonaire

par Lucien Soyère

Le Limonaire, ce « bistrot à vins et à chansons » du 18 de la rue Bergère, dans le 9e, lieu mythique s’il en est de la chanson. Ici promiscuité rime avec convivialité… On est apparemment entre gens de bonne compagnie, les voisins sont sympas. A la table près de l’entrée… Rémo Gary, Michèle Bernard, d’autres connus ou inconnus… Un régal pour les papilles (excellent coq au vin et côte du Rhône à la hauteur) ; un régal pour les oreilles… Mais on ne mélange pas ces plaisirs : le service est interrompu pendant le tour de chant.
Jeanne Garraud est sur l’étroite scène, au piano. Personne face à elle, une partie du public à sa droite, l’autre dans son dos, et pourtant la complicité avec le public est là (au prix de quel torticolis ?). Une performance vu la configuration des lieux. En invité surprise, Rémo Gary : clin d’oeil filial ? Les artistes sont ici payés au chapeau, « à hauteur (minimale) d’une place de ciné ! » clame le Monsieur Loyal du lieu…  Ce soir-là, le film est de qualité, tant qu’après le générique de fin on en redemande.

« Jeanne Garraud ne chante, peu ou prou, que l’amour. Oui, mais d’une autre façon, envoûtante et intrigante. Comme une femme mûre et sûre, en apparence. Derrière laquelle se masquent difficilement toute la fragilité de l’être, les hésitations, la soif d’aimer mais la maladresse de le faire. Et c’est magnifique. Jeanne Garraud a les mots pour presque tout dire, dans un art qui, par elle, fait merveille, qui vise juste, qui touche toujours. On ne la raccrochera à aucune école, aucune époque. On sent simplement que toute l’histoire de la chanson est derrière elle. Aussi sûrement qu’elle l’est devant. MK »

Le site de Jeanne Garraud c’est ici ; Jeanne Garraud sur NosEnchanteurs, c’est là.

18 février 2012. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lucien Soyère, Portfolio. 6 commentaires.

Rémo Gary jette l’encre

Rémo Gary à Saint-Denis-les-bourg en avril 2009 (photo Jean-Paul Thouny)

Disque-livre ou livre-disque ? Les frontières sont de plus en plus poreuses chez Rémo Gary qui repousse chaque fois les frontières de sa création. Depuis qu’il s’est affranchi de son (petit) label, qu’il est seul maître à bord après dieu (mais dieu n’existe pas), il peaufine à dessein et dessine à peaufin des objets de culture. Pas des produits, non, en tous cas pas manufacturés, ou si peu. Où la main de l’acquéreur participe et finit le travail. Hier, il fallait couper soi-même les pages de La lune entre les dents ; aujourd’hui il faut comprendre, trier puis coller avec soin les vignettes pour illustrer Jeter l’encre, livre pour enfants plié avec tout le soin de l’artisan. Rien que pour le travail d’imprimerie, on en ferait tout un billet. Cet art-là, si beau et si ludique, pas sûr que l’imprimerie nationale en soit encore capable…
Ce sont des livres et les mots qui y sont imprimés sont beau. Mais pas que beau, c’est pas bateau. Ils sont habiles, malicieux, joyeux et généreux. Inquiets aussi, et engagés dans le temps présent. C’est tout Gary.
Ce sont des livres et, cadeau, ce sont des disques. Ou le contraire. Et c’est du Gary, voix frêle et forte à la fois, tendre et passionnée. Qui ne lâche pas son os. Qui mâche ses mots sans jamais abdiquer la moindre de ses idées.
Vous connaissez, je suppose, La lune entre les dents. Ou alors vous ne connaissez pas encore Rémo Gary. Moi je viens vous parler de Jeter l’encre, sorti avec grande discrétion avant l’été 2011, du Gary « jeune public », peut être plus accessible mais qui ne change rien à rien, un opus qui n’a presque rien d’une parenthèse, un qui, tel le feu, couvait depuis longtemps sous la cendre. Rémo y propose pas moins de partager avec nos enfants un bout de complainte, à savoir « partager la plainte collective qui pourra construire demain » : « Que réclame-t-on au monde, quels désirs engageons-nous qui seraient universels. La lutte des petits… qui montrerait le chemin. Un chemin pavé de bonnes intentions, comme les cailloux du Poucet. Pour gagner, pour regagner la maison commune. »
A l’heure où les merveilleux libéraux conservateurs, aux States comme chez nous, dissuadent comme ils peuvent les jeunes d’aller voter, de dire leur avis, de participer au collectif, par peur d’être par eux jetés, Rémo Gary fait tout le contraire. En certains pays, il serait fusillé.
Ceci dit, ça ne vous dit rien du contenu, des p’tites grandes chansons du dedans de ce livre-disque. C’est du Gary vous dis-je et gare au Gary ! C’est rien que du bon. S’il vous reste deux trois sous, dix-sept euros sur votre budget de Noël, allez-y !

