Bretagne : le soleil est noir

Yannick Martin (à droite) et son frère Tanguy (photo Ouest-France)

Dans une de ses plus belles chansons, Alain Souchon nous parle de celui qui se rêvait, « dansant Quimper ou Landerneau », « soufflant tonnerre dans du roseau » au Bagad de Lan-Bihoué.
Yannick, lui, est du Bagad Kemper, autre prestigieuse formation, à Quimper. À vingt-quatre ans, il est le meilleur joueur de bombarde de Bretagne et s’est déjà vu bombardé par deux fois champion de musique traditionnelle bretonne. Il a le souffle et le talent. Bravo !
J’aime la Bretagne, j’aime tout ce qui est parcouru de l’âme celte. Avec le nom que je porte, il m’est du reste difficile de dire autrement.
J’aime les bretons. Mais pas tous. Comme partout ailleurs, il y a son lot de cons. Ainsi, sur un site internet qui se veut le relais d’information de « Breiz Atao » (« L’Etat national breton », ben voyons !), notre jeune prodige de la bombarde se voit érailler pour… sa couleur de peau. Il faut dire que Yannick Martin est noir, né en Colombie et adopté alors par une famille finistérienne. Choqué par des commentaires immondes postés par quelques internautes sur ce site hébergé aux Etats-Unis, Yannick n’en perd pour autant pas son souffle : « Pour ces gens-là, c’est la couleur de peau qui est visée. C’est très malsain et ce n’est pas du tout l’image que reflète la culture bretonne. Mais il ne faut pas s’arrêter à ça. Je me sens entièrement Breton, ça ne m’empêchera pas de sonner » déclare-t’il à l’AFP, poursuivant avec courage et sérénité : « Si j’ai une revanche à prendre là-dessus, c’est en continuant à jouer et à transmettre des choses, à faire ressentir des choses au public qui est en face de moi dans les différentes manifestations. »

Créé en 1949, le Bagad Kemper est un des bagads les plus prestigieux de Bretagne. Yannick en est.

Il sera demain dimanche à Brest, au très couru Concours des bagadou. Où tous les joueurs arboreront,en son soutien, deux petits rubans blanc et noir à leur veston, les couleurs gwenn ha du (noir et blanc), le drapeau de la Bretagne. Quelle est belle ma Bretagne quand elle veut… « C’est le mélange qui va faire évoluer la musique bretonne, plus on ira dans ce sens là, plus ce sera enrichissant » dit encore Yannick avec ce bon sens et cette fraternité qui manque aux fachos de tous poils, fussent-ils celtes.

En l’honneur de Yannick, il me revient en tête ce très beau texte de Morvan Lebesque, mis en musique en 1976 par Tri Yann : La découverte ou l’ignorance.
« Le breton est-il ma langue maternelle ? Non ! Je suis né à Nantes où on ne le parle pas. Suis-je même breton ? Vraiment, je le crois. Mais de pur race ! Qu’en sais-je et qu’importe ? Séparatiste ? Autonomiste ? Régionaliste ? Oui et non… Différent. Mais alors, vous ne comprenez plus : qu’appelons-nous être breton ? Et d’abord, pourquoi l’être ? Français d’état civil, je suis nommé français, J’assume à chaque instant ma situation de français. Mon appartenance à la Bretagne n’est en revanche qu’une qualité facultative. Que je peux parfaitement renier ou méconnaître. Je l’ai d’ailleurs fait… J’ai longtemps ignoré que j’étais breton… Français sans problème, il me faut donc vivre la Bretagne en surplus. Et pour mieux dire en conscience. Si je perds cette conscience, la Bretagne cesse d’être en moi. Si tous les bretons la perdent, elle cesse absolument d’être. La Bretagne n’a pas de papiers, elle n’existe que si, à chaque génération, des hommes se reconnaissent bretons… À cette heure, des enfants naissent en Bretagne. Seront-ils bretons ? Nul ne le sait. À chacun, l’âge venu, la découverte ou l’ignorance ! »

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26 février 2011. Étiquettes : , , . Saines humeurs. 1 commentaire.

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