Portfolio : Xavier Lacouture

par Lucien Soyere

Ah ! Lacouture ! Lui aussi a son rond de serviette chez NosEnchanteurs. Il passait hier pas très loin de chez moi, à Monistrol-sur-Loire ; j’y étais pas, dommage. Mais l’ami Lucien Soyere, un retraité fou de chanson et de photo, déjà coupable d’autres portfolios sur ce blog, habite Monistrol et lui, n’a pas loupé le Xavier. En attendant la reprise, en attendant d’en découdre avec des promesses cousues de fil blanc, même si l’espoir ne tient qu’à un fil, Lacouture se pose là, évident. MK

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29 janvier 2012. Étiquettes : . Lucien Soyère, Portfolio. 2 commentaires.

Regarder la lune…

Regarder la lune…

Je réécoutais ce disque de Xavier Lacouture, Envies d’ailes, qui me semble être l’un des plus beaux albums de cette décennie. Un disque qui nous instruit des charmes de cet astre… De là à rêver de lunes… La lune est source inépuisable d’inspiration, entre autres pour la chanson. Tant qu’il est vain ici de tenter d’exposer toutes les chansons qui y font référence. Encore faut-il s’entendre sur les significations de la lune (des lunes), mot qui, sans être lunatique, épouse bien des situations et états d’esprit bien différents. La lune est féminine, le soleil est masculin. Ici, j’ai surtout retenu cette lune chère à Lacouture, fasciné comme lui par « les charmes de sa circonférence. »

Grand classique s’il en est, rendez-vous d’abord avec Trenet :
« Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n’est pas là et le soleil l’attend
Ici-bas souvent chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, la lune est là
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
Pour la trouver il faut la nuit
Il faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit »
Charles Trenet, Le soleil et la lune, 1939

De là à aller la voir de plus près, cette lune…

« Ce s’rait chouette d’aller sur la lune
Dans le scaphandre de Pierrot,
J’y emporterais bien ma plume
Pour vous écrire quelques mots »
Henri Tachan, Les jeux olympiques, 1973

« J’ai besoin de la lune
Pour lui parler la nuit
Tant besoin du soleil
Pour me chauffer la vie
J’ai besoin de la mer
Pour regarder au loin
J’ai tant besoin de toi
Tout à côté de moi »
Manu Chao, J’ai besoin de la lune, 2004

Alunissage par ce désormais classique des maternelles où, derrière la lune, s’en cache une autre :
« Au clair de la lune,
On n’y voit qu’un peu :
On chercha la plume,
On chercha le feu.
En cherchant d’la sorte
Je n’sais c’qu’on trouva,
Mais j’sais que la porte
Sur eux se ferma »
Traditionnel, Au clair de la lune

« Un toit où la mousse mousse, mousse
Un clair de lune qui se dévoue
Une lune rousse, rousse, rousse
Une rousse, rousse comme vous »
Serge Reggiani, La longue attente, 1979

« Comme je t’imagine
En jupe ou en jean
Te jetant dans mes bras
Se dessinent au loin
Les nuits qui n’en finissent pas
J’aimerais tant te promettre la lune
Mais la lune est déjà prise »
Debout sur le zinc, Te promettre la lune, 2005

S'ils filent tous dans la lune…

« Et s’ils filent tous dans la lune
Qui restera garder
Notre Terre avec ses dunes
Ses mers, ses vergers ?
Et s’ils cultivent les planètes
Qui gardera les yeux
Sur les blés, les pâquerettes
Les forêts de nos aïeux ? »
Anne Sylvestre, S’ils filent tous dans la lune, 1963-1964

« Désolée d’avoir tiré, bel oiseau rare
Vous m’aviez le premier fusillée vingt fois du regard…
Désolée, votre arme était posée sur la table…
Quelle idée! On ne devrait jamais tenter le diable…
On ne devrait jamais tailler des costumes ni montrer les dents
Aux fiancées présumées quand la pleine lune fait tourner les sangs… »
François Hardy, La pleine lune, 2004

