Serge, clap de fin après 8 numéros

Certes ce n’était ni mon magazine de chevet ni même un outil de travail, loin s’en faut. C’était simplement, couché sur du beau papier glacé, l’écho un rien bobo d’une chanson médiatisée, branchée, playlistée à souhait. Un truc sympa, qui ne mange pas de pain, conceptuel à fond, mais, au final, un peu vain, qui peut ne pas servir la chanson, ou simplement une idée fausse de la chanson, sectaire car sans partage, qui cache l’immense forêt de cette exception culturelle française qu’est la chanson.
Pourtant Serge déclarait avoir  la « volonté de ne pas être élitistes et fermés, et de couvrir le large spectre de la musique d’expression française, accordant une place aux gros comme aux petits, aux nouveaux comme aux anciens. » Il suffit de parcourir les pages des huit numéros parus pour s’apercevoir qu’en fait d’un large spectre, Serge n’ouvrait qu’une porte très étroite, la même par laquelle tout le monde s’engouffre sans trop se poser de questions (surtout pas !). Il en va des beaux discours éditoriaux comme des promesses électorales…
Serge était, à peu de choses près, l’exact contraire de NosEnchanteurs.
J’emploie l’imparfait car Serge n’est plus. Extrait du communiqué sur leur site : « Nos efforts pour trouver un partenaire financier afin de diffuser Serge en mensuel avec un CD et une offre numérique forte ont finalement échoué. Notre maison d’édition indépendante, à moins de mettre en péril l’existence de nos autres titres, n’a pas les moyens de continuer cette parution. C’est donc avec beaucoup de tristesse mais sans regrets par rapport à la formidable aventure que nous avons vécu depuis un an et demi que nous vous annonçons l’arrêt de Serge. »
Et un mag de moins, un ! Ce n’est pas le premier, ce ne sera pas le dernier même si, compte-tenu du marasme actuel, il y a peu de chance que d’autres fous tentent l’aventure de la presse papier. Ne reste plus en kiosque que FrancoFans, frêles épaules, parfois décevantes, sur lesquelles reposent beaucoup d’attentes, d’artistes à découvrir, à aller chercher, à exhumer des montagnes de cédés frondeurs qui  continuent de sortir, à qui on n’a pas encore dit que la rondelle laser était sans avenir.
Rappelons toutefois qu’il existe d’autres magazines papier, plus confidentiels certes, très pointus. Comme Vinyl, Le Petit format (du Centre de la Chanson), comme Les Amis de Georges… Il existe des gratuits aussi mais, comme le dit un de mes amis : « Un journal gratuit c’est un journal vendu ! ». CQFD !  Réfléchissez-bien et vous lui donnerez raison.

Sur le même sujet, on lira aussi « La chanson par le vide«  sur NosEnchanteurs.

Et encore… Info de Norbert Gabriel, sur laquelle nous reviendrons : « Puisqu’on est dans le faire-part d’extinction, Le Doigt dans l’Oeil met aussi la clé virtuelle sous la porte. Un dernier numéro dans quelques jours, histoire de partir pavillon haut, et peut-être de continuer en bloguant sans faire doublon avec les collègues qui font ça très bien. »

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15 mars 2012. Étiquettes : , . Divers, Les événements. 7 commentaires.

La chanson par le vide

Livraison simultanée, comme tous les deux mois, de Serge et de FrancoFans. Excusez du peu : c’est vraiment tout ce qu’il nous reste en kiosques… J’aime Serge. Tous les deux mois, par ce luxueux magazine papier glacé, je m’informe de ce que les vedettes (les stars ?) stockent dans leur frigo : yaourts et aubergines, coca ou champagne, tranches de saumon et citrons. Indispensable, c’est entendu, pour bien comprendre leur œuvre, en saisir la substantifique moelle. Là, c’est au tour de Lulu Gainsbourg (qui c’est ce type ? ah, oui ! le patronyme vaut passeport). Le même nous occupe la case toute aussi vide de l’interview au lit (il y a de ces concepts, des fois…) et pas mal d’autres rubriques toutes aussi creuses, toutes aussi saugrenues. Entre nous, le disque de ce Gainsbourg-là (« On se souvient de lui bébé, Lulu Gainsbourg revient aujourd’hui sur le devant de la scène, à 25 ans. Il était logique que Serge lui ouvre grand ses pages », ben voyons !), qui vient de sortir, est un disque fainéant, délégué à autrui, qui ne vaut rien, rien de chez rien. Boulay, Biolay, Camille, Souchon comme partout, Delerm comme partout, Cœur de pirate comme partout, voilà le reste du sommaire. Du Brassens aussi, par Dicale (et ça, par contre, ça vaut le coup !)… Mais, que vois-je, qui lis-je ? Oh, trois pages sur Allain Leprest ! Putain, ils viennent d’apprendre qu’il existe ? Ben non, ils célèbrent sa mort ! Ils auraient pu en parler avant mais, comprenez, Leprest n’est pas très vendeur, et pas du cénacle parisien non plus. Mais une fois raide, ça permet de dire qu’on fait « chanson », qu’on fait « culture et patrimoine », un peu comme si on parlait de Bernard Dimey ou de Gaston Couté. C’est Serge, c’est con !
Aussi con que le dossier (vide !) et la « une » de FrancoFans : La Chanson du Dimanche. Ce duo est, à mon sens, le vide sidéral absolu, le concept de trop, le point zéro de la chanson, l’ultime degré d’inutilité. Du chansonnier light (et encore…) englué dans la com’ qu’il a pour seule préoccupation. Tant de Gavroche(s) et de Béranger(s), de Bruant et de Brel (j’ai pas dit Bruel), de Chant des partisans et de Temps des cerises pour en arriver à ça… Eh ben, qu’il a du se dire le rédac’chef, ça peut faire un dossier, coco, en résonance avec le buzz de la télé et du web : « Tout un programme ! » titre d’ailleurs le bimestriel à la une, en les photographiant en présidents, devant une bibliothèque élyséenne. Entre nous, à un tel degré de ridicule, de totale vacuité, on est bien loin de faire un jour la révolution. Dis, cher FrancoFans (j’aime FrancoFans), qu’elle est ta ligne éditoriale, en as-tu une au moins, tout écartelé que tu es entre une chanson de parole (parfois, rarement), et un truc mi festif mi variété baba (la variété bobo c’est pas toi, c’est le créneau de Serge) ? C’est dommage, à côté d’autres papiers parfois intéressants (Camel Arioui, Jamait, Liz Cherhal, pour ne citer qu’eux), de faire si beau si beaufs.
Bon, on va pas pleurer éternellement Chorus, y’a d’autres endroits sur la toile pour ça. Mais putain ça manque ! Lulu Gainsbourg ou La Chanson du dimanche, la chanson est décidément mal barrée : elle n’avait pas grand’chose, elle en a encore moins. Cette chanson qui est, s’il en est une, l’exception culturelle française, est le genre le plus mal loti, le plus mal défendu. C’est pourtant l’art qui nous touche le plus, avec lequel nous sommes le plus en contact tous les jours. Tellement évident qu’on s’en soucie comme de son premier 45 tours.

