Les derniers roms, les derniers tziganes

Sus aux bohémiens, aux roms, aux tziganes, aux manouches, aux gitans, aux romanichels, sus à tous ceux qui ont l’outrecuidance, dans cette France ultra-sarkozyste, de vouloir vivre leur différence ! L’affaire est jugée : ce sont tous des délinquants de pères en fils, voleurs de poules, de cuivre et de ferraille ! Du reste c’est bon pour des sondages d’opinion plombés par les affaires et le sentiment d’injustice, a dû penser le petit Président en écrasant avec plaisir et méthode sa gitane dans le cendrier.

Une sinistre circulaire datée du 5 août 2010 et signée par Michel Bart, directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur, rappelle aux préfets les «objectifs précis» fixés par le président Nicolas Sarkozy : « 300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms. » « Il revient donc, dans chaque département, aux préfets d’engager (…) une démarche systématique de démantèlement des camps illicites, en priorité ceux de Roms », selon le texte qui provoque nombre de légitimes réactions indignées. Éric Besson, ministre de l’Immigration, affirmait  encore il y a quelques jours que les Roms n’ont pas été spécialement ciblés par la politique gouvernementale. Mensonge ou ignorance ou incompétence d’un ministre : c’est bien une population précise qui est stigmatisée au seul fait qu’elle est rom. Ce qui est immoral, ce qui est condamnable et nous rappelle une bien sombre époque de notre histoire récente…
Quelques chansons qui nous parlent de ces errants…

Van Gogh

Sorciers, bateleurs ou filous,
Reste immonde
D’un ancien monde,
Sorciers, bateleurs ou filous,
Gais bohémiens, d’où venez-vous ?
D’où nous venons ? L’on n’en sait rien.
L’hirondelle
D’où nous vient-elle ?
D’où nous venons ? L’on n’en sait rien.
Où nous irons, le sait-on bien ?

Pierre-Jean de Béranger, Bohémiens, 1837

J’ai eu l’impression de perdre un ami
Et pourtant ce gars-là ne m’a jamais rien dit
Mais il m’a laissé un coin de sa roulotte
Et dans ma petite tête j’ai du rêve qui trotte
Sa drôle de musique en moi est restée
Quand je pense à lui, m’arrive de chanter
Toi sacré gitan qui sentait le cafard
Au fond ta musique était pleine d’espoir.

Mouloudji, Mon pote le gitan, 1954

Alors, tzigane, joue
Tu es l’eau
et la laine
et le feu
Et puisque tu es aussi le vent
Après, tzigane, va-t-en…

Félix Leclerc, Tzigane, 1967

À tous les bohémiens, les bohémiennes de ma rue
Qui sont pas musiciens, ni comédiens, ni clowns
Ni danseurs, ni chanteurs, ni voyageurs, ni rien
Qui vont chaque matin, bravement, proprement
Dans leur petit manteau sous leur petit chapeau
Gagner en employés le pain quotidien (…)
J’apporte les hommages émus
Les espoirs des villes inconnues
L’entrée au paradis perdu
Par des continents jamais vus

Félix Leclerc, Prière bohémienne, 1959

Bohémienne aux grands yeux noirs
Tes cheveux couleur du soir
Et l’éclat de ta peau brune
Sont plus beaux qu’un clair de lune
Bohémienne aux grands yeux noirs
J’ai vibré d’un tendre espoir
Je voudrais que tu sois mienne
Bohémienne.

Tino Rossi, Bohémienne aux grands yeux noirs, 1937

Ils ont habité la roulotte
Les quatre planches qui cahotent
De Saint-Ouen aux Saintes-Maries
Mais ils s’en vont encore d’ici
Les Nomades
Ni la couronne d’oranger
Ni la cheminée de faux marbre
Ne leur mettent racine au pied
Ils ne sont pas comme les arbres
Les Nomades

Jean Ferrat, Les Nomades, 1961

Disparus l’enfant
Voleur de cerceaux
Les chevaux piaffants
De tous leurs naseaux
Disparus les ânes
Avec leurs paniers
Les belles gitanes
Sous les marronniers
En ce temps qui va
Qui va dévorant
On n’a plus le droit
D’être différent

Jean Ferrat, Les Derniers tziganes, 1971

Une ville après l’autre et toujours la méfiance
Interdit aux nomades c’est écrit là en gros
Nous voilà repartis pour l’éternelle errance
La roulotte et les chiens la douzaine de marmots
Ce qu’ils sont sales tout de même ils n’ont qu’à travailler
Ils voudraient qu’on les loge et ils paient pas d’impôt
N’écoute pas Romani laisse-les bien gueuler
Et rejoue-moi un peu la ballade de Django
Je suis gitan moi aussi, je suis gitan

Claude Reva, Moi aussi, 1973

C’est un des leurs qui va partir
Et c’est une chance peut-être
Car cette race sans mourir
Va disparaître
Il va mourir le bohémien
Mais, citadins dormez tranquilles !
Sa mort n’est pas sur le chemin
Du centre ville

Leny Escudero, Le Bohémien, 1974

Une môme fagotée comme l’orage
Fille du vent et du voyage…
Oh, Maria Suzanna où es-tu,
Dans quelle nuit t’es-tu perdue,
Reste-t-il pour croquer ta vie manouche
Quelques dents dans ta bouche ?
Ah, de Varsovie à Saragosse,
Roulottes-tu toujours ta bosse
Si belle encore mais comme tes semblables
Toujours indésirable…

Michèle Bernard, Maria Suzanna, 1999

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29 juillet 2010. Étiquettes : , , , , , , , . Thématique. 1 commentaire.

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