« Je chante faux en français »

L’épicentre (1) de la chanson qu’est Barjac pourrait nous faire croire que tout va bien dans le meilleur des mondes. Voici une petite note discordante, que j’avais rédigé il y a quelques mois en guise d’édito sur le webzine Thou’Chant… MK

Cocoon, comme son nom le suggère... (photo DR)

Yodélice, Aaron, Revolver, Izia, Pony Run Run, Moriarty, Cocoon, Nouvelle vague, Sliimy, Charlotte Gainsbourg, Phoenix, Syd Matters et j’en passe… Ce n’est rien qu’une mode, une posture de l’esprit, un pet de l’âme, un pas grand’ chose, un rien. C’est être dans le ton. Ça fait bien, ça fait jeune, branché, c’est tendance : c’est en anglais.
D’un bout à l’autre de votre bande FM, en plus de cette chanson anglo-saxonne qui se taille la part du lion, vous avez à profusion ces français qui chantent en… on n’ose pas dire dans la langue de Shakespeare tellement leur anglais est souvent approximatif, limite ridicule.
De plus en plus, les festivals « de chanson française », l’avez-vous remarqué, s’anglicisent, sans doute pour être dans le ton, la couleur de l’époque.
Et les salles dites « de musiques actuelles » font dans l’anglais à tour de bras : la « chanson française » n’émarge sans doute pas, sans doute plus, dans ce qui est « actuel ».
Ce n’est même pas une conspiration, un truc de la CIA ou du 10 Downing street. C’est du libre consentement d’artistes et de programmateurs. Du suicide linguistique qui fait le beurre des biznessmen.
Même dans la fière province du Québec, où on sait ce qu’identité et résistance linguistiques veulent dire, même en Acadie où il fallut payer en vies le droit de parler et chanter en français, les digues cèdent. La Word Compagny a-t-elle gagné la partie avant que celle-ci ne soit jouée ?
Ah, chanter en anglais des textes pas regardants, que l’essentiel des auditeurs ne comprendront pas… Chanter des trucs insipides, bons pour doper les linéaires des hypermarchés, pour vous accaparer l’esprit sans vous prendre la tête, pour vous décerveler. Le rêve de l’ultralibéralisme.
La « nouvelle scène (française) » chante en anglais. Pop, rock, chanson, tout est bon pour cuisiner à l’anglo-saxon, pour supprimer le texte, le ravaler au rang du son. Ce son dont on gave les ânes.
Quand il n’y aura plus personne pour chanter en français, pour parler en français, pour penser en français, où serons nous ?
Convoquera-t-on encore le souvenir de Trenet et de Brassens, de Béranger et de Barbara ? « La première fois que j’ai écouté du Brel ou du Gainsbourg, j’ai trouvé ça bizarre, carrément laid. J’ai même pensé que c’était un crime de chanter en français » déclarait à Télérama Mark Daumail, le jeune chanteur et guitariste du duo folk clermontois Cocoon. Imbécile !
« Je chante faux en français… » se justifie quant à elle la jeune chanteuse niçoise Emilie Satt, ajoutant sans rire : « Ben le français, t’es un peu à poil quand tu chantes tes textes en français ; il n’y a plus de barrière… » J’aime les chanteuses à poil.
« Izia chante en anglais, une langue très rythmique, qui sonne. Pour arriver à extirper du français une langue qui cogne autant, accroche-toi ! Bien sûr, certains ont réussi : Victor Hugo, par exemple, dont le verbe chante tout seul. Magnifique et rare. » Là, c’est Higelin père qui parle de sa fifille. Il me semble, sauf à me tromper lourdement, que lui a su pourtant trouver la recette du français qui cogne, dont les mots font bulles, pétillantes à souhait. Lui et, entre autres, Trenet, qu’il tient pour maître.
Moi je dis, presque en reprenant Sarcloret, suisse farouchement francophone, que les (jeunes) chanteurs sont des crétins. S’ils ne savent aligner deux vers cohérents, s’ils ne savent les chanter, qu’ils s’abstiennent. Y’a d’autres métiers qui ne sont pas faits pour les chiens. Leur pseudo posture artistique n’est qu’un vide sidéral, sidérant. Qui plus est néfaste, mortel même pour leur langue maternelle. Ces petits cons nous rejouent Vercingétorix jetant ses armes aux pieds de César, abdiquant. Mais le chef gaulois avait des excuses que ces prétendus artistes n’ont point. Vantez les mérites de la Gainsbourg ou de Yodélice, d’Aaron ou de The Do : ils nous amènent d’eux-mêmes la marginalisation de notre langue.

