Portfolio : Rue de la Muette

Que croise-t-on Rue de la Muette ? Un géant au crâne lisse, souvent en tenue de cirque, à la voix rauque dont il affuble parfois un porte-voix, une musique foraine qui déambule, un rock-blues qui oscille entre crasseux et déjanté, avec sa part de mélancolie, d’amour, des gens qui se battent pour leur idéal, des routes, des  voyages, des contes à insomnier debout qui cachent mal leur part de tragique. Rue de la Muette, c’est Patrick Ochs, un type unique en tunique, un grand de son art. Chantal Bou-Hanna l’a immortalisé sur des clichés déjà d’anthologie…

Ce portfolio est le dernier billet à vous être proposé dans cette habituelle et familière présentation de NosEnchanteurs. Dès ce dimanche 6 mai à 20 heures, NosEnchanteurs (l’Autre Chanson) s’offrira à vous dans un autre format, un tout autre visuel.

6 mai 2012. Étiquettes : , . Chantal Bou-Hanna, Portfolio. 4 commentaires.

Rue de la Muette parade à nouveau

Rue de la Muette, c’est d’abord et avant tout Patrick Ochs, de plus en plus même : lui, colosse à la voix granuleuse, concassée, un peu Arthur H en fin de nuit, en fin de vie. Une voix qui vous laboure l’oreille, en décolle le cérumen même. Pour son cinquième opus, Ochs change et de crémerie (exit Le Chant du Monde) et de direction musicale : le klezmer s’estompe, c’est désormais plein rock, froides batterie et guitares électriques mais toujours l’intempestive gaieté des cuivres et de l’accordéon, comme autant de crottes de nez, de nez de clowns, style Parade de cirque, le sien, sur ces pavés mouillés et noirs de la pochette. Parades aussi d’un amour jamais acquis, en diverses chansons qui sonnent comme autant de défaites : « Parce que la vie ça se travaille / Comme l’argile la ferraille / A coups de marteau / Coups de cisailles / Les amours passés, faut dépasser / Vaille que vaille / Allez, au travail. » Reste la tendresse, consubstantielle à Ochs : y’en a plein qui baignent ces sillons ! Pas de roucoulades donc mais le monde qui est ce qu’il est : « Changez chaque seconde qui fait tourner, qui fait bouger le monde… » Ochs observe ce monde et le restitue intact (ces banques qui font banqueroute, ceux qui dorment sous des tentes, ces gens qui se battent pour un idéal, d’autres qui s’indiffèrent d’indifférence…), s’y  ballade même. Un monde animé d’une terne mélancolie : « De chaque côté de la ligne / On pose les pieds / Pour avancer, pour penser, pour s’aimer. » Même si le sourire en est absent, même s’il évolue dans le sombre, ce cinquième opus est encore brillant, paradoxalement lumineux. Hors son timbre, la voix de Patrick est impressionnante de par ce qu’elle charrie. Reste qu’à cette voix singulière qui Ochs de la tête, Rue de la Muette associe celle, nasale, de CharlElie Couture, venu y faire duo sur Fou, je m’en fous. Un peu comme la cerise sur le gâteau…

Rue de la Muette, « Parade », 2011, V.music  / Wagram. Le site de Rue de la Muette, c’est ici. On peut lire également sur NosEnchanteurs : « La (grande) Rue de la muette »

10 novembre 2011. Étiquettes : , . Lancer de disque. Laisser un commentaire.

La grande (Rue de la) Muette

Grand Ochs, impressionnante Rue de la Muette ! (photo DR)

Papier d’archives, d’il y a quelques mois seulement. C’était au festival des Oreilles en pointes 2008, dans une petite salle de Saint-Genest-Lerpt, dans l’agglomération stéphanoise. Avec ce soir-là, en pleine lumière, Rue de la Muette.

