Forger l’acier rouge avec mes mains d’or

ArcelorMittal, l'acier rouge, les mains d'or... (photo Sébastien Salom-Gomis - Sipa)

Ça n’engage que ceux qui y croient. Le candidat Sarkozy, avec le renfort déloyal du président éponyme (à moins que ce ne soit le contraire), annonce la relance du site de Florange, à quelques kilomètres de Gandrange, là où il y a cinq ans le même avait fait des promesses de relance jamais tenues. Et pendant ce temps, le chômage tient le haut du pavé, des familles sont sur le carreau, gosses sans vacances, sans ces « bienfaits » de la société de consommation, sans beaucoup d’espoir, sans réel avenir, qui ne savent le confort que par ce qu’en diffuse la télé. Pour des bas calculs électoraux, on joue sur le dos d’humains, sur ces femmes et ces hommes prêts et prompts à « travailler encore », pourvu que le grand capital les autorise à seulement vivre. Je suis choqué de la désinvolture de ce candidat immonde, qui se permet de se jouer des gens, de leur vie. Faut-il détester à ce point l’humain, l’humanité en son ensemble, pour mentir, pour tricher à ce point, pour dire n’importe quoi pourvu que des médias serviles en fassent écho ? S’il veut sauver les entreprises, les emplois, que ne l’a-t-il fait en cinq ans ? Cinq ans à tout donner au capital, même et surtout la peau des ouvriers. Oh, putain ! les ouvriers, mettez-vous à voter, rendez-lui la monnaie de sa pièce !

J’ai déjà parlé ici de nombre de chansons sur ce sujet (lire « Des mains de chômeurs » sur NosEnchanteurs), des Mains d’Or de Lavilliers à Poésie des Usines de Romain Dudeck.  Que voici toutes deux en vidéo.

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1 mars 2012. Étiquettes : , . Saines humeurs. 7 commentaires.

Quarante vierges, quel enfer !

Ce monstre-là en guignol de l'info (DR)

Ça y est, il doit y être au paradis des martyrs, qui plus est comme – sinistre protocole – chef des martyrs même. A lui les quarante vierges promises à tous ces terroristes animés de la foi d’un supposé dieu qu’ils ont instrumentalisé de leur haine.
A défaut de pouvoir cracher sur sa tombe, j’irais pisser dans la mer.
Même et surtout si musique et chanson ne sont guère prisées par cette engeance-là, il me vient à l’oreille cette superbe chanson de Romain Dudek, artiste pour lequel je ne tarie guère d’éloges : ça se nomme 40 vierges et c’est tiré de son album Poésie des usines de 2006 (que tout amateur de chanson se devrait d’avoir dans sa discothèque perso). Extraits :

« Que celles d’entre vous qui gardent encore pour elles
L’hymen n’y voient pas d’attaque personnelle
Mais des gens malhonnêtes, des vierges font commerce
Je me dois de dénoncer leurs fausses promesses
Et tirer de l’erreur ceux qui portent des bombes
Dans l’espoir d’en trouver quarante dans la tombe

Messieurs les kamikazes, poussez la réflexion
Jusqu’à imaginer la situation
Quarante immaculées et une seule érection
Une telle disparité c’est de la prétention
Quand vous aurez joui d’une de vos conquêtes
Vous aurez laissé trente-neuf insatisfaites

Quarante vierges, quel l’enfer !
Pardonnez-moi si je préfère
La solitude du tombeau
La compagnie des asticots »

Ce titre en téléchargement. Le site de Romain Dudek, c’est là.

3 mai 2011. Étiquettes : . Saines humeurs. Laisser un commentaire.

Des mains de chômeurs…

Si on tient la chanson pour pure futilité, un tel sujet lui serait étrange, étranger, incongru. Si, par contre, la chanson peut être aussi le reflet de nos vies, de nos préoccupations, le chômage en est alors, en ce libéralisme effréné, absent de toute humanité, de toute dignité, une source d’inspiration hélas de plus en plus féconde.
Tour d’horizon très partiel de ce sujet, dont les propos se passent de commentaires…

"Y'a d'la poésie dans les usines"

« Mon pote yoyo m’a répété hier au soir :
« Vas-y bonhomme, écris nous une chanson d’espoir »
J’ai ouvert la fenêtre, cherché l’inspiration
Mais la grisaille du temps qui court ma refilé le diapason.
J’aimerais que mes thèmes riment avec SACEM
Mais mes lignes mélodiques riment avec ASSEDIC »
Chanteur chômeur, Thomas Pitiot, 2001