(1) Barjac fut aussi l’épicentre, cette nuit, de deux tremblements de terre (4.5 sur l’échelle de Richter), l’un à 2 heures, l’autre à 3 heures 36. Serait-ce que la chanson de parole se mette (enfin) à gronder ?

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3 août 2011. Étiquettes : . Saines humeurs. 55 commentaires.

Interview : Agnès Bihl

Extrait d’un entretien paru il y a peu sur le webzine ThouChant.com. La version intégrale y est disponible.

Agnès Bihl (photo Bruno Langevin)

Si on te donnait à reprendre une chanson de Jean Ferrat…
Maria ! Parce que ça faisait partie des chansons que j’aimais le plus étant gamine. J’adorais cette chanson. Mes parents n’écoutaient pas du tout de musique, c’était vraiment l’art manquant à la maison. Mais ils écoutaient Jean Ferrat, un peu de Mozart, de Brassens, d’Armstrong… Du coup, enfant, Nuit et brouillard ça me faisait peur ; en plus mes parents n’ont jamais vraiment eu de tabous et ils m’expliquaient carrément. La Commune évidemment je l’adore. Mais Ferrat, la Guerre d’Espagne, je m’imaginais un truc qui relevait un peu de Zorro quand j’étais petite. Ça me faisait rêver… J’imaginais cette femme, les genoux dans la terre, devant la tombe de son fils… Je jouais en Lorraine quand j’ai appris la mort de Ferrat : c’est à cappella que j’ai ouvert mon spectacle, en chantant Maria.

A ceux qui pensent qu’avec Ferrat est morte une certaine chanson, tu réponds quoi ?
Qu’il est temps d’arrêter de découvrir ou de redécouvrir un artiste une fois qu’il meurt. Plus personne ne parlait de Ferrat. Il meurt et là on se rend compte qu’il y a un public pour cette chanson-là. Les gens de tous âges se sont sentis concernés, émus, ils se sont rués sur les albums de Ferrat. Faudrait que les médias arrêtent de dire qu’une chanson est morte et regardent : cette chanson existe, elle vivrait mieux et plus si les professionnels de la profession arrêtaient de se dire que les gens ont les même goûts qu’eux. Et qu’ils n’aiment que ce que, eux, ils aiment. On va faire les mêmes choses pour Allain Leprest, on va se mettre à en parler à la télé, dans les radios, une fois qu’il ne sera plus là ? Leprest va faire le Bataclan, c’est plein ! Yves Jamait, qui ne passe jamais à la radio, va faire l’Olympia, c’est plein ! On refuse du monde. Anne Sylvestre, qui est boudée par tout le monde, fait des salles où elle refuse quatre mois à l’avance. Faut arrêter de prendre les gens pour des cons ! L’autre jour, j’ai marqué justement sur « fesse de bouc » que « les radios servent de la soupe et c’est le public qui boit le bouillon ». C’est pas parce que le public n’a pas accès à l’information que tel ou tel artiste existe que cet artiste-là n’a pas de public. Y’en a qui passent par le bouche-à-oreille, d’autres qui mettent plus de temps, mais quand même… Je suis peut-être naïve mais quand c’est bien, ça finit par exister. En tous cas, une certaine chanson n’est pas morte du tout. Moustaki n’est pas encore mort non plus ; Anne Sylvestre se porte très bien, merci ! Michèle Bernard aussi… Y’a de la grande chanson qui existe aujourd’hui.

Tu te considères d’une famille de la chanson ?
Bien sûr ! J’ai un grand-père qui s’appelle Brassens ; l’oncle aventurier qui arrive le soir, vous fait rêver et repart le lendemain, c’est Brel ; celui qui est fâché avec le reste de la famille, qui n’a même pas sa photo sur l’album de famille, c’est Léo Ferré… Bien sûr, cette chanson de paroles, bien sûr. Et en plus il y a de grandes amitiés, beaucoup d’amour. Récemment j’ai chanté à Paris, j’avais envie d’inviter Yves Jamait, Anne Sylvestre et Grand Corps malade pour des duos, il sont venus. Dès qu’on peut se retrouver autour d’un verre et sur scène, avec un peu de chaleur et d’amitié, on est toujours partants.
Et on le fait très souvent. Mais qu’on ne dise pas que cette chanson est morte. Loïc Lantoine joue demain ici, Imbert Imbert y a joué aujourd’hui… Sans parler de moi, y’en a quand même plein. Y’a Alexis HK qui existe quand même. Y’a une relève. C’est pas parce que c’est pas relayé que ça n’existe pas. C’est comme ça qu’on enterre les gros scandales de par le monde, mais ça ne veux pas dire que ça n’a pas eu lieu. C’est la même chose pour les artistes.

