Les Victoires, non événement

Ce fut un non-événement, une soirée télé parmi d’autres, toute aussi ennuyeuse. Ce furent, le savez-vous, les Victoires de la musique, 27e du nom. Sans surprise aucune. On peut juste être satisfait du sort réservé à l’ami Thiéfaine, tellement hors showbiz que sa reconnaissance, enfin, est de fait un doigt d’honneur à celui-ci. Il me semble que par lui, le métier a aussi récompensé un des meilleurs vendeurs de l’année, un des qui résiste à l’inexorable chute du disque. Quant au reste… Oui, Ringer (pas victoirisée depuis le No Comprendo des Rita Mitsouko)… Oui, Aubert, pour son énergie en scène. Oui, Voulzy pour cette jolie chanson qu’est Jeanne. Et Orelsan, par deux statuettes, comme quoi il est bon de faire au préalable son scandale-à-buzz quitte à frayer avec la pure ignominie de son tristement célèbre Sale pute pour être, à l’album suivant, encensé par toute la presse… Oui…
On regrettera pour Camille, repartie les mains vides. Et pour L, à la prestation du reste approximative. Depuis que Télérama en a fait bêtement à sa une le renouveau de la chanson française à L seule (j’ai rarement lu quelque chose de plus imbécile), fallait bien qu’elle y soit présente au cas où ce soit vrai. Mais pourquoi la présenter stupidement comme la nouvelle Barbara ? On a évité de médailler Biolay et le fiston Dutronc, qui décidément n’est qu’un clone sans âme et son talent de son père. Alors, oui…
Eh ben non ! Cette chanson-là est tellement loin de la chanson réelle, tellement décalée, surréaliste, que ces pauvres Victoires sonnent plus creuses que jamais. Bon dieu, l’essentiel de la chanson est privée de ces Victoires, l’essentiel de la chanson est désormais hors labels, hors des plateaux télé, hors des playlistés « Inter ». Comment voulez-vous qu’on puisse prêter crédit, même le temps d’une chanson, à ce simulacre, cette insulte faite à la chanson ? Que le candidat Hollande, qui se balladait hier dans les couloirs des Victoires, précédent la sienne, prenne conscience de cette richesse nationale qu’est la chanson, vraie exception culturelle à condition qu’on la traite en son ensemble sur un même pied d’égalité. Ça changerait singulièrement la donne.

(Je vous recommande aussi la lecture du blog de Baptiste Vignol, sur ces Victoires.)

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4 mars 2012. Étiquettes : , , , . Les événements, Prix. 22 commentaires.

Les Victoires en chantant

Thiéfaine : s'il y en a un qui mérite des "victoires"... (photo DR)

C’est étrange comme la publication des nominations pour les Victoires de la Musique (on ne dit pas Victoires de la chanson, vous m’expliquerez pourquoi) fait paradoxalement plus événement que le déroulement même de la soirée : pas un journal ou un blog qui se respecte la passerait sous silence. Allons-y aussi…
Cette fameuse liste vient d’être publiée et… il n’y a rien ! Que l’autocélébration d’un clan, petite subdivision de la chanson, un peu au-dessus du tout venant de la variété (encore que) où, pour peu qu’on ait sortit un album dans l’année, ou fait une tournée voire un clip, ou le clip de la tournée, on y est de droit, on a son rond de serviette, à s’assoir à la table coutumière. Voyez-les : ce sont les mêmes que l’an passé ou que l’année précédente ou de celle d’avant. Camille le phénomène, Nolween la bretonne, la veuve Ringer, Zaz… Qui est Zaz artistiquement ? Un vide, comme l’est Cœur de pirate, elle aussi encore nommée. Et puis Benjamin Biolay, Julien Clerc et le désormais inamovible Thomas Dutronc, fils de. Son dernier album est insignifiant et lui vaut donc nomination. Si, tout de même, il y a Thiéfaine, nettement au-dessus. Quitte à faire, si Hubert-Félix aime les médailles et les trophées, qu’on lui en donne. Il est le seul de ce lot-là à vraiment les mériter.
Izia, Archimède, Joe Starr, David Guetta, La Fouine, Orelsan (qui ne semble plus sentir le souffre, lui), Raphaël, M et Vanessa Paradis, Christophe Maé, Mika, Laurent Voulzy et quelques autres sont aussi sur la grille, sur le grill. Rien de bien enthousiasmant…
Et Alexis HK (déjà nominé pour le mémorable clip des Affranchis il y a deux ans – voir ci-dessous en vidéo) en « artiste révélation scène » qui prouve que les membres de l’Académie des Victoires sont lents à la détente : ça fait presque quinze ans, depuis C’que t’es belle, qu’Alexis HK hante nos scènes avec un incroyable talent, avec ses vers littéraires surdimensionnés qui vont encore détonner. En le baptisant « révélation », les promoteurs des Victoires passent un peu pour des rigolos.
Retransmission en début mars dans votre poste de télévision. Le mieux, ce soir-là, c’est que vous vous trouviez un concert, un vrai, pas loin de chez vous. Ce sera alors votre victoire sur cette musique-là.