A propos de La Chanson du dimanche, lire la critique de leur dernier disque sur NosEnchanteurs et écouter (mais on n’est pas obligé) cette vidéo :

8 décembre 2011. Étiquettes : , , . Saines humeurs. 24 commentaires.

Serge, hélas…

"Là où les chansons se rencontrent"

Y’en n’a pas tant qu’ça, des magazines entièrement consacrés à la chanson française. Aussi, quand un p’tit nouveau pointe son nez, il me semble poli de l’accueillir, de lui souhaiter la bienvenue, de l’encourager.
Voici Serge, bimestriel dont le n°2 est à l’étal des kiosques. C’est joli, agréable à feuilleter, format sympa. Bon, j’ai tiqué un peu sur Camélia Jordana faisant la « une » du premier numéro, un peu moins avec Vanessa Paradis sur le suivant : question d’habitude sans doute. Désenchantement déjà…
Dans chaque numéro l’interview d’un chanteur au lit, cette fois-ci Lavilliers qui succède sur le pieu à Chamfort. Pourquoi au lit ? Sans doute parce que c’est conceptuel et très branché. Mais pourquoi pas sous la douche ou aux chiottes ? Pas de questions dérangeantes ici : c’est pas dans le concept, faut pas confondre esthétique et courage. Dans chaque numéro on découvre le frigo d’un artiste : tout ce que bouffe Jeanne Cherhal ou Christophe, celui des Mots bleus. Pour ce dernier, c’est gelée royale, chocolat, fruits de la passion, poulpes et calmars grillés, soupes de légumes et cerises confites. Intéressant et conceptuel. Ça peut nous éclairer au moins sur le versant alimentaire de l’œuvre. Au hasard des pages, des artistes se croisent, quelques-uns s’exposent, des critiques s’échangent des mots et du fiel (mais c’est de la comédie, c’est juste pour dire qu’on est de la même fratrie), on jette un regard attendri sur de vieux épisodes de la chanson (de Joe Dassin à Le Forestier, c’est sans doute ça le plus intéressant)… Dans le deuxième numéro, y’a Paradis, Christophe et Lavilliers déjà cités. Et Cali, Louis Chédid, Étienne Daho et Jeanne Moreau, Renaud en une étonnant confession, Oxmo Puccino, André Manoukian, Abd al Malik, Benjamin Biolay, Boris Bergman, Luke, Adamo… Je résume à gros traits mais c’est ça, club des nantis médiatiques, permanents des play-lists, abonnés aux plateaux télés, le « tout Nagui » au temps jadis où celui-ci faisait dans le français. Le slogan de Serge a beau être « Là où les chansons se rencontrent », ce magazine n’est rien qu’un microcosme tout petit, un club fermé de la chanson, qui se veut moderne et décalé, forum bon chic bon genre des gros labels. Décalé, il l’est, car justement hors de l’essentiel de la chanson, celle qui crée et se vit au quotidien, pas en radios et télés mais sur le terrain, celle dont NosEnchanteurs se nourrit. C’est pas chez Serge que se rencontrent les chansons, bien au contraire : c’est là où on en condamne une plus encore à l’oubli, à l’ignorance, au total silence.
Y’en n’a pas tant qu’ça, des magazines entièrement consacrés à la chanson française, ah ça non. Y’en n’a vraiment pas beaucoup ! On mesure d’autant mieux la perte de l’irremplaçable Chorus.

Serge, bimestriel en vente chez votre marchand de journaux, 5 euros.

29 novembre 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 7 commentaires.

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