« Dans l’océan de la nuit,
Au clair de notre nuit,
Des fleurs de lune,
Lunes de nuit, sont posées
Au clair de notre nuit,
Au clair de nous,
Au clair de toi, mon amour,
Au tendre de tes yeux
Presque endormis »
Barbara, Clair de nuit, 1972

« La lune trop blême
Pose un diadème
Sur tes cheveux roux
La lune trop rousse
De gloire éclabousse
Ton jupon plein d’trous »
Mouloudji, Complainte de la butte, 1955

« Soudain le soleil devient lune
Et la légère plume enclume
Oh oh hé hé hi hi ha ha !
Comme c’est original tout ça »
François Béranger, Chanson d’amour, 1976

« En arrivant elle m’a dit viens
Tu es en retard je suis dans mon bain
Attrape le gant d’crin et frotte-moi fort le dos
Moi j’ai du savon plein les calots
Et pour mieux lui chercher les poux
Dans l’eau j’l’ai fait mettre à genoux
J’avais vu Pampelune j’avais vu Waterloo
Mais jamais la lune dans l’eau »
Pierre Perret, Gourrance, 1966

Qu'elle soit blonde, rousse ou brune…

« Je peux rester des heures à regarder la lune
Qu’il fasse jour ou bien nuit, ça n’a pas d’importance
Curieux, contemplatif, qu’elle soit blonde, rousse ou brune
Fasciné par les charmes de sa circonférence
Je prends la dimension de l’Homme dans l’univers
Face à une telle splendeur, on se sent tout petit
Je laisse les mauvaises langues s’escrimer par derrière
Aux portes de l’envers, je suis au paradis
A regarder la lune »
Xavier Lacouture, Regarder la lune, 2001

« On dit que Lazare et Cécile
Se sont enfuis cette nuit
Et que la Lune docile
Jusqu’au matin n’a pas lui
On dit qu’un foulard de brume
Fit pour elle un voile blanc
Fit à Lazare un costume
Tissé de nacre et d’argent »
Anne Sylvestre, Lazare et Cécile, 1965

« Cendre de lune, petite bulle d’écume
Poussée par le vent je brûle et je m’enrhume
Entre mes dunes, reposent mes infortunes
C’est nue que j’apprends la vertu
Je je, suis libertine
Je suis une catin »
Mylène Farmer, Libertine, 1986

30 décembre 2010. Étiquettes : , , , , , , , , , , , . Thématique. 8 commentaires.

Le doigt sur Lacouture

Xavier Lacouture, 16 juillet 2010, Pittchoun théâtre à Avignon,

"Si je suis mammifère / C'est la faute à ma mère / Si j'aime à faire le beau / La faute à mon ego"