Rémo Gary, Jeter l’encre, 2011, Jean-Pierre Huguet éditeur. Le site de Rémo Gary c’est là. Vous trouverez ici d’autres billets sur Rémo Gary parus dans NosEnchanteurs. Pas de vidéo disponible correspondant à ce travail « pour enfants ». Pour le plaisir d’écouter un titre de Gary, voici Des coups d’pied au coeur extrait du disque Même pas foutus d’être heureux (Juste une trace/L’Autre distribution) de 2007.

28 décembre 2011. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque, Pour les mômes. 2 commentaires.

Rémo Gary : La lune entre les dents

Un livre-disque, un disque-livre d'exception

Je m’en veux de ne pas avoir évoqué ici même le formidable et récent album de Rémo Gary, que j’ai toutefois chroniqué dans le Thou Chant. Pour en avoir écrit la préface (ce nouvel opus se présente sous la forme d’un livre, un vrai, une anthologie de Gary, presque une intégrale), j’ai dû avoir une de ces pudeurs imbéciles m’interdisant de trop en parler même si, par ailleurs, l’ami Gary est plus que présent sur NosEnchanteurs. Alors je vous invite à lire l’excellent papier de mon confrère et ami Fred Hidalgo, le créateur et rédac’chef de feu le mensuel Paroles et Musique et du trimestriel Chorus/Les Cahiers de la chanson. C’est sur son blog. Plus nous serons nombreux à faire découvrir Rémo Gary, plus on reconnaîtra en cet auteur l’immense talent qui est le sien. C’est toujours ça de gagné. Parce que c’est pas demain la veille que Rémo passera chez Nagui. Ou alors quand les poules auront des dents. Ou quand la mienne n’en aura plus. Le disque de Gary se nomme La Lune entre les dents. Prendre la lune entre les dents c’est tenter l’impossible. Tentons-le. Armons-nous des mots de Gary, pour le faire connaître certes (lui et pas mal d’autres…), pour mieux aussi comprendre notre monde, s’en faire grille de lecture, affûter nos épées et nos arguments, nous créer un avenir moins désespérant. Je crois qu’il y a tout ça en Rémo Gary, en Rémi Garraud. Ce n’est pas pour rien qu’il est comme frère d’une Michèle Bernard…

Le site de Rémo Gary, c’est ici.

23 août 2010. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 2 commentaires.

Se méfier de Gary…

Rémo Gary (photo d'archive Robert Dubost)

