L’homme à tête de Bashung

Il y a plus de deux ans, NosEnchanteurs consacrait un billet à L’homme à tête de chou, ballet du chorégraphe Jean-Claude Gallotta d’après Serge Gainsbourg, créé à la MC2 de Grenoble puis présenté sur Paris et en tournée, avec un succès jamais démenti tant que ce ballet tourne toujours. J’annonçais, certes avec un peu beaucoup d’avance, la sortie discographique de la BO de ce spectacle, bande originale créée par Alain Bashung. Que, mieux vaut tard que jamais, Universal publie enfin, après sans doute avoir beaucoup tergiversé.
A l’origine, Bashung devait chanter en direct, sur scène, au milieu des danseurs. La maladie l’en empêchera et il enregistra la partie chantée en deux jours, fin 2006, avant même d’envisager la musique pour laquelle il a cependant donné quelques indications. Les fidèles de l’oeuvre gainsbourienne seront quelque peu décontenancés par cette version, la diction d’Alain Bashung s’éloignant de l’original…

« L’histoire de L’homme à tête de chou est celle d’un quadragénaire qui tombe amoureux d’une shampouineuse délurée. Le narrateur rencontre la jeune fille dans le salon où elle travaille (Chez Max coiffeur pour hommes), l’album décrit les sentiments des amoureux (Ma Lou Marilou) et leurs jeux érotiques (Variations sur Marilou) pour se terminer sur l’assassinat de Marilou par son amant jaloux (Meurtre à l’extincteur, Marilou sous la neige) et la folie de ce dernier qui s’ensuit (Lunatic Asylum). Malgré d’excellents titres, les plus connus de l’album, L’homme à tête de chou, Marilou Reggae, Marilou sous la neige et Variations sur Marilou, l’album ne connaîtra pas le succès escompté à l’époque et attendra quelques années plus tard pour être réhabilité en étant considéré comme une œuvre influente du paysage musical français et redécouvert par un public plus jeune » (source Wikipédia).

Lire le billet d’il y a deux ans sur ce spectacle : c’est ici. Le site de Bashung, c’est là.

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12 novembre 2011. Étiquettes : , . Lancer de disque. 3 commentaires.

Gainsbourg, eux non plus…

Le petit festival créé par Jean-Michel Tomé ne sait rien respecter des règles du métier. Sa programmation n’obéit qu’à des rencontres, qu’à l’amitié, à ses violents coups de cœur aussi. Ainsi cette « Cie Gevrey-Chambertain » qu’on s’imagine, rien qu’à l’intitulé, être la compagnie amateur de cette gare de triage, de ce nœud viticole. Erreur, ce sont des artistes hors du commun ! Qui pour l’heure se mettent en bouche Gainsbourg, aphorismes et chansons…

Un spectacle musical étonnant ! (photo Catherine Cour)

La ressemblance physique et sans issue est-elle à ce point calculée entre le chanteur (Zoon Besse) et feu notre fumeur de gitanes ? Tronche du même genre, pareille voix ou presque, semblable déglutition… Y’a mimétisme. A trop chanter Gainsbarre…
Ils sont quatre sur scène (Zoon en zoom, en gros plan, et Gaëtan Pantanella, Dany Rizo et Pierre-Marie Braye-Weppe), sous les projos, Sous le soleil exactement. Par touches, par chansons chocs et dessous chics, nous allons à la rencontre de Gainsbourg, pas forcément dans ses titres les plus en vue d’ailleurs, par des bribes de lui aussi, festival de citations et de trouvailles : mise en scène fluide, intelligente, presque chorégraphie. Les arrangements sont sobres, les musiciens en tous points excellents.
On y croise Lola Rastaquouère, Laetitia, Melissa et Marylou, de quoi vous mettre L’Eau à la bouche. Prévert est dans ses p’tits papiers et Gainsbourg dans tous ses états : en SS in Uruguay comme en reggaeman. Il est manifestement sur scène.
Imitateur le Zoon ? Rien ne clone. C’est création originale, pas numéro de cirque. Il y a ici le plaisir, la jouissance oserais-je, des mots, provocs et pitreries du Serge. C’est point et contrepoings, pets et contrepets, basse et contrebasse, faits contrefaits, les hauts de Gainsbourg et les bas de ses femmes, jeu théâtre ludique, set musical on ne peut plus probant. C’est excellent !

5 novembre 2010. Étiquettes : , , . Catherine Cour, En scène, Festivals, Mes nouvelles Nuits critiques. Laisser un commentaire.

Birkin : ne surtout pas fuir le bonheur…

Souvenir d’une tournée de Jane Birkin, reprenant son Serge, alors couturé de fines Arabesques… C’était en février 2003, au Firmament à Firminy, tout prêt de chez moi.

"Arabesque", un disque, un spectacle, une possible autre légende…

Archive. « Encore une fois / C’est la dernière / Et puis j’arrête / Je ne dirai plus un mot de toi / Je ne dis pas que ça m’enchantera / Mais c’est comme ça. » Les vers sont de Zazie, seule étrangère d’un répertoire qui nous est connu déjà. Qui vagabonde pour l’heure dans un heureux ailleurs…
C’est ici l’addition du bréviaire de Gainsbourg et du Bled pour une nouvelle conjugaison amoureuse qui transforme Couleur café en arabica du plus bel effet. C’est, une nouvelle fois, des Versions Jane, non confiées à tous les vents mais à Djamel Beneylles, audacieux orchestrateur, sublime violoniste, qui nous propose une autre lecture de Serge Gainsbourg, phrases musicales pour portées chansonnières, textes mis en un relief différent, cadrage autre, champ et hors champ. Comme l’orientale esquisse d’un harem que, seule, peuple la chanteuse.
Qui, de Jane ou de son équipe musicale, est la vedette ? A n’en point douter : les musiciens. Précis, prodigieux, omniprésents. Qui enrobent chaque mot de nouvelles soieries. Et rendent Birkin plus belle encore. La chanteuse a, comme toujours, un je-ne-sais-quoi qui vous la rend sympathique au-delà de tout, sœur et complice d’une soirée, confidente d’un amour un jour parti. Sensible et émouvante. Mais irritante de trop de modestie, à trop taire son talent devant celui des autres. Djamel, Fred, Amel et Aziz font écrin remarquable, pas écran, à sa fragile interprétation, à son filet de voix auquel toute une salle est suspendue. Derrière ses amours mortes qui n’en finissent plus de finir, par ce regard autre, Arabesque nous encourage à redécouvrir, comme quelque chose de nouveau, ces perles d’écriture. Et de s’en habiller pour les vivre au plus près.
Tenter des accents arabisants sur Gainsbourg était chose possible : c’en est tellement beau que ce sera désormais, par cette aventure commune entre Birkin et Benyelles, une rare évidence. De celles qui s’érigent sinon en grands classiques, au moins en exemples.

21 juillet 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

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