20 janvier 2012. Étiquettes : . Saines humeurs. 14 commentaires.

Cette musique qui crie Victoires

Olivia Ruiz, bien sûr qu'on est content pour elle… (photo DR)

Ça y est, ils sont les meilleurs de leur promo, ils sont fiers de leur(s) médaille(s). Ou plutôt cette statuette toute moche qui, inexorablement, prendra la poussière. Entre nous, mieux vaut être acteur et recevoir d’un coup deux compressions de César pour caler des bouquins sur l’étagère. C’est plus utile. Est-ce pour cela d’ailleurs que tant de chanteurs passent au cinoche ? Même en pleine crise, la profession (une partie seulement : celle des grands labels, pas le bas peuple ni le tout-venant) s’est rituellement auto-congratulée. Ça rassure. Remarquez qu’au fond l’orchestre du Titanic n’a pas cessé de jouer, ajoutant à la froide et nocturne poésie du tableau, partition rythmée par des Aaah et des Glou-glou. J’imagine la bande-son, j’en dessine les anomatopées… Donc bravo à Biolay, Ruiz, Hallyday et les autres. La plupart des disques et artistes récompensés, pas tous, méritent effectivement un peu de notre estime. Mais pas plus que ça. Et dommage pour le seul petit de la compèt’, le seul autoproduit (oh ! le vilain mot en ce milieu) qu’était Alexis HK. Recalé ! pas du sérail… Bravo en tous cas à l’épatante industrie discographique qui, l’espace d’une soirée, a noyé son mal-être sous les flots de champagne. On nous dit, on sous-entend en tous cas, que les Victoires sont le reflet de la chanson. Ah bon ? De quelle chanson ? Et qui décide, qui choisit, qui sélectionne ? Qui vote, équivoque ? Sans me vanter, j’ai pas mal d’amis et de connaissances dans la profession, notamment des qui sont chanteurs parfois depuis des lustres, avec même nombre de disques, parfois même des Grands prix de l’Académie Charles-Cros, c’est dire… Eux ne votent pas, n’ont jamais voté. Par incivisme ? Non ! Simplement on ne leur a jamais rien demandé ni même proposé ; jamais invités du reste : à croire qu’ils n’existent pas. Alors c’est qui le collège d’électeurs, ce « grand jury » de presque trois mille « professionnels » ? La prod’ de Taratata, la coiffeuse de Drucker, la shampoinneuse de Garou, les amitiés électives de Mylène Farmer, le directeur de cabinet de Bruni, le chirurgien de Johnny ? Qui ? Putain, donnez-moi des noms ! Le jury serait composé de 40% d’artistes, 40% de pros de l’industrie musicale et le reste issu des médias. Du pipeau, du vent ! Mais c’est vrai il ne faut pas confondre culture et commerce. Le poète, le vrai, l’artiste, ne comprend rien à ça. Lui fait des rimes sans logiciels, sans boulier. Du reste, ce sont les Victoires de la musique, pas celles de la chanson, une chanson qui n’est pas perdante, seulement absente. Moi, j’étais hier au soir à l’autre bout de la chaîne, non au Zénith mais dans une toute petite salle, À l’autre bout du monde nous chanterait Émily Loiseau, en pleine campagne, là où, pour un soir, bat follement le cœur des gens. Avec des chanteurs qui ne guignent aucune récompense, des autoproduits souvent, tâcherons de la chanson et fiers de l’être. Dans un rapport vrai à leur art, tangible, touchable. Eux ne recevront jamais de Naguy ce trophée tout moche ; ils ne seront pas plus conviés à son Taratata, Drucker ne les scotchera pas à son canapé rouge, là où se sont posés le cul de Bigard et le séant du Président. Ils resteront d’estimables anonymes de la chanson. M’en fous ! Jusqu’à point d’heure, nous avons devisé autour d’un litron et de guitares sans jamais, oyez l’exploit, avoir évoqué ces prétendues Victoires. A quoi bon ? Vivons le vrai plutôt que l’avatar, l’authentique plutôt que le formaté, le sain plutôt que le fermenté.

7 mars 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 3 commentaires.