« T’es trop vieux, t’es trop encombrant,
Je n’ai plus de travail pour toi.
Mon vieux, il est grand temps
De ranger tes outils et de rentrer chez toi.
Si tu étais plus jeune, j’aurais pu
Te recycler, c’est dommage.
Mais ça ne serait que de l’argent perdu :
On n’apprend plus, à ton âge »
Monsieur Saint-Pierre, Michel Bühler, 1973

« Les hommes de la ville ont vieilli cet été,
Les muscles inutiles, c’est si lourd à porter !
Ils partent le matin aux petites annonces,
Où l’on se retrouve cent quand il faut être deux.
Ils reviennent le soir, et leurs femmes renoncent
A chercher la réponse dans leurs yeux. »
Le chômage, Francis Lemarque, 1973

« Il se décide à traîner
Car il a peur d’annoncer
A sa femme et son banquier
La sinistre vérité.
Etre chômeur à son âge,
C’est pire qu’un mari trompé.
Il ne rentre pas ce soir. »
Il ne rentre pas ce soir, Eddy Mitchell, 1978

Cinquante balais c’est pas vieux
Qu’est-c’qu’y va faire de son bleu
De sa gamelle de sa gapette
C’est toute sa vie qu’était dans sa musette
(…)
De ses bras de travailleur
C’est toute sa vie qu’était dans sa sueur
Son bleu, Renaud, 1994

« Plus besoin de se fatiguer
Quand on adhère à l’ANPE
Quand tout l’monde pointera au chômage
Qu’on s’éclatera comme des sauvages
Les patrons sans leurs ouvriers
Se f’ront une joie d’se licencier – Toujours d’accord !
Et toute la France enfin unie – Et moi aussi chuis d’accord !
F’ra d’l’ANPE son seul parti »
À l’ANPE, Les Charlots, 1979

« J’ai comme des mains sans lendemain
Qui peuvent plus s’en tirer
J’ai comme des mains qu’ont mal aux mains
D’avoir les poings serrés
Des mains de chômeur
J’ai l’impression d’être un malade
Qu’a même plus rien à espérer »
Des mains de chômeur, Francis Lalanne, 1981

« Chômage au fond de la vallée
C’est là la vraie fatalité
Voici qu’en la nuit étoilée
Un sans emploi nous est donné
Séraphin Deudroit il se nomme
Il était cadre et respecté
Aujourd’hui pôvre petit homme
Voilà que tu es licencié
Quand la cloche sonne sonne
C’est à l’Armée du Salut
Que se rassemblent les hommes
Les hommes qu’ont tout perdu
Armée froide qui résonne
En haillons et peu vêtus
Plus de trois millions entonnent
Le chant triste et monotone
C’est la chanson du chôm’du »
Chômage au fond de la vallée (parodie de « Les trois cloches »), Chanson plus bifluorée, 1994

« De tous les côtés, tous les côtés, tous les côtés
De tous les côtés chômage, tous les côtés tous les côtés, dommage »
Chômage, Zebda, 1995

« Chômeur c’est le mot qui me colle a la peau depuis deux ans
Chômeur j’l’ai pas choisi
On m’a viré comme un brigand
J’ai peu du temps qui passe
de l’avenir
Et d’mes enfants qui me demandent
Mais papa c’est quoi chômeur ?
C’est quoi chômeur, c’est quoi ?
C’est l’mal du jour
Je m’demande à quoi j’courre »
Chômeur, Clémence Savelli, 2009

« Chez nous le chômage fait partie de la famille
Comme l’amiante, l’oubli, la silicose et les terrils
Quantités négligeables dont la vie ne tient qu’à un fil
Certains soignent la peur du vide à coup de 21 avril
Mais je me connais je lâcherai pas l’affaire
Je vais piquet de grève comme on pique une colère
(…)
Moi j’ai toujours mes mains d’or
Moi je voudrais vivre encore »
Le Combat ordinaire, Les Fatals picards, 2009

« Un grand soleil noir tourne sur la vallée
Cheminée muettes – portails verrouillés
Wagons immobiles – tours abandonnées
Plus de flamme orange dans le ciel mouillé
(…)
J’voudrais travailler encore – travailler encore
Forger l’acier rouge avec mes mains d’or »
Les Mains d’or, Bernard Lavilliers, 2001