Rémo Gary, 6 mars 2010, salle des tilleuls à Viricelles

« Commençons le commencement / Je cherche une trame au désir / Un petit train nommé plaisir… » Il est là, les yeux plus grands que leurs orbites, qui percent son visage, la bouche élastique prête à sortir des gros mots, des choses énormes, les cheveux gris et blancs déjà en grande bataille, en chamaille. La posture est comme la veste, sage. Mais il est dit qu’il faut se méfier du Gary. Déjà les bras s’agitent… Il y a en cet homme une force étonnante qui contraste avec ce frêle physique. Gary, c’est Gavroche sur les barricades, des chansons pavées de bonnes intentions. Des chansons qui sont autant de pavés qu’on se prend en pleine gueule.
Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point voir, écouter Gary en scène est une épreuve, dont on sort épuisé. C’est lui qui sue, qui geint, qui peine, et c’est nous qui, au bout du compte, sommes vannés. Autant que repus, heureux au-delà de tout certes, mais groggy, assommés. Car Rémo Gary n’est pas particulièrement distraction, n’est pas forcément humour, ou alors à la friction des mots, de temps à autres, quand ils s’accouplent ou, tels des silex qu’on cogne, font étincelles. A une chanson terrible succède une autre, aussi grave. « Le marchand de terreur est passé, marchons, marchez / A défait chaque maille de la fraternité / A grands coups de flicaille nous voilà démaillés. » « Où êtes-vous ? J’ai pas de toit / Domiciliez-moi / Y’a pas d’foyer disponible / Dans vos quartiers insensibles… » C’est tension, les mots se gorgent d’importance pour nous dire les conditions faites à l’homme, ses droits de plus en plus étroits… Gary titube presque sous le poids, trop de vers sans doute.
Il est venu avec son nouvel album, une galette cachée derrière un livre de belle impression. Avec ses nouvelles chansons donc. Qu’après la découverte, il nous faudra sagement reprendre pour lentement les digérer. Il se fait, nous fait à nouveau Les Oiseaux, au passage, de Richepin et Brassens, et nous offre, en queue de récital, la tendresse, le repos du guerrier, l’entrejambe chaude et accueillante. Où il restera longtemps, endormi… « Réveillez-moi juste quand / Le monde aura du talent. » Pas demain la veille donc.

Le site de Rémo Gary.

7 mars 2010. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

Viricelles, sur la rive gauche…

Ce blog est tout sauf un site d’annonce de concerts. Je ne m’en sortirai pas… Mais faire la promotion de grands événements est, je crois, de mon ressort. Là, c’est dans une toute, toute petite commune…

Jacques Bertin (photo Norbert Denis)

Pour peu on se croirait dans un de ces cabarets des années soixante, vers Mouffetard, entre la Contrescarpe et l’Écluse, quand la chanson à texte s’époumonait encore face à l’insipide déferlante yéyé. Sauf que ce n’est pas Paris de l’époque mais Viricelles, qui plus est en 2010, 333 habitants au dernier recensement, niché dans les Monts du Lyonnais, entre Lyon et Saint-Étienne, un refuge de la chanson d’auteur, une place forte, active et résolue, quand les autres ne programment plus, peu ou prou, que l’air du temps, s’affranchissant de tous risques, de tout courage. Pour cette saison culturelle-là, pas mal d’artistes font antichambre dans l’espoir d’un jour s’y produire…
En témoignent deux soirées consécutives, presque un mini-festival, avec cinq artistes dont chacun mériterait bien plus qu’une notule, qu’un entrefilet. Frédéric Bobin d’abord dont le dernier album, Singapour, remarqué par Philippe Meyer sur France-Inter, est rare bijou qui touche au fragile, au social : il y a manifestement dans ce disque l’empreinte du Lavilliers des « Mains d’or ».
Jacques Bertin ensuite, qui à lui seul donne le ton de ces deux jours : que dire de lui, de cette plume sûre, avisée, deux fois couronnée par le Grand prix de l’Académie Charles-Cros, auteur intransigeant qui, toujours, suit sa route. Un très grand artiste qui n’a pas besoin d’être moderne pour être contemporain. Un qui poursuit sa trace à l’ombre de médias qui l’ont carrément oublié après l’avoir un temps adulé.
Le lendemain voit le retour de Michel Grange qui, jeune retraité de l’action chanson, retrouve avec bonheur son métier originel de chanteur. Après un très long silence discographique, Grange a sorti l’an passé deux albums en simultanée, dont un capté en public. Du très bon boulot…
Puis Laurent Berger, voix entre toutes particulière, haut-perchée, oblitérée d’un étrange et obsédant accent, envoûtante. Qui tire des cohortes d’émotion des choses du cœur bien sûr mais pas que. D’un presque rien, d’une gare, d’une librairie faisant l’éloge de la lenteur… Superbe !
Rémo Gary, enfin. Qui devrait nous chanter au moins quelques titres de son nouvel album,La Lune entre les dents, à paraître en mars. Lui est alchimiste du mot, tordeur du verbe, poinçonneur de l’idiome, trifouilleur de lexiques. Il fait lit de la langue, où s’y couche tant le corps féminin que la vie en son ensemble dans ce qu’elle a de meilleur, dans ce qu’elle a de pire.
Chanson à texte donc, chanson de paroles dirait-on du côté de Barjac, poignantes poésies à cheval sur deux soirs en tous points d’exception. L’association VibreVanz de Viricelles fait à nouveau très fort. Ce p’tit Bobino de la Loire travaille dans l’excellence !

