Tri men of Kemper

On se dit quand même que, de la forêt de Paimpont à la ville-confluent du Finistère, leur chant est des plus nature, inné, acquis. Seul le talent fait sans doute la différence. Là, à Saint-Jean-Bonnefonds, près de Saint-Etienne, nous sommes en terres intérieures où le breton n’est pas langue maternelle, loin s’en faut, et ça fait agréable exotisme. Jadis, nous nommions ce qu’ils font le folk. Souvenez-vous… C’étaient les années soixante-dix, Stivell, Tri Yann, Malicorne, Mélusine, l’âge de leurs vingt ans. Un incroyable mouvement, précieux et chaleureux. Le folk est depuis rentré dans son lit, dans son ru. Sauf dans leur région d’Armorique précisément, village celte qui toujours résiste à l’uniformisation.

Ewen, Delahaye, Favennec, samedi 24 mars 2012, Saint-Jean-Bonnefonds,

Gérard, Patrick, Mélaine : le trio EDF ! (le courant passe). Photo DR

« Dans la forêt des rêves / Marchaient Viviane et Merlin / Main dans la main… » Ah ! Viviane et « ses jolis seins de soleil dans son corsage » ! Légende cousue de rêves, venue de la nuit des temps… Sur scène, trois bardes, crinières blanches, nous la chantent, nous l’enchantent. Comment vous dire ? Ce sont des tronches, des trognes, des trombines, des personnages hauts en couleur, tirés de je ne sais quelle bédé (de Bourgeon sans doute), de quel livre d’enluminure, du Barbaz Breizh ou d’un Cheval d’orgueil… Tout trois guitaristes. Et pareillement violonistes. Et chanteurs et conteurs. Seul Ewen se distingue qui fait flèches de tous bois, ajoutant à son arc le diatonique et le banjo. Tout trois unissent leurs voix à n’en plus faire qu’une : « J’vous dit que le plus beau métier / C’est d’chanter ! » C’est entre traditionnel et folk-song, ces trois font pas le tri : ils prennent tout ce qui vient nourrir leur fringuant appétit. L’inspiration se nourrit d’hier et de demain, en v.o. comme en v.f., de voyages au long cours de Kemper à Concarneau, de pubs en bars, de filles en filles, même si régulièrement elle hante ces années soixante-dix, comme un regret : « On était jeunes on était beaux on était vifs. »
Ils le sont restés et leur prestation est rare élixir de jouvence. Un bonheur qui vous déride, d’une énergie jamais prise en défaut. Les p’tits jeunes ont tout à apprendre d’eux. A eux trois ils égalent sans mal Tri Yann, la dramaturgie en moins que du reste ils n’ont pas besoin. C’est nature, vous dis-je… Patrick Ewen, Gérard Delahaye et Mélaine Favennec puisent peu dans le pactole de la tradition ; ils la font vivre, tout simplement, en y surajoutant leurs chansons très contemporaines dans l’inspiration, dans les préoccupations. D’actualité aussi, comme celle sur Jérôme Kerviel le trader. Ou cette autre sur la guerre d’Algérie, au moment où on fête les cinquante ans des accords d’Evian. Pour autant ce n’est pas l’essentiel de leurs chansons. Car, s’ils ne sont pas tout à fait chauves, ils sont carrément chauvins : rien n’est mieux à leurs yeux que Quimper (en breton : Kemper – j’y accorde de l’importance) et les monts d’Arrée, que cette terre qu’ils emmènent avec eux sur la route et nous font partager. Il y a dedans tout l’humus d’une culture idéalisée, d’un art de vivre et de chanter ; il y a tout l’imaginaire en son sein. Et ceux, gorgés de soleil dans son corsage, de la fée Viviane.

Le myspace de EDF (Ewen, Delahaye, Favennec) c’est ici !

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25 mars 2012. Étiquettes : , , , . En scène, Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

Ewen, Delahaye, Favennec : EDF électrise !

L’un est conteur. Et musicien, à jouer tant du banjo que de la mandoline, de l’accordéon que du violon et d’encore plein d’autres choses. L’autre est chanteur qui, dans le mitan des années quatre-vingt, a déserté quelque peu son public adulte pour le jeune public. Le troisième est chanteur. Et même personnage de bédé, dans « Les Yeux d’étain de la ville glauque », de son copain François Bourgeon. (Patrik) Ewen, (Gérard) Delahaye, (Mélaine) Favennec. Si on ne prend que les initiales, ça fait EDF. Drôle d’initiales pour ce trio de presque papys qui n’a rien à voir avec l’énergie fossile, mais visiblement tout avec celle renouvelable. Ces trois là sont de vieilles connaissances. Dans les années soixante-dix, ils firent partie de la même coopérative, à féconder chacun l’art de l’autre. Puis chacun est allé de son côté, à mener sa barque sur les flots de la culture bretonne. Il y a douze ans, à l’occasion d’un concert, ils ont fondé ce trio qui, depuis, investit régulièrement les scènes et nous laisse de jolies traces discographiques. Kan tri men est leur troisième opus. C’est devenu une des plus solides formations de Bretagne, des plus appréciées aussi. C’est de la chanson estampillée bretonne, purs accents celtes, encore que le gospel (Hallelujah, de Léonard Cohen) soit surprenant à l’ombre des dolmens d’Armorique. S’ils puisent leur inspiration musicale en grande partie dans la tradition, leurs propos ne sont pas pour autant à conjuguer au passé. Car quitte à prendre le micro, c’est pour dire le présent, le chanter. Une chanson consacrée au winner Kerviel, prétexte à nous parler d’économie (« Regardez comme ils dansent / Les requins d’la finance les banquiers les vautours ») d’une manière quelque peu différente des pages saumons du Figaro. D’ailleurs, EDF insiste : « Je salue les enfants de l’an 2100 / Qu’ils nous pardonnent notre lâcheté / Devant le pouvoir et l’argent / Et qu’ils ne crachent pas par terre en se souvenant. » Bon, ils sont celtes et s’ils regardent parfois le passé, c’est pour évoquer les « jolis seins de soleil » dans le corsage de Viviane (Viviane et Merlin), brossant Brocéliande en des mots jolis.
Deux reprises à signaler. D’abord la la célèbre « Réponse de Seattle » (le discours du chef indien au blanc venu négocier l’achat de ses terres) dont jadis Michel Bühler avait tiré son « Ainsi parlait un vieil indien ». Et Torrey Canyon, un titre oublié de Serge Gainsbourg, mâtiné pour l’occasion d’effluves stiveliennes (le Pop plinn d’anthologie) de toute beauté.
Il n’y a pas besoin de connaître son Barzaz breizh par cœur et de faire chaque année le pèlerinage à Lorient pour apprécier un tel disque. C’est du beau, du bon, du solide, trois « vieux » qui nous en apprendront longtemps encore.

Ewen, Delahaye, Favennec, Ken tri men, 2011 Dylie/Coop Breizh. Le myspace du trio EDF, c’est ici.

22 septembre 2011. Étiquettes : , , , . Lancer de disque. 2 commentaires.

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