J’ai l’impression que cette partie là de la chanson rentre en résistance
Tout à fait, parce qu’elle est très peu relayée par les médias. Ou mal. Je ne citerais pas de nom mais pour mon album Rêve(s) général, c’est le même article quasiment mot pour mot dans un journal que sur mon album précédent, Demandez le programme. J’ai fait évoluer mes chansons, la personne qui a écrit l’article n’a pas tellement évoluée, elle.

C’est un article écolo, c’est du recyclage !
Mais dans ce cas-là valait mieux garder le même papier !

L’entretien complet à lire sur le webzine Thou’Chant. C’est ici.

On retrouve Agnès Bihl le 7 mai à Paris, le 10 mai à Sarrebruck, Allemagne ; le 13 mai à la fnac de Tours ; le 14 mai à Vernou-sur-Brenne ; NOUVELLE DATE ! le 25 mai à A Thou bout d’Chant à Lyon ; le 2 juin au festival « Ta parole !!! » à Montreuil. Le site d’Agnès Bihl c’est ici.

28 avril 2011. Étiquettes : , . Interviews. 2 commentaires.

Brave Margot !

Sur la douzième livraison du webzine Le Thou’Chant, en ligne depuis hier, je portraite Pierre Margot et Nathalie Miravette (c’est à lire ici !). En totale synergie rédactionnelle, voici à présent ces deux-là sur scène… C’était le 12 février 2011, à À Thou bout d’Chant, à Lyon.

Photos de Catherine Cour.

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Lui c’est Pierre Margot, acteur et, pour l’heure, chanteur. Elle, c’est Nathalie Miravette, qu’on connaît comme pianiste d’Allain Leprest, de France Léa, d’Anne Pékoslawska et d’Henri Courseaux. De Bernard Joyet aussi qui la fait même chanter. Joyet est un maître-chanteur.
Unis dans la vie, voici donc que Margot et Miravette se pacsent aussi sur scène, pour le meilleur ou… D’habitude ils font lits séparés ; là, sur la scène d’À Thou bout d’Chant, c’est couche commune. Qui des deux d’ailleurs s’incruste dans l’art de l’autre ? Miravette sans doute, qui vient faire la grande Nunuche à grouiller entre les vers de son homme. Et Margot ne dit rien, lui laissant son espace de libre expression. Brave Margot !
Margot a cette allure, cette prestance d’acteur qu’il met au service d’une chanson très classique dans le fond et dans la forme. Avec à ses côtés sa mascotte, son Jiminy Cricket, son Yoda à lui : Glops, de son vrai blaze Pierre Duchesne, corniste de son état, cœur et corps vaillants, étonnant dans ses ponctuations musicales, drôle tout le temps, un peu comme un bouffon, le fou du roi, zeste ou reste d’enfance, avatar de Margot.
Trois ou quatre chansons de Margot puis sa moitié revient faire la zouave, faire la suave. « En général je suis là » dit-elle en désignant le piano et, heureuse d’être debout, s’étirant, gesticulant des bras : « J’peux faire comme ça. Et encore comme ça… J’m’en fous, j’ai l’droit ! D’habitude, j’accompagne des vieux chanteurs… » La femme-piano qu’on connaissait s’est mise sur la touche, prête et prompte à cet autre métier de la scène : chanteuse tendance Annie Cordy (dont elle reprend un titre), irrésistible, avec parfois de remarquables percées dans l’émotion…
Émotion aussi avec son homme, notamment avec ce déchirant Les Enfants du bonheur, choc de deux mondes, l’un des deux immonde : « Les enfants du bonheur / Aim’raient savoir pourquoi / Les gamins de l’erreur / Ont si peur de leur papa. » On a souvent comparé Margot à Guidoni, son presque maître. C’est sensible sur disque, moins en scène, où Pierre nous fait facilement entrer dans son monde, sans tuteur.
Miravette à nouveau. Quand toute hiérarchie est abolie, quand la femme se lève de son piano, on frise l’anarchie. Et la contagion. L’autre pianiste, Jennifer Quilet, se lève aussi, pour hip-hoper un brin avec Miravette, puis se fait elle-même chanteuse, lovée dans un rouge boa, en femme fatale, à donner la réplique à Margot. Miravette s’est construit un répertoire en piochant ici et là, exhumant souvent des perles d’humour et d’incongruité : Juliette, Allain Leprest, Anne Sylvestre, Boby Lapointe, Arnaud Joyet, Bernard Joyet, des vieux trucs aussi tirés de poussiéreuses valises. Et Pascal Rinaldi pour, en duo avec Pierre Margot, un torride Il faut qu’on s’touche. » Quand je vous dis qu’ils font couche…
Étonnante soirée vraiment, qu’on bisse et qu’on ter. Et termine avec eux, heureux, comblés. Il y a parfois sur scène des instants rares. C’en était.