Vendredi 5 mars Frédéric Bobin + Jacques Bertin ; Samedi 6 mars Michel Grange + Laurent Berger + Rémo Gary. Salle des Tilleuls à Viricelles, 20 h 30. Entrée 13 € ; Pass 2 soirées chanson : 22 € . Réservations 04.77.54.98.86 ou 04.77.54.32.15. Possibilité de repas après spectacle et sur réservation : 10 €. (réservations pas mél à vibrevanz@wanadoo.fr)

24 février 2010. Étiquettes : , , , , . Chanson sur Rhône-Alpes, En scène. Laisser un commentaire.

Portfolio : Rémo Gary

A nouveau un portfolio de Robert Dubost, photographe amateur lyonnais dont nous avons publié récemment un reportage sur Allain Leprest. C’est cette fois-ci sur Rémo Gary, lors de son tout dernier passage à la Salle des Rancy, à Lyon. Sur le dernier cliché, on le voit avec son pianiste, Joël Clément. Rappelons que le nouvel album de Rémo Gary, un livre-disque au titre de La Lune entre les dents, devrait sortir le mois prochain.


11 février 2010. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Portfolio. Laisser un commentaire.

RG, la chanson à dessein

Archive. C’était l’été 2006, dans la fournaise de Barjac. J’avais proposé à Isabelle Jouve, la journaliste du quotidien La Marseillaise, de lui rédiger une chronique de scène. Banco. C’est tombé sur Gary. Je ne savais pas que j’allais couvrir ce soir-là tel incroyable événement…

C’est un type tout frêle, tout timide, les ongles rongés, les mains sagement croisées dans le dos, comme quand il était à la communale sans doute, à chanter La Marseillaise, à réciter Victor Hugo. Sa tignasse est en hiver déjà mais son cœur s’obstine au printemps, ,avec montées de sève. Si le titre de « Chansons de parole » a vu le jour un jour, ça ne peut être que pour lui, que par lui, taillé à son art, ajusté à son talent. Ce « R.G. » de la chanson est adepte, sinon d’une ligne claire, au moins d’un tracé lumineux. Gary rend leur intelligence aux mots, retrouve leur instinct. Il les lance tous, qui prennent leur logique chemin. Tiens, comme un jet de spermatozoïdes, qui trouvent l’issue… « là où tes jambes finissent / là où s’accouplent tes cuisses ». Rien n’est gratuit chez lui, chaque mot pèse son poids, même s’il est de pure légèreté, comme un vent complice qui caresse votre échine, qui, madame, épouse votre anatomie. Gary aime l’entrechoc des mots, leur pur hymen. Qui, ainsi, tel un Leprest, savent faire revivre « les saveurs qui brocantent ma mémoire ». Il sait surtout – c’est exemplaire – dire la dignité de l’homme, ses petitesses aussi, listant les heurts et malheurs de ce bas, ce très bas monde – castagnes ordinaires et secousses planétaires – qui ne tourne pas vraiment rond : « Malgré ça, on n’est pas foutus d’être heureux tous les deux / Il y a des coups de pied au cœur qui se perdent ». Tout en Gary nous surprend, nous séduit, nous interpelle, tout. Que ce soit son Chemin des bosses où cette chanson marathon sur les mains (celles calleuses de l’ouvrier comme la féminine pogne qui besogne l’homme), tout est bon qui fait miel de notre langue, qui juxtapose le verbe et en tire un nectar inédit. Crescendo, quasi à l’insu d’un artiste trop modeste, le public s’est emparé de Rémo Gary. Jusqu’à la fin et plus encore. Jusqu’à ces Oiseaux de passage de Richepin, jadis en partie chantés par Brassens. En partie seulement, car Gary nous a offert l’original, l’intégral, la somme. C’en était trop, trop beau, trop grand, trop… Comment vous dire l’émotion, comment vous dire toute une salle, tout un festival, qui plus est de Barjac, qui fait adhésion, ovation, qui fait corps avec l’artiste ? Comment vous dire ce moment forcément rare, d’anthologie, qui fait d’un presque inconnu l’un des plus sûrs et dignes représentants de la chanson de parole chère en ce lieu ? Comment vous dire l’amour immodéré, violent et sincère d’un public énorme, surnuméraire ; comment, par quelques lignes forcément dérisoires, vous dire l’incroyable triomphe de Rémo Gary, point d’orgue de sa carrière ? Comment vous dire des spectateurs en larmes, des collègues en chanson aussi, heureux que leur art connaisse si beau représentant que Rémo Gary ? Comment le dire autrement que Gary lui-même qui chante avec simplicité : « On applaudit. On dit bravo l’artiste. On bisse ».