Victoires de la musique, défaite de la chanson

Obispo va-t-il enfin rafler une Victoire ? Suspense insoutenable : réponse le 6 mars en prime time sur France2 (photo DR)

La liste est publiée de qui est in, qui est out. Qui en fait partie et qui ne vaut rien. Voici la litanie des nominés aux Victoires 2010, 25e édition, triste cérémonie d’une profession s’autocongratulant à sa cime, absente d’une grande partie de sa réalité artistique qu’elle ampute au nom d’un bizness qui est tout sauf partageux. On prend les mêmes, on recommence. On liste ? La statuette récompensant l’artiste masculin de l’année se jouera entre Bénabar, Hallyday, Biolay (grand favori avec deux autres nominations) et Lavoine. En catégorie féminine, sont en lice Loizeau, Ruiz, Maurane et Gainsbourg (pas le Serge ni le film, non, la fifille – grande favorite avec deux autres nominations – pour son insignifiant nouvel album). L’artiste « révélation » sera élu, démagogie oblige, par le public. Entre Cœur de pirate, La Fouine, Pony pony run run et Grégoire. Parions que c’est ce dernier, poulain du producteur Jean-Claude Camus, qui remportera la mise : faut bien assurer l’après-Hallyday. Johnny qu’on retrouve aussi en catégorie « spectacle musical / tournée / concert de l’année » : vu le fric investi que les assurances rechigneront à bien assurer, vu la compassion publique autant qu’élyséenne, parions aussi sur ce colifichet pour le chanteur momifié de son vivant, du reste même pas nominé – c’eut été le moindre – aux Victoires de la pharmacopée (rien à voir avec le tribun de l’UMP…). La Victoire des révélations départagera Izia (ou comment récompenser Higelin par procuration, par sa fille briseuse de tympans), Ariane Moffatt, Revolver (quand on me parle de culture, c’est ce groupe que je sors) et Shaka Ponk. L’album révélation départagera au moins trois albums anglais sur quatre, dont l’insipide phénomène Sliimy ; l’album tout court (pas le single) ira à Biolay, Gainsbourg (la fille, donc), M ou Obispo ; l’album rock a BB Brunes, Dominique A, Indochine ou Izia. Passons sur les musiques urbaines et autres électroniques ou dance, notons la présence des inamovibles Amadou et Mariam en « musiques du monde » aux côtés de Cesaria Evora, Salif Keita et Rachid Taha. La chanson de l’année opposera Biolay, Calogero, Cœur de pirate et Helmut Fritz (ça m’énerve…), même pas Gainsbourg : que fait donc le jury ? Le spectacle musical Delerm, Hallyday, Indochine et M ; le vidéo-clip « Les Affranchis » d’Alexis HK (avec sa collection de chanteurs figurants), « Elle panique » d’Olivia Ruiz, « Ce que l’on s’aime » de Tryo et un titre anglais de la Gainsbourg. Enfin le DVD voit en live Cabrel, Daho, Delerm et l’éternel Bashung qui tentera, de là où il est, de battre son propre record.

Qu’en penser ? Pour vous, je ne sais pas. Pour moi, le traditionnel écœurement, l’habituel mépris, sans surprise aucune. Car ou est l’admirable DVD d’Amélie-les-Crayons, les superbes disques, toutes catégories confondues, du Larron, de Syrano, de Merlet, de N&Sk, de Red Cardell ? Et ce total chef d’œuvre qu’est le cédé de Clarika ? Et Alexis HK qui vaut bien plus qu’un clip. Et Allain Leprest, célébré par ses pairs (les autres…), et Michèle Bernard, Volo, Frédéric Bobin, Évelyne Gallet, Buridane, Carmen Maria Vega et pas mal d’autres encore… Quant aux disques pour enfants, dont je fais parfois l’écho ici et qui du reste n’ont pas ou plus de catégorie, où sont-ils les Dan Ar Bras, Weepers Circus, Jofroi ou Sophie Forte, pour ne citer qu’eux. Comme le Prix Valentin, les Victoires de la musique ne sont qu’une autocélébration d’une industrie discographique sans racines, sans prise avec la réalité, avec le vécu artistique, avec le terrain. Qui va à vau l’eau. Bien sûr tout n’est pas à jeter avec l’eau du bain. Biolay, Maurane, Bénabar, Évoria… y’a du bon. Mais nous sommes loin du compte, leur réalité n’est pas la nôtre, leur microcosme ne baigne pas dans nos émotions. Nous sommes la chanson, ils n’en sont que piètre avatar.

30 janvier 2010. Étiquettes : . Saines humeurs. 6 commentaires.

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