Le myspace de Pierre Margot ; celui de Nathalie Miravette.

17 février 2011. Étiquettes : , , . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 2 commentaires.

La Baronne : entretien exclusif sur Thou’Chant

Sylvie Cobo, notre Baronne (photo DR)

« Bravo, Madame, vous êtes une tempête en marche qui balade sa voix multicordes par-delà la morosité. Comme une synthèse de Piaf, de Nina Hagen et d’Higelin. Voilà ce que vous êtes, peut-être. On se dit que c’est parfois trop beau. » Fin du siècle passé, début de l’autre, une étonnante chanteuse se titre de noblesse pour une voie (voix) royale. C’est La Baronne, alias Sylvie Cobo. On ne tarit pas d’éloges sur la dame (comme dans cet article extrait de Chorus), impressionnante en scène, femme-batterie au cœur battant, voix formée précédemment aux standards d’Ella Fitzgerald et de Sarah Vaughan. La Baronne a électrisé son public, déclanché un bouche-à-oreilles rare, épaté, étonné, subjugué.
Quelques années de scène, d’abord dans son épicentre rhônalpin puis bien plus loin, de tempêtes, et puis plus rien. La Baronne s’en est allé, gage d’amour, pour une autre vie, sous d’autres latitudes. Ça fait sept ans qu’elle est devenue québécoise et reconstruit sa carrière là-bas.
Pour deux concerts, forcément exceptionnels, à l’occasion de la vingtième édition du festival Les Oreilles en pointe, elle sera de nouveau parmi nous, les 6 et 7 novembre au Quarto d’Unieux (près de Saint-Étienne). On lui fera fête. Dans l’attente, on peut lire l’entretien exclusif qu’elle vient de donner au webzine Thou’Chant, dont le numéro 8 vient tout juste de sortir sur la toile. C’est ici.
Un numéro encore une fois bien nourri, qui nous parle tant des découvertes des Nuits de Nacre, à Tulle, que de cette formidable salle se spectacle qu’est le Café des Arts, à Grenoble. Qui nous fait découvrir une autre dame, elle aussi spectaculaire, de la chanson : Serena Hernandez, du groupe Les Janine-Pelikan. Plein de disques chroniqués (Valérie Barrier, Philippe Forcioli, Toufo, Kebous, Natacha Ezdra et bien d’autres), les échos de la chanson sur Rhône-Alpes… Et la chanson grande oubliée de nos manifs outragées. C’est sur le Thou’Chant et c’est là

Sur La Baronne, on lira aussi cet article publié par NosEnchanteurs.

17 octobre 2010. Étiquettes : , . Chanson sur Rhône-Alpes, Interviews. 1 commentaire.

Émotions en Ville

Tant que la notoriété ne le transformera pas en évidence, il sera pour nous une bouleversante révélation. J’ai découvert Louis Ville en mai 2005, au festival Paroles et Musiques à Saint-Étienne, alors en première partie d’Hubert-Félix Thiéfaine… La dernière fois que je l’ai revu, c’était encore en cette ville, au Smoking dog, un bar où, incognito, il venait essayer, il y a deux ans déjà, les chansons de son nouvel album, Cinémas. On peut lire son portrait sur le dernier Thou’Chant.

Louis Ville (photo Pirlouiiiit – Concertandco.com)

Archive. Voix, guitare, ça peut vous paraître fade et sans relief : c’est que vous ne connaissez pas encore Louis Ville. Quitte à faire, on aurait aimé le découvrir en trio : ce sera pour la prochaine. Mais l’essentiel est là : un artiste sincère dont la voix, rugueuse à souhait (il y a de l’Arno en ce timbre, en ces caresses de mots, en cette belle violence), est habitée. Dont la voix n’est que passion qui déchire le silence, le fait fuir. Total respect pour cet homme que personne ne connaissait ici, que tous, depuis hier, tiennent en grande estime. Parce que, gueule d’amour, il crache, colère, bouscule le bien-pensant. Parce qu’il vous surprend, vous hypnotise, vous ravit, vous comble d’un talent rare, inespéré. Louis Ville ressemble à un fragile granit, mais granit quand même, pierre qui suinte, qui pleure. Il tire sur la corde des merveilles d’harmonies, des notes douloureuses aussi. L’homme est étonnant, épatant. D’emblée d’une classe que nombre de ses collègues n’atteindront jamais.