16 décembre 2009. Étiquettes : . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

Dans l’attente du nouveau Gary…

Rémo Gary, incontournable alchimiste du verbe

Rémo Gary, incontournable alchimiste du verbe

Je ne vous ferais pas injure : bien sûr que le fin amateur de chansons que vous êtes connaît Rémo Gary. Et si je rédige cette petite note c’est au seul cas où, distraitement, un quidam venu sur ce blog fortuitement ne le calculerait pas encore. Gary ? un pas vraiment romain d’ailleurs, mais sans excès de gauloiseries. Encore que ça dépend comment c’est dit. Rémo Gary est alchimiste du verbe. Dans ses éprouvettes de papier, il fait mariner des mots, les touille, les triture parfois, jusqu’à totale fluidité, malgré leur étonnante consistance. Gary est chanteur. Ses pairs et Kemper le tiennent pour un des très grands. Chaque opus qu’il nous pond surajoute à cette impression. Son petit dernier remonte déjà à il y a deux ans : un superbe double CD alliant ses plus récentes créations (Même pas foutus d’être heureux) à un très bel hommage à son maître Jean Richepin (Dans la rade des lits). En ce moment, Rémo Gary prépare, peaufine la sortie de son nouvel album. Qu’il compte installer dans un livre contenant, outre les paroles des nouvelles chansons, des textes (de chansons et autres) plus anciens. Et quelques inédits… « jusqu’à faire comme un livre de poésie ». Les quinze chansons nouvelles seront toutes mises en musiques par autant de compositeurs différents… Qui ? Joël Clément, Jeanne Garraud, Anne Sylvestre, Laurent Berger, Véronique Pestel, Michèle Bernard, Romain Didier, Nathalie Fortin, François Grinand, Gérard Pierron, Clélia Bressat-Blum, Fred Bobin, Hervé Suhubiette, François Forestier et Rémo Gary lui-même. Ça fait du beau monde, joli compagnonnage d’une chanson exigeante. Et passionnante. Rémo espère avoir fini tout ça aux alentours de la fin de l’année. On en a l’eau à la bouche…On vient de voir Rémo Gary, de l’applaudir encore, à Barjac (où il s’était taillé, il y a peu, un triomphe comme c’est rare), à chanter Bernard Haillant. On va le retrouver bientôt à partager des soirées avec Allain Leprest, frère d’écriture et de fraternité, autre très grand. Mais ça aussi vous le savez. Si ces deux-là viennent chanter de par chez vous, saluez-les de ma part. Ils sont part non négligeable de la fierté d’une chanson indocile, où les mots circulent libres et viennent, sans tambour ni trompette, percuter nos émotions. http://www.remogary.com

2 octobre 2009. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, Lancer de disque. 1 commentaire.

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