Travailler encore…

« C’est pas tellement que c’était Noël
Ça fait longtemps qu’on y croit plus
C’est pas tellement qu’elles étaient belles
Nos machines mais elles n’y sont plus
C’est pas tellement que c’était Noël
C’est pas tellement qu’elles étaient belles
Dans les aciéries, au fond des mines
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans les ateliers, dans les cantines
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans le cambouis, dans la calamine
Y’a d’la poésie dans les usines
Dans les outils, dans les machines
Y’a d’la poésie dans les usines (…) »
La poésie des usines, Romain Dudek, 2007

« Quand j’suis arrivé aux aurores
Y’avait plus rien
Plus une machine dans mon décor
Plus de turbin
Ils m’ont pas consulté, pourtant j’étais pas pour
Y’a mon usine qu’a foutu l’camp à Singapour »
Singapour, Frédéric Bobin, 2009

« Non vraiment je reviens aux sentiments premiers
l’infaillible façon de tuer un homme
C’est de le payer pour être chômeur
Et puis c’est gai dans une ville ça fait des morts qui marchent »
Les 100 000 façons de tuer un homme, Félix Leclerc, 1973

 

21 décembre 2010. Étiquettes : , , , , , , , , , , , , , . Thématique. 7 commentaires.

Romain Dudek, houle et houille de la chanson

Romain Dudek (photo Paul Bonmartel)

C’est son quatrième opus, Poésie des usines, en 2006, qui me l’a fait découvrir. Un choc. Rien que le titre m’avait alors intrigué, et ces photos post-industrielles du livret, nature qui supplante les restes d’un lieu de travail. Le travail encore… Après Lavilliers et Les Mains d’or, avant Bobin et Singapour, Dudek y parlait de délocalisation sauvage : « C’est pas tellement qu’elles étaient belles / Nos machines mais elles n’y sont plus. » Sauvage comme l’est le libéralisme, ce justificatif du Médef, ce joujou des docteurs Folamour à l’Élysée comme ailleurs. Le reste de l’album était pareil, entre autres uppercuts et totales inconvenances.
Une guitare électrique, une batterie et la poésie de Dudek… Une poésie tout aussi sauvage, brute de forme, violent coup de poing dans la chanson. Romain Dudek est du Nord, à l’évidence côté corons, pas corrompus. Tant que ses grands-parents étaient mineurs de fond. Dans le fond, Dudek travaille toujours la houille, celle, noire, de ses chansons : « Et les gens m’appellent Charbon, Charbon. »

"J'ai pas la joie dans mes chansons / Même quand je ris j'ai pas le bon ton / Sournois effet de mes cauchemars / Comme un lapin pris dans les phares"

Sa nouvelle galette – la cinquième – est sortie il y a quelques mois chez Le Chant du monde, label de connaisseurs, reconnaissance s’il en est. Mais pas plus que ça pour les programmateurs, qui doivent connaître de la chanson autant que certains journalistes : pas grand chose. Pourtant le titre de l’album est en soit une accroche : J’veux qu’on m’aime. Même s’il y découpe des cadavres de manière peu conventionnelle (« On peut pas tout faire (à la scie circulaire) ») ; même si on y pense aux prisonniers (« Quand j’vais prendre l’air / J’pense à ces gars / Quand j’regarde la mer j’regarde deux fois / Une fois pour eux une fois pour moi ») ; même s’il a honte de ce pays (« J’ai honte de mon pays et de sa politique / J’ai honte de la violence des rafles et des flics / J’ai honte des émotions qu’on érige en dogmes / Sans pitié sans raison sans amour sans vergogne »)…
On dira que Dudek ne fait pas dans la dentelle, qu’il se mouche dans le politiquement correct (alors que c’est la politique qui n’est pas correcte !). Dudek chante ce qu’il est, ce qu’il ressent. Et le met en mots avec talent, en mélodies cassantes et rythmée, où la batterie et les percus de Philippe Istria, son alter-ego, fouette le sang et appelle, comme des sons tribaux, à relever la tête.
Romain Dudek, vous pouvez le mettre dans la hotte du père Noël. Le charbon de ces textes se frotte au lumineux de son art. Ça fera des étincelles sous le sapin !

Le site de Romain Dudek.

23 novembre 2010. Étiquettes : . Lancer de disque. 1 commentaire.

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