Le myspace de Louis Ville : c’est ici. Photo Pirlouiiiit – Concertandco.com

Le portrait de Louis Ville sur le webzine Thou’Chant n°6 daté de juillet 2010, actuellement sur votre écran d’ordinateur : c’est là.


3 septembre 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

Thou Chant n°4 : drôle et touchant

Évelyne Gallet et Patrick Font (photo Michel Kemper)

Quatrième livraison de votre mensuel favori, le Thou Chant, directement projeté sur la toile. Avec cette fois-ci une rencontre passionnante, en partie transcrite, en partie sonore, entre la chanteuse lyonnaise Évelyne Gallet et son principal fournisseur en rimes sonnantes et trébuchantes : Patrick Font. Oui, c’est bien lui, la moitié du duo Font et Val, qui fit pisser de rire des générations de spectateurs entre 1970 et 1995, qui fit tout autant rougir de colère des cohortes de beaufs, de curés et d’hommes politiques (entre autres). Thou Chant a réunit Gallet et Font, la belle et la bête : ça donne du savoureux, du déjà franchement mémorable. Au passage, le chansonnier Patrick Font égratigne pas mal la profession d’humoriste. Et nous parle de Stéphane Guillon (pas nécessairement de Philippe Val…) et de la nécessité de la caricature, fut-elle physique… Autre entretien sonore, celui du chanteur suisse Michel Bühler, qui revient sur ses débuts dans la chanson, il y a quarante ans déjà. Pas mal de bons disques chroniqués, de très bons mêmes (de Katel à Mac Abbé et le Zombi Orchestra, de Djamel Allam à Bastien Lallemant…), des infos sur les salles fondatrices du réseau r.i.m.e.c., les rubriques « fichu métier » (cette fois-ci c’est un ingénieur du son qui cause dans notre micro) et « lieux peu communs ». Ainsi qu’un édito saillant, bouillant, éructant, rageant, qui nous parle de la crise et de la culture. Pour se rendre au Thou Chant on peut cliquer sur la vignette dans la colonne de droite. On peut aussi l’avoir mis dans ses favoris.

21 mai 2010. Étiquettes : , , . Chanson sur Rhône-Alpes, Les événements. Laisser un commentaire.

Tout Paccoud, Thou Chant

Christian Paccoud (photo Michel Kemper)

Troisième numéro de Thou Chant, à compter d’aujourd’hui, non au kiosque voisin mais sur votre ordinateur. Avec au sommaire une flopée de bons cédés (Jeremy Kisling, Miss White & the Drunken piano, Arthur H, Karimouche, Jean-Pierre Réginal, Morice Benin, Annkrist et pas mal d’autres), la chanteuse Buridane, un petit tour en Auvergne (du côté des volcans – c’est très tendance –, au Sémaphore de Cébazat précisément), dans les coulisses du Catering social, en Rhône-Alpes aussi comme à l’accoutumée où toute l’actualité s’étale devant vous… Avec aussi Christian Paccoud pour un entretien exclusif où l’artiste sensible qu’il est nous parle tant de son travail actuel que de ses projets. Passionnante interview. Extraits : « (…) Les exclus de notre société sont, par le fait, le cœur même de notre poésie. C’est-à-dire que tous ceux qui réussissent sont la plupart du temps dépourvus de toute forme de poésie : ce sont devenus des espèces de numéros, de chiffres, de résultats et de pourcentages, avec des cibles, des obligations de résultats. Et, à côté d’eux, des exclus, ceux qui n’ont jamais voulu aller là. Eux sont remplis de poésie : y’a qu’à aller la cueillir ! Tout notre théâtre, toute notre création est là. Je le vois de plus en plus : c’est quelque chose d’assez beau, d’assez fort, et triste à la fois parce que personne ne les écoute. Alors moi je préfère mettre mon « talent » plutôt là que chez les crapules de la culture et autres académiciens de théâtre, ces champions du monde de financements et autres subventions. Je fais un peu comme Copeau à l’époque de son théâtre, j’emmène le théâtre et la chanson là où on voudrait faire croire aux gens qu’elle n’existe plus. » Pour la première fois sur Thou Chant, l’interview qui en résulte peut être indifféremment lue et écoutée. Retrouver la voix de Paccoud est déjà entrer en résonance avec ce chanteur de totale exception.

Le Thou Chant, c’est ici.

23 avril 2010. Étiquettes : , . Les événements. Laisser un commentaire.

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