Il a la tenue circassienne, rouge et or, d’un montreur d’ours, d’un dompteur de rêves. Le crâne nu, à la Teddy Salavas. Et la voix grave, majestueuse et tragique à la fois. Dès son entrée en scène, il est là. En nous. D’une force étonnante, envoûtante, énigmatique. Lui est ses cinq compagnons musiciens, sur cette scène-piste où se joue la vie, dans sa beauté comme dans ses horreurs, sa logique du pognon-roi et, malgré tout, sa part de poésie. Patrick Ochs (prononcez Ox) n’a pas le physique du jeune premier, du sirupeux chanteur de variétés. Du reste, ça n’est pas son commerce. Il n’est que flaque d’eau par laquelle se mire une existence parfois glauque, toujours simple, qui jamais ne triche, jamais ne joue. Ou alors le jeu est « je », qui tire du lointain d’autres morceaux de vies, plus impliqués encore, presque embués. La prise est directe entre lui et nous. Pas de chichis et une voix non belle mais bouleversante qui vous tire des larmes sincères : ne chante pas Drancy (ce camp de la Muette, comme par hasard) et les rafles qui veut : « Que l’été était beau, que la vie était chouette / Qui nous a dénoncés, qui nous a embarqués Cité de la Muette / Dans le camps de Drancy, barbelé vert de gris ». A croire qu’il y a plusieurs vies en ce sage, qu’il en est le creuset et la mémoire, des vies qu’il relate comme on le ferait lors d’une veillée. Avec ses bras qui se tendent, ses mains qui parlent d’abondance. Et cette voix, toujours… Qu’il confronte parfois aux paroles d’autrui, Jean-Roger Caussimon ou Jacques Brel. Le rauque de sa gorge tiraille le velours des mots, les malmène, les charrie, les fait parler plus encore. L’émotion est à son paroxysme, palpable comme rarement, comme jamais. Cette Muette si causante, cette Rue, ce boulevard, était encore l’heure d’avant quasi inconnue d’un public venu sur l’image d’un festival, l’idée d’une possible découverte. C’est bien plus que ça et ce sera ruée sur les piles de disques. Et des gens qui s’ont vont gorgés d’émotion, à tenter d’y poser à son tour des mses horreurs, sa logique du pognon-roi et, malgré tout, sa part de poésie. Patrick Ochs (prononcez Ox) n’a pas le physique du jeune premier, du sirupeux chanteur de variétés. Du reste, ça n’est pas son commerce. Il n’est que flaque d’eau par laquelle se mire une existence parfois glauque, toujours simple, qui jamais ne triche, jamais ne joue. Ou alors le jeu est « je », qui tire du lointain d’autres morceaux de vies, plus impliqués encore, presque embués. La prise est directe entre lui et nous. Pas de chichis et une voix non belle mais bouleversante qui vous tire des larmes sincères : ne chante pas Drancy (ce camp de la Muette, comme par hasard) et les rafles qui veut : « Que l’été était beau, que la vie était chouette / Qui nous a dénoncés, qui nous a embarqués Cité de la Muette / Dans le camps de Drancy, barbelé vert de gris ». A croire qu’il y a plusieurs vies en ce sage, qu’il en est le creuset et la mémoire, des vies qu’il relate comme on le ferait lors d’une veillée. Avec ses bras qui se tendent, ses mains qui parlent d’abondance. Et cette voix, toujours… Qu’il confronte parfois aux paroles d’autrui, Jean-Roger Caussimon ou Jacques Brel. Le rauque de sa gorge tiraille le velours des mots, les malmène, les charrie, les fait parler plus encore. L’émotion est à son paroxysme, palpable comme rarement, comme jamais. Cette Muette si causante, cette Rue, ce boulevard, était encore l’heure d’avant quasi inconnue d’un public venu sur l’image d’un festival, l’idée d’une possible découverte. C’est bien plus que ça et ce sera ruée sur les piles de disques. Et des gens qui s’ont vont gorgés d’émotion, à tenter d’y poser à son tour des mots.

13 septembre 2009. Étiquettes : . Archives de concerts. 2 commentaires.

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