Stéphane Roux : et lui et lui et lui !

« Brel, Vian, Nougaro et moi, et moi, et moi ! », 16 juillet 2010, Collège de la Salle à Avignon,

Brel, Nougaro et Vian certes, mais c'est Roux qui porte le chapeau (photo DR)

Il se nomme Roux, Stéphane Roux. Artiste. L’an passé, il s’est fait Avignon, non comme festivalier mais comme chanteur. Cinq jours avant de déclarer forfait, faute de spectateurs. Car on a beau être public « averti et curieux de tout », on ne va vraiment entendre que ce que l’oreille sait déjà. Ou ce que promeut Télérama. Hélas. Coriace, Roux nous est revenu. En bande cette fois-ci, avec ses potes à lui, des dur-à-cuire, des pas-drôles, style Bouchers de la Villette : Jacques, Boris et Claude. Des qui ont chacun du muscle et leur petite renommée, cause à des carrières bien remplies. Du coup ils font le plein chaque soir et Roux peut, subrepticement, glisser ses trois chansons à lui, parmi celles des copains…

Nous sommes dans le sombre. Trois bougies et un artiste encapuchonné qui nous la fait Jalousie, nougaresque Othello. Déjà saisissant, remarquable. Le décor est épure : une table, une chaise, un broc d’eau. Et un porte-manteau pour les vestimentaires accessoires. Dans un coin, le complice au piano, Alexandre Saada, pour l’heure encore discret, pas pour longtemps. Nougaro, Brel, Vian, trois répertoires d’exception auxquels Roux prélève parmi ses plus belles chansons : Bidonville, Au suivant, J’suis snob… Et inclus quelques-unes des siennes. Même tonalité et de bien belles interprétations, très théâtralisées, en d’habiles numéros d’acteurs qu’il est fondamentalement (faut le voir, halluciné, dans ce texte fleuve qu’est Plume d’ange…). Avec, parfois, de belles trouvailles et des titres qui s’enchaînent judicieusement, Madeleine n’arrive pas et Je suis saoul. Puis Ces gens-là : Roux chante l’abbé Brel comme on annone l’évangile, religieusement. Il chante Nougaro avec l’accent du toulousain, fidèlement. Il croque Vian avec appétit, sanguinolent et rapide à la fois. A chaque chanson sa posture, parfois son imposture. Il y a des fois surenchère mais uniquement dans le beau, dans la gourmandise, jamais la voix plus grosse que le ventre. Il n’y a, à mon sens, que dans L’Homme de la Mancha que Roux manque de souffle épique, de cette folie brélienne, d’illumination… Le spectacle se nomme Brel, Vian, Nougaro, et moi, et moi, et moi. L’émoi c’est lui, Roux, qui n’a pas trouvé de mieux pour capter un public. En plus de l’émoi, y’a de l’émotion. Car Roux est bon, ne dupliquant ni ne singeant. Il met en scène et se met en bouche trois grands de la scène, parfois s’amuse à tout mélanger, à greffer la voix de Nougaro sur Vian. Plus sûrement, il y appose la sienne et sa propre lecture de textes. S’il en fait parfois trop ce n’est que pour la communication, pour que le public, après avoir quitté le lieu, vante ses mérites. Avec la complicité de ses copains, il a gagné ses galons de chanteur. La limite du genre, c’est que ce n’est pas en trois chansons, qui plus est noyées par celles de ses pairs, qu’on peut se faire une idée de l’art de Stéphane Roux. Juste apprécier son talent d’interprète. Qu’importe, c’est un joli début. Merci aux copains.

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24 juillet 2010. Étiquettes : , , , . Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

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