Cette chanson qui remonte les bretelles

Chanson à bretelles, jeudi 27 octobre 2011, 5e Rencontre de Prémilhat,

Ça a démarré il y a deux ans par un disque, une compilation de chanteurs s’accompagnant tous, toutes, à l’accordéon. C’est devenu une presque troupe, un spectacle rodé qui unie une demi-douzaine d’entre eux. La prime idée revient à Corentin Coko, qui est du lot. Qu’il en soit loué.

Sur la scène nue et inerte, c’est d’abord, singulier pied de nez, la contrebasse qui trône. Pas pour longtemps. Viennent nos amis, ceux de la bretelle. Festival de touches et de boutons, de ventrails imposants, de poitrails qui s’accordéonnent de plaisir. Un mur d’accordéons pour un concert inédit qui vous remonte les bretelles de singulière façon.

Thierry Svahn et Gabrielle (photos Catherine Cour)

Est-ce l’idée populaire que l’instrument insinue, le registre suit. Avec force chansons d’amour quand ce sont les filles qui s’expriment. Elles parlent de fidélité. D’infidélité aussi. On se joue des mots, comme dans cette Ballade de la couturière, d’Emilie Cadiou, ici partagée avec Gabrielle : l’art de l’aiguille se marrie bien avec le chas de l’aiguille. D’autres beaux duos participent au jeu de l’amour, comme celui de Coko et d’Emilie : « Embarrassez-moi / Troublez-moi de votre sourire / Et charmez-moi de vos appâts / Et sachez combien je vous désire… » C’est bon coco !
L’amour, certes, et la révolte, avec son bouclier qui s’époumonne… Thierry Svahn a un peu beaucoup de Gérard Blanchard en lui. Plus libre, plus frondeur peut-être, encore que. Son Télé-achat est une pépite dans le genre. Il y a en lui un beau concentré d’humanité criante, de cri d’humanité. Réno Bistan est pareil, en un registre qui ne s’encombre d’aucune convenance. L’ancien de Bistanclaque qu’il fut le reste, on ne change pas d’adn : « J’tremble, j’ai les mains moites / Le mode entier est de droite… » Même s’il a aussi d’autres talents, d’autres recettes, tel L’amour et la cuisine, chronique croustillante d’un homme désoeuvré à la maison. Coko, lui, convoque Gaston Couté et ses électeurs dans une interprétation très stylée Gilles Vigneault…
Emilie Cadiou, François Fabre, Thierry Svahn, Reno Bistan, Coko, Gabrielle, Noémie Lamour, ce spectacle partagé est régal comme c’est rare. On ne peut lister toutes les chansons, ni chaque duo, chaque trio. Tout est d’un même souffle, partage d’art et manière de le faire, avec talent, avec modestie. Bien sûr que le gainsbourien Accordéon fait le final « Accordez accordez accordez donc / L’aumône a l’accordé l’accordéon… » Ou plutôt augure d’un après, au bar, avec un florilège de chansons populaires, Amants de Saint-Jean et autres classiques du genre. A croire que rien que peut arrêter l’accordéon. A plus forte raison quand il y en a tant.

Aujourd’hui à cette Rencontre de la Chanson francophone : Chantal Grimm en spectacle jeune public à la ferme de Ganne à 14 et 15 h, Elsa Gelly dans « Conte en chansons » (création) à 18 h à la ferme de Ganne ; Clémence Chevreau et Francesca Solleville à 20 h 30 salle des fêtes de Prémilhat.

28 octobre 2011. Étiquettes : , , , , , , , . En scène, Festivals, Rencontre de Prémilhat. Laisser un commentaire.

Le beau reste de Bistanclaque

Un Bistan pas distant, ça rapproche (photo MK)

Naguère ils furent deux, unis dans une chanson sociale et politique forte, expression d’une citoyenneté vraie et d’indéfectibles racines lyonnaises, très « croix-roussiennes. » Ce fut Bistanclaque, né dans l’évocation de ce bruit si typique des métiers à tisser et le souvenir des luttes ouvrières : les canuts chantés par Bruant, c’est ici !
Si Bistanclaque est à conjuguer désormais au passé, en reste la moitié : c’est Bistan, Reno Bistan. Dans le civil Renaud Pierre. Toujours flanqué de son piano à bretelles, parfois même d’une guitare. Et de deux musiciens : Noémie Lamour à la contrebasse et Yves Perrin aux guitares. Un baladin gouailleur à l’ancienne, populo-musette, un rien suranné, même si ses préoccupations sont bien celles d’aujourd’hui : « J’ai les mains moites / Le monde entier est de droite / J’veux bien faire moite moite / Mais là tout est de droite. »
Bistan ne chante pas que pour alimenter nos défilés, en varier le répertoire, il a aussi l’art et la manière de faire dans l’infinie tendresse, dans ces sentiments quotidiens qui, entre départs et retours (« Trois petits tours, déjà tu r’viens / Et moi j’t’attends comme un crétin »), entre L’Amour et la cuisine, font histoires certes banales mais bien troussées, bien balancées. Qui sentent le vécu, l’éprouvé. Comme celle chantant l’amour en Italie, frottant les mots et provoquant de subtils calembours. Que ces chansons soient puisées au répertoire de Bistanclaque ou qu’elles soient nouvelles, il y a indéniablement une griffe Bistan, une manière d’être, un rien décalée, looser des sentiments certes mais acteur de sa vie, souvent en des chroniques sociales qui font ou devraient faire référence. Les parisiens pourront le découvrir les 29 et 30 octobre au Limonaire. Faites le déplacement !

Le myspace de Reno Bistan.

21 octobre 2010. Étiquettes : . Chanson sur Rhône-Alpes, En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

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