C’est un tout petit petit lieu comme il en existe beaucoup sur Avignon. Un dé à coudre, presque. Petite scène tout en rond, petits gradins en béton. Et des petits coussins rouges pour consoler nos gros séants maltraités. Dans le rond de lumière, Lacouture est en one-man-song, comme il dit. Un one-man un rien show, très chaud en cette fournaise, cette canicule festivalière. Le tour de chant, tour du rond, est calibré, millimétré : une heure cinq pas plus, d’autres attendent derrière. Au suivant… Lacouture, donc, qu’on dira en performance, qui arrive de derrière et déjà s’accordéonne, qui fait le beau, qui du reste n’est pas vilain et s’épate parfois lui-même, lui, le digne représentant de « la chanson confidentielle et underground ». Lacouture aime à dire qu’il fait dans la récupération et le recyclage : « L’art de la récupération est le plus vieux métier du monde ». Tant d’artistes le font sans le dire, à recycler les modes, à récupérer un peu de l’air du temps dans leur filtre à airs, leur piège à chansons, que ça n’étonnerait personne. Sauf que Lacouture ne fait pas comme les autres. Il sait pas. Lui n’est qu’instinct, drôle de bestiole qui s’anime sur sa piste. Lui, c’est le poids des mots qui s’entrechoquent, qui font son, qui font sens, équivoques parfois, lumineux souvent. Il lance les mots en jongleur du verbe. Et les récupère. Il les recycle, en alchimiste du mot : « Tout est dans la manière où le magicien dose ». Que récupère-t-il encore, ce chiffonnier de la chanson ? Un peu de tout. Pas mal de genres musicaux, slam inclus, ça fait un genre. Et Dieu, quitte à faire. Mais pour la bonne cause, celle de l’amouuuurrr : « Moi je n’ai Dieu que pour toi » Ça doit faire son effet devant la dulcinée. Même s’il chante aussi Défaisons l’amour…, histoire de commencer par la faim. Bien sûr il tente aussi de récupérer à son avantage le vocable en grâce dans le métier. Lui qui fait « de la chanson française, bien planté dans ses charentaises » rivalise d’anglicismes, lui le limite « borderline ». Lucide et loufoque, solide et farfelu, Lacouture est un modeste qui pourtant fanfaronne, sans tambours ni trompettes donc, mais au concertina et à l’ukulélé, à la scie aussi, fort de l’effet produit, fier de tous ses mots qu’il sait mettre en ordre de marche, avec qui il joue sans cesse, calembourant par ci, contrepétant par là. De la belle écriture vraiment qui ne recycle que son talent, comme cette pépite de chanson sur une terre qui va mal (Mal à la terre, d’ailleurs recyclé il y a quelques temps par sa consœur Zoé). Difficile de se lasser d’un tel bonhomme.

Lacouture aguichant le client pas loin du guichet (photos Lucien Soyère)

Le site de Xavier Lacouture, c’est juste là.

23 juillet 2010. Étiquettes : . Mes nouvelles Nuits critiques. 1 commentaire.

La vie en XL, l’amour en XXL

Archive. C’est par ce spectacle tiré de l’album « Envie d’ailes » (à mon sens son incontestable chef d’œuvre de compagnon) que j’ai découvert, avec ravissement, avec passion, Xavier Lacouture. C’était en 2002, au festival Paroles et Musiques à Saint-Étienne…

Xavier Lacouture en Pierrot inspiré qui peut "rester des heures à regarder la lune" (photo DR)

L’amour est tout un cirque que Xavier Lacouture met en scène et en chansons : moment d’eXtase au Magic-Mirrors… C’est un tendre qui pose sa prose sur ses envies d’amour, ses envies d’elle(s). Et d’ailes pour aller le lui dire. Tout un cirque, celui de la vie en grand, en XL, en Xavier Lacouture précisément, en double clown, blanc et Auguste mêlés, sur la scène de sa propre existence. Pas de nez rouge, ou fictivement, ou furtivement, mais d’écarlates pompes lancées sur la piste foraine : l’aimée plante son chapiteau et funambule dans sa tête, lui dompte son ego. Rumeurs et questions paradent. Envies d’ailes est un spectacle en équilibre sur le fil d’une idée, remarquable exercice d’équilibriste, passionnant de bout en bout. Chaque chanson y est perle, le tout fait superbe collier. Que de potentiels tubes, pas creux qui plus est, qui tournent, virevoltent même, autour des « plaisirs de la chère ». Qu’importe les merveilles du monde, on ne regarde que « la lune »… Théâtre de l’amour, cuisine des sentiments, les mots redoutablement agencés de Lacouture touchent l’intime et font mouche aussi sûrement que les flèches d’un angelot préposé aux coups de cœur. Très beau et grand moment d’un festival alors nimbé d’un charme fou.

Xavier Lacouture a fait l’objet du tome 2 de « Tranches de scènes », avec pour invités Anne Sylvestre, Pascal Rinaldi, Michèle Bernard, Pierre Louki et Claire Elzière, Nicolas Jules, Bernard Joyet… Voir ici.

Le site de Xavier Lacouture, c’est .

17 avril 2010. Étiquettes : , . Archives de concerts. Laisser